Voici le pendant pour l'autre grand problème, celui des munitions :
Le problème des munitions en Allemagne (1939-1940)
Les sources révèlent une situation critique dans le domaine des munitions qui découle directement des choix stratégiques et des défaillances de planification du régime nazi.
Des stocks catastrophiquement insuffisantsAu 1er septembre 1939, l'état des stocks de munitions était alarmant. Pour les principales armes de l'armée de terre, on ne disposait que d'un approvisionnement pour six semaines de combat. Les déficits par rapport aux réserves de quatre mois exigées par l'OKH (Haut Commandement de l'Armée) étaient dramatiques :
- Cartouches de pistolet : environ 70% manquants
- Cartouches d'infanterie : environ 60% manquants
- Munitions antiaériennes de 2 cm : environ 70% manquants
- Munitions antichar de 2 cm : environ 95% manquants
- Obusiers légers : environ 88% manquants
- Obusiers lourds de 15 cm : environ 60% manquants
- Obusiers lourds de 21 cm : environ 45% manquants
- Munitions d'artillerie lourde : environ 75% manquants
La Marine disposait d'un équipement complet, tandis que la Luftwaffe avait des stocks de bombes pour trois mois seulement.
Des préparatifs industriels gravement défaillantsLes préparatifs de la fabrication mécanique de munitions étaient considérablement en retard en raison du refus d'approuver les préparatifs industriels nécessaires en temps de paix. Fin 1938, le bureau d'armement de l'armée (Heereswaffenamt), à la demande du bureau d'économie de guerre (WStb), avait établi un plan de production de munitions devant être mis en œuvre en 1939.
Ce plan comportait deux variantes : la première exigeait la mise à disposition de 37 000 machines, dont une grande partie devait être acquise à l'étranger avec des devises. La seconde variante était moins ambitieuse mais restait trop coûteuse pour que les fonds nécessaires soient alloués. Les demandes pour le plan quadriennal 1940-42 dépassaient celles du plan 1938-39 dans des proportions considérables, parfois décuplées.
La crise de janvier 1940Dans l'espoir d'une guerre courte, ces préoccupations ne furent pas prises très au sérieux au départ. Ce n'est qu'en janvier 1940, lorsque la situation d'urgence survint, qu'on chercha un responsable. Les Führer-Commands des 29 novembre et 6 décembre 1939 tentèrent de prescrire exactement les chiffres de production pour différents calibres, en se basant nécessairement sur les données de la Première Guerre mondiale.
Les facteurs limitants : acier et main-d'œuvre
L'armée se plaignait de ne pas disposer de suffisamment de fer et d'acier pour produire les quantités requises d'armements et de munitions. La corrélation entre l'allocation d'acier et la production de munitions était remarquablement étroite : la production de munitions dépendait directement des apports d'acier.
La main-d'œuvre posait également un problème majeur. L'emploi dans les usines de munitions chuta de 620 000 à 408 416 travailleurs entre fin mars et le 1er août 1940, montrant qu'après avoir décidé de réduire la production d'obus, l'armée redéployait sa main-d'œuvre. Les raisons de cette pénurie étaient multiples :
- Négligence grave de la formation de nouveaux ouvriers qualifiés pendant les années précédant 1933
- Besoins énormes de la troupe en ouvriers qualifiés pour ses unités et ses ateliers de réparation
- Incapacité de l'industrie du bâtiment (3 millions d'employés) à libérer de la main-d'œuvre
- Appareil bureaucratique surdimensionné mobilisant des ouvriers qualifiés
La nomination de TodtEn mars 1940, Fritz Todt fut nommé premier ministre du Reich pour l'Armement et les Munitions, notamment après avoir résolu un conflit sur la consommation de cuivre entre l'Armée et la Luftwaffe en implémentant la substitution des bandes de cuivre par du fer dans les munitions. Cette nomination représentait un pas hésitant vers une plus grande responsabilité collective dans la production de munitions, mais les pouvoirs de ce ministère restaient très limités.