Bonjour,
Voici une courte notice sur Roger Le Neveu. J'avais pu m'entrentenir dans les années soixante-dix avec Norbert Fillerin, du réseau Pat O'Leary, et qui avait croisé pour son malheur Roger Le ?eveu, au début de 1943. Après l'arrestation de Louis Nouveau, Norbert était convaincu de sa trahison et en a ptévenu Paulette Gouber, quin'a pas voulu le croire.
Roger le Neveu était un Parisien natif du Calvados – il naquit le 25 février 1919 à Baron-sur-Odon, fils de Joseph et d’Yvonne Lefebvre. Il s’engagea dans la Légion, pour cinq ans, le 26 février 1937, fut au 1e régiment étranger d’infanterie, puis au 2e, enfin au 11e avec lequel il fit la campagne de France. Il fut fait prisonnier par les Allemands à Ochey en Meurthe-et-Moselle le 24 juin 1940, s’évada le 21 juillet 1940 et reçut la Croix de guerre à l’ordre de la division (J.O. du 8 octobre 1942).Il rejoignit Sidi-Bel-Abbès (Algérie) le 12 février 1941, affecté au 2ème régiment étranger d’infanterie à Marrakech (Maroc) le 1e mars 1941. Libéré en fin de contrat après 5 ans de service, le 26 février 1942, il regagna la métropole et déclara se retirer dans le Calvados.
À son retour en France en mars 1942, Le Neveu fit la connaissance de la comtesse de Ganay bienfaitrice de l’œuvre « du soldat sans famille ». Cette dernière le dirigea sur Elisabeth Rival, gérante du centre d’accueil de la légion étrangère. Ces deux personnes s’occupaient de la libération des prisonniers de guerre, de leur rapatriement et surtout de leur faire franchir clandestinement la ligne de démarcation. Parmi les relations de ce réseau qu’il se fit à l’époque figurait aussi une certaine Paulette Gouber, une Luxembourgeoise. Le Neveu accepta de se faire convoyeur, moyennant salaire et frais de route. Dans cette fonction, il fut arrêté par les autorités allemandes en juillet 1942 à Orthez pour avoir tenté de faire franchir clandestinement la frontière franco-espagnole à des israélites et fut incarcéré au fort du Ha à Bordeaux. Pour se sortir de ce guêpier, il fit jouer une ancienne relation, le futur beau-frère de Gueydan avec qui il avait été soigné du temps où il était au 2e Régiment étranger. Gueydan, qui touchait à ce que la collaboration pouvait présenter de pire, le fit libérer le 11 octobre 1942, après trois mois de détention, grâce à une intervention auprès du lieutenant SS Auguste Moritz, chargé à l’époque avec lui de la lutte antimaçonnique en France .
Roger Le Neveu sut remercier. Il s’engagea dans le réseau Gueydan comme agent FR3/203. On lui demanda d’infiltrer l’organisation d’évasion dont les Allemands se doutaient bien de l’existence et ce qu’il réussit, par l’intermédiaire de Paulette, comme on l’a dit, qui fut abusée dans la circonstance.
Dans le courant de janvier, Roger assura un premier convoyage réussi vers Toulouse, puis un second, mais son Australien fut capturé dans une gare quelconque ; il avait pu s’échapper alors que les Allemands le ramenaient vers Paris. Le récit qu’il fit de cet évènement n’avait pas réjoui Jean de la Olla, qui lui conserva cependant sa confiance et le convoyage de quatre autres aviateurs, deux de Bretagne et deux du Nord, qu’il assura avec Jean Veiht, se passa correctement. On était vers le 8 février. Le 12 février, il est du repas du Chapon Fin où il dîne avec les principaux membres parisiens du réseau Pat O’Leary. A ce moment, son action a déjà permis les arrestations de Marie de Ganay et d’Elisabeth Rival. Le lendemain 13, il assiste à la récupération du premier convoyage d’aviateurs récupérés en Bretagne et le surlendemain, il les convoie avec Louis Nouveau, Jean Veith et Suzanne Gérard et est donc témoin de leur arrestation à Saint-Martin- des- Corps. Le 2 mars, il participe aussi à l’arrestation d’Albert Guérisse, alias Pat O’Leary, chef du réseau et de Paul Ulmann. Démasqué ainsi par les survivants « parisiens » du réseau, ceux-ci tentent de s’en débarrasser, mais n’y parviennent pas et les 4 et 5 mars, Alexandre Wattebled, Norbert Fillerin, Jean de la Olla, Julienne Lassouquère, Marcelle Lévêque, Jean-Claude Bach. Par la suite, seront encore arrêtés Armand Lévêque et sa fille Andrée et Paulette Gouber.
Après ces coups, Roger n’en poursuit pas moins son œuvre destructive. Il est à l’origine du démantèlement du groupe breton du réseau Pat (Ropert, Loch), puis du réseau Bordeaux-Loupiac qui tente alors de se construire. Le 11 octobre 1943, il tue, à Rennes, Jean-Claude Camors, chef de Bordeaux-Loupiac.
A la fin du mois de mai 1944, il est chargé d’intervenir contre le maquis du Mont-Mouchet, en Auvergne. Le 27 mai, avec un complice, Robert Demay, ils piègent Yves Léger, chef régional du Bureau des Opérations Aériennes et son adjoint, Fernand Dutour, qu’ils parviennent à assassiner. Cependant, le Neveu est blessé et les deux hommes tentent de se réfugier où ils peuvent. Ils sont finalement interceptés par des patrouilles de maquisards, conduits au Mont-Mouchet, jugés sommairement et proprement exécutés.
Sources : Le cursus de Le Neveu a été retracé par Gilles Lévy (
http://lesamitiesdelaresistance.fr/lien ... -levy2.pdf); Témoignage Norbert Fillerin, Louis Nouveau, Capitaines, Roger Huguen, Par les nuits les plus longues, Voir aussi Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance, Le Cherche-Midi, 2005