Bonjour
Ce sujet n'est pas très simple !
Ci dessous un extrait du site:
https://books.openedition.org/igpde/2026?lang=frDes contrats français pour la défense de l’Angleterre
Les commandes françaises, non livrées à la France pour cause d’armistice, ont profité aux Britanniques : « C’est de plus de 3 000 avions et de 6 000 moteurs dont la Royal Air Force a bénéficié », déclara Guy La Chambre en 1947, du fait des commandes françaises cédées à la Grande- Bretagne. L’originalité de la situation tenait au fait que l’initiative des hauts fonctionnaires a été un élément déterminant dans ce transfert de contrats. L’histoire relève que la décision de quelques-uns a pesé sur le destin des peuples démocratiques. Cette décision fut le résultat de la coordination franco-britannique antérieure et de la communauté d’idéal que Vichy allait briser.
La cession des contrats français aux Britanniques se fit librement dans la nuit du 16 au 17 juin 1940. Quelques heures plus tard elle eut été rendue difficile du fait de l’installation du gouvernement Pétain. L’accord a été signé le 17, à 3 heures du matin à New York, 8 heures, heure de Paris. L’accord a été négocié entre J-M Bloch-Lainé, directeur de la mission des achats français aux États-Unis, Georges-Picot, directeur adjoint, le colonel Jacquin, chef de la mission Air, sir Arthur Purvis, directeur général des achats britanniques et sir Henry Self, directeur général de la mission Air britannique. Il a été approuvé par l’ambassadeur de France, Saint-Quentin. Les accords financiers ont été finalisés par Leroy-Beaulieu, attaché financier français aux États-Unis et Osborn, représentant de la Trésorerie britannique au Canada. Les Allemands eurent vent évidemment de ces transactions et exigèrent, dès le 1er juillet, que les relations avec les Anglais cessent. L’argument utilisé pour les désintéresser de cette affaire était que l’accord avait été passé sur un compte commun franco-britannique et qu’il était impossible de dissocier les contrats. Plus tard on utilisa un argument plus crédible, à savoir que les accords de cession ont été signés le 16 juin, avant l’armistice.
Quatre accords de cession furent signés : un pour l’aviation, le second pour l’armement, un accord financier et un accord précisant le droit de préemption des colonies françaises. Ces accords intéressaient les productions en cours sur le territoire américain et excluaient les matériels en route vers la France au 16 juin ou saisis par les autorités britanniques, ainsi que les contrats signés aux États-Unis mais non gérés par la direction générale des Achats français.
Le 24 juin, le ministre des Finances de Vichy, Yves Bouthillier, ordonna à Paul Leroy-Beaulieu de suspendre la signature de nouveaux contrats, sauf de ravitaillement et de combustible. Les accords ont été mis en vigueur le 25 juin 1940. Monnet, alors à Londres et prêt à partir pour Bordeaux le 18 juin, avait pris le temps d’envoyer à Arthur Purvis un télégramme spécifiant que tous les contrats français devaient être cédés aux Britanniques. Il ne paraît donc pas avoir été à l’origine de l’action de Bloch-Lainé et de Purvis le 16. Il faut voir dans ce télégramme tardif une manière de confirmer l’accord de la nuit ou l’expression d’un sentiment partagé. Monnet quitta le Comité franco-britannique le 2 juillet et rejoignit la British Purchasing Commission aux États- Unis, présidée par son ami Purvis, en dépit d’attaques venues des milieux britanniques ou américains (Morgenthau).
Mais une autre affaire surgit. Le 17 juin à Bordeaux, Weygand, ministre de la Guerre et de la Défense nationale et Sir R.H. Campbell, ambassadeur de Grande-Bretagne en France, signèrent un accord de cession au gouvernement britannique de tous les contrats « passés au profit direct ou indirect de l’État français aux États-Unis », sans avoir eu connaissance de l’accord Purvis-Bloch-Lainé. Cet accord allait donc plus loin que le précédent, car il englobait toutes les commandes françaises aux États-Unis, liées à la guerre, y compris les marchandises en route pour la France. Les contrats des groupements privés portaient par exemple sur des produits stratégiques tels que du duralumin, commandé par le groupement d’importation et de répartition de métaux légers à Alcoa ou Reynolds, du cuivre, du zinc, du plomb et de l’acier. Cet accord fit difficulté et ne fut pas totalement honoré. Les responsables de Vichy souhaitaient revenir sur certaines dispositions. Jean Bichelonne, secrétaire à la Production industrielle, demanda en décembre 1940 de récupérer le matériel prévu pour une usine d’aluminium à Issoire, et payé 8 millions $. Les Allemands de Wiesbaden avaient demandé que ces matériels restent propriété de la France aux États-Unis.
En ce qui concerne les contrats d’armements les Britanniques remboursèrent les avances payées par les Français sur un compte de la Banque de France auprès de la Banque du Canada, en dollars américains. Avec l’approbation des Français ils ne remboursèrent pas les avances faites par la France aux entreprises américaines avant la livraison effective des commandes, ce qui constituait une aide financière française aux Britanniques. Les services français de New York mirent leur compétence au service des liquidateurs britanniques. Paradoxalement, les problèmes vinrent des Américains qui tentèrent de gêner les transactions françaises. Alphand remarquait que « l’état d’esprit ici est loin de nous être favorable ». Morgenthau au Trésor était encore plus hostile que le Département d’État. Le nouveau gouvernement français ratifia ultérieurement les engagements pris. 629 millions $ de contrats pour l’aviation, 97 millions $ de machines-outils, 60 millions $ d’armements divers, et 14 millions $ d’autres commandes diverses furent cédés aux Britanniques par les accords Purvis-Bloch-Lainé30. Il s’agissait au total de 887 contrats différents, d’une valeur de 801,2 millions $31. Ces transferts ont représenté 80 % des commandes françaises d’armements aux États-Unis. On peut s’étonner de la faiblesse (20 %) des fabrications mises à la disposition de la France. Mais il faut se rappeler que la plus grande partie du matériel aéronautique avait été commandée aux États-Unis en octobre-novembre 1939 et en mars 1940. Il ne pouvait être livré au 16 juin 1940.
Ce site paraît clair et bien argumenté. Qu"en pensez vous ?
Si vous avez les yeux plus gros que le ventre, vous n’êtes pas près de trouver une paire de lunettes !
Bernard