Un mois de juillet fiévreuxCependant, CHURCHILL n’est pas convaincu même s’il autorise des frappes sur Peenemünde, Watten (Pas-de-Calais) et les usines aéronautiques de Friedrichshafen.
Le
Bomber Command n’est, lui non plus, pas convaincu et craint des cibles « leurres » destinées à attirer les bombardiers sur des chimères. Néanmoins, une attaque de Peenemünde commence à être évaluée.
En juillet, des opérations de débarquements, naval ou aéroporté, sont envisagés sur Watten pour collecter des renseignements supplémentaires et détruire ce qui devrait l’être. L’idée est mise au frigo compte-tenu de son caractère suicidaire.
La RAF concentre ses reconnaissances sur les sites susceptibles de présenter la nouvelle menace. Hugues WENKIN note que 40 % des missions de reconnaissance menées par la RAF du 1er mai 1943 au 31 mars 1944 sont dévolues au programme de missiles balistiques allemand. De la Flandre occidentale jusqu’au Cotentin, la vaste zone est photographiée sur 100 kilomètres de profondeur à partir de la côte, à la recherche de chantiers d’installations de tir. La résistance est également sollicitée pour renseigner les chantiers.
La planification de l’opération « Hydra »L’expérience des raids précédents contre des installations industrielles sensibles se sont toujours déroulées de jour pour garantir un bombardement le plus précis possible. Mais il n’est pas envisageable de pénétrer profondément dans l’espace aérien du 3e Reich, jusqu’à la Baltique, et revenir, en plein jour. La chasse allemande ferait un carnage de bombardiers. Le raid doit donc être nocturne, par une nuit de pleine lune pour permettre la navigation à vue car les systèmes de guidage ne portent pas aussi loin.
La petite taille de la cible rend son bombardement fort difficile. Pour la première fois, le
Bomber Command va utiliser des
Pathfinders guidés par un
Master Bomber.
La nature ultrasensible de l’objectif va nécessiter que l’on cache celle-ci aux équipages. Les briefings vont dès lors évoquer un centre de recherches d’un nouveau système radar tellement précis qu’il va permettre à la défense aérienne du Reich de causer des pertes terribles aux équipages de bombardiers au-dessus de l’Allemagne. Les briefings précisent qu’en cas d’échec, les raids seront répétés jusqu’à ce que la cible soit détruite. Quel que soit le taux de pertes. De quoi motiver les équipages tout en conservant le secret des missiles balistiques.
La mission poursuit 3 objectifs par ordre décroissant des priorités :
1. l’élimination physique des chercheurs afin de « tuer dans l’oeuf » les recherches allemandes, la zone résidentielle du centre de recherches de Peenemünde est donc la cible prioritaire ;
2. la destruction des ateliers de montage des missiles ;
3. la destruction du centre d’expérimentation.
La nuit du 17 au 18 août est choisie pour le raid.
Un raid de diversion sera mené contre Berlin pour attirer à lui la chasse allemande.
L’approche se fera à basse altitude (8.000 pieds plutôt que 19.000), sous la couverture radar.
La
Flak reconnue sur la cible est qualifiée de « pas formidable » par le renseignement, même si celui-ci confirme qu’elle se renforce au cours du mois de juillet.
Le raid sur PeenemündeLe 18 août 1943, 596 bombardiers (essentiellement des lourds) prennent leur envol vers la Baltique. A 2h00, la première vague (244 Halifax et Stirling des
3 et 4 Groups) survole Peenemünde mais largue ses bombes trop loin. C’est principalement le camp des travailleurs forcés qui est touché.

Le camp des travailleurs forcés a été lourdement touché.
Les
Pathfinders précisent le marquage et la deuxième vague (113 Lancaster du
1 Group) bombarde les installations dédiées au V2 (de longs halls de 270m. de long). Un hall de stockage est touché mais la plupart des bombes s’abattent dans la mer, le vent ayant fait dériver les marquages.

Le centre de recherches sur les fusées a quasiment été épargné.
La troisième vague (126 Lancaster et 52 Halifax des 5 et 6 Groups) arrive 30 minutes après la première. La fumée masque le complexe scientifique et le vent a perturbé le marquage de la cible malgré les efforts de correction du
Master Bomber. Les bombes manquent leur cible de 1.800 à 2.700 mètres !
La
Flak et la chassent abattent 47 bombardiers (28 sont abattus en l’espace de 15 minutes sous les coups de la nouvelle tactique dite de la « Schräge Musik » - les bombardiers sont frappés à mort par un dispositif particulier les frappant par le dessous).