Post Numéro: 3
de alfa1965
01 Mai 2023, 11:42
Merci beaucoup Prosper. Une partie de l’interview :
mars 1944.: l’arrestation ?
Je suis arrêtée, oui. Mon rendez-vous avait été légèrement donné. En plein Paris, j’avais rendez-vous avec un agent de liaison. Il n’est pas venu parce qu’il avait été arrêté la veille et il avait un peu parlé. Il avait donné mon rendez-vous. J’ai été arrêtée au Trocadéro, avenue Albert de Mun, j’ai habité là juste après la guerre, le seul immeuble habitable avenue Albert de Mun, il faut que je tombe dessus ! La concierge se souvenait très bien de moi.
Et vous partez en déportation ?
D’abord, d’abord à l’hôpital de la Pitié parce que comme Je n’étais pas d’accord pour me faire arrêter, que j’avais très peur de parler surtout. Je connaissais tous les noms des, je connaissais tous les terrains, j’avais une mémoire que je n’ai plus du tout maintenant. Heureusement à l’époque j’avais une bonne mémoire, je connaissais tous les terrains d’atterrissage, de parachutage, je connaissais les vrais noms de beaucoup d’agents parce que je les avais envoyés par code à Londres pour les faire immatriculer. Donc je ne voulais pas parler et j’avais peur de parler.
D’ailleurs j’avais toujours dit à mon patron, « ils peuvent faire n’importe quoi, je me tairai, mais si, ils m’arrachent les ongles, je parle, je vous promets que je parle ». Une terreur de l’arrachage des ongles qu’ils ont fait à plusieurs reprises d’ailleurs. Donc j’ai essayé de me faire tuer et ils m’ont tiré dedans, et ben y’a une balle qui m’a traversée sous la hanche, qui est sortie… enfin au-dessus de la vessie. Du 9mm, c’est gros, c’est gros le 9mm ! Ils m’ont mise au pavillon Charles Quentin de l’hôpital de la Pitié qui était réservé aux, aux terroristes. J’étais une terroriste ! Mes camarades ont essayé de me faire sortir. Malheureusement, la veille… les rondes autour du pavillon Charles Quentin avaient été bouleversées et mes camarades sont tombés sur les, sur les Allemands, si bien que l’opération a raté. On m’a envoyée à Fresnes et puis bon les interrogatoires de la rue des Saussaies, c’était très désagréable parce qu’il fallait descendre les six étages, à pied, ça les amusait beaucoup les Allemands. Remarquez, je n’ai pas été torturée hein. J’ai été battue mais pas torturée, ce qui n’est pas du tout la même chose, parce qu’au bout de quelque temps, vous ne sentez plus rien. Moi, quand ils venaient m’interroger dans ma cellule à l’hôpital de la Pitié, au pavillon Charles Quentin, à force de taper, comme j’étais dans un lit, ils tapaient d’un côté, ma tête allait taper contre le mur, elle revenait, ils tapaient, ma tête allait taper contre le mur et ils retapaient. Au bout de quelques minutes, on ne sent plus rien, je vous assure. Et je me disais « mes cocos, vous pouvez taper, moi je ne sens plus rien du tout ». Et ils m’ont envoyée à Fresnes où ça a été un peu difficile mais je n’ai pas été torturée, je le signale parce que maintenant, dès qu’on reçoit une gifle, on dit qu’on est torturé, bon, j’en ai reçu plus d’une et quelques coups de poing pour briser quelques dents, enfin bon il y a des appareils !
Nous avons été rachetés à la Gestapo. Il y a eu un contact, une des sœurs du gars qui m’avait dénoncée d’ailleurs, qui était une fille épatante qui est morte maintenant, avait été… elle s’était fourrée dans, à la Gestapo pendant… et était rentrée et avait, enfin ils avaient négocié, nous avons, ça a coûté très cher à Londres, nous avons été rachetés, Yeo, l’envoyé de Churchill, le Lapin blanc, Yeo-Thomas, les 2 secrétaires de notre équivalent sur l’Est et moi, nous avons été rachetés… un Constable, un Murillo, je ne sais plus encore l’autre et beaucoup d’argent. J’ai coûté très cher à l’État français !
On n’a pas été fusillé parce qu’ils voulaient nous fusiller, on pensait qu’on allait être fusillé donc on a été déporté mais personne ne savait ce que c’était que la déportation à ce moment-là. Quand je suis rentrée de déportation, puisque je suis là, je suis quand même rentrée de déportation, mon patron a débarqué chez mes parents à Passy et la première chose qu’il m’a dite « je vous demande pardon de vous avoir… vous empêchez d’être fusillé » et je lui avais répondu « je ne vous le pardonnerai jamais ». Et effectivement à ce moment-là, j’avais aucune intention de lui pardonner, j’aurai préféré dix fois être fusillée plutôt qu’être déportée. Enfin ça, il ne le savait pas, personne ne savait.
Siamo 30 d'una sorte, 31 con la morte. Tutti tornano o nessuno. Gabriele d'Annunzio, Canzone del Quarnaro.