Bonsoir ,
je profite de la situation pour rebondir sur les craintes allemandes d'une attaque venant du sud et leurs problèmes de renseignement ( cf fil dédié ) .
Observez ces deux cartes , qui sont datées du 25 mai ( soit des renseignements potentiellement meilleurs , pour les Allemands, que la veille ) et qui présentent le front de la Somme .
D'un coté , les Allemands ont des soupçons de présence d'unités britanniques sans les identifier et une division coloniale ( mal identifiée par ailleurs, ce n'est pas la 5e , mais les 4e et 7e DIC ) , sinon c'est le vide sidéral , et de l'autre le dispositif est beaucoup plus étoffé ( mais certes pas transcendant ! ) .
D'un coté on voit une armée inconnue et on positionne la 7e armée dans la poche de Dunkerque ... de l'autre , oui c'est bien la 7e armée qui se présente au front sur la Somme .


Les Allemands situent la 4e DCR dans le secteur de Soissons , alors qu'elle est en pleine progression vers Abbeville , au sud est d'Amiens . La 1st Armoured britannique est soit disant dans la nasse de Dunkerque , alors qu'elle est en reformation au sud ouest d'Abbeville .
Dans de telles conditions , avec si peu d'informations sur ce qui peut déboucher de la Somme , par exemple sur Abbeville qui n'est protégée que par des éléments réduits de la I.D.2(mot) , je doute que la tranquillité d'esprit soit totale dans les états majors Allemands . Encore une fois ( et Takata l'indique très clairement lui aussi , je l'en remercie ) , il ne faut pas se positionner avec les informations que l'on a aujourd'hui , mais celles que les belligérants avaient a l'époque , au moment precis des prises de décision .
Et pour le moins , c’était le flou artistique le plus total coté Allemand .
Je pense même qu'ils avaient surestimé le nombre de divisions ( oui je dois finir l'analyse en cours sur la liste Allemande , je n'ai pas oublié) alliées prises dans la poche de Dunkerque , ce qui les confortait dans une position tenant en trois points :
- trop de troupes pour tenter une évacuation par mer ( d'ailleurs aucune opération de cette envergure n'avait jamais été tentée dans l'histoire , mais la lecture correcte de certains événements survenus aux pays-bas et en Norvège aurait du mettre la puce a l'oreille )
- densité des troupes trop forte pour qu'une opération de percée avec moyens blindés puisse donner un quelconque résultat opérationnel , et au contraire envisager un travail durable par l'artillerie et l'aviation pour réduire les forces et donner des résultats , pour autoriser ensuite l'infanterie a nettoyer les villes et villages les uns après les autres , et réduire progressivement la poche .
- la puissance du groupe de divisions enfermé dans la poche peut très bien déboucher sur une attaque en force allant du nord vers le sud , il est donc impératif de se préparer a défendre , plutôt qu'a attaquer ( cela ne vous fait pas penser a une inversion marteau/enclume ... ) , tout en laissant la progression s'effectuer par l'infanterie , en venant non pas du sud mais du nord , a travers les lignes belges très largement affaiblies
Si l'on présuppose que les généraux Allemands n’étaient pas des benêts ( ainsi que l’état major ) , ils avaient conscience que leur niveau de renseignement n’était pas suffisant pour "envoyer le paquet" sur Dunkerque en laissant le front de la Somme quasi vide , au risque de se faire tourner a leur tour et perdre l'avantage , qui plus est , avec des unités blindées déjà très diminuées .
Au moment ou le Halbefehl est décidé , environ 500 chars ont été perdus définitivement , et un bon millier sont attendus en retour des ateliers , ce qui laisse environ 40/45% de chars opérationnels a la panzerwaffe ( situation plus grave encore pour certaines divisions , comme je l'ai déjà expliqué ) .
J'ai aussi expliqué ce qui a pu faire croire a certains généraux de panzerdivision que leurs effectifs n’étaient pas si amochés que cela ( et donc les pousser a vouloir continuer l'offensive ) : la fameuse règle des envois en réparation a moins de 3 jours ou a plus de trois jours . 80% des chars envoyés en réparation étaient dans la première catégorie simplement en raison de la priorisation ( on ne va pas essayer de réparer un char qui a reçu une dizaine d'impacts de 47 alors que le char juste a coté a juste un élément moteur a changer ) , mais au lieu de percevoir leurs chars réparés au bout de , disons une semaine , les chars n'arrivaient toujours pas , et la aussi j'ai expliqué pourquoi : ateliers trop lointains et routes saturées .
Si l'on reporte ce manque informatif du colonel de régiment au général de division , puis au général de corps et ensuite d'armée , et que l'on finalise par une info a l'OKH , la situation n'est pas si dramatique . Ce qui aurait du être suivi , c'est l’évolution du nombre de chars envoyés en réparation et non retournés dans des délais corrects . Cela a été identifié mais tardivement .
Du coup , simplement en suivant le taux opérationnel par corps blindé ( ils n'avaient pas cette appellation a l'époque ) , il était évident qu'il y avait un gros problème , et c'est peut être ces chiffres la qui sont parvenus jusqu’à Hitler et qui , avec d'autres éléments que je ne conteste pas ( dans le domaine politique ou autres ) , l'ont amené a déterminer un arrêt provisoire .
Encore une fois , je ne prétends aucunement avoir la réponse définitive et complète sur ce sujet complexe, mais j'apporte au fil du temps des éléments que l'on ne peut pas négliger pour conserver une vision objective , et l'on voit par mes récentes démonstrations que le niveau de renseignement Allemand était plus que pitoyable , sauf en ce qui concerne l'immédiate ligne de front qu'ils avaient avec la France ( donc la ligne Maginot ) : voir ce fil pour plus de précisions sur le sujet
viewtopic.php?f=126&t=46978Amicalement ,
Alain