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Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
C'est ici.
MODERATEUR:

Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 351  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 06 Avr 2026, 07:34

bernard-1954 a écrit:
Wagner a écrit: Hier, le Führer a passé trois heures à examiner une note de cours [Vortragsnotiz] que je lui avais envoyée par l'intermédiaire de Schmundt. Un approvisionnement repensé. À la fin, il a déclaré qu'une telle chose ne pouvait être faite qu'avec l'armée allemande. Il a raison !

Dans sa première lettre du 11 juin, Wagner écrit à sa femme : demain, le Führer recevra de ma part une note (Vortragsnotiz) sur le ravitaillement. Je sais que le temps de chasse aux oeufs vient de passer, mais retrouver cette note dans les archives serait d'un grand intérêt pour le sujet : il s'agit vraisemblablement d'un retour d'expérience sur la campagne.
Voici les pistes données par l'IA :

Ce que l'on sait sur cette Vortragsnotiz

En juin 1940, Wagner était chef d'état-major et adjoint du Generalquartiermeister (GenQu) Eugen Müller — il ne prendra le poste de GenQu lui-même qu'au 1er octobre 1940. Le 11 juin, il annonce qu'il prépare une note sur le ravitaillement à destination du Führer ; le 14 juin (jour de l'entrée des Allemands dans Paris), il confirme qu'Hitler a consacré trois heures à cette note transmise via Schmundt (l'aide de camp militaire d'Hitler). La remarque d'Hitler — "une telle chose ne pouvait être faite qu'avec l'armée allemande" — suggère une note proposant un système logistique innovant, probablement lié aux improvisations de transport déjà connues (Fernlastzüge, etc.).

---

Où chercher cette note

1. Bundesarchiv-Militärarchiv, Freiburg — fonds RH 3 (OKH/GenQu)

C'est le fonds central. Les archives conservées dans le fonds RH 3 portent sur le fonctionnement général du service, l'emploi des troupes de ravitaillement de l'armée et les questions de munitions, véhicules, carburant, armes et matériels. C'est là que seraient logiquement classées les Vortragsnotizen du GenQu ou de son adjoint. Le problème : les pièces conservées sont peu nombreuses, les pertes de guerre ayant été importantes.

Cotes à explorer en priorité :
- RH 3 (GenQu, 1935–1945) — notamment les sous-groupes Qu 1 (études et expériences) et Qu 2 (services arrière)
- Le fonds est partiellement accessible via l'Invenio du BArch : [https://invenio.bundesarchiv.de](https://invenio.bundesarchiv.de)

2. Le Nachlass Wagner (succession/papiers personnels)

La source principale publiée est l'ouvrage Der Generalquartiermeister (éd. Elisabeth Wagner, Munich 1963), qui compile lettres et notes de journal d'Eduard Wagner — c'est justement là que figurent les lettres du 11 et 14 juin. La question est de savoir si les papiers originaux non publiés du Nachlass Wagner ont été versés aux archives.

Il vaut la peine de vérifier auprès du BArch-MA si un Nachlass Wagner (cote N …) existe, car les successions d'officiers supérieurs sont parfois versées séparément des fonds institutionnels.

3. Fonds du Führerhauptquartier / Adjutantur des Führers

La note a transité par Schmundt (chef de l'Adjutantur de la Wehrmacht auprès d'Hitler). Les archives de cette structure sont en partie dans le fonds RW 4 (OKW/Führerhauptquartier) et RH 2 (Generalstab des Heeres/Op. Abt.). Une Vortragsnotiz revenue avec annotations d'Hitler pourrait s'y trouver.

4. NARA, microfilms série T-78 (OKH) et T-77 (OKW)

Une partie des archives du GenQu a été microfilmée à Alexandria (Virginie). Les Guides to German Records Microfilmed at Alexandria référencent ces bobines. Ces guides sont cités comme source de référence pour le fonds RH 3. Les microfilms T-78 (OKH) contiennent des matériaux du GenQu qui ne sont pas tous au BArch.


Recommandation pratique

La démarche la plus efficace serait :

1. Consulter Invenio pour le fonds RH 3 avec les mots-clés Versorgung, Vortragsnotiz, Juni 1940, Frankreichfeldzug
2. Écrire au BArch-MA (bundesarchiv.de/kontakt) en demandant si un Nachlass Eduard Wagner existe, et si les papiers de travail du GenQu pour mai–juin 1940 ont survécu
3. Vérifier le microfilm T-78 via les Guides to German Records (disponibles en ligne sur le site NARA)

La note elle-même — si elle n'a pas été détruite — aurait pu être conservée soit dans les dossiers opérationnels du GenQu (RH 3), soit parmi les papiers de la Führerhauptquartier, soit dans le Nachlass Wagner si Elisabeth Wagner l'avait gardée avant de remettre les archives.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 352  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 06 Avr 2026, 07:51

Loïc Charpentier a écrit:
Sinon, là-aussi, on ne constate pas de fléchissement notable du parc en service et en dépot. Les pourcentages "manuscrits" en baisse semble correspondre à une réduction volontaire de production, le quota des quantités stockables et attribuées aux unités étant alors probablement atteint (2600, 2700 pièces ?)

Je me trompe surement, mais j'ai la vague impression que, en juin 1940, certaines "grosses légumes" avaient, alors, envie de "se faire peur". :mrgreen:



Hello Loïc,
Je pense pour ma part qu'il y a tout de même un probleme récurrent dans la production de ces 3 piliers de l'armée de l'armée de terre allemande : il n'y en a pas assez.
Le simple fait de péréniser l'utilisation de matériel de prise détermine bien que la production ne suffit pas à alimenter l'armée dans sa totalité ou ... que le matériel made in germany était de moins bonne qualité, ce que je ne pense pas.

Alain
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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 353  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 06 Avr 2026, 10:33

alain adam a écrit:Hello Loïc,
Je pense pour ma part qu'il y a tout de même un problème récurrent dans la production de ces 3 piliers de l'armée de l'armée de terre allemande : il n'y en a pas assez.
Le simple fait de péréniser l'utilisation de matériel de prise détermine bien que la production ne suffit pas à alimenter l'armée dans sa totalité ou ... que le matériel made in germany était de moins bonne qualité, ce que je ne pense pas.

Alain


Bonjour,
J'avais pas mal bossé sur le sujet de l'artillerie de campagne allemande (Feldartillerie), qui couvrait réglementairement les gammes de calibres qui s'étendaient de 7,5 cm à 21 cm inclus (21 cm Mörser 18), les calibres égaux à 21 cm (canons) ou supérieurs, eux, n'étant pas assimilés à l'artillerie de campagne.

Comme l'indique le tableau (ci-dessous) que j'avais établi, qui couvre la période du 1er septembre 1939 au 1er mars 1945 (dernier inventaire connu), à l'entrée en guerre, le parc (matériel en dotation + matériel en dépot) était constitué de 12 801 pièces; au 1er juin 1940, il était de 14 813 pièces, soit une augmentation de + 13,6%.

Entre le 1er juin 1940 et le 1er juin 1941 (19 578), il avait augmenté de 4765 pièces, soit + 32%. Là, il convient de noter que le "parc" inventorié au 1er juin 1941, 19 578 pièces, n'avait été +/- égalé qu'une seule fois durant la période 1942-1945, à savoir au 1er juin 1944, avec un inventaire de 19 430 pièces, et seulement dépassé en septembre 1944 (20 626)! :mrgreen:

Selon moi, il y aurait au moins deux explications:
1) L'industrie militaire du III.Reich, à dater de juin 1941 et suite au déclenchement de l'invasion de l'Union Soviétique, pour diverses raisons et en fonction de priorités "supérieures", arrivait tout juste à satisfaire aux besoins, le nombre de pièces rebutées (combats, usures) n'ayant très sérieusement augmenté qu'à dater de juin 1944, avec 7810 pièces perdues entre le 1 juin et le 31 décembre 1944, soit une moyenne mensuelle de +/- 1302 pièces! ::mal-a-la-tete::
NOTA : il faudrait également jeter un coup d’œil sur les productions de munitions. ;)

2) Les "limites" de capacité de la Heer à pouvoir constituer, former et armer suffisamment de formations d'artillerie, ne serait-ce qu'en fonction du nombre de "recrues", résultats des vagues successives de mobilisation.

Dotation 1939-1945

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 354  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 07 Avr 2026, 06:58

15 juin
Journal de Halder

Au matin, une « directive » du Führer est reçue. Elle ordonne le lancement immédiat des mesures visant à préparer la réduction des forces terrestres à 120 divisions, dont 20 blindées et 10 d'infanterie motorisée. Cette directive repose sur l'hypothèse qu'avec l'effondrement final et imminent de l'ennemi, l'armée de terre aurait rempli sa mission et pourrait donc, tout en se trouvant encore en territoire ennemi, commencer sereinement à préparer l'organisation de temps de paix. Seules l'armée de l'air et la marine poursuivraient la guerre contre la Grande-Bretagne.

Conversation téléphonique avec Borck : Je suis insatisfait de la gestion des chemins de fer en Belgique. Bien que la restauration des voies et des ponts progresse à un bon rythme, la reprise du service par le personnel de la Reichsbahn tarde à se concrétiser.

Une erreur m'a fait publier à la date du 14 juin la lettre de Wagner datée du 15. C'est donc le 14 juin que Hitler a pris connaissance de la note de Wagner.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 355  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 08 Avr 2026, 07:05

16 juin

Journal de Halder

Après une réunion matinale avec ObdH, au cours de laquelle les questions d'armistice et de démobilisation furent également abordées, le général Mieth se réunit pour une conférence sur les conditions fondamentales d'un armistice : l'ensemble du littoral doit être occupé ; l'armée française doit déposer les armes et se concentrer dans les zones montagneuses entre le Rhône et le golfe de Gascogne (à l'exclusion du golfe de Gascogne) ; les zones industrielles ; un calendrier pour les mouvements des troupes désarmées ; une démobilisation par « réserve », commençant par les agriculteurs, puis s'étendant aux autres catégories. Inventaire et reddition de toutes les armes, stocks, dépôts de munitions et usines d'armement ; routes, voies ferrées, voies navigables et matériel de transport.

Organiser la défense côtière avec des réserves mobiles : quinze divisions à l'est, cinq divisions d'infanterie en Norvège (en plus des sept divisions déjà présentes), et deux ou trois divisions blindées (afin de faciliter les négociations avec la Suède concernant la route et la voie ferrée de Narvik). Une division serait envoyée au Danemark. Sur les 120 divisions (blindées comprises) qui doivent être formées par réduction des effectifs de 160 divisions, environ 85, dont 65 d'infanterie, resteraient en France. Outre les 120 divisions immédiatement disponibles, l'équipement nécessaire à 45 divisions supplémentaires doit être stocké dans les centres d'entraînement des troupes afin d'assurer une activation rapide de ce nombre de divisions.

A 10h45 conversation téléphonique avec von Bock. Il se plaint de l'activité aérienne ennemie en augmentation.

15h00 - conférence avec Gercke et Wagner à propos de l'avancée des têtes ferroviaires dans le secteur Somme-Aisne ; la ligne ferroviaire Amiens - Laon - Reims sera opérationnelle le 18 juin au matin.

17h00 - Wagner : Ligne de démarcation arrière de la zone d'opérations. Situation à Paris : stocks importants, y compris de carburant. Retour de population en Sarre jusqu'à la zone de combat principale.

La population allemande avait été évacuée de la Sarre dans les premiers jours de la guerre. Wagner avait participé à cette opération.

Lettre de Wagner

Tout se déroule sans accroc. L'immense organisation fonctionne comme une horloge et les tensions se sont dissipées. Militairement, nous sommes face à la fin de la France ; l'encerclement du Groupe de l'Est est bouclé et nous atteindrons la frontière suisse demain. Nous comptons sur 120 000 hommes et au moins 30 divisions. Nous pensons que l'armistice est imminent, que la France ne pourra plus tenir et devra capituler. Nous pourrons alors entamer les premières mesures de démobilisation dans environ six semaines. Et en septembre, je pense être libre… Je passerai bientôt une journée à Paris. Nous y avons nommé un commandant militaire, avec Speidel comme chef d'état-major, le prédécesseur de M. à Paris. Demain, j'y envoie Kossmann et D. Au passage, c'est un plaisir de voir son appareil fonctionner si bien.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 356  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 09 Avr 2026, 06:20

17 juin

Journal de Halder

La situation ennemie reste inchangée. Hormis une légère résistance rencontrée par l'aile droite de la 4ème armée, probablement par des troupes britanniques couvrant leur retraite plutôt que de nouvelles concentrations, l'ennemi se replie sur tout le front dans un état de désorganisation totale et sous les bombardements constants de notre aviation. La défense antiaérienne ennemie est quasi inexistante, sans doute en raison du retrait en cours de l'aviation française.

Le travail principal du jour concerne les problèmes d'armistice, dont Mieth est toujours chargé. Les travaux sur ce sujet, peu familier pour nous autres soldats, progressent assez lentement. Je recommande une ligne de démarcation qui inclurait la zone montagneuse du sud de la France et nous donnerait ainsi la vallée du Rhône et la côte jusqu'en Espagne. Toutes les unités de l'armée française encore existantes à cette date devraient être transférées dans la zone située au-delà de la ligne de démarcation pour être démobilisées. L'OKH soumet ces propositions à l'OKW.

Wagner reçoit des instructions concernant l'évacuation vers la Sarre et Baden des quelque 200 000 prisonniers de guerre que nous prévoyons de capturer dans le nord-est de la France.

Je discute avec Buhle du programme de réduction des forces terrestres à 120 divisions.

Le commandement politique nous annonce à midi que le Gouvernement français, à travers les bons offices du Gouvernement espagnol, a approché l'Allemagne sur les termes d'un armistice.

Le Führer se rend à Munich pour rencontrer Mussolini. La réponse est retenue jusque là. On ne sait rien sur la réaction britannique.

Lettre de Wagner

17h30
Depuis ce matin, il est presque inconcevable que la France ait demandé un armistice. C'est presque insupportable, tant le poids de ces jours est lourd. On peine à ressentir de la joie ; on est tout simplement paralysé, presque pétrifié. Que de tâches immenses attendent notre peuple ! Quelle tragédie qu'un homme comme Pétain ait dû prendre cette décision. Lui qui, à Verdun, avait rallié l'armée française à la sortie de la mutinerie et de l'effondrement.

Soir.
Paris est déjà sous contrôle, Metz est tombée, le Führer est en route pour Munich afin de rencontrer Mussolini. Il est devenu presque impossible de rejoindre le front en voiture, les distances sont immenses. Nous pensions être mobiles pour un commandement d'armée, comparé à la dernière guerre. Mais notre matériel de communication est insuffisant ; il faut dix jours pour le monter, et nous ne disposons pas encore de systèmes de radiocommunication blindés. Nous devons gérer divers problèmes qui deviendront urgents dans les prochains jours : armistice et capitulation, regroupement des forces*.

*) Avec la fin de la campagne de France, deux problèmes se sont imposés :
1. La coopération de Gen Qu avec la Commission d'armistice franco-allemande, a) concernant la question matérielle : la reddition et le stockage des armes, munitions, équipements, véhicules, etc., b) concernant la gestion administrative militaire : la ligne de démarcation avec le sud de la France, la délivrance des passeports, le ravitaillement et l'utilisation des territoires occupés, etc.
2. Les préparatifs logistiques en vue d'une éventuelle invasion de l'Angleterre (voir la contribution d'Eckstein en annexe).
Je n'ai pas encore exploré cette contribution.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 357  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 10 Avr 2026, 06:33

18 juin
Journal de Halder

Le Führer est parti consulter Mussolini. Pendant un jour et demi, nous serons donc nos propres maîtres. Nous allons mettre ce temps à profit pour accélérer notre progression dans les directions convenues, afin de jeter les bases de négociations d'armistice. La situation ce matin ne révèle rien de particulièrement nouveau, juste l'évolution graduelle de la situation.

11h00 - conférence avec Fromm et Olbricht sur la démobilisation de l'armée qui passera de 165 à 120 divisions.
Cette conférence fait l'objet d'un développement qui détaille en particulier le doublement du nombre des PzD.

14h00 : Thoma présente un rapport sur les 5. et 7. PzD. : la 7. PzD. a un total de 90 chars opérationnels. La 5. PzD. en a 90 au 31. Rgt et 90 au 15. Rgt, soit 180 chars opérationnels, ce qui est une assez bonne performance. L'approvisionnement en pièces détachées et les ateliers de réparation fonctionnent sans problème. Le carburant est prélevé sur les stocks du pays.
Des transports de remplacement sont arrivés grâce à l'aide de l'organisation Todt.

Discussion en soirée avec Wagner sur la future organisation de l'administration militaire en France.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 358  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 11 Avr 2026, 07:45

19 juin

Aux lecteurs du forum : je prévois de finir ce fil, qui commence à être long, à la date de la fin des hostilités en France (25 juin). S'il y a peu d'informations concernant la logistique au sens strict chez Halder, il y a d'autres informations que je trouve intéressantes à remonter. Vous pouvez réagir en disant STOP et je limiterai le contenu de ces derniers posts.

Journal de Halder

La ligne de front correspond à peu près à la Loire. Il reste encore quelques soldats français qui combattent, dans le Nord-Est.

Nombreuses discussions dans la journée :

- avec l'ObdH : organisation projetée de l'armée de paix, et phases de transition pour y arriver.
10 Heeresgruppen, 23 AK, 20 PzD, 10 ID(mot), 6 GbD, 26 ID.
Occupation en rotation de la Hollande, la Belgique et le Norvège. Gouvernement-Général pas encore décidé.
Troupes coloniales.
- avec Buhle : proposition sur la distribution géographique et la force des unités. Réduction planifiée de 165 à 120 divisions.
- avec Wagner : problème des réfugiés. Nouvelle délimitation des zones arrières des groupes d'armées.

Dans la soirée, nous recevons une « directive » de l'OKW fixant une ligne de démarcation que nous ne devons pas franchir (elle suit principalement le Cher), ainsi qu'une ligne à l'est de la côte atlantique. Elle nous ordonne également de pousser une partie du Gr. Kleist au-delà de la Basse-Loire, dans le secteur du HGr B, afin d'occuper la côte atlantique, tandis que d'autres parties du Gr. doivent progresser vers Lyon pour prendre à revers le front italien.

Lettre de Wagner

La situation du courrier est un vrai désastre… Et ces imbéciles des douanes ont arrêté les trains à (?) avec tout le courrier officiel et le reste…

Nous avons de nouveau des problèmes, de vrais problèmes. Dix millions de personnes rentrent péniblement de la Loire vers une région presque entièrement détruite ; c’est tout simplement horrible quand on la survole à 100 mètres d’altitude. Tout est évacué, des dizaines de milliers de têtes de bétail sont laissées sans surveillance et sans traite dans les pâturages, pas une âme qui vive dans les grandes villes, et pourtant à Reims, les magasins sont encore bondés. Maintenant, on est censés reloger ces gens. Les canalisations d’eau, les centrales électriques, tout est systématiquement détruit, et on ne peut que déplorer l’absurdité et la cruauté de soumettre sa propre population à un tel désastre*. Le même tableau se répète jusqu’à la Loire. Seule Paris semble faire exception. Aujourd’hui, un convoi motorisé est arrivé à Cherbourg, peut-être même à Brest. Je pense aussi à Saint-Brieuc, entre les deux, et je me demande ce qu’ils peuvent ressentir.

La conclusion de l'armistice a été quelque peu retardée, ce qui ne fait qu'exacerber la situation. Le ressentiment est déplacé. Il faut toujours se souvenir de novembre 1918 et du courage et de la dignité de nos soldats allemands. Aujourd'hui, Wagner [un homonyme] est de nouveau tombé sur une colonne de 10 000 prisonniers, une armée véritablement vaincue, en haillons, délabrée : un spectacle terrible. Le drapeau allemand flotte à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg depuis aujourd'hui.

Je redoute quelque peu le travail de remise en ordre en France, qui me reviendra. Il faudra réorganiser les opérations, or je ne fais que cela, et l'approvisionnement de l'armée est presque exclusivement une affaire d'organisation, comme je l'avais déjà annoncé en 1934.

Le commandant en chef m'a tenu des remerciements particuliers aujourd'hui et s'est montré d'une courtoisie inhabituelle. J'ai passé deux heures à ses côtés pendant sa présentation, suspendu à ses lèvres à cause de l'ampleur de la tâche, et il n'arrêtait pas de parler, d'un sujet à l'autre. Maintenant, place à la restructuration de l'armée… Demain, ce sera une nouvelle orgie grandiose : un corps blindé marchera de Lyon à Grenoble, le gros des chars du Mans à Bordeaux. Plus rien n'étonne personne, et c'est précisément pour ça que ça marche… Que dira l'histoire militaire de tout cela ?



Note de Frau Wagner

*)Wagner, qui avait pris des dispositions systématiques dans les régions frontalières allemandes en temps de paix, fut profondément touché par le sort des réfugiés. Il s'attela immédiatement à leur venir en aide grâce à son dispositif d'approvisionnement. Le long de la ligne de démarcation entre territoire occupé et territoire non occupé, des hôpitaux allemands pour les patients français, des ambulances avec médecins et personnel médical furent stationnés. Il établit des points de distribution de repas chauds et froids, de lait pour les mères et les enfants, d'aliments pour chevaux et de carburant, ainsi que des ateliers de réparation automobile. Ces mêmes points de ravitaillement furent également installés le long des principaux axes routiers. Wagner contourna le flux de réfugiés par Paris en raison des ressources limitées de la ville, mais pour le retour des Parisiens, il mit en place des trains-navettes avec des wagons pour leurs véhicules. Ces trains circulaient sans interruption entre Orléans et Paris.

Un autre problème se posait : la récolte française. Elle était absolument nécessaire pour nourrir les millions de réfugiés, ainsi que l'armée française vaincue. C'était le mois de juin, mais les Français étaient prisonniers de guerre. Wagner déploya des unités allemandes organisées à cet effet et convoqua simultanément les commandants des camps. Une fiche fut créée pour chaque prisonnier, indiquant, outre son nom, sa profession et sa ville d'origine. Ces fiches permirent d'identifier tous les agriculteurs et les ouvriers agricoles et de les transporter par camion jusqu'à leurs foyers pour participer aux récoltes. Une entreprise risquée et sans précédent, car la guerre faisait toujours rage. Mais ce pari sauva la France occupée de la famine.

En collaboration avec la Croix-Rouge française, que Wagner a immédiatement contactée, il a été possible, grâce à cette mesure rapidement mise en œuvre, de publier des listes pour informer les familles du sort et du lieu de détention des prisonniers. Voir également la contribution du général de division Koßmann et de Bénoist-Mechin, « La moisson de quarente » (Témoignage d'un prisonnier de guerre français).

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 359  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 12 Avr 2026, 06:55

20 juin

Journal de Halder

Aucune information du domaine de la logistique militaire. Le problème du retour des réfugiés est abordé. La délégation d'armistice française, qui devait arriver à Tours à 17h00 est en retard. La "cérémonie" d'armistice était prévue le lendemain matin.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 360  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 12 Avr 2026, 10:14

Pour contrebalancer l'absence d'informations dans le journal du jour, voici un tableau qui tente de faire la synthèse du sujet de la logistique militaire. Il couvre la période concernée par l'ouvrage de van Creveld : Supplying war from Wallestein to Patton. Cependant le tableau est applicable aux périodes précédentes, jusqu'à l'antiquité. Je ne sais pas si Homère aborde les problèmes logistiques pendant le siège de Troie mais Hérodote les mentionne à propos d'une expédition autour de l'Afrique :
J'admire d'autant plus ceux qui ont décrit la Libye, l'Asie et l'Europe, et qui en ont déterminé les bornes, qu'il y a beaucoup de différence entre ces trois parties de la terre : car l'Europe surpasse en longueur les deux autres; mais il ne me paraît pas qu'elle puisse leur être comparée par rapport à la largeur. La Libye montre elle-même qu'elle est environnée de la mer, excepté du côté où elle confine à l'Asie. Nécos, roi d'Égypte, est le premier que nous sachions qui l'ait prouvé. Lorsqu'il eut fait cesser de creuser le canal qui devait conduire les eaux du Nil au golfe Arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux, avec ordre d'entrer, à leur retour, par les colonnes d'Hercule, dans la mer Septentrionale, et de revenir de cette manière en Égypte. »

« Les Phéniciens, s'étant donc embarqués sur la mer Érythrée, naviguèrent dans la mer Australe. Quand l'automne était venu, ils abordaient à l'endroit de la Libye où ils se trouvaient, et semaient du blé. Ils attendaient ensuite le temps de la moisson, et, après la récolte, ils se remettaient en mer. Ayant ainsi voyagé pendant deux ans, la troisième année ils doublèrent les colonnes d'Hercule, et revinrent en Égypte. Ils racontèrent, à leur arrivée, que, en faisant voile autour de la Libye, ils avaient eu le soleil à leur droite. Ce fait ne me paraît nullement croyable ; mais peut-être le paraîtra-t-il à quelque autre. C'est ainsi que la Libye a été connue pour la première fois. »
— Histoires, IV, 42 – Traduction Larcher, Paris, Charpentier, 1850


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Deux remarques générales :

1 - le problème le plus important est la nourriture des hommes. César et Napoléon l'intégraient dans leurs plans. Le problème était plus aigu pendant les sièges car l'assiégeant était obligé de rester sur place et il fallait aller chercher de plus en plus loin de la nourriture (et du bois pour la construction des engins de siège). C'était une course contre la montre (la diminution du stock de nourriture des assiégés).

2 - certains aspects de la logistique du plan jaune s'éclairent si on étudie les problèmes logistique de son équivalent de 1914, le plan Schlieffen modifié.

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