
Bonjour à toutes et tous,
Un petit sujet sur les recherches sur les turboréacteurs en France, avant, pendant et juste après la guerre ...
Tout d'abord, la propulsion par réaction ne date pas des années 30, mais du début du siècle.
La première réalisation pratique fut celle du franco-roumain Henry Coanda en 1910, dont le biplan était propulsé par une turbine de sa création. Elle était entrainée par un moteur 4-cylindres Clerget, comprimait l'air qui y entrait à l'avant, et de l'essence était vaporisée et enflammée à l'arrière, ce qui créait une poussée ... Hélas, l'engin fut détruit lors d'un essai : la poussée était telle qu'il percuta le mur du hangar !
- Archives DR
Quand au turbo-compresseur, les premières utilisations sont là aussi françaises : Auguste Rateau en équipa 2 escadrilles de Bréguet Br.14 en 1918 : leurs performances en altitude les y rendait invulnérables !
Mais le premier véritable turboréacteur français tourna au banc en 1937, presque en même temps que celui de l'allemand Hans von Ohain. Il avait été conçu par Dimitri Sensaud de Lavaud, et délivrait environ 100 kgp.
- MAE
Voici comment le présente un abonné à la défunte revue AFM, dans le courrier des lecteurs du N°3 du printemps 2005 :
Malheureusement il intéressa peu l'Armée avant 1939, déménagea son laboratoire en 1940 pour poursuivre ses travaux en zone libre, et les arrêta en 1942 lorsque les allemands envahirent cette zone. Il mourut hélas en 1947, sans publier ses résultats qui tombèrent dans l'oubli ...
Mais les travaux français les plus avancés furent ceux des Etablissements Rateau, qui débutèrent avant la déclaration de guerre, développèrent un véritable turboréacteur en secret sous l'occupation :
Si ce turboréacteur était moderne avec son compresseur axial, il était desservi par ses chambres de combustion disposées autour de ce compresseur, obligeant le flux d'air à faire deux demi-tours, ce qui nuisait à son débit et augmentait son diamètre.
C'est ce qui explique la taille imposante des nacelles de ce projet de Riffard, avec qui il ,travaillait, dans l'Ouest de la Région parisienne :
- Magazine Pégase
Il fut néanmoins prêt peu après la libération, et devait équiper l'autre avion développer pendant l'occupation, le SNCASO So-6000 Triton, un monoréacteur d'entrainement, où l'instructeur et l'élève étaient assis côte à côte :
- AFM
Hélas, si la poussée du SRA-1 était correcte pour l'époque, la fiabilité n'était pas au rendez-vous ...
Le premier exemplaire vola finalement avec un JuMo 004 allemand, et les N°03 et 04 avec des Rolls-Royce Nene, dont la France avait acquis la licence en 1945 et qui furent produits par Hispano-Suiza dès 1946 :
Il faut également noter les travaux de la SOGEMA, qui débutèrent en 1941 en zone Sud, et furent développés après la guerre :
Malheureusement là aussi, l'entrée en production des Rolls-Royce sous les noms de Tay et "Verdon" condamna ses prototypes de turboréacteur, mais leurs travaux furent utilisés pour un autre type de moteur à réaction : les turbo-propulseurs ...
Le seul établissement qui poursuivit ses travaux sur les turboréacteur portait un nom étrange : ATAR pour Atelier technique aéronautique de Rickenbach, du nom d'un village situé sur le Lac de Constance, en Bavière occupée par la France ...
Dont j'essaierai de vous parler demain !