Post Numéro: 10
de Marc_91
19 Sep 2025, 09:32

Quelques précisions concernant le Piaggio P-23R ...
D'abord l'article de Roger Giraud dans le Fana N°74 de Janvier 1976 :
Deux appareils portent néanmoins le même type dans la nomenclature officielle Piaggio ; celle-ci les fait voler tous les deux vers 1934/1935 – et ce manque de précision ajoute encore notre perplexité. Nous tiendrons pour acquis que le premier modèle type P-23, sortit effectivement en 1934 ; le second. type P-23 R, vola - d'après les archives du constructeur- le 1er août 1935 et est toujours donné comme un développement du premier. Mais en comparant les deux avions on peut se rendre compte qu'ils n'ont absolument rien en commun. Le P-23, devenu ultérieurement P-23 M (accréditant, ainsi l'idée qu'Il y avait une version militaire du 23 R), était à l'origine un quadrimoteur commercial destiné au service sur les lignes de l'empire colonial Italien et même à des vols trans-océaniques. Sa formule aérodynamique, particulièrement celle de l'aile, était, une extrapolation de celle du P-16 : une aile elliptique en W aplati avec haubans rigides entre les nacelles moteur et le fuselage. Celui-ci constituait une coquie d'hydravion, pour le cas d'amerrissage forcé ; ce n'était pas une des moindres originalités de l'appareil et l'on reconnaît bien là la patte de l'ingénieur Pegna.
Les quatre moteurs Asso XI R de 900 ch en deux nacelles et la double dérive complétaient une silhouette tout à fait originale. Du point de vue de la construction, le P-23 marquait aussi sa parenté avec le P-16 par sa structure totalement métallique, alors que le P-23 R avait la structure bois des P-32, sauf pour les surfaces mobiles, les nacelles et l'avant du fuselage. Le P-23 M poursuivait donc des essais plutôt discrets au cours de 1935, parallèlement à la sortie du P-23 R, et atteignait gaillardement 400 km/h au poids total de 18.400 kg à 300 km/h de vitesse de croisière et une charge utile au décollage de 11.000 kg. Son autonomie était de quelques 5.000 km.
Incontestablement on pouvait penser à une version militaire, mais les difficultés d'installation de l'armement se révélèrent insurmontables. Au premier coup d'oeil jeté à un portrait du P-23 R s'impose la certitude qu'il s'agissait d'une tout autre formule. A l'évidence ce grand monoplan trimoteur à train escamotable était destiné à la performance et aux records. Très fin, il comportait une aile de 29 mètres d'envergure dont la cinématique des volets était similaire à celle du P-32 : le fuselage, véritable fuseau, ne présentait comme excroissances que les deux petites canopées goutte d'eau pour les deux pilotes tout au moins sur la version modifiée. Car si pour ses premiers mois d'essais le P-23 R était équipé de trois moteurs en ligne Isotta-Fraschini XI R de 850 ch et d'un train escamotable vers l'arrière des fuseaux-moteurs, il reçut ensuite des Piaggio XI RC 40 de 1.000 ch et le train devint rétractable vers l'avant.
Grâce à ces 450 cheveux supplémentaires, l'avion fit preuve des performances attendues par ses réalisateurs et le 30 décembre 1938 leur permit de bien fêter la nouvelle année en battant deux beaux records : ceux de vitesse sur 1.000 et 2.000 km avec 5 tonnes de charge. Les pilotes Tondi et Pontonutti réussirent les moyennes de 405,350 et 403,900 km/h. Pour le premier record l'affaire se passait entre Italiens puisque le précédent détenteur était le Savoia SM-79 de Lucchini et Tivegna depuis le 30 novembre 1937, mais le deuxième était ravi à notre Bloch 160 qui, piloté par Curvale et Pérot. l'avait établi le 17 octobre 1937 à 307,455 km/h. Le progrès réalisé par le P-23 R, près de 100 km/h, était de taille ! Signalons que le record sur 1.000 km devait être amélioré à 415 km/h le 2 août 1939 par un Boeing B-17. Certains journaux italiens de l'époque firent alors mention du « bombardier P-123 » à propos de l'avion des records. Cette nouvelle appellation, manifestement lancée dans un but de propagande, ne jette aucune lumière sur le type exact de ce modèle. La carrière du P-23 ne s'arrêta pas à ces records. Porté sur les registres des prototypes expérimentaux de l'Armée de l'Air italienne avec le matricule MM.282, il devint civil en mars 1939 et reçut l'immatriculation I-ABOC. Il continua à être utilisé par Piaggio pour des essais de vols sur longues distances aux mains du pilote N. Lana. Les projets les plus ambitieux pour cet appareil furent l'ouverture d'un service Rome-TokYo et un raid de bombardement sur New-York ! L'équipage aurait accompli l'aller dans l'avion et le retour... en sous-marin.
Mais faire du bel avion de record un produit consommable était une prodigalité ruineuse pour les italiens. Le ministère de l'Air le réalisa sans doute puisqu'il refusa son accord. La perte du P-23 R qui s'écrasa en mai 1942 mit un point final au projet. Pour en terminer avec le P-23, qui n'eut finalement pas d'application militaire, il ne fait aucun doute qu'il fut. et par son dessin et par ses performances, le précurseur des grands quadrimoteurs Piaggio qui furent l'aboutissement d'une décennie d'études et d'essais, le P-50 et le P-108. Giovanni Pegna avait préparé l'avènement de ces appareils, mais ils ne seront pas son oeuvre. En 1936 lui succéda à la tête du bureau d'études le Dr Ing. Giovanni P. Casiraghi ...

L'autonomie de la version de 1942 à moteurs en étoile est de 7.600 km selon la légende du plan ; même avec un chargement quelques centaines de kg de bombes ou d'orange, elle est largement supérieure aux 5.350 km de la distance Brest-New Yoprk cotée par Coyote ...
De plus, dan son article dans le N°63 de la revue "Avions" de Juin 1998, Giancarlo Garello pécise que l'avion devait décoller sur 3 moteurs puis, au fur et à mesure que l'avion brûlait son carburant et s'allégeait, passer sur 2 moteurs, et terminer son vol sur un moteur seulement ...
Enfin, le but de ce raid n'était pas seulement psychologique ;
Il était aussi d'obliger les américains à maintenir en vol dans leur pays une couverture de chasse avec des avions rapides en vol, pour rattraper un bombardier volant à 400 km/h, tout le long des milliers de km de leur côte Est ... Ce qui représente quelques centaines d'avions modernes à immobiliser, qui ne participeront donc pas à la guerre en Europe !