L'Italie ou l'illustration des "discordances entre la Mémoire et l’Histoire"
une brèche de plus qui lézarde l'édifice de la reconstruction mémorielle post-fasciste de l'Italie Italiani Brava Gente (peut être encore plus vivace en France même que dans tout autre pays) et ses nombreuses variantes du sympathique occupant de la France Grèce Yougoslavie et Tunisie, de la bienveillante protectrice des juifs et l'exception de l'Europe comme humaniste puissance coloniale exempte d'excés de violences contre les civils occupés, colonisés et juifs à la différence de ses très très méchants homologues colonisateurs Français ou Britanniques sans parler de son alliée allemande
Longtemps, la question de la délation a été ignorée par l’historiographie italienne du fascisme. Dans une étude récente, Mimmo Franzinelli indiquait pourtant que cette pratique s’était progressivement transformée pendant le Ventennio en véritable système de pouvoir et de gouvernement. Instrument de connaissance de l’opinion et de contrôle de la population, la délation fut fortement encouragée par le régime, notamment à partir du milieu des années vingt, dans le contexte d’une restructuration des forces de police, sur fond de suspension définitive des libertés individuelles et de mise au pas totalitaire de la société italienne. Le régime se dota de différents organes d’investigation et de répression disposant chacun d’un réseau d’informateurs stipendiés, chargés de surveiller et de dénoncer les opposants et les récalcitrants. Certaines catégories professionnelles – en particulier, les concierges – furent, en outre, fortement incitées à apporter leur collaboration à ce travail d’information. À côté de cette délation organisée et sollicitée, les délations spontanées se multiplièrent. Des milliers de lettres, le plus souvent anonymes, furent adressées aux autorités pour dénoncer des comportements jugés « déviants ». Les délateurs agissaient par adhésion idéologique au régime aussi bien que par intérêt. Dès le début des années trente, la délation s’était enracinée dans la société italienne au point de n’épargner ni les milieux de l’antifascisme clandestin, ni inversement les milieux fascistes proches du pouvoir.
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L’installation dans la Péninsule des forces allemandes d’occupation et la mise en place de la République sociale italienne provoquèrent en effet un saut à la fois quantitatif et qualitatif en matière de répression et de persécution. Les opposants furent traqués sans merci, alors que se développaient des mouvements de résistance. L’occupation nazie marqua par ailleurs le début de l’application en Italie d’une politique antisémite de type génocidaire. Traqués par l’occupant allemand dès le 8 septembre 1943 avec la collaboration des autorités italiennes, les Juifs furent également l’objet, dès novembre 1943, de mesures d’internement émanant de la République de Salo. Du côté italien, les actions antijuives mobilisèrent à la fois les préfectures, les commissariats, les carabiniers et les différentes milices et forces de police apparues après le 8 septembre. Dans cette « chasse » aux opposants et aux Juifs, aussi bien l’occupant allemand que la République sociale eurent massivement recours à la délation. Des réseaux d’informateurs efficaces et nombreux furent mis en place tandis que la délation spontanée était encouragée par de fortes récompenses et la perspective de pouvoir par là même participer à des opérations de pillage.
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Si, en chiffres absolus, le nombre de victimes italiennes de la Shoah est de très loin inférieur à celui d’autres pays européens, l’Italie perdit néanmoins, entre 1943 et 1945, près de 20 % de sa population juive. Ce qui est considérable, si l’on garde à l’esprit le peu de temps que dura l’occupation allemande dans la Péninsule – l’Italie centrale ayant été libérée par les Alliés dès l’été 1944. En France, le souvenir des dix mois d’occupation italienne (novembre 1942 - septembre 1943) a longtemps contribué à accréditer la thèse d’une exception italienne en matière d’antisémitisme. La population italienne n’aurait pas cédé aux sirènes de l’antisémitisme fasciste puis nazi. Les études récemment réalisées sur la délation tendent à remettre en cause cette idée reçue et posent la question des collaborations dont les politiques de persécution ont pu bénéficier dans la population italienne. Le traitement réservé au souvenir de la délation dans l’Italie de l’après-guerre renseigne ainsi plus largement sur la façon dont les Italiens ont analysé leurs responsabilités et celles du régime fasciste dans la conduite de la persécution antisémite. Quelles traces les faits de délation ont-ils donc laissées dans les mémoires italiennes? Ont-ils fait l’objet, à l’initiative des pouvoirs publics, d’une politique de répression spécifique dans le cadre de l’épuration ? Épisodes honteux s’il en est, ces faits ont-ils été relatés ou représentés dans des récits de témoignages, dans la presse, dans l’historiographie, dans des récits de fiction ou dans des films ? Dans l’Italie de l’après-guerre, s’est-il trouvé des groupes sociaux pour se faire porteurs de cette mémoire ?
article complet
https://journals.openedition.org/laboratoireitalien/538
on vérifie la même discordance entre Mémoire et Histoire en Tunisie et Libye occupées par les Italiens

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