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Paul de Saugy

Répondant à l'appel du Général de Gaulle, des milliers de combattants français se lèvent en Europe et en Afrique. Retrouvez ici la 1ère DFL, la 2ème DB, les FAFL, FNFL... Mais aussi celles et ceux qui ont résisté à l'occupant en entrant dans la clandestinité pour rejoindre le maquis ou les groupes de résistants.

Paul de Saugy

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 28 Jan 2025, 10:14

Je n'ai pas pris l'habitude de commenter l'histoire de la France pendant l'occupation, sauf, et c'est ici le cas, lorsque cette histoire déborde sur celle de la Suisse. Et je ne vois d'ailleurs pas pour quelles raisons, en Suisse, on n'en parle quasiment pas.


Paul-Emile Dentan Impossible de se taire
Labor et Fides 2000

P51 Premier lieutenant Paul de Saugy : le renseignement par idéal


« Paul de Saugy, mon ami des heures terribles, mobilisé au service de renseignement de l’armée suisse, prodigua son aide aux Français qui luttaient pour leur liberté. Nous ne devons pas oublier que les Suisses fraternels dans les heures de l’épreuve furent aux côtés de nos combattants de l’ombre des témoins actifs d’une amitié jamais démentie. Et, ainsi, souvent les acteurs de notre liberté.

Cet extrait de la préface du livre haletant de Régine Raynier de Saugy est signé par le Généal Guillain de Bénouville, l’un des chefs de la Résistance française. Souvent, il venait à Genève au Quartier général que la Résistance avait établi à la rue de Marignac sous les ordres du général Davet. Mais Paul de Saugy n’était pas au service de la Résistance française. C’était un officier suisse, chargé de récolter des renseignements militaires en France, occupée ou non. Une activité difficile et astreignante dans laquelle on ne comptait pas ses heures de travail ni le don de soi, voire son argent. Scientifique, assistant du professeur Guyénot de la Faculté de médecine de l’université de Genève, Paul de Saugy ne connaissait rien aux mystères de la collecte de renseignements. Il fut recruté dans ce service parce qu’il avait une nombreuse parenté dans plusieurs pays d’Europe. On pensait à l’Etat-major qu’il aurait un accès facilité à des informations importantes auprès de personnes qui ne l’étaient pas moins. Mais pour lui, ni école de guerre, ni cours spéciaux ; une demi-journée à l’Etat-major de l’armée à Interlaken pour consulter les dossiers devait suffire pour l’universitaire qu’il était à se rendre compte de ce que l’on attendait de lui ! Et puis départ pour Genève où il dut tout organiser : trouver un bureau discret, assurer les liaisons téléphoniques, établir quelques contacts préliminaires avant de créer un réseau d’informateurs, seule façon de collecter des informations, telle une araignée tissant sa toile. Tâche longue et difficile, qui nécessite un doigté et une connaissance hors du commun des hommes. Saugy ne connaissait que sa mission : fournir le plus d’informations possible à l’Etat-major sur les lieux de stationnement et les mouvements des armées dans les territoires occupés, localiser les dépôts de munitions, noter les mouvements sur les aérodromes militaires, bref, communiquer tout renseignement utile à une armée suisse encerclée par les troupes de l’Axe.

Connu sous le nom de code de « Rochat », Paul de Saugy se mit d’abord en contact avec la Direction générale des Douanes afin de repérer une vingtaine de passages de la frontière franco genevoise que connaissaient bien les agriculteurs…et des contrebandiers. Contrairement à certains endroits où des passeurs professionnels introduisaient en Suisse nombre de réfugiés, les lieux repérés par Saugy ne devaient être utilisés que par un ou deux agents informateurs à la fois, l’impératif étant d’échapper à la surveillance des patrouilles allemandes ou italiennes. La frontière suisse était barricadée de fils de fer barbelés tendus entre des pieux de trois mètres de haut. En faisant preuve d’un peu d’habileté, il était possible de les franchir. Le risque, pourtant existait de se faire arrêter. A chaque passage de France en Suisse, les douaniers étaient prévenus qu’il s’agissait d’une activité normale du Service de renseignement de l’Armée et s’assuraient que tout était en ordre du côté suisse.

Les consulats établis à Genève n’employaient que des attachés commerciaux ! Au consulat de France, par exemple, un fonctionnaire mystérieux avait aménagé un bureau dans les combles ; personne ne savait exactement ce qu’il y faisait, à part peut être Paul de Saugy qui le voyait souvent. A l’ambassade de Grande-Bretagne à Berne, se trouvaient des officiers des « services » de sa Majesté. C’étaient eux qui prenaient contact avec le SR à Genève. Quant à la représentation des Pays-Bas, elle était bien organisée. Il est vrai qu’elle pouvait compter sur l’activité débordante autant que secrète du pasteur W.Visser’t Hooft qui se chargeait d’établir les liaisons entre le gouvernement hollandais en exil à Londres et la Résistance en Hollande ; aucun de ses collègues du Conseil Œcuménique ne devait découvrir quelle activité il exerçait chaque soir. Il est vrai qu’il pouvait compter sur l’aide d’un adjoint. Quelques officiers polonais, internés en Suisse en 1940 avant de s’installer en France avaient établi un réseau efficace, en liaison avec le gouvernement polonais en exil à Londres. L’un d’entre eux venait de temps à autre en Suisse. Grâce à tous ces contacts et à son ardeur au travail, Paul de Saugy construisit patiemment un réseau de quelque 150 informateurs qui devint, en 1943, le réseau « Ajax » sous commandement français, dont le chef était Achille Perreti, futur ministre du général de Gaulle et président de l’Assemblée nationale. L’officier suisse avait également établi des contacts avec deux autres réseaux en France occupée.

L’échange d’informations se faisait naturellement. A Lyon même, Saugy fut en rapport constant avec deux pasteurs suisses : Roland de Pury et Alain Perrot, proches d’autres cercles de la Résistance.

Sans que cela concerne Saugy, il n’est pas sans intérêt de rappeler que le passage le plus périlleux de la frontière pendant la guerre fut celui par lequel deux frères du général de Gaulle passèrent en Suisse, à Veyrier. Ils s’étaient réfugiés avec leur famille dans un monastère établi au sommet des Voirons, non loin de Genève. L’un des frères du général, Jacques, était paralysé et avait besoin de soins. A Veyrier il fallu le hisser au-dessus des barbelés pour le transporter ensuite dans une ambulance. L’autre frère, Xavier, fut le premier consul général de France à Genève, après la Libération. On imagine ce que les Allemands auraient donné pour intercepter ces deux personnes.

« De Genève, raconte Saugy, nous fournissions régulièrement les renseignements dont avait besoin l’Etat-major ; nous avions notre propre réseau pour la Suisse qui répondait parfaitement aux désirs du Service de renseignement. Nous nous occupions aussi d’héberger discrètement des agents alliés dont certains devaient changer d’identité avant de retourner en Europe occupée. Les échanges d’information étaient aussi bien calculés que constants. Nous pouvions compter sur un imprimeur hors pair pour fabriquer en 24 heures de faux papiers. Il ne s’agissait pas seulement de contrefaire des faux passeports ou des cartes d’identité, mais également des permis de conduire, de chasse, de pêche, des tickets de ravitaillement, etc. Dans les mairies détruites nous trouvions des noms de personnes disparues à qui nous redonnions vie par les papiers que nous façonnions ! Nous nous étions assurés les services d’un photographe et d’autres artisans, dont un graveur qui travaillait sur des sceaux officiels que de la Gestapo croyait inimitables. Ces « services » helvétiques ont sauvé de nombreuses vies et rendu possibles de nombreuses missions. »

L’amour toujours présent

Un jour, une jeune française qui transportait du courrier se fit arrêter par les douaniers suisses qui n’avaient pas été prévenus. Elle fut transportée au camp des Charmilles – dont les conditions de vie étaient certes primitives, mais en tous points semblables à celles des soldats suisses qui dormaient sur la paille et se contentaient de la nourriture « militaire » - puis au camp de triage de l’Ecole des Cropettes, bien gardé par la troupe. Elle risquait d’être refoulée. Le seul papier dont elle disposait était un numéro de téléphone, inscrit sur un bout de papier minuscule. Par l’ouverture d’une fenêtre, elle tenta le tout pour le tout, trouva un objet métallique dans lequel elle glissa le papier et le lança dans le parc adjacent où un garçon de dix ans le ramassa et eut l’intelligence d’appeler le numéro inscrit sur le papier. « C’était le mien », dit Paul de Saugy, qui sauta dans sa voiture pour aller « dédouaner » celle qui devait devenir son épouse plusieurs années plus tard, après avoir été l’une de ses meilleures agentes.

Les Suisses ne lui exprimèrent aucune gratitude, mais les Français lui décernèrent la Légion d’honneur après la démobilisation. Il faillit provoquer un incident diplomatique lors de l’anniversaire de la bataille d’Arnhem aux Pays-Bas, lorsque l’ambassadeur suisse vit flotter le drapeau à croix blanche à côté des drapeaux anglais et américains. Heureusement, un ami à Berne fit disparaître le dossier qu’on avait constitué contre lui !

Le premier lieutenant de Saugy a dû attendre 50 ans pour narrer son histoire. Comme agent des services de renseignements suisses, il était tenu au secret. Mais quand il a vu les films récents diffusés par la télévision suisse insinuant que les Suisses étaient des pro-nazis, il avoue en avoir perdu le sommeil et il a alors décidé de parler. Pour lui ces films étaient une insulte à la mémoire de ses camarades qui avaient donné leur vie pour leur idéal de liberté. « C’est monstrueux, dit-il, on salit la mémoire de tous ceux qui sont morts pour la patrie. » Il pense spécialement à ce jeune Suisse de 19 ans exécuté par la Gestapo à Annecy le 16 août 1944, deux jours avant la Libération.

Brigadier General
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Re: Paul de Saugy

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Gaston  Nouveau message 28 Jan 2025, 13:05

Pourquoi on n'en parle pas en Suisse ? Ben... peut-être parce qu'on aime l'auto-flagellation et l'auto-dénigrement (en tous cas dans les milieux qui se prétendent cultivés et se croient obligés d'imposer une certaine morale...) !!! Cela a commencé dans les années 1990, et n'a cessé d'empirer depuis.
Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

M. Audiard

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Pays: Suisse

Re: Paul de Saugy

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 28 Jan 2025, 13:39

En plus de l'obligation du Secret, le Renseignement est un travail ingrat très peu payé en retour. Le plus souvent travail de fourmis et collectif, les hommes du Renseignement sont priés de se taire pour laisser quelques ambitieux s'attribuer tous les mérites. La Suisse n'ayant pas participé à des actions militaires, sont rôle et son importance, y compris comme lieu physique et géographique (Genève moins sexy que Casablanca, la faute à Humphrey Bogart et Ingrid Bergman?) , est minoré dans le travail des historiens.


 


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