... et, enfin, pour compléter ton "dossier" a propos des distances d'engagement des chars, deux tableaux extraits du même dossier BA et joints à une note de service du
Panzeroffizier/Gen. Stab. OKH établie le 5 juillet 1944.
Cette fois, il s'agit, pour le premier tableau d'abaques, d'effectuer une comparaison globale entre le
Panzer IV, armé du canon
7,5 cm KwK 40 L/48, confronté à 4 chars alliés:
1) Le char moyen M3 Lee/Grant, armé en casemate d'une pièce de 75 mm de 31 calibres à débattement limité. Sa présence est assez curieuse, à l'été 1944, mais elle avait peut-être pour objectif de "faire appel" à la mémoire des équipages qui avaient combattu en AFN et éventuellement en Sicile ou en Italie, à l'été et en septembre 1943... mais il conviendrait, pour ces deux derniers cas, de vérifier la dotation des unités de chars engagés alors par les Alliés, afin de vérifier les modèles de chars qui avaient alors été déployés. Perso, j'ai tendance à penser que le M4 Sherman avait déjà définitivement remplacé le M3 Lee/Grant.
2) Son successeur, le Sherman M4, équipé, en tourelle, du 75 mm de 40 calibres
3) Le char d'infanterie britannique Churchill Mark III/IV, armé de l'assez tristounet canon de 6 livres (57 mm), mais qui était doté d'une épaisse cuirasse qui avait tendance à être "réfractaire" aux pélots antichars allemands de 7,5 cm, au-delà de 1500 m! A noter que les Brits, au second semestre 1944, avaient armé le Churchill d'une pièce de 76,2 mm, nettement plus performante.
4) le char "cruiser" britannique Cromwell, armé du 75 mm L/40 US. Pour ce char, durant l'été 1944, avait également débuté un
upgradage de son armement principal, sauf que, lors de l'établissement de ces abaques, son blindage était moins épais que celui du Churchill.
... Et, pour mémoire, les deux chars soviétiques, le T 34-85 et le JS-2 (122 mm), déjà évoqués dans les tableaux précédemment mis en ligne.
Quelques détails à relever à propos des blindés alliés.
Le Sherman Firefly britannique, armé du redoutable "17 livres" (76,2 mm) dont la volée devait flirtouiller entre 65 et 70 calibres, n'est pas encore "évoqué", tandis que les premiers exemplaires du canon 76,2 mm US, baptisé "
77 mm" pour le distinguer du 17 livres britiche, n'avaient été installés dans la tourelle du M4 Sherman, qu'au début de l'automne 1944 (Daniel (Dog Red) me corrigera, si nécessaire). Il n'est pas, non plus, fait mention du "tank destroyer" US M 10, armé d'une pièce de 90 mm, qui, en dépit de quelques carences (son absence de toit de tourelle et sa "faiblesse" générale de blindage!), pouvait "allumer" la plupart des Panzerounets "teutons" à "2000 m"; après, comme l'a précisé Dog Red, tout dépendait de la distance d'engagement en fonction du terrain et de la "visibilité".
Les abaques, ci-dessous, font référence au
Panzer IV Ausf. H/J à tourelle, dont les faiblesses générales (notamment de structure) ont été évoquées dans un de mes post précédents. Si on regarde bien, il n'était pas à la fête face à un Sherman (1200 m), un Churchill (800 m) ou un Cromwell (1200 m), distances qu'il convient aussi de "comparer" avec les distances moyennes de combat sur le Front Ouest, qui, bien souvent, dans le meilleur des cas, n'excédaient guère "800 m".
NOTA : A ce propos, les équipages de l'Armée Rouge, qui, par le biais du Land-Lease, avaient hérité du M3 Lee, avaient attribué au blindé américain, le surnom peu flatteur de "
cercueil à six places" (Véridique!)

Le second tableau, ci-après, lui, fait référence au
Panzer IV, armé du
7,5 cm StuK 42 L/70, le canon qui armait la tourelle du
Panther. Là, il s'agit du
Panzer IV à casemate, désigné
Panzer IV L/70 (A) (
Alkett),
(V) (
Vomag), qui, lors de l'établissement de ces abaques n'était pas encore en service, les premiers exemplaires produits n'ayant été engagés au combat qu'en septembre 1944. La pièce de 7,5 cm et 70 calibres, vues les dimensions de sa culasse et son recul au tir, n'étant pas "intégrable" dans la tourelle du
Panzer IV, il avait fallu dans l'urgence concevoir, pour son emploi, un blindé à casemate, d'où la désignation qui figure en "en-tête",
7,5 cm Sturmgeschütz auf Panzer IV; sauf que les
Panzer IV L/70 (A) et l'essentiel des
Panzer IV L/70 (V) avaient été classés en tant que "
Panzer" et non, en tant que
Sturmgeschütze (canons d'assaut). A l'extrème fin du conflit, on retrouvera bien quelques exemplaires de
Panzer IV L/70 (V) attribués à des
Heeres-StuG-Brigaden, mais on était en pleine situation de la
mort du cygne, celui en train de crever!
Tout en m'efforçant de "rester dans le cadre", le
Jagdpanther, canon d'assaut conçu sur le châssis du
Panther, armé du très performant
8,8 cm StuK 43 L/71 - la pièce qui armait la tourelle du
Tiger II, mais installée sur un "piédestal" à bord du "canon d'assaut - avait, à l'origine, été conçu pour succéder au
StuG. III, au sein de la
Sturmartillerie... sauf que, un certain Heinz Guderian, alors, Inspecteur en Chef des
Panzertruppen (
In.6), qui s'était "démerdavé" pour se placer lui et "son département" sous l'autorité directe du
Führer, à niveau égal de la
Heer, la
Kriegsmarine et la
Luftwaffe, faisait "la pluie et le beau temps" dans le développement et l'affectation des projets - çà avait, déjà, commencé, au printemps 1943, avec le Ferdinand/Elefant, conçu sur 90 châssis Porsche! -!
Peu avant de se voir être mis à l'écart, fin 1944, Guderian avait fini par prendre conscience que la
Sturmartillerie (
In.4) et ses compétences de combat avérées était aussi essentielle que la
Panzerwaffe (
In.6), mais c'était trop tard! Je rappelle, au passage, que, en 1936-1937, alors que le concept du canon d'assaut, initié, entre autres, par Manstein, était venu sur la table, son principal opposant s'appelait Guderian! Amen!
Sur ce schéma, il n'y a pas photo quant aux performances de la pièce de 7,5 cm et 70 calibres, hormis face au JS-2, qui ne devenait "vulnérable", sous certaines conditions, qu'à 1000 m. A propos du JS-2, il convient aussi de savoir que ses équipages intégraient réglementairement et systématiquement deux officiers subalternes, l'un "chargé" de la direction de conduite du char, l'autre, en tant que chef de bord et autorité de tourelle! Rôles et fonctions, qui, dans la
Heer et les armées alliées occidentales, étaient bien souvent attribués à des sous-officiers, généralement "chefs de bord"!
