Au cours de la marche rapide à travers la Belgique, le détachement avait été employé à plusieurs reprises comme détachement avancé. Le premier jour de l'attaque, il était important que la division atteigne la vallée de l'Amblève. Le détachement réussit, malgré les difficultés, à pousser jusqu'à La Gleise, conformément aux ordres, et à faire avancer la sécurité dans la vallée jusqu'à Stoumont.
Le deuxième jour de l'attaque, la division était soucieuse de capturer Remouchamps dans une opération rapide et de percer la position de La Reid. Dans l'après-midi, après avoir enlevé de nombreuses barricades, dont certaines étaient très difficiles à écarter, le détachement, qui servait alors de détachement avancé, réussit à atteindre Remouchamps que l'ennemi abandonna au fur et à mesure de l'avancée de nos hommes.
Après avoir effectué une difficile mission de reconnaissance devant les forts d'Embourg et de Boncelles, le détachement reçut l'ordre de poursuivre, comme détachement avancé de la division, à travers la fortification non encore prise et de progresser jusqu'au secteur Meuse-Ourthe au sud de Liège. Notre mission était la suivante : empêcher les forces en retraite des forts, notamment de Boncelles, et les forces qui pourraient arriver en renfort des fortifications du secteur liégeois et de les pêcher de traverser la Meuse et l'Ourthe.
Durant la nuit, le détachement réussit à se faufiler entre les ouvrages de tir sans presque subir de pertes et à atteindre Ougrée et Angleur, faubourgs de Liège.
Le 14 mai, peu après l'arrivée du détachement, un peloton cycliste appuyé par un canon antichar reçut l'ordre de s'emparer du pont sur l'Ourthe dans le faubourg de Chenèe. Le pont fut laissé intact par les Belges. En fin d'après-midi, ce petit détachement atteignit la position de Chenèe. Le reste du détachement ne le suivit que tard dans la soirée et se rendit jusqu'à Angleur, afin de prendre également les ponts à cet endroit, après que le secteur d'Ougrèe eut été attribué à d'autres unités suivantes
La population de Chenée n'avait jamais vu d'uniformes allemands. L'aversion qu'ils nous témoignaient était donc réelle. Le peloton cycliste avec son canon antichar prit position à côté du pont et dans le voisinage de la gare de Chenée. Le canon commandait le pont et les routes menant à la forteresse d'Embourg. Le grand inconvénient de cette position était qu'il y avait tout autour de hautes maisons habitées et des bâtiments d'usine qui offraient de bonnes positions de tir aux tirailleurs qui avaient déjà tiré sur nos hommes à Ougrée et à Angleur. Il fallut cependant supporter cela, car il eût été impossible de les chasser les gens de cet amas de bâtiments et de les capturer dans l'obscurité qui s'approchait, surtout avec si peu d'hommes disponibles pour la tâche.
La nuit s'installa sur le groupe dans cette situation.
Vers 2 heures du matin, alors que la lune se couchait, les Belges ont apporté des armes lourdes du fort et les ont mises en position. Les collines entourant les gares de triage et le pont étaient particulièrement adaptées à cet usage. Ces collines étaient le prolongement de la hauteur plus au sud où se trouve le fort d'Embourg. Il ne fallut cependant pas longtemps avant que l'ennemi n'ouvre le feu.. Une canonnade commença et notre canon antichar surtout souffrit considérablement de l'ennemi. Mais le petit détachement avancé répondit au feu d'une manière si vive qu'il n'y eut pas une seule attaque ennemie. A l'aube, les ennuis prirent fin. Un mort dans les gares de triage et quelques blessés furent tout ce qui nous rappela les événements de la nuit.
Nous profitâmes du jour pour améliorer notre position et établir le contact avec les autres groupes de reconnaissance aux ponts d'Angleur. Etant donné que le détachement, par rapport à ses effectifs, avait un territoire extrêmement vaste à conquérir tant au nord qu'au sud - y compris quatre ponts sur l'Ourthe et la Meuse - il lui était impossible d'envoyer des renforts à la tête de pont de Chenée, d'autant plus que la caractéristique principale de la situation dans son ensemble était la reconnaissance contre les approches ennemies venant du sud, alors que ces ponts se trouvaient dans la partie nord du secteur.
C'est pourquoi, du point de vue du faible détachement stationné à la tête de pont de Chenée, il était réjouissant de voir arriver dans la journée un groupe de sapeurs du détachement du génie divisionnaire pour miner le pont et les voies ferrées. Dans cette situation, la deuxième nuit arriva. Le détachement n'était plus pleinement au courant de la situation générale, car il lui était impossible d'établir un contact radio avec le régiment d'infanterie auquel il était alors subordonné. En particulier, il ignorait si le fort de Boncelles avait été pris ou non. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que les troupes de reconnaissance reçurent des rapports qui laissaient penser, à tort, que l'attaque prévue contre le fort de Boncelles par la division avait été un succès et que l'équipage de la forteresse tentait de se frayer un chemin vers Liège. Cela les amènerait à rencontrer le front sud du détachement. Ce n'est que le lendemain que le détachement apprit que l'attaque contre le fort de Boncelles n'avait pas encore eu lieu.
Les éclaireurs signalèrent également la présence de troupes régulières belges qui continuaient à tirer sur eux de partout dans la région boisée du Sart Tilman. Le détachement renforça donc son front sud, car vers 20 heures, on rapporta que les positions sur la rive ouest de l'Ourthe, qui étaient auparavant inoccupées, étaient maintenant occupées par les Belges avec des mitrailleuses et des canons antichars. Mais comme le détachement formant la tête de pont à Chênée ne pouvait plus être affaibli, d'autant plus que ce pont constituait la principale liaison à travers l'Ourthe entre les forts de Boncelles et d'Embourg, les renforts pour le front sud durent être pris parmi les autres groupes du détachement qui avaient occupé les autres ponts d'Angleur, bien que des troupes ennemies (belges) continuèrent également à apparaître
Tandis que de petites forces ennemies continuaient à entrer en contact avec le front sud du détachement tout au long de la soirée et toute la nuit, elles furent facilement repoussées. L'ennemi ouvrit de nouveau le feu sur la tête de pont de Chenée, bien que le feu ne sembla pas d'abord avoir de grandes conséquences. Ce n'est qu'à une heure du matin, lorsque le feu d'artillerie devint plus fort sur la tête de pont et qu'un avion sembla diriger ce feu au moyen de fusées parachutées, qu'il devint douteux si l'attaque prévue pendant la nuit serait contre le front nord ou le front sud. Compte tenu de tous les facteurs connus, l'un ou l'autre semblait possible puisque l'ennemi pouvait avoir l'intention de reprendre possession de l'Ourthe et de se joindre aux troupes venant du fort de Boncelles.
Peu de temps après, l'ennemi lança une attaque contre la tête de pont. Sur le pont même, une motocyclette à side-car qui avait heurté une mine était en feu. A la lumière de ces flammes, on pouvait voir des formes surgir de partout et avancer par bonds. Le feu des canons provenant des maisons devint considérablement plus fort. En plus de tout cela, on entendait le feu continu des canons antichars belges, ainsi que le feu des mitrailleuses et de l'artillerie. La situation devenait très critique pour le petit nombre de défenseurs. Cependant, le commandant du peloton de cyclistes, le commandant du peloton antichar et le commandant du peloton du génie contrôlaient la situation grâce à leur collaboration exemplaire. Sans se soucier du feu nourri, ils accomplissaient tranquillement leur tâche.
Ces trois commandants apportaient leur aide partout où leurs services étaient nécessaires. Le commandant du peloton du génie lançait des charges explosives sur l'ennemi lorsqu'il s'approchait dangereusement comme s'il se livrait à une bataille de boules de neige et s'occupait ainsi également de l'ennemi dans quelques maisons voisines qui furent en partie détruites par les explosions qui s'ensuivirent. Le feu du petit groupe de défenseurs était très efficace. Les petits obus du canon antichar se succédèrent dans l'obscurité et le cliquetis régulier des mitrailleuses et des fusils convainquit l'ennemi qu'il n'était pas facile de pénétrer dans la tête de pont malgré le petit nombre de défenseurs.
Entre 2 et 3 heures du matin, cependant, la situation devint extrêmement critique et soudain, les défenseurs de la tête de pont furent attaqués à revers, de l'autre côté de l'Ourthe. La manière dont l'ennemi se présenta à cet endroit, puisque le front sud tenait, resta d'abord un mystère. Il s'avéra plus tard que ces attaquants provenaient des maisons d'Angleux qui tentaient maintenant, sous le couvert des bâtiments du quartier industriel, de venir du nord-ouest et d'attaquer les défenseurs à revers, de l'autre côté du pont de la Chênée.
Source: Military Review. Mai 1943 et Internet.
Le pont de Chenée après la guerre
Bonne fin de journée..

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