A propos de l'emploi des blindés, au début de la GCE, il y a quand même des "détails" qui interpellent. Durant le quatrième trimestre 1936, les forces républicaines avaient, depuis le 12 octobre 1936, réceptionné 106 chars soviétiques T-26B et 60 BA-6, avec leurs équipages et instructeurs russes (!). Cà venait renforcer la douzaine de chars Renault FT - plus un ou deux Schneider -, tous "survivants" de la Campagne du Rif des années 20, qu'elle possédait.
En face, coté nationaliste, pas la queue d'un blindé, sachant que, fin 1936, l'Allemagne, qui était officiellement "neutre", avait encore une ambassade auprès de la République Espagnole! Même sur le plan des effectifs de "pinpins", les Républicains bénéficiaient alors d'une très large supériorité numérique. Là, il semble - " doux euphémisme"

- , qu'il existait dans l'armée républicaine une véritable carence en "compétences tactiques". Sur la centaine de "généraux" que comptait l'armée espagnole avant le déclenchement du confit, à peine une trentaine s'était ralliée à l'insurrection nationaliste, tandis qu'un nombre équivalent de généraux "mutins" avait été passé par les armes! D'un côté, comme de l'autre, il y avait une méconnaissance crasse de l'emploi des blindés, résultat, entre autres, du très maigre "résultat" de la poignée de chars FT au Maroc espagnol.
Réflexion "toute personnelle"... en s'intéressant à l'histoire de l'armée espagnole, on a la très nette impression que la qualité de son commandement s'était "cassée la gueule", à la vitesse "grand V", après la déculottée subie, en 1898, face aux Américains, à Cuba, dans les Philippines et ne s'en était jamais remise! On se retrouve, ainsi, au milieu de la décennie 1930, avec une armée espagnole "européenne" totalement déconnectée de l'emploi des blindés, hormis, peut-être, la création d'unités d'infanterie motorisée, avec la mise en place d'un parc de 2500 camions.
Il y a aussi un autre aspect à prendre en compte, car, si, côté soviétique, on avait "pigé" l'utilité du blindé, que, dès lors, on avait produit en conséquence... on ne maitrisait pas correctement ses conditions d'engagement, ce que confirmera plus tard la guerre russo-finlandaise. Bon nombre des futurs cadres "victorieux" de l'Armée Rouge, en 1945, avaient essuyé les plâtres, sans succès, durant la GCE, la guerre russo-finlandaise et
Barbarossa, en 1941!
Même, si le T-26, contrairement au BT-5 - 50 exemplaires livrés aux Républicains en août 1937 -, était un "char d'infanterie", la supériorité, en termes de matériels blindés et d'effectifs, de l'armée républicaine espagnole, au moins jusqu'au printemps 1937, avait été avérée! Quand les "blindés" allemands et italiens étaient venus renforcer les rangs nationalistes, il ne s'agissait que d'aimables "trottinettes",
Panzer I (au total, 122 exemplaires), armées de mitrailleuses et/ou de lance-flammes, CV 33/35 (155 exemplaires)! Entre temps, l'armée républicaine, elle, avait perçu 281 blindés (T-26, BT-5, BA-6), tous, largement mieux armés (canon de 45 mm en tourelle).
Il y a, également, plein d'autres caractéristiques techniques à prendre en compte; ainsi, la pièce antichar allemande
3,7 cm Pak 35/36, engagée durant la GCE, était, alors, équipée d'un viseur optique qui limitait la portée de ses pélots à 800 m - les blindés républicains l'avaient d'ailleurs vite pigé, en se tenant si possible hors de portée, pour tirer tranquillement leurs obus sur les lignes nationalistes -. De leur côté, les Soviétiques avaient fourni leur canon antichar de 45 mm, dérivé, lui-même, du 3,7 cm allemand, doté, certes, d'un plus gros calibre, donc, en théorie, plus "performant" à longue distance, sauf que, y compris jusqu'en 1945, les dispositifs de visée optiques produits en URSS s'avèreront de médiocre qualité, comparés à leurs "homologues" allemands; à l'été 1941, les T-34 avaient tous été équipés du redoutable canon F-33 de 76,2 mm et 41,5 calibres (rien d'équivalent en face!), sauf que leur optique de qualité "tristounette" - sans compter les compétences du pointeur-tireur! - n'autorisait qu'une portée pratique "efficace" de 700/800 m!
Pour en revenir à l'armée républicaine espagnole, bon nombre d'ouvrages tendent souvent à monter en exergue une attitude héroïque dévouée jusqu'au sacrifice ultime de ses troupes (comportement qui n'est pas contestable), supposées être, dès le départ, en infériorité, tant en matière d'effectifs qu'en matériels, face à une armée nationaliste, soit-disant "mieux armée", grâce à ses aides italo-germaniques. Or, là, on est loin de la réalité, car, au fil du conflit, la gouvernance républicaine, en ayant, elle-même, été largement débordée par le communisme extrémiste, avait fini par (très) sérieusement inquiéter les démocraties européennes... à commencer par la "française", pourtant issue du "Front Populaire"! D'autant que la République Française ayant, depuis sa création, en 1792, une trouille bleue d'un possible coup d'état militaire, avait soigneusement pris les dispositions pour annihiler toute intention!
