LE MAITRON pas très glorieux
Le Puy de Dôme est un exemple de l'activité du SIPO SD et des moyens qu'il employait pour s'attaquer aux réseaux de Résistance.
[b]2 Septembre 1943
Attaque du maquis de Ceyssat
Leurs grandes actions offensives commencent (même s'ils n'ont pas attendu cette date) par l'attaque du maquis de Ceyssat le 2 septembre 1943. Ce maquis regroupait sous l'impulsion du mouvement Les Ardents des réfractaires du STO, en vue de leur intégration aux autres mouvements de Résistance qui étaient nombreux dans la région (action ou renseignement): FTP, MUR, Combat, Mithridate...
"Les membres de ce mouvement participent à diverses manifestations mais leur action la plus « visible » se situe en février-mars 1943, lorsqu’ils créent et installent un maquis-refuge sur la commune de Ceyssat. Prévu pour accueillir des réfractaires du STO, ce maquis sert aussi à la préparation militaire des hommes. Sous couvert de travaux de bûcheronnage, une quarantaine de maquisards vit clandestinement au milieu des bois. Néanmoins, le 2 septembre 1943, le maquis de Ceyssat est attaqué par un détachement allemand. Surpris, les maquisards n’eurent pas tous le temps de s’échapper. Le bilan de cette première attaque allemande dirigée contre un maquis dans le Puy-de-Dôme est lourd : trois maquisards sont tués, trois autres blessés et deux meurent en déportation. La destruction du maquis-refuge de Ceyssat met pendant quelques temps l’activité des Ardents en sourdine. Bientôt, le maquis de Brousse le remplace mais il est lui aussi détruit par l’ennemi en février 1944."[/b]
Le SIPO SD va rapidement passer à des opérations d'envergure:
1er Octobre 1943
La Rafle de l'état-major
"Sous l’Occupation, la Résistance se structure au sein de l’armée avec la création de l’O.R.A. (Organisation de résistance de l’armée).
L’hôtel des États-Majors, situé cours Sablon à Clermont-Ferrand, abrite de nombreux officiers appartenant à cette organisation clandestine. Nommé à la tête de l’organisation pour la région Auvergne par le général Frère, le lieutenant-colonel Boutet est assisté par le commandant Madeline. Après l’infiltration du réseau de renseignement militaire Mithridate, les membres de l’O.R.A. sont découverts. Le 1er octobre 1943, des agents du Sipo-SD (Gestapo) et des soldats allemands, commandés par Hugo Gessler, chef du Sipo-SD de Vichy, font irruption cours Sablon munis d’une liste de résistants. De nombreux militaires sont arrêtés et interrogés au siège du Sipo-SD de Chamalières, puis déportés. Le commandant Henri Madeline meurt à la suite des interrogatoires."
25 Novembre 1943
Rafle de l'Unversité de Strabourg installée à Clermont-Ferrand
" La rafle du 25 novembre 1943 est une opération menée pendant la Seconde Guerre mondiale par la Gestapo assistée de l'armée allemande dans les locaux que l'Université de Strasbourg occupait 34 avenue Carnot à Clermont-Ferrand, où, le 3 septembre 1939, celle ci s'était repliée. La rafle a mené à l'arrestation et à la déportation d'une centaine d'étudiants catégorisés juifs ou étrangers et de résistants.
Circonstances de l'opération
À la suite de la déclaration de guerre de 1939, Strasbourg est déclarée zone militaire par l'État-major français. Une grande partie de la population doit alors évacuer la ville. L'administration de l'Université de Strasbourg est déplacée à Clermont-Ferrand, où s'installent également étudiants et professeurs. Après l'armistice du 22 juin 1940, les Allemands créent la Reichsuniversität Straßburg et l'hébergement de l'Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand n'a en principe plus lieu d'être, mais de nombreux professeurs et étudiants ne souhaitent pas rejoindre l'université allemande.
En 1941 naissent au sein de l'université les premiers mouvements de Résistance, mêlant étudiants et professeurs venant de Strasbourg et de Clermont-Ferrand. En particulier, Jean-Paul Cauchi, un étudiant en histoire venu de Strasbourg, fonde le groupe Combat Étudiant, lié au réseau Combat. Ces mouvements s'unissent au sein des Mouvements unis de la Résistance en 1942, à la suite de l'occupation militaire de la zone sud par les Allemands.
Plusieurs opérations sont lancées contre l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, dans le but de contrer les activités anti-nazies, mais également de fermer l'université et de faire rapatrier à Strasbourg quelque 500 Alsaciens considérés comme « Allemands de souche ». Plusieurs rafles sont ainsi menées au cours de l'année 1943, à Clermont-Ferrand comme à Strasbourg2. Dans la nuit du 24 au 25 juin 1943, Jakob Ottmann fait ainsi arrêter 37 étudiants dans le foyer universitaire Gallia replié à Clermont-Ferrand, à la suite de trois attentats contre les Allemands, dont l'exécution le 24 juin de deux membres de la Gestapo dans la maison d'un résistant, le professeur Jean-Michel Flandin. Les juifs seront déportés à Auschwitz, les autres à Buchenwald. Sur les 37 déportés, 7 réussirent à s'échapper en route mais 12 vont trouver la mort en Allemagne."
Souvent dans les récits on parle de dénonciation et de trahison sans vraiment nommer qui a parlé et dans quelles circonstances. Cela donne à penser que la Résistance aurait été donnée par une population qui compterait des traîtres. Sans nier la part des dénonciations (par idéologie ou par intérêt personnel) on lui donne peut être une trop grande importance. Toutes ces opérations ne sont pas le fruit du hasard mais du travail du SD qui infiltre arrête et fait parler des Résistants, en retourne lorsque c'est possible. (Lors d'une opération contre les MUR il mettront la main sur une liste des membres du réseau avec noms véritables et pseudo). Arrestations, retournements et ralliement ont un effet boule de neige.
Fin 1943 un Sonderkommando est formé comptant les éléments français les plus actifs, Georges Matthieu, Jean Vernières, Louis Bresson et Paul Sautarel. Ce groupe offre une large palette de cas:
Le 23 octobre 1943, le second de Jean-Paul Cauchi fondateur de Combat Etudiant à Clermont Ferrand, Georges Mathieu, est arrêté. Un mois plus tard il participera activement à la rafle du 25 novembre 1943. Il fera le tri pour le SD pour identifier les Résistants parmi les étudiants. En raison de son caractère "autoritaire" il va se sentir plus à l'aise au sein du SIPO-SD. Cependant, probablement conscient du vent qui tourne il saura épargner quelques chefs résistants et leur communiquera des informations. Cela ne suffira pas à le sauver à la Libération.
Jean Vernière est un cas très différent. Envoyé à Auschwitz au titre du STO il va rapidement se mettre au service des Allemands en dénonçant les saboteurs parmi "ses collègues". De retour en France il va de lui-même contacter le SIPO SD faisant valoir ses états de service en Allemagne pour proposer ses services. Même les membres du SIPO-SD seront "gênés" par l'extrême-volontarisme de ce Français pour "questionner" ses compatriotes. Il assumera jusqu'au bout son engagement pro-nazi.
Il existe probablement d'autres noms de collaborateurs dont on ne retrouve pas les noms mais aussi des situations plus complexes. (Parler de traîtes c'est aussi reconnaître qu' "ils étaient des nôtres " , d'où, certainement l'emploi du terme plus vage de "dénonciation".)
C'est le cas de Toussaint Jacob. Le Maitron le présente comme "lieutenant à la base aérienne d’Aulnat et ancien résistant devenu agent du SD, qui demeurait impasse Bonnabaud à Clermont-Ferrand... Il aurait plusieurs dizaines de dénonciations à son actif." L'emploi du conditionnel révèle un manque de sources et peut être une volonté de trouver des traîtres à tout prix. Effectivement Toussaint Jacob a été condamné à mort par contumace en mai 1945 pour trahison (la contumace en France implique l'automaticité de la peine maximale avant un véritable jugement. Arrêté en juin 1945 il sera condamné à 10 ans de prison.)
En 1945 10 ans de prison pour un agent français du SD c'est plutôt clément. Souvent derrière ce type de peine se trouve un Résistant qui a parlé, pas un collaborateur pro-nazi. Quelles ont été les circonstances? Violences, menaces, pressions? Il est facile lorsque l'on se cache derrière une vision d'une Résistance "pure et parfaite" de faire la morale. La fin de la guerre n'a eu rien d'idyllique. Des Résistants libérés en 1944/ 1945 sont revenus avec un désir de vengeance, d'une manière générale les anciens Résistants ont fait la chasse aux "traites" parmi eux. L'heure n'était pas à la compassion.
Ce fût le cas pour T. Jacob.
Que nous dit les archives en ligne à son sujet.
[size=150]https://monument-mauthausen.org/61228.html
JACOB Toussaint, dit Jacob TOUSSAINT
né le 01/11/1916 à St-Caradec-Trégomel (56) - France
Matricule : 61228
AVANT LA DÉPORTATION
Lieu de résidence : Clermont-Ferrand (63) - France
Profession : Chef de groupe adjoint au sous-directeur commercial
DÉPORTATION
Lieu de départ : COMPIÈGNE, le 13/03/1944
Déportation : SARREBRUCK NEUE BREMM, le 14/03/1944
Déportation : MAUTHAUSEN, le 01/04/1944
Les déportés sous le sigle Nuit et Brouillard
PARCOURS AU SEIN DU COMPLEXE CONCENTRATIONNAIRE :
AFFECTATION AU CAMP CENTRAL ET KOMMANDOS EXTÉRIEURS
Affectation : GUSEN, le 07/05/1944
Affectation : GUSEN II
CAMP CENTRAL, le 20/04/1945
LIBÉRATION ET RAPATRIEMENT
Lieu de libération : MAUTHAUSEN, le 05/05/1945
Lieu de rapatriement : LUTÉTIA, le 19/05/1945[/size]
Au moment où le SIPO-SD de Clermont-Ferand forme un Sonderkommando avec ses agents français T. Jacob est déporté à Mauthausen. Il est probable que ce que rapporte le Maîtron à son propos ne soit que des bruits qui circulent parmi les anciens Résistants. Comme les autres rumeurs: T. Jacob aurait été "noyé, jeté dans la Saône" à la Libération, pour d'autres "il n'aurait pas accompli entièrement sa peine de prison."
T. Jacob est " rentré de Déportation le 19 mai 1945 (Hôtel Lutetia), arrêté ensuite à Vannes à son retour vers le 20 juin 1945. "
Le Maîtron précise que T. Jacob " est en réalité décédé à Plérin (Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor), le 28 avril 1976, après s’y être remarié en 1962 "
C'est une information que chacun peut trouver sur internet. Outre que les sites de génealogie en ligne doivent servir exclusivement à des recherches personnelles était il nécessaire de "traquer" un ancien Déporté pour le stigmatiser, lui et sa probable descendance en précisant où il a refait sa vie?
Pas très glorieux.