Post Numéro: 33
de pierma
19 Sep 2023, 17:50
JARDIN DAVID a écrit:Mais sur le plan militaire ? Je n'ai pas l'impression que la Das Reich ait perdu beaucoup de temps (2-3 jours ?) pour aller se faire étriller en Normandie. A quel prix ? Mais était-il possible de ne rien tenter ? Certainement pas. J'ai bien compté et recompté le bilan des FFI vosgiens de mon secteur : rien à redire sur la pureté des intentions, sur (le plus souvent) le désintéressement et même l'absence de tiraillement entre orientations politiques. Mais le résultat est toujours le même : des pertes civiles et des troupes allemandes subalternes ou auxiliaires qui finissent toujours par rétablir l'ordre teuton. Même pas l'excuse de distraire des troupes du front.
J'ai publié il y a quelques années le témoignage (avant exécution) du colonel ISSELHORST, chef des polices allemandes en Alsace avec son avis sur la résistance. Je comprends pourquoi cela n'avait pas été repris avant ...
Il est très intéressant de montrer comment, à partir de ces bases incertaines, de brillants résistants de plume parviennent à léguer des récits aussi constellés d'exploits.
JD pas dupe des uns ou des autres
Je sais que c'est votre sujet de prédilection : les résultats militaires de la résistance ont été largement gonflés par la légende, la réalité, quand on fait des investigations sérieuses, est nettement plus basse. Ce qui me semble tout à fait plausible, d'autant que vous en avez des exemples nombreux. (Après l'Alsace n'est sans doute pas un cas d'école, tant sa situation était spécifique, mais passons...)
Mais faut-il raisonner en alignant uniquement des bilans ? Les maquis ont joué un rôle important dès 1943, ils ont permis à certains d'éviter le STO, obligé les Allemands à maintenir des troupes d'occupation en nombre, et à partir du 6 juin, ont mené des sabotages essentiels (on pourrait y ajouter l'action des cheminots résistants) ont créé partout un climat d'insécurité pour les troupes d'occupation ou celles qui retraitaient venant de partout après la défaite allemande en Normandie, et ont libéré seuls bon nombre de villes où il restait une garnison.
Vous posez avec raison la question "était-il possible de ne rien faire ?" j'en trouve l'écho dans les mémoires de De Gaulle, qui au moment où il fait le saut vers l'Angleterre, évoque "le dégoût que le pays aurait durablement de lui-même s'il devait être entendu qu'il avait été vaincu et en était resté là." Hé bien la résistance a fait bien des choses, avec ce résultat que dans l'ensemble les Français libérés ne crevaient pas de honte : la France n'en était pas "restée là".
C'est évidemment plus un résultat qualitatif que quantitatif, mais je le trouve essentiel.