JARDIN DAVID a écrit:Intéressant mais … n’est-ce pas un peu trop pro-domo ?
JD
Non, je ne pense pas.
En 1936, en Europe occidentale, alors que venait de se déclencher la Guerre Civile espagnole - qui, au passage, couvait depuis 20 ans, voire plus, car la façade de la royauté espagnole s'était, déjà, très sérieusement fissurée, suite à ses revers militaires, au tournant du siècle, face aux Américains, notamment à Cuba et dans les Philippines -... il n'y avait que la France, toute seule, cernée soit par des neutres, la Belgique, la Suisse, soit par des régimes racistes, l'Italie et l'Allemagne, qui avaient très rapidement pris parti pour les Nationalistes espagnols... mais ce n'est surement pas à toi que j'avais tenté de décrire "le paysage", car tu en connais, toi-même, un rayon.
En mai 1936, le Front Populaire avait accédé au pouvoir, tandis que la GCE avait débuté en juillet. En théorie, la Gauche française aurait du être favorable au soutien de la gouvernance républicaine espagnole; mais il convient, aussi, de se méfier de l'attitude des socialistes français vis-à-vis des communistes staliniens, la SFIO ayant refusé, à l'issue du Congrès de Tours, en février 1920, d'adhérer à la Troisième Internationale Ouvrière, très largement pilotée par Moscou; or, en Espagne, les dirigeants républicains étaient, clairement, aux ordres du Kremlin.
De toute manière, la gouvernance française, en se conformant à l'embargo international décrété sur les fournitures d'armes et munitions aux combattants espagnols des deux camps, s'était très vite retrouvée débarrasser d'un éventuel "état d'âme". Alors que les Italiens et les Allemands avaient largement accompagné et aidé les efforts de guerre des Nationaliste et que l'Union Soviétique vendait, elle, chèrement, de son côté, son matériel aux Républicains, la France s'était contentée d'approvisionner, en quantités modestes et bien souvent âgées, ces mêmes républicains, par des voies détournées.
Pour l'essentiel, il s'agissait de marchands d'armes qui avaient pignon sur rue, mais, qui, officiellement, siégeaient, tous, dans d'autres "contrées" européennes; l'incertitude des transports maritimes, les magouilles et "pot-de-vins" avaient , d'ailleurs, souvent abouti à la réception, dans des ports espagnols, contrôlés par les Nationalistes, ravis de l'aubaine, de livraisons destinées, au départ, aux Républicains (Véridique!)
Durant la Guerre d'Espagne, les Américains avaient, eux, toujours, le nez dans le guidon pour rétablir leur économie et leur outil industriel internes après la catastrophe financière de 1929. De leurs côté, les Brits ne se sentaient pas, peu ou prou, concernés par la GCE. Le 18 juin 1935, avec la "bénédiction" des Américains, ils avaient ratifié avec le
III. Reich un accord naval, qui garantissait aux Allemands, 35% du tonnage de la Royal Navy - et 45% des forces sous-marines! - . Tout était, dès lors ",
pour le mieux dans le meilleur des mondes", car la Grande-Bretagne venait, ainsi, de conforter son monopole militaire naval.
N'étant en rien un historien, je ne peux guère établir un bilan politique et plus ou moins stratégique sérieux, après la fin du conflit espagnol, en avril 1939, mais d'une manière directe et indirecte, il avait du, néanmoins, pesé très lourd sur l'attitude générale française à la veille du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale. L'Allemagne et l'Italie venaient de démontrer, sur le terrain, leur supposée "efficacité", alors que l'armée française était, elle, restée cantonnée dans une attitude défensive, faussement encouragée en cela par l'érection de la Ligne Maginot, dont la construction des derniers ouvrages, plus ou moins secondaires, afin de ne pas déplaire à la Belgique, s'était interrompue, à l'ouest de Montmédy, partie occidentale du département de la Meuse, mitoyen du département ardennais.
Les plans de bataille français, à dater du déclenchement d'un conflit ouvert, prévoyaient, dans un premier temps, grâce à l'importance de ses forces et son dispositif fortifiée (la Ligne Maginot), une solide défense plus ou moins "statique" ou, à tout le moins, à progression limitée et ponctuelle - le plan "Dyle" en avait fait partie -, tandis que, à l'instar de ce qui s'était passé en 14-18, notre industrie militaire était, elle, censée, à l'arrière, fournir en 1941, les moyens nécessaires afin de transpercer le dispositif ennemi "bloqué" par nos lignes de défenses, puis le terrasser! On en connait le résultat en mai-juin 1940.
L'état-major français n'était pas, non plus, totalement idiot et, à la mobilisation de septembre 1939, il savait très bien que, contrairement à l'été 1914, les mobilisés avaient été incorporés en trainant sérieusement les pieds, mais il avait tablé sur une situation conflictuelle plus ou moins statique - ce qui avait été le cas, durant les six mois de Drôle de Guerre, l'adversaire étant supposé être bloqué, face à son dispositif défensif -, sur sa capacité à motiver les troupes et les préparer à un ultime assaut final, plus ou moins programmé en 1941!