François Azouvi
Français, on ne vous a rien caché. La Résistance, Vichy, notre mémoire
Collection NRF Essais, Gallimard
Parution : 08-10-2020

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLI ... rien-cache
On a dit qu’après la guerre de Gaulle et le PC avaient menti aux Français en les persuadant qu’ils avaient tous été résistants. Mais étaient-ils dupes ?
Analyse de Jacques Saint Victor (le Figaro)
IL EST des mensonges qui se dissimulent derrière des entreprises de démystification. C’est le message de François Azouvi dans ce long et laborieux essai sur les mythes de la Résistance. Il essaye de revenir sur l’idée qu’un « pieux mensonge » aurait permis de dissimuler aux Français des réalités qu’ils ne voulaient pas voir à propos de 1940-1945. Dernier en date de cette légende, un petit feuilleton diffusé en 2017 sur le service public - véhicule par excellence des « mythes d’époque » -, Un village français. François Azouvi cite un édifiant dialogue entre un couple d’instituteurs du village. Nous sommes aux lendemains de la guerre ; le héros est un directeur d’école gaulliste qui se montre désireux d’enseigner aux élèves une France de résistants. La femme est embarrassée. « Nous sommes enseignants, Jules ! Nous avons une vraie responsabilité, transmettre la vérité… » Mais le mari ne l’entend pas de la sorte. « Non ! Ça, c’est pour les curés, Lucienne. Nous, nous apprenons aux enfants l’histoire de leur pays telle qu’ils veulent l’entendre, eux et leurs parents. » Lucienne n’est pas d’accord et elle conclut, choquée : « J’ai l’impression qu’on me demande de participer à un grand mensonge. » Le téléspectateur sort de ce dialogue à la fois irrité et rassuré. Lui, désormais, sait que les Français de l’après-guerre ont été manipulés. Sauf que le téléspectateur d’aujourd’hui serait tout autant manipulé, voire plus, que ses prédécesseurs. Un nouveau mythe se serait construit sous ses yeux - on aurait caché la vérité aux Français - dont il serait pour partie la dupe.
Contre-mémoires et contre-récits
Selon Azouvi, cette nouvelle légende d’une France aveugle se serait construite au début des années 1970. Nous aurions été bercés, après Le Chagrin et la Pitié, de Marcel Ophuls, puis Français, si vous saviez, d’Harris et Sédouy, dans l’idée que la France aurait cru après 1945 qu’elle avait été entièrement résistante ; ce pieux mensonge aurait été édifié notamment par le Général, le « Grand Mystificateur », et le PCF. Le voile se serait déchiré ensuite. Ainsi se met en place une nouvelle vulgate, genre Les Chinois à Paris de Jean Yanne, film décrivant une nation entière de « collabos » se croyant résistante.
Azouvi cite de nombreux exemples tendant à démontrer qu’au contraire, depuis la fin de la guerre, les Français avaient tous les moyens de savoir. Les productions littéraires ou historiques n’auraient jamais occulté ces nuances. Selon l’auteur, « ces œuvres de déconstruction » du « mythe résistant », du Chagrin et la Pitié à Place de l’Étoile, de Modiano, seraient à leur tour sujettes aux mêmes reproches : ils travestissent la réalité. Azouvi cite quelques documents surprenants : ainsi Sartre critiquant Le Chagrin parce qu’on y « déforme la Résistance ». Germaine Tillion ajoute que le profil de la France lâche véhiculé par ce film « n’est pas ressemblant ». Auraient-ils tort ? Ils ne sont pas entendus. Petit à petit, même l’image de la Résistance se ternit. Le procès Papon en démontre l’ambiguïté, avec ses liens inavouables entre Vichy et Résistance. Seul le réseau Manouchian continue à être salué, parce qu’il vient des marges. L’art traque la honte plus que l’héroïsme. Bientôt, il ne se souciera que des victimes. Le geste sacrificiel d’un Jean Moulin finit même par déconcerter. L’époque nous invite à « compatir plutôt qu’à résister ».
L’auteur le reconnaît lui-même : il est trop long. « Je n’ai pas voulu qu’on puisse croire que mon interprétation des événements, qui va à l’encontre de celle qui règne, ne reposait que sur quelques exemples bien choisis. » Dont acte. Mais un petit travail éditorial n’aurait pas été superflu. Passons, car le sujet est pour le moins passionnant. Cette relecture de l’histoire de France depuis 1945, en prenant le contre-pied de l’époque, relève de belles surprises mais ne parvient cependant pas à nous convaincre entièrement, sans pour autant susciter une franche opposition. On hésite devant cette thèse, car l’auteur ne nous démontre pas qu’une avalanche de références fait nécessairement « résonance ». Les contre-mémoires et contre-récits qu’il évoque ont-ils vraiment influencé les Français avant 1969 ? Faute d’une réflexion - probablement fort délicate - sur la notion de « réception », on reste indécis à la lecture de la thèse de l’auteur. On voudrait y croire. Les Français d’avant 1970 n’auraient pas été les dupes que la nouvelle vulgate décrit. Mais ont-ils tous voulu savoir ? À trop en faire, l’auteur ne prend-il pas le risque de se ranger à son tour dans cette catégorie des démystificateurs qui créent de nouveaux mythes ?

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« Alors mon petit Robert, écoutez bien le conseil d'un père ! 


, Prosper!
... si on s'intéresse aux évènements "post-indépendances", les ex-nations "coloniales" n'y étaient strictement pour rien! Les diamants du Kinshasa n'intéressaient, en principe, que Mobutu et Lumumba, lui - même, chef d'état sécessionniste -. Résultat, ils sont, toujours, 60 ans plus tard, en train de se "foutre" sur la tronche, entre ethnies, sauf que j'ose espérer que l'intention première de l'affrontement n'est pas "tribale"!
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