Soxton a écrit:Oui mais FD et moi même pensons que l'arrêt du 24 mai est bien curieux puisqu'il intervient précisément au moment où une grande opportunité se présente à l'armée allemande.
Encore faudrait-il que les Allemands soient pleinement conscients qu'ils s'agit-là, précisémment le 24, d'une opportunité
unique pouvant conduire à la capture du BEF. Or, c'est un constat qu'on ne peut faire qu'
a posteriori. Il n'y a pas de trace chez les Allemands de cette préoccupation ni le 24, ni avant le 24.
Il aurait donc fallu que l'OKH-OKW réalise parfaitement bien que si la poussée des blindés vers le nord-est était interrompue, ne serait-ce que 24h, la situation allait évoluer à tel point qu'elle permettrait le rembarquement de la quasi-totalité des Anglais et de plus de 100.000 Français. Car c'est bien ce résultat que la propagande Britannique va réussir à tourner en "victoire" ; cela aurait été nettement plus difficile d'exploiter ce "miracle" si seulement un quart, ou la moitié de ces hommes, avaient réussi à repasser de l'autre côté de la Manche.
Autrement dit, il aurait fallu qu'ils soient en mesure d'anticiper, dès ce 24 mai, tous les efforts et les moyens que les alliés allaient engager dans le rembarquement pour y arriver, l'impuissance relative de l'aviation à prévenir tout rembarquement massif des troupes à partir des plages, la résistance acharnée des restes du GA1 (comme celles des divisions encerclées dans Lille) qui allait bloquer ou ralentir le contournement de l'infanterie Allemande, etc. etc.
De ce fait, en l'absence d'évidence que cette décision pouvait provoquer un désastre (du point de vue propagande et moral des Anglais) et qu'on ne disposait pas des moyens militaires autre que de laisser les Pz.Div. s'engager à fond vers Dunkerque afin de l'éviter (ce désastre), il n'est pas possible de considérer que cet ordre n'avait d'autre portée qu'une simple décision opérationnelle justifiée par l'économie de moyens opérationnels jugés indispensables à la réalisation de la seconde phase - moyens irremplaçables à court terme - sur laquelle aussi bien le Führer que l'OKH me semblent avoir les yeux rivés.
Soxton a écrit:C'est pourquoi Delpla est moi sommes d'accord sur un point : il faut trouver autre chose qu'une crainte suscitée par l'humidité du terrain ou l'attrition du matériel.
Pas nécessairement. On est d'accord que le terrain en lui-même ne peut pas être l'unique facteur à prendre en compte : aussi peu propice soit-il aux attaques blindés, à partir du moment où il est franchissable, une avancée est techniquement possible. Bien entendu, ce qui prime ce sont bien entendu les moyens dont disposent les défenseurs. Un terrain difficile, comme celui du Dunkerque, sera facilement mis en défense même avec peu de moyens.
C'est comme la consigne donnée par Hitler interdisant d'engager les chars dans les aglomérations, qui fut décidée suite aux lourdes pertes enregistrées lors de l'attaque de Varsovie. Cela voudrait-il dire qu'une ville non défendue ne pourrait être prise par des chars ? Ce qui prime, c'est l'opposition rencontrée avant la nature du terrain.
Et c'est là que le bât blesse : les unités en ligne
sentent très bien leur situation et le niveau de résistance immédiat alors que le haut commandement ne peut juger que de la situation globale. La carte suggère à Hitler qu'il y a un danger de résistance acharnée des alliés encerclés ; comme ils sont condamnés, ils vont tout jetter dans le combat pour les derniers ports entre Dunkerque et Ostende. Son infanterie commence à piétiner et subit des pertes sérieuses (il s'en plaint pour la XVIIIè Armée tout au nord). Doit-il engager la crème de ses divisions panzers dans cette fournaise sans risque de compromettre la suite des opérations ? Une fois engagées, pourra-t-il les désengager et les remettre en état avant que les Français se ressaisissent au Sud ?
Soxton a écrit:Ici nous sommes dans un cas différent. L'arrêt est brutal et inattendu le 24 mai. Pourquoi ne pas attendre 24 ou 36 heures supplémentaires avant de faire la maintenance du matériel ?
Brutal, bof : ça discute beaucoup entre le soir 23 et le 25 ; l'ordre n'affecte pas tout le monde, au même moment, beaucoup d'actions continuent et dès le 26, on repart sur d'autres bases.
Dans l'idée de certains, il semble qu'il ne faille plus sacrifier un seul char de plus dans cette bataille du nord ; l'infanterie doit relever les Pz.Div. au plus tôt pour achever le travail. En attendant, l'aviation va pilonner les défenseurs et le HGr.B les fixer par des attaques frontales ; on pense briser leur moral, les empêcher d'organiser leur défense... et même de rembarquer en détruisant le port de Dunkerque.
Au bilan, on ne sait toujours pas à l'OKW le 24 mai qu'il ne faudrait pas perdre 24h pour éviter un désastre. Et honnêtement, ce sont des mesures qui me semblent cohérentes, pour peu qu'on regarde bien les cartes en chassant de son esprit tout ce que l'on sait de la situation réelle des alliés (au sud et dans la poche).
Quant à "Dynamo", qu'est-ce qui pourrait faire penser à Hitler le 24 mai que les alliés en sont capables ?
Dernière édition par takata le 23 Aoû 2017, 07:52, édité 2 fois.