Nous recherchons la cause du Htbf, non ?
Si elle tient à des craintes d'ordre militaire,
qu'il s'agisse de pénuries ou de contre-attaques,
comment se fait -il qu'aucune archive n'en montre la moindre après Arras ?
François Delpla a écrit:Nous recherchons la cause du Htbf, non ?
Si elle tient à des craintes d'ordre militaire,
qu'il s'agisse de pénuries ou de contre-attaques,
comment se fait -il qu'aucune archive n'en montre la moindre après Arras ?
kfranc01 a écrit:Bonjour à tous !![]()
Certains se demandent s'il y a parmi les historiens des militaires... ce qui me fait un peu réagir ! Oui, il y en a. Tient Marc Bloch par exemple !![]()
Je ne suis pas historien, mais je suis passé par les écoles militaires... bon d'accord j'ai servi sous l'eau et pas sur terre... toutefois j'ai a mon début de carrière travaillé sur la conception du Leclerc et j'ai un grand tonton général de brigade blindé qui m'a briefé à cette époque... je maitrise un peu le sujet donc ...Il y a un point sur lequel je peux apporter ma modeste pierre à ce fil, sans risque de vous induire en erreur.
Il me semble qu'il y a un point technique important à comprendre pour analyser le Haltbefehl, au moins pour ses premières 24h, quand on parle d’essouflement et d'indisponibilité du matériel. C'est la maintenance lourde que requière un blindé - surtout à cette époque.![]()
Bon, grosso modo, l'intervalle de temps entre deux opérations de maintenance lourde c'est 200km ou 8j ou 80h-100h.. Cela dépend du blindé évidemment, mais en fait peu de progrès sont faits en la matière (un Leclerc par exemple, c'est guère plus que 200h). Selon le blindé, il faut 4h à 6h de boulot pour faire cette opération. Bon me direz vous, allez quand on tient une occasion, on saute une vidange et puis voilà! Et bien cela, c'est un raisonnement de littéraire, mais pas celui d'un ingénieur mécanicien, et surtout pas celui d'un commandant opérationnel qui connait bien son matériel.![]()
Pourquoi? Parce que l'usure et les pannes provoquées par un défaut d'entretien n'est pas linéaire avec le temps. La loi régissant la dégradation d'un mécanisme quelconque passe par quatre étapes: le rodage, l’usure dite normale qui est une fonction linéaire du temps puis le vieillissement rapide, enfin la ruine qui est très souvent, brutale et instantanée. L'augmentation des coefficients de friction liée à la perte de viscosité d'une huile périmée, de l'accumulation de la saleté et des débris, provoquent le basculement d'une usure normale ou maitrisée à un vieillissement accéléré, régit lui par une loi asymptotique, et la casse arrive extrêmement vite. Une huile périmée, qui a passé l'état de cokéfaction et a perdu ses savons, c'est la casse moteur assuré en 20 - 30 min.![]()
Un petit topo des principales opérations lourdes, histoire de faire prendre conscience de la lourdeur des opérations sur un tank:![]()
Moteur : si non fait, risque rapide de casses, les engins allemands étant par ailleurs souvent sous-motorisé, les moteurs sont fragiles
- Vidange moteur et boites de vitesses/réducteur
- Nettoyage et huilage des organes moteur sensibles (bieilette, régulateur, magnéto, ressorts, palier des pompes, palier des ventilos, ect...)
- Suiffage ou graphitage des soupapes pour les moteurs les plus anciens. Pétrolage pour les moteurs à essence. Nettoyage carburateurs.
- Vidange graisse usée sur roulement à billes et graissage
- Graissage sur embrayages primaires et secondaires
Chenilles: si non fait, risque de déraillement bien plus fréquent que l'on ne pense
- Nettoyage, débourrage, graissage chenille (en général, avec les huiles de vidange)
- Entretien du train de roulement et des galets, graissage paliers
- Vérification maillons de patins
- Nettoyage soigneux des couronnes dentées et vérification des dents
- Tension de la chenille
Armes: si non fait, enrayage voir déformation irréversible - un char sans arme opérationnel ne sert pas à grand chose
- Nettoyage du tube canon
- Nettoyage des tubes mitrailleuses, remplacement tous les 500 coups (sur le papier 3000 coups.... mais pas dans la vraie vie de combat... sauf quand il y a pénurie de tube...)
- Nettoyage des optiques de vision et des optiques de visée
Accessoirement, j'ajoute nettoyage du sang des blessés et morts dans l'engin; qui est une tâche fréquente mais ingrate et difficile, nécessaire au maintien du moral des équipages...![]()
Il est clairement établi, et là, j'ai des rapports de l'intelligence service US qui le prouve (interrogations des prisonniers), que les Allemands respectaient à la lettre les consignes, et n'admettaient pas la moindre dérogation à la règle technique. Ceci afin de ne pas perdre bêtement un engin en cours de combat pour défaillance matos....![]()
Quand Von Rundstedt évoque le besoin d'une pause pour souffler, il me semble certain qu'il a cette préoccupation. Peut-il se permettre de se lancer contre une force qui reste redoutable, acculée au combat désespéré car elle n'aura plus le choix de fuir, avec des blindés qui seront hors jeux dès le début de l'action pour manque d'entretien? C'est un général raisonnable, qui prend des risques calculés, et non irréfléchis. Il doit donc impérativement avant de lancer l'assaut final, faire ses actions de mise en condition du matos. Sinon, il prend le risque de les perdre en cours de route, et à une vitesse foudroyante. A mes yeux, ce n'est pas le matos déjà HS ou nécessitant des petites réparations. L'enjeu, c'est bien de maintenir le potentiel du matos restant, sinon gare à la paralysie par épidémie de pannes simultanées !![]()
Vous pouvez me faire confiance, cela ne pardonne pas d'oublier les règles de la mécanique!![]()
Bon, j'ai un avion à prendre ! Cordialement !
François Delpla a écrit:Nous recherchons la cause du Htbf, non ?
Si elle tient à des craintes d'ordre militaire,
qu'il s'agisse de pénuries ou de contre-attaques,
comment se fait -il qu'aucune archive n'en montre la moindre après Arras ?
alain adam a écrit:
Car , François , tu détiens toutes les archives militaires de toutes les armées, de tous les corps et toutes les divisions ? Tu ne dois pas t'ennuyer a lire tout ça ...
Alain
kfranc01 a écrit:
Quand Von Rundstedt évoque le besoin d'une pause pour souffler
élucubrations réelles ou imaginaires issues de la politique de Gröfaz
François Delpla a écrit:C'est ce que font les camarades ici présents qui font remarquer que la contre-attaque d'Arras, le 21, crée une forte trouille... et que la résolution de cette crise, le 23 en début de soirée, en fait disparaître jusqu'à la moindre trace.

Nicolas Bernard a écrit:alias marduk a écrit:L'inquiétude perdure : un exemple, le 25 mai, Rundstedt émet son ordre n° 6 de groupe d'armée qui indique :
"Il n'est pas exclu que l'ennemi exécute ses mouvements selon un plan homogène avec l'intention de percer la 4è armée et les troupes rapides qui lui sont subordonnés en attaquant du nord et du sud, afin de pouvoir rapprocher les éléments de son armée jusque-là séparés"
Mais est-il sincère? La question doit être posée. En effet, comme je l'ai déjà indiqué, Von Rundstedt fait successivement état, le 25 mai, des explications suivantes pour "justifier" le Haltbefehl (sachant que lui-même se bornait à recommander une pause de 24 heures):
- à 0h45, il faut "faire serrer d'abord les groupements motorisés, si l'on veut leur faire reprendre la marche en avant" et "prendre les mesures nécessaires pour régler avec l'aviation le franchissement de la ligne des canaux" (ah bon? moi qui croyais que le Groupe d'Armées A était devenu l'enclume sur laquelle frapperait le Groupe d'Armées B)?)
- à 15 h 30, son chef d'état-major, Sodenstern, indique à son homologue de la 4. Armee que les blindés doivent rester sur la "ligne des canaux", que Hitler ne souhaite pas les voir avancer plus à l'est, que lui-même et Von Rundstedt estiment le terrain à l'est des canaux impropre à une attaque de chars (alors que quinze heures plus tôt, ledit Rundstedt avait l'air de penser le contraire...);
- quelques instants plus tard, ce même Sodenstern indique à Von Kluge, qui insiste pour reprendre l'avance: on ne peut franchir la "ligne des canaux" car la Luftwaffe intervient au-delà, et devant les récriminations de Von Kluge, précise: "Les 24 heures de retard auront tout de même accru la valeur combative des unités blindées", ce qui semble annoncer que Von Rundstedt n'exclut pas une reprise de l'avance.
(voir Jacobsen, Dünkirchen, op. cit., p. 96-97 et 101. En français, lire Jacobsen, "L'erreur du commandement allemand devant Dunkerque", Revue historique de l'armée, 1958, n°3, p. 69)
Sachant, de surcroît, que, le 26 mai, Rundstedt préconise une reprise de l'avance...
Von Rundstedt se contredit trop souvent pour que je le croie sincère. Reconnaissez, à tout le moins, que quelque chose cloche dans son attitude.
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