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Soxton a écrit:Il faudrait qu'Alain Adam nous dise pourquoi l'arrêt lui semble "techniquement" inévitable le 24 mai 1940, alors qu'il n'a pas été nécessaire en juin de la même année.
Les passionnés de la SGM peuvent-ils me dire s'ils ont connaissance d'un arrêt similaire dans le courant du mois de juin ?
En fait, je vous renvoie au What if « 1940, et si la France avait continué la guerre? »
http://1940lafrancecontinue.org/ . Les auteurs ont tenté de déduire militairement ce qui se serait passé si Pétain n'avait pas demandé l'armistice. Dans leur scénario, les Allemands sont, effectivement, obligés de s'arrêter en juin afin de reconstituer leur dispositif, ce qui permet aux Français de procéder au "Grand déménagement", l'exode en Afrique du Nord afin de continuer le combat.
Plus généralement, les stratégistes estiment qu'une offensive type "Blitzkrieg" s'essouffle au bout d'environ 400km au maximum. Ce phénomène est dû à l'usure des troupes de tête et l'allongement de la chaîne logistique. Une pause est alors nécessaire afin de reconstituer ou remplacer les forces offensives et mettre en place le ravitaillement (réorganisation des transports, mise en place de dépôts,...). Cet arrêt des opérations offensive suppose, bien sûr, que le terrain conquis soit sécurisé par la mise en place d'un front défensif continu afin de prévenir une probable contre-offensive. A noter qu'en 1940, cette limite n'est pas encore connue. A noter également que cette limite correspond assez bien à la distance parcourue par les unités mobiles allemandes arrivées devant Dunkerque...
Mais vous n'avez pas indiqué si vous approuvez ou désapprouvez mon message numéro 533.
J'avais réagi à l'époque en signalant que, quoique n'ayant aucun reproche à faire à Pierre Miquel, je n'avais qu'une confiance limitée sur ses compétences en matière militaire. En l'occurrence, en ce qui concerne la possibilité de prendre Dunkerque et de la mettre en position défensive, il ne fait que répéter ce qu'il a lu ailleurs, comme tous les historiens "classiques". Tous prennent pour argent comptant les généraux Allemands et Lidell Hart en premier, qui ont prétendu que oui, sans s'interroger sur le fait de savoir si c’était vrai, si ces militaires n’avaient pas intérêt à le faire croire.
Alain et Loîc nous ont indiqué ici la difficulté qu'il y avait à connaitre l'état réel des unités mobiles aux 23 et 24 mai 1940. Il me semble que ce point devrait être creusé afin de déterminer si, effectivement, elles avaient la capacité de prendre ou masquer la ville et de la mettre en défense.
Nicolas nous a donné l’exemple de citations « prises sur le vif » de certains de ces généraux, non susceptibles d’avoir été déformées (ou en tous cas, moins), prétendant que l’ordre d’arrêt était une erreur. Et je suis assez surpris de constater que ces réactions sont limitées. Aucun ne prétend qu’il serait déjà à Ostende, ou qu’il aurait coupé la route de Dunkerque. Les plus optimistes, comme Guderian, se contentent d’affirmer qu’ils pouvaient continuer, qu’ils n’avaient rien devant eux, ce qui est possible, mais pas sûr, et aucun ne se risque sur la deuxième phase, qui est de pouvoir résister à une contre-attaque qui ne va pas manquer de venir.
D’autre part, vous faites erreur quand vous dites : « j 'en conclue que le BEF était en difficulté avant cet arrêt ordonné le 24 mai et que le pessimisme des Anglais était justifié. L'ordre de halte a été prononcé au moment précis où les officiers anglais craignaient l'anéantissement du corps expéditionnaire. ». Le BEF est TOUJOURS en danger même APRES l’ordre d’arrêt. Je rappelle que Dynamo, étudiée à partir du 20 mai, ne prévoit l’évacuation que de 45 000 à, au mieux 80 000 hommes, sur TROIS ports ! Et il n’en reste qu’un ! L’anéantissement du BEF est donc très probable, des deux côtés de la Manche, prise de Dunkerque ou pas !
Je rappelle qu’AUCUN général ne déplore, entre les 23 et 25 mai, que l’ordre d’arrêt permette aux Anglais de rembarquer ! Si certains râlent ou sont fâchés, c’est parce que cet arrêt leur fait perdre l’initiative, le « momentum » que les troupes mobiles avaient acquis depuis leur percée dans les Ardennes. La mise en défense du front sud va obliger le groupe d’armée B, au nord, à faire le travail de réduction de la poche, alors que c’est lui qui fait face à la plus grande résistance. C’est cela et pas la fuite éventuelle des Anglais qui préoccupe les Allemands, selon TOUS les témoignages que nous avons.
Ce point me semble extrêmement important, d’où mon insistance :
la possibilité d’un rembarquement anglais n’est pas la première inquiétude des Allemands, simplement parce que le succès d’une telle opération, aux dires même des intéressés, est hautement improbable !