Post Numéro: 39
de norodom
19 Aoû 2014, 14:18
Bonjour,
J'en étais donc hier à cette journée du 18 août 1944, sur laquelle je n'ai pas le moindre détail dans mes souvenirs.
Par contre la soirée de cette journée là, je l'ai bien retenue et le souvenir que j'en ai est très amer...
Nous étions donc à l'école Sainte-Barbe, boulevard Armand Duportal à Toulouse, où les miliciens de Castres qui nous détenaient, avaient rejoint un groupe de miliciens toulousains.
Ces derniers n'avaient pas le même égard pour nous que ceux de Castres. Deux ou trois d'entre eux, super zélés de l'espèce, ne se sont pas privés de brimades, railleries et mesquineries de toutes sortes, sans pires violences cependant, sauf que ma colonne vertébrale a ressenti assez longtemps les traces d'un choc sur une pomme de rampe d'escalier en verre !
Je ne sais quel sort mes copains et moi aurions connu si la résidence de notre captivité avait été Toulouse ?
Car, j'ai raconté par ailleurs ce qui est arrivé à l'un d'entre-nous, (Henri P), qui au lendemain de notre arrestation avait été transféré à Toulouse...
Le lendemain 19 août, c'est l'exode sur l'ex N 113, vers Carcassonne et Narbonne.
En tout début d'après-midi, les véhicules transportant les miliciens rejoignent à la sortie de Toulouse, la longue colonne allemande qui quitte la ville et s'y intercalent.
Tous les huit "pensionnaires" étions groupés sur l'un de ces véhicules.
Et c'est après avoir passé Carcassonne, vers 22-23 heures, que j'ai mis les voiles dans les circonstances que j'ai relatées.
Quoi écrire sur les conditions du parcours de la colonne engagée sur cette RN 113, tout au moins celui qui fut le mien ?...
Car nous avons parcouru environ 110 km en plus de 8 heures !
A partir de environ 17 heures, passé l'agglomération de Castelnaudary, l'avant de la colonne a été de temps en temps attaqué à la mitrailleuse et bombardé avec des engins au phosphore de petit calibre, par un avion anglais.
Personnellement je n'ai pas vu cet avion, mais j'ai constaté les dégâts au passage.
J'ai recueilli plus tard des témoignages de riverains de la RN 113 qui m'ont précisé que cet avion avait un double fuselage. (peut-être un "Lockheed P-38 Lightning" d'aprés la description qui m'en a été faite ?)
Pourquoi un seul avion ?... Pourquoi la RAF n'a t-elle pas saisi l'occasion d'attaquer en force cette colonne ennemie qui s'offrait sur la route ?... Peut-être en raison de la présence de civils dans cette colonne ?
Quoi qu'il en soit, ces attaques eurent un effet retardateur.
Hormis ces attaques aériennes pas la moindre intervention de la résistance...
Donc, après Carcassonne entre les localités de Trèbes et Fontiès-d'Aude, me voilà donc, seul à travers champs sous les étoiles, attendant je ne sais quoi mais surtout recherchant le calme dans mon environnement.
Demain, 70ème du 20 août 1944, je vous raconterai mon départ de Carcassonne suivi de mon arrivée en fin d'après midi à Limoux, où j'ai rejoint les gars du Maquis de Picaussel.
Les gars de ce maquis là, ont un parcours couvert de gloire et beaucoup d'entre-eux qui ont poursuivi la lutte depuis la forêt de Picaussel, située dans l'Aude tout près de la limite de l'Ariège, jusque sur les terres d'Alsace et au delà, aux rives du Danube, ont perdu leur vie pour la liberté. (45 morts et 98 blessés ont été à déplorer à l'issue du conflit).
Cordialement,
Roger