Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
Ceci dit, pas si fantaisiste que cela, l'hypothèse.
Imaginons, l'espace d'un instant, que Churchill ne soit pas la ou se résigne en 1940 a signer avec le Reich une paix de "compromis", lui laissant l'Europe en "échange" des mers, ce qu'Hitler s'époumonait a proposer.
Les conséquences en auraient été dramatiques :
Oui, mais Staline est un peu "old school" et reste très impressionné par la maîtrise maritime comme en témoigne cet échange avec Stafford Cripps le 1er juillet 1940:
Il est prématuré de parler de domination allemande sur l'Europe; La défaite de la France ne signifie pas une telle domination. Une telle domination de l'Europe requérait de l'Allemagne une domination des mers, ce qui semble peu probable.(...) En Allemagne, il y a des gens intelligents qui comprennent que l'Allemagne n'a pas la puissance pour dominer le monde. Cit. in G. Roberts, Stalin's War, New Haven, 2006 pp.56-57
Il me semble que dans cet état d'esprit, il faudrait un peu plus qu'une simple paix avec l'Angleterre (surtout cette paix hitlérienne de partage) pour l'impressionner.
Daniel Laurent a écrit:Retirée du conflit européen, la Grande-Bretagne se serait précipitée sur la défense de son Empire et l'ennemi aurait, évidemment, été le Japon. Les USA en auraient fait autant se contentant sur le vieux continent de veiller à ce que la route de la Méditerranée reste ouverte ce qu’un Hitler qui n’en n’avait rien à cirer de l’Afrique aurait bien entendu accordé avec joie.
Oui mais Hitler aurait obtenu sa paix par le bombardement et la population anglaise se serait certainement prise au jeu, comme en 1941-45, de la résistance soviétique. La guerre entre l'Allemagne et l'URSS ne l'aurait pas laissée indifférente et son camp aurait été vite choisit puisqu'elle aurait tout de même eu l'impression d'être battue par l'Allemagne.
Daniel Laurent a écrit:La France Libre serait passée a la trappe, de Gaulle considéré dans une Angleterre en paix comme persona non grata et ou diable serait-il allé en 1940 ? A Pondichéry ?
Et Staline se serait retrouvé totalement seul face à Hitler, à un Hitler totalement maitre du jeu en Europe.
Seul oui, mais comme je l'ai déjà dit la guerre que prévoit l'URSS depuis les années 20, est une guerre solitaire face à des ennemis encore plus puissants que l'Allemagne, une coalition des pays capitalistes qui lui tomberait sur le coin de la figure. Elle a essayer de se préparer en conséquence, tout l'élan industriel, et même les purges sont orientés dans ce sens depuis la fin des années 20, avec un succès parfois mitigé mais où la volonté à rarement fait défaut.
Daniel Laurent a écrit:Car Staline a bien compris, à l’instar de De Gaulle, que cette guerre est mondiale, que l’Angleterre est au combat, que les USA aident leurs « cousins » et seront obligés, un jour, d’intervenir et que si Hitler agresse l’URSS, il ne sera pas seul, comme la suite l’a montré.
Je crois qu'il y a une méfiance fondamentale chez Staline, l'anti communisme est si répandu, qu'il ne peut pas être absolument sûr de cet appui occidental, une partie de son cerveau ne peut être absolument convaincue de ce qui pour nous paraît une évidence, d'où cette extrême prudence, toutes ces précautions pour ne passer en aucun cas pour l'agresseur.
Et il part du principe qu'il sera seul, même s'il espère toujours un appui extérieur, il croyait, par exemple à la possibilité d'un soulèvement contre Hitler, il y a une citation que je pourrais chercher où il aurait dit quelque chose comme: la guerre s'est passée à peu près comme prévu, sauf que la classe ouvrière allemande ne s'est pas soulevée.
Daniel Laurent a écrit:Mais dans l’hypothèse de sa solitude face aux nazis, tout change ! Et cela change comment ? Parlons-en (mais sans jeux vidéos, je ne les supporte pas)

Je crois qu'une hypothèse d'obtenir des concessions territoriales de Staline sans combat ne tient pas compte non plus de l'assurance (pas complètement absurde comme la guerre l'a prouvé) de Staline dans les possibilités militaires et industrielles de l'URSS.
François Delpla a écrit:(...) Ce n’est pas à moi de parler de ce que pourront faire les Etats-Unis. Mais je dirai cependant ceci : si Hitler s’imagine qu’en attaquant la Russie il pourra provoquer la moindre divergence de vues chez les grandes démocraties, qui sont résolues à l’écraser, ou le moindre ralentissement de leurs efforts, il se trompe lamentablement. Au contraire, nous n’en serons que plus fermes et plus hardis dans notre effort pour arracher l’humanité à la tyrannie nazie.
Cette partie est sans doute la plus habile du discours, Hitler ne nous entraînera pas dans une grande alliance anti-bolchévique, il rassure Staline, mais aussi il admet implicitement que même dans des conditions aussi extrêmes que 1941, cette alliance pouvait être imaginable puisque justement il trouve nécessaire d'en rassurer les soviétiques.