Post Numéro: 6
de Nicolas Bernard
04 Aoû 2007, 16:04
Intéressant, j'ignorais que Tojo et Sugiyama s'étaient disputés à cette occasion...
La première réaction de la propagande japonaise avait été de minimiser le raid. Mais devant le battage médiatique fait par les Américains, Tokyo changera son fusil d'épaule - si je puis dire - dans les jours suivants, stigmatisant ces aviateurs "inhumains", "déséquilibrés", "maléfiques", véritables "bêtes sauvages" pour avoir commis cet "acte cruel et inhumain" qu'avait été le raid, puisque lesdits aviateurs étaient tout bonnement accusés d'avoir bombardé et mitraillé des écoles, des hôpitaux et des enfants - la peine de mort fut aussitôt instaurée contre les aviateurs capturés (voir John Dower, War without mercy. Race & Power in the Pacific War, Pantheon Books, 1986, p. 48-50).
La Maison-Blanche en profita pour dénoncer la barbarie nippone, mettant l'accent sur le sort qui attendait chaque Américain s'il était capturé. Trois des aviateurs furent effectivement exécutés, les cinq autres condamnés à la réclusion à perpétuité, et l'un d'entre eux mourut en détention : tous avaient fait l'objet de tortures. Un film de propagande assez efficace, The Purple Heart, sortit également sur les écrans en 1944 et retraçait de manière fictive (quoique...) le fameux procès des pilotes, dénonçant les tortures nippones et la volonté de conquête de Tokyo. Le film Thirty Seconds over Tokyo sortit la même année, avec Spencer Tracy dans le rôle de Doolittle.
Paradoxalement, l'annonce, assez équivoque, que l'équipage capturé allait être passé par les armes, scandalisa les Allemands, mais le porte-parole nippon du Bureau d'Informations leur suggéra d'agir de même pour lutter contre les bombardements alliés (Robert Guillain, La guerre au Japon, Stock, 1979, p. 90-91). Conseil appliqué en 1944, lorsque Martin Bormann autorisa le lynchage des aviateurs alliés par la population civile.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).