Voici le début de l'évacuation du port d'Alexandrie devant l'avancée allemande fin juin 1942, évacuation racontée par l'officier fusilier
Alex, 25 juin 1942
Les troupes de l’Axe sont entrées en Egypte. Comme dit la « Bourse Egyptienne » avec un merveilleux sang-froid « La bataille d’Egypte a commencé » ; elle poursuit en faisant remarquer que les lignes de ravitaillement ennemies sont terriblement allongées, que sa position est très défavorable et qu’il va voir ce qu’il va voir.
Quoi qu’il en soit, nous en venons à nous demander s’il n’est pas temps de fourbir nos armes. Nous nous demandons surtout, si le réveil, un de ces quatre matins, ne se fera pas en fanfare, stukas et tout le bazar. On a l’impression qu’il y aura bientôt du nouveau.
Quelle déception si dans quelque temps nous nous retrouvions en même lieu, gros jean comme devant.
L’amiral Godfroy et l’amiral Harwood se sont rencontrés dernièrement. D’après le commandant en second l’amiral Harwood aurait dit qu’il nous emmènerait, s’il devait évacuer Alexandrie ; mais que nous pourrions lui fausser compagnie à la faveur de la nuit, d’un banc de brume ou d’un peu de fumée ! Est-ce chez le commandant en second ou chez l’amiral Harwood qu’il y a de l’inconscience ?
27 juin 1942
Les Allemands sont à peu près aux portes de Mersa-Matrouh.
… Ce sont toujours les mêmes d’ailleurs qui contribuent à « surfaire » la situation. Et l’on déclare : « Pour avoir l’esprit libre (sic), je tiens à ne plus rien avoir à terre » ; et l’on déménage une demi-douzaine de balles de golf et trois paires de chaussettes.
Oui, nous retomberons de bien haut ; à moins que …
A bord je tiens à poursuivre les installations d’été : baignade, couchage sur le pont, … comme si de rien n’était.
D’ailleurs, l’atmosphère un peu artificielle de départ qui régnait à bord hier est déjà bien calmée.
Coïncidence ? Peut-être. La « Queen Elisabeth » a été remise à flot ce matin, a mazouté rapidement et a appareillé ce soir sans avoir fait, semble-t-il, ses munitions.
28 juin 1942
Etais cet après-midi chez P…, le bistro chic, quand soudain je vis tout bonnement un petit papier cloué au mur avec cette simple inscription : « Fleet recalls Resource ». Or la « Resource » (HMS) est le bâtiment atelier de l’escadre d’Alexandrie, « amarré à quatre » depuis plus de deux ans. Aussi, bien que pour le pékin moyen cela ne représentât rien, j’ai senti le petit toc-toc qui accompagne les grands évènements.
A peine rentré à bord, ai raconté cette affaire. Stupéfaction générale. Vrai, pas vrai ? Galéjade ? Tromperie ? Ai répété que j’avais dit ce que j’avais vu et lu.
Et tout à l’heure, après les couleurs, dans un magnifique crépuscule qu’un non moins magnifique clair de lune prolongeait délicieusement, Nous vîmes appareiller bon nombre de cargos, des destroyers, des croiseurs, le « Woolwich », base des torpilleurs et la « Resource ». Voilà.
Ce matin, la rade était encombrée d’un nombre considérable de bateaux de toutes sortes. Ce soir elle est bien dégagée.
L’évacuation d’Alexandrie a bel et bien commencé.
Quant à nous, nous allons recommencer à vivre des heures historiques.
Nous nous sentons déjà bien seuls. Foule de questions se pose. Qu’allons-nous devenir ? Resterons-nous encore un peu dans ce pays pourri ? Serons-nous entraînés ? Serons-nous ravitaillés ?
L’appareillage des Anglais en foule a créé à bord vive effervescence. Ça se conçoit. Il y a deux ans que nous attendons du nouveau. Sommes servis.
… dans leur repli, les Anglais vont entraîner les hommes, qui sait jusqu’où ? En Palestine, en Transjordanie, en Irak, en Iran ! Et ensuite… où iront-ils ? Que deviendront-ils ?
La suite lorsque j'aurai déchiffré le journal de mon oncle.
Bonne soirée

Se Connecter











-.

dans: