Chef Chaudart a écrit:Je ne sais pas si c’est « préoccupant », mais une unité réduite à 30% de chars opérationnels ça me semble une certaine usure et, moi, ça me préoccupe. D’après les chiffres donnés, ce niveau semble d’ailleurs assez constant, ce qui signifie que des chars sont réparés et/ou de nouveaux livrés pour maintenir le niveau.
Quant à la comparaison avec les avions, je ne comprends pas trop : si vous ne faites pas l’entretien d’un char, il continuera à fonctionner… un certain temps. Un avion , on ne le laisse pas décoller sans l’avoir d’abord entretenu, pour des raisons qui me semblent évidentes.
Lorsque, d'après un document contemporain du 25 mai 1940, Von Kluge
"de même que le général Von Kleist, jugent qu'il vaut mieux aller de l'avant", ils considèrent que l'avance doit stopper? J'ajoute que ces deux généraux n'ont pourtant pas la réputation d'être des fonceurs...
Lorsque ce même Von Kluge tempête au téléphone le 25 mai 1940:
"Si j'en avais eu le droit, aujourd'hui les chars se trouveraient sur les hauteurs de Cassel", il considère que l'avance devait stopper?
Lorsque le général Reinhardt considère qu'interrompre l'attaque est une erreur, que seules font obstacle à ses chars des
"forces rapidement amenées", et que stopper
"ne profitera qu'à l'adversaire", il considère que l'avance devait stopper?
Lorsque chez l'auteur du journal de marche du corps blindé dirigé par Guderian, on trouve cette remarque: à cause de l'ordre d'arrêt,
"on laissait pratiquement tomber les idées offensives qui avaient prévalu jusque là", ledit auteur considère que l'avance devait stopper? Guderian, d'ailleurs, qui a protesté contre l'ordre d'arrêt, il s'exprimait comme toi?
Lorsque l'auteur du journal de marche de la
6. Panzer-Division écrit que
"le 24 mai au lever du jour, à partir de la tête de pont déjà acquise, la division aurait pu mener l'offensive vers l'est de toutes ses forces, face à un ennemi inférieur", il considère sa division (qui a franchi la ligne des canaux le 23 mai et se trouve alors à dix bornes de Cassel malgré ses "contraintes logistiques") doit interrompre son avance?
Et Halder? Et Brauchitsch? Eux aussi, quand ils prescrivent de continuer l'offensive, quand ils gueulent contre l'ordre d'arrêt au point d'essayer de le torpiller en catimini, ils considèrent que l'avance devait stopper?
Chef Chaudart a écrit:Tu simplifies trop et tu n’as pas lu ce que j’ai dit plus haut.
Le 24 mai, Guderian est arrêté… par l’ordre de von Rundstedt du 23, pas le « Haltbefehl » ! Le 25, il a 2 divisions en face de lui.
Mais non, il n'a que des débris épars face à lui,
saignés à blanc par la bataille de Gravelines qui s'est tenue le 24 mai. Une division française, la 68e D.I., censée se positionner dans le secteur, doit être acheminée de Belgique et n'a pas eu le temps de rappliquer entièrement, loin s'en faut.
Comme l'a écrit Jean Beaux, dans son
Dunkerque,
op. cit., pages 156-157:
Jean Beaux a écrit:[Du 24 au 26 mai] Il y a donc eu une période de quarante-huit heures pendant laquelle l'attaque des blindés a été en partie suspendue.
La décision a été très lourde de conséquences, car il est loisible de penser que, si le 25 au matin, la 1ère Panzer[-Division] avait attaqué une nouvelle fois sur Gravelines, le bataillon Cordier, malgré son héroïque résistance et le concours du G.R.C.A./18, très dilué, n'aurait pas pu contenir cette attaque. De son côté, la 68e D.I., encore en déplacement, arrivant de Belgique, n'aurait probablement pas pu arrêter l'attaque sur l'ancien canal de Mardyk. Si bien que les blindés de Guderian seraient arrivés dans la journée devant Dunkerque, qui n'était qu'à 18 kilomètres, ce qui aurait parachevé l'encerclement des armées du Nord et enlevé toutes chances d'évacuation.
Et Jean Beaux y était, lui. Il sait de quoi il parle. Un autre vétéran, Jacques Mordal, devenu historien, ne tient pas d'autre discours.
J'ajoute:
Guderian n'a PAS suivi la recommandation de Von Rundstedt tendant à accorder une pause aux blindés. Il a lâché la 1.
Panzer-Division à l'assaut de Gravelines, pour prendre Dunkerque. Tels étaient les ordres. S'il avait accordé une pause aux blindés, lesdits blindés n'auraient pas attaqué Gravelines le 24 mai.
Chef Chaudart a écrit:La question est donc : s’agit-il d’une erreur de VR, ou de Hitler ? Ce dernier pouvait-il faire autre chose le 24 que de demander un arrêt « sine die » si la « fenêtre » où les Alliés étaient vulnérables était refermée ? Ou était-il encore temps d’attaquer ?
Von Rundstedt, c'est: une pause des blindés d'une durée de 24 heures, nullement impérative, applicable à la seule journée du 24 mai, et pour recoller les blindés et l'infanterie. Une telle pause n'exclut nullement la reprise de l'avance, puisque pour Von Rundstedt, elle est censée la favoriser. Ladite pause n'a d'ailleurs été que très partiellement mise en oeuvre. Une division blindée en route vers Cassel a certes été clouée sur place à cause de cette directive, mais Von Kluge estimait que son avance pouvait largement reprendre. Une autre division blindée, en revanche, a roulé vers Gravelines et s'y est attaquée, le 24 mai.
Hitler, c'est: interdiction catégorique à toutes formations, blindés comme infanterie, de franchir une ligne précise,
sine die. On passe d'une vague recommandation visant les seuls blindés pour une seule journée à un ordre du
Führer qui paralyse tout.
Chef Chaudart a écrit:Avaient-ils prévu d’enfoncer également le front nord des Alliés pour faire leur jonction avec leurs copains de l’armée B ?
Voir plus bas. Et mes messages précédents...
Chef Chaudart a écrit:Ben, justement, si tu as lu ma prose, je n’ai pas trouvé ce point particulier abordé en profondeur, c’est pourquoi je pose la question. Tous les historiens se contentent d’indiquer que la prise ou l’investissement de Dunkerque était possible. Le 24 ? Encore le 25 ? Pensait-on côté Allemand, comme le dit Nicolas, que l’on pourrait facilement arrêter une contre-attaque en force des Alliés ?
Je n’ai rien trouvé à part des affirmations.
Allez, je vais me répéter pour la énième fois de la journée:
Comme cela a déjà été indiqué à plusieurs reprises par moi-même et d'autres contributeurs, il n'était même pas indispensable pour les Allemands de forcer le verrou (
usé le 24 mai) de Gravelines puis de fondre sur Dunkerque. Il leur suffisait de contourner l'obstacle, de percer plus au sud, à Hazebrouck, de foncer sur Cassel, et de faire jonction avec le Groupe d'Armées de Von Bock, pour interdire aux forces alliées, engagées bien trop au sud, de remonter vers les ports de la Manche, dont Dunkerque. L'historien Hans-Adolf Jacobsen le confirme ("L'erreur du commandement allemand devant Dunkerque",
op. cit., p. 71):
Hans-Adolf Jacobsen a écrit:Selon toute vraisemblance, les unités rapides allemandes, en continuant leur mouvement le 25 mai, se seraient emparées des hauteurs d'Hazebrouck, d'où elles n'étaient plus qu'à 42 km de Menin, occupée le 24 par le Groupe d'Armées B. On peut se demander si, dans ces conditions, toutes les forces ennemies rassemblées au sud de la Lys auraient réussi à gagner à temps les ports du Pas de Calais.
C'est d'ailleurs ce que le général Halder avait en tête au matin du 24 mai:
Dans son Journal, le 24 mai, Franz Halder a écrit:11 h. Le général Mieth est dépêché au sein de la 4. Armee pour communiquer les idées suivantes:
A) Rétablir la situation à Béthune. Une fois les hauteurs sécurisées, la poursuite de la ruée des blindées devrait être envisagée à travers la ligne Estaires - Cassel, sur Ypres, en vue de rejoindre le saillant creusé par la Sixième Armée à travers la Lys, en direction de Roulers.
B) Apporter de l'artillerie à longue portée pour la défense de la côte contre les bombardements navals ou toute tentative de débarquement des Britanniques. [...]
C'eût été consommer l'encerclement avant même de prendre Dunkerque. Cependant, on sait Hitler fera voler en éclats cette stratégie par son ordre d'arrêt. Le chef de la 4.
Armee, Von Kluge, n'aura plus qu'à se lamenter, le 25 mai 1940:
"Si j'en avais eu le droit, aujourd'hui les chars se trouveraient sur les hauteurs de Cassel" (cité dans Jacobsen,
Dünkirchen,
op. cit., p. 97, qui cite le KTB de la 4.
Armee, entrée du 25 mai 1940).
DONC, à supposer même, pour les besoins du raisonnement, ce qui n'est pas le cas, que Dunkerque ne pouvait être prise le 25 mai (malgré ce qu'en ont dit des historiens ayant bossé le sujet, ce qui comprend des vétérans français de la bataille), et qu'elle ne puisse être tenue en cas de contre-attaque alliée,
IL N'EN DEMEURE PAS MOINS QUE LES PANZER POUVAIENT PERCER PLUS AU SUD ET FAIRE JONCTION AVEC L'INFANTERIE DE VON BOCK, REALISANT DE LA SORTE L'ENCERCLEMENT TANT ATTENDU.