alias marduk a écrit:Rien ne cloche dans son attitude : il se trouve juste que le HGr A a reçu de l'OKH l'ordre suivant le 25 mai à 0h45 :
" par extension des dispositions de l'ordre de l'okh du 24 mai 1940.......... la poursuite de l'attaque est autorisée jusqu'à la ligne dunkerque-cassel-estaires-armentières-ypres-ostende ............ et la zone d'action de la Luftwaffe est réduite en conséquence"
Donc à 0h45 le 25 mai, "il faut "faire serrer d'abord les groupements motorisés, si l'on veut leur faire reprendre la marche en avant" et "prendre les mesures nécessaires pour régler avec l'aviation le franchissement de la ligne des canaux"" : c'est la concrétisation de cet ordre ( qui n'est d'ailleurs pas lui même transmis à la 4ème armée ) par des mesures préparatoires
Pas le temps de répondre au reste (qui ne résiste d'ailleurs pas à l'analyse, je l'ai déjà montré), mais un tel passage établit
- que vous commettez un véritable contre-sens, j'ajoute, avec toute la sympathie que je vous dois (si, si!): l'un des plus carabinés que j'ai eu l'occasion de lire sur ce sujet,
- et qu'en définitive vous vous arrangez quelque peu du bouquin de Karl-Heinz Frieser.
Or donc, lorsque Von Rundstedt, à 0h45 le 25 mai 1940, indique qu'il faut
"faire serrer d'abord les groupements motorisés, si l'on veut leur faire reprendre la marche en avant" et
"prendre les mesures nécessaires pour régler avec l'aviation le franchissement de la ligne des canaux"", il se bornerait, en l'occurrence, à exécuter l'ordre de l'
O.K.H. spécifiant que
"la poursuite de l'attaque est autorisée jusqu'à la ligne dunkerque-cassel-estaires-armentières-ypres-ostende"? Ce serait une pure et simple
"concrétisation de cet ordre", par des
"mesures préparatoires"? J'aime beaucoup, au passage, votre mention de cet ordre
"qui n'est d'ailleurs pas lui même transmis à la 4ème armée", une simple allusion, en passant (
"d'ailleurs"), alors
que ce dernier détail est essentiel.
Contre-sens, disais-je, parce que
1/ L'
O.K.H. souhaite, dans la nuit du 24 au 25 mai, contourner le
Haltbefehl, et expédie au Groupe d'Armées A un ordre "autorisant" la poursuite de l'attaque au-delà de la "ligne des canaux", jusqu'à une nouvelle ligne, jusqu'à Dunkerque-Cassel-Estaires-Armentières-Ypres-Ostende. Ce qui revient, en catimini, à vider le
Haltbefehl de son contenu et de sa portée: sans aller jusqu'à formuler un ordre qui contreviendrait expressément à la décision de Hitler, l'
O.KH. autorise le Groupe d'Armées A à reprendre l'offensive, en des termes soigneusement pesés.
2/ C'est, du reste, ainsi que le perçoivent Von Rundstedt et son état-major. Lesquels
refusent de reprendre l'offensive, et s'opposent donc à cet ordre, cette autorisation, au motif, dit le commandant du Groupe d'Armées A, qu'il faut
"faire serrer d'abord les groupements motorisés, si l'on veut leur faire reprendre la marche en avant" et
"prendre les mesures nécessaires pour régler avec l'aviation le franchissement de la ligne des canaux".
Bref, Von Rundstedt ne "concrétise" rien du tout: il justifie son refus de reprendre l'offensive dont l'O.K.H. autorise pourtant la relance! 3/ Et Von Rundstedt fait encore
pire que ça:
il refuse carrément de transmettre cette directive à la 4. Armee de Von Kluge! Donc, non seulement Rundstedt ne
"concrétise" absolument pas l'ordre de l'
O.K.H., mais il s'y oppose frontalement, s'en justifie, et refuse de le transmettre à ses forces armées! En d'autres termes, nous ne sommes pas en présence d'un détail, d'un ordre
"qui n'est d'ailleurs pas lui même transmis à la 4ème armée" comme vous l'écrivez, mais d'une attitude qui se rapproche ouvertement de la mutinerie. Votre formulation, passablement ahurissante, prouve que votre analyse passe totalement à côté de l'essentiel.
Ce qui m'amène au second reproche que je fais à votre interprétation: il se trouve que Karl-Heinz Frieser est lui-même profondément
estomaqué par ce dernier événement. Il cite Hans-Adolf Jacobsen, lequel avait déjà parlé d'un
épisode probablement unique dans l'histoire militaire contemporaine allemande. Et précise que le refus de Von Rundstedt de transmettre l'ordre est si
incroyable qu'il se sent tenu de citer, sur ce point, l'extrait du journal de marche du Groupe d'Armées A. En d'autres termes, Karl-Heinz Frieser
n'en croit littéralement pas ses yeux - comme son prédécesseur Jacobsen.
Il en ressort que Karl-Heinz Frieser contredit radicalement votre interprétation - et pour cause, cette interprétation n'est tout simplement pas conforme aux faits. Ce qui ne vous empêche pas d'utiliser les travaux de ce dernier comme cela vous arrange, pour les opposer à François Delpla qui vous contredisait, mais curieusement sans mentionner, sur ce point, que lesdits travaux ruinent totalement votre affirmation.