Un des facteurs qui avait permis d'accroitre la puissance des moteurs à pistons était ce que je vais désigner "vulgairement" l'enrichissement en octanes du carburant aviation.
Durant la "Der des Ders", les aviations britanniques et françaises étaient ravitaillées avec du pétrole extrait et de l'essence raffinée aux Etats-Unis, dont la teneur en octanes était de l'ordre de 50, voire moins. De plus, à l'époque, la "teneur en octane" de l'essence aviation n'étant pas prise en compte, ni mesurée, compte-tenu des taux de compressions des moteurs, ces carburants à "faible taux d'octanes" provoquaient des pré-allumages intempestifs à bas régime et au démarrage - rappelez-vous, à l'époque, il y avait un rampant, désigné "volontaire d'office", qui se coltinait le lancement de l'hélice à la main! -, qui "foiraient", et dont la répétition endommageait les chambres des cylindres, plus quelques autres "gâteries" du même acabit - dont la "noyade" du ou des carburateurs! -. On avait, alors, également exploité des gisements de pétrole originaires de Bornéo, Java, Sumatra, dont l'essence raffinée bizarrement semblait mieux correspondre aux moteurs d'aviation. Plus tard, elle s'était avérée avoir un taux d'octanes de 70.
Bref, la Première Guerre Mondiale s'achève sur ce constat. En 1931, Sam Heron, une tête pensante de Wright Field, rajoute une dose de plomb tétraétyle - vous savez, le truc qu'on a supprimé dans notre essence "bagnole" en le remplaçant par un autre artifice chimique! -, à raison de 8 cm
3 par gallon (l'US gallon valant 3,78 litres) - afin d'obtenir une essence de "98 octanes", testée sur un moteur Pratt & Withney R-1340, dont la puissance nominale du bouzin, qui était, à l'origine , de 450 bourrins, était, dès lors, passée à 900 CV (!), ce qui avait amené à devoir augmenter le rapport du turbo-compresseur... ben voui, on a rien sans rien!... et en étant, aussi, amené à devoir modifier les caractéristiques du circuit d'alimentation!
A la toute fin de l'Entre-deux-Guerres, en 1939, les "Ricains" - comme par hasard... mais je me méfie car toutes ces infos proviennent, elles-mêmes, d'un ouvrage américain "pur jus"! - , après avoir, d'abord, "mis au point" une essence raffinée à 87 octanes, avaient pu ravitailler les "Brits", dès le début de "La Bataille d'Angleterre", avec de l'essence aviation à 100 octanes, carburant qui avait, alors, permis d'exploiter au mieux la puissance des bourrins! Vous voyez, ainsi, venir les Américains (pas chauvins pour deux sous, mais avec leurs "gros sabots"!), capables de s'arroger, par ce biais, la réussite de la RAF, face à la Luftwaffe, mais, passons!
Au cours du second conflit mondial, la teneur en octanes des carburants aviation était devenue un "paramètre" enfin mesurable! Néanmoins, en ce qui concerne la notion de "mesurable", ... pas trop, car l'échelle de mesure du taux d'octanes, elle, était restée "figée", une bonne fois pour toutes, à 100! Il y avait eu, à la suite, durant la guerre, la mise en service, d'un carburant "100/130", puis, à la fin, le célèbre "115/145", qui, dans les années 1960, était de règle pour remplir les réservoirs de carburant des appareils militaires à moteurs à pistons. De fait, ledit "115/145" octanes était censé délivrer un carburant dont le taux d'octanes était supérieur de 40% à la limite existante (plus ou moins bien mesurée!), à savoir, 100 octanes!
Source:
Allied Aircraft Piston Engines of WW2 , ouvrage publié en 1995, sur la base, entre autres, d'un rapport US (Graham White, 1945)