En Alsace, habiterais-tu dans un village ? Par le passé, dans de très nombreux villages alsaciens de "1500 âmes", il existait d'importantes communautés historiques juives ashkénazes, qui disposaient, souvent, d'un rabbinat "à demeure" et systématiquement d'un cimetière dédié, distinct, de par les lois, alors, en vigueur, de celui des "chrétiens".
L'Histoire avait fait qu'une bonne partie de cette population rurale juive ayant migré vers les grandes cités alsaciennes, lesdits rabbinats avaient changé de main; dans mon patelin, par exemple, il est désormais devenu, depuis un long bail, la "maison" du pasteur protestant luthérien... alors que les étoiles de David, gravées dans les deux piliers qui entourent la grille du terrain, elles sont toujours bien visibles!
Un autre problème était apparu, celui du vieux cimetière juif, dont l'entretien courant n'était plus assuré, faute de "relèves familiales", mais, aussi, parce que les défunts de confession juive pouvaient désormais reposer, sans distinction religieuse, dans le cimetière municipal. Dans le même temps, ces mêmes cimetières municipaux avaient nécessité des expansions territoriales!
Dans les années 1960-1980, il avait fallu trouver une solution, sachant que, en Alsace, le Concordat Napoléonien étant toujours en vigueur, la religion juive est "religion d'état", tandis que la municipalité élue, qui, elle, représente l'Etat, est censée entretenir tous les édifices religieux... y compris les cimetières !
La solution le plus souvent adoptée avait, alors, été de déplacer l'ancien cimetière juif, le tout en respectant sa disposition originale, à l’extérieur du village mais dans les limites du territoire communal! Dans mon patelin, il est désormais "installé" à la sortie nord du village, clôturé par un muret, et régulièrement entretenu par les "Municipaux".
Lors de ces opérations de "déménagement", on s'était efforcé de respecter au maximum les tombes et leurs dispositions, pour les reconstituer dans leur nouveau site; mais, que ce soit dans un cimetière juif, comme dans un cimetière chrétien ou "municipal", on retrouve les règles de la hiérarchie sociale et de ses moyens! Du coup, dans un lointain passé, quand la famille juive, était financièrement nantie, elle investissait dans une stèle familiale (en grès...en Alsace, c'est normal!) gravée, par contre, du côté des "familles pauvres", on était amené, bien souvent, à devoir "bricoler" une malheureuse "stèle", sur un morceau de grès de mauvaise qualité, sur laquelle, elles faisaient peindre une étoile de David bleue, symbole de “
la couleur de la gloire divine”.
Amuse-toi juste à faire un tour avec ta ou tes photos à la Mairie de ton patelin, où tu risques fort, grâce au cadastre, de devoir constater que le terrain, attribué à tes parents, se situait, préalablement, sur l'ancien cimetière juif "local"! ...
Mazel tov!
