bernard-1954 a écrit:J'ai envie de vous partager le résultat d'une expérience. J'ai fourni à l'IA le fichier pdf de l'ouvrage 1940 une victoire éclair d'Éric van den Bergh. Ce fichier provient du web, trouvé au cours d'une recherche. Je n'en ai lu que quelques chapitres. Voici la question posée au modèle, le plus puissant du fournisseur de l'IA (Anthropic) :
Es-tu en mesure, à partir du livre joint, de déterminer le niveau de risque perçu par le commandement allemand le 10 mai, le 11, et ainsi de suite jusqu'au 31 mai ?
J'avais lu cette démarche, hier, brièvement, sur un coin du smartphone, sans avoir le temps d'y répondre (et encore moins de m'y pencher) puisque ayant rendez-vous avec des amis.
Mon premier réflex avait été de m'inquiéter de la pertinence de la démarche, notamment par la méthode :
. source unique pas forcément pertinente (une chronologie et non une étude de la perception du risque par le commandement) ;
. prise d'avis de l'IA plutôt que traitement factuel.
J'étais très sceptique et les limites méthodologiques posées par l'IA elle-même me rassurent (et me réjouissent, chapeau l'IA !
) :bernard-1954 a écrit:Bernard, c'est une question passionnante, et le livre de van den Bergh fournit effectivement un matériau riche pour y répondre — mais avec des limites méthodologiques qu'il faut poser d'emblée.
Ce que le livre permet de faire
Van den Bergh construit son récit de la campagne (5e partie, Livres X-XI) jour par jour, en s'appuyant systématiquement sur les journaux de marche de l'OKW (Jodl), l'OKH (Halder), des H.Gr A et B (Jacobsen, Dokumente), du groupement Kleist, de la 12e Armée et du XIX AK (SHAT). Ce croisement des sources permet effectivement de reconstituer l'état d'esprit du commandement allemand au fil des jours, avec des indicateurs assez précis : le vocabulaire utilisé (confiance, soucis, danger, peur, nervosité, tension), les divergences entre niveaux de commandement, et les décisions prises (avancer, couvrir, arrêter).
Ce que le livre ne permet pas tout à fait
Il faut être honnête : van den Bergh ne propose pas lui-même une échelle quantifiée du risque perçu. Son propos est avant tout de démontrer une thèse — que le Halt-Befehl du 24 mai découle de la faute du 17 mai (séparation de Kleist et de la 12e Armée), elle-même causée par la peur injustifiée de Hitler pour le flanc sud, confortée par Rundstedt. Le « niveau de risque perçu » est donc un produit de lecture que je reconstitue à partir de ses citations de sources, pas une catégorie analytique qu'il emploie.
De plus, le risque perçu n'est pas uniforme : il diffère radicalement selon l'acteur. Van den Bergh montre constamment un clivage entre Halder (optimiste, confiant, agressif), Hitler (nerveux, obsédé par le flanc sud), et Rundstedt/Sodenstern (prudents, amplificateurs du danger). La notion de « niveau de risque perçu par le commandement allemand » est donc nécessairement un composite.
bernard-1954 a écrit:Quelques observations clés :
La courbe rouge (Hitler/OKW) dessine deux pics nets — le 17-18 mai (paroxysme de la peur du flanc sud) et le 24-26 mai (Halt-Befehl devant Dunkerque).
Ces deux crises de commandement sont connues et bien documentées.
Leur mise en évidence par l'IA n'apporte rien de neuf.

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