Bonjour à tous,
Lors de mon école de recrue à Thoune en 1995, comme mécano de char suisse 68/88, notre instructeur, dans un certain « élan de partage », nous a fait découvrir sa collection de véhicules.
Au fond d’un garage, bien au chaud : trois panzers en livrée nazie, à côté de son char à lui, un char suisse 58.
J’étais trop jeune pour identifier précisément ces chars nazis, mais ce qui m’a profondément choqué n’était pas que la Suisse ait collaboré pour éviter une invasion — c’est facile de juger après coup, bien au chaud.
Ce qui m’a choqué, c’est qu’en 1995, ces chars ne portaient pas la croix fédérale, mais bien les identifications nazies, parce qu’ils avaient été assemblés à Thoune.
C’étaient les chéris d’une petite clique au sein de l’arsenal, pas de l’armée.
J’ai aussi vu au musée des mitrailleuses MG42 fabriquées en Suisse… et j’ai vu ce même type d’arme en action au Darfour.
Pour moi, la Suisse a encore beaucoup de mal avec son passé.
À Genève, je constate récemment une visibilité accrue du nazisme : tags du type « SS = pur », pièces d’uniformes nazis en vente au marché aux puces de Plainpalais.
J’ai même vu ces uniformes achetés par des financiers pour des soirées dites « manga ».
L’idiot qui achète un uniforme SS pour une soirée fait forcément une référence, qu’il le veuille ou non.
Certains uniformes sont des reproductions, mais dans un camion, j’en ai vu un original : usé, visiblement porté.
Il y a aussi une fresque dans le hall de l’immeuble où je vais chez mon psy : une représentation de La pêche miraculeuse, réalisée vers 1950. J’ai tiqué en voyant que le personnage sur la barque porte une casquette de la Wehrmacht.
Mon psy, d’origine belge et de Bastogne, l’a vu aussi. Il a été tout aussi choqué que moi.
Cette fresque, dans sa globalité, est remplie de symboles. Après l’avoir analysée avec une IA, le message qui en ressort serait :
« On a perdu, mais notre idée est éternelle. »
Les enjeux de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas du passé : ils sont toujours actuels.
Mais l’ignorance du passé progresse très vite.
La disparition récente de mon magazine favori Los en est un exemple.
Ça me choque qu’une maison d’édition de cette qualité disparaisse. Oui, c’est technique, oui, ce n’est pas “grand public”, mais à l’heure des délires sur YouTube et des manipulations grossières, ce type de travail me semblait relever de l’intérêt public.
À titre personnel, si j’avais su, j’aurais fait un don pour aider, en plus de mon abonnement depuis le premier numéro.
Mais pour beaucoup, le manteau du chien de la princesse machin, ou du chanteur vu à la télé, c’est plus important.
Avec le recul, j’ai l’impression que la Suisse n’a pas seulement été un coffre-fort pour l’argent, mais aussi pour des objets, des symboles et des silences, dont on ne savait plus très bien quoi faire — en plus d’un passé encore largement tabou.
Et je suis moi-même coincé avec tout ça : mon épouse est géorgienne, et sa famille a payé le prix fort à cette époque.
Moi, je suis suisse, avec des oncles du côté français, à Challex, farouches défenseurs du régime de Vichy.
Heureusement, nous ne nous fréquentons plus, mais cela me laisse songeur...

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