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Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
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Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Elan Vital  Nouveau message 19 Oct 2025, 16:11

Bonjour à tous,

Il me semble avoir déjà brièvement évoqué la question des remplaçants du 75mm Mle 1897 dans un autre sujet.

Ayant consulté nombre d'archives au sujet des développements de 1939-1940 dans ce domaine il y a quelques semaines, je pense qu'il est temps de faire une synthèse de ces éléments.

Le programme de nouveaux matériels d'artillerie légère moderne

Si des améliorations du 75mm Mle 1897, de ses munitions ou de son affût ont été essayées voire déployées pendant les années 20-30, la recherche d'un vrai remplacement complètement moderne démarre avec la réunion d'une commission le 25/10/1937 pour en définir les spécifications. Les séances des 17/12/37 et 11/3/38 vont permettre de définir les caractéristiques de deux matériels différents: un "75mm Mle 1897 amélioré" et un "Matériel entièrement nouveau".

Matériel amélioré

Le matériel amélioré a essentiellement pour but de remplacer l'affût du Mle 97, qui risque d'être usé rapidement en cas de guerre en plus d'être obsolescent, on demande:

- Poids en batterie inférieur ou égal à 1500 kg
- Bouche à feu et munitions du 75 Mle 97
- Affût biflèche fournissant un champ de tir en direction de 50° au moins sous tous les angles de tirs et de 60° au moins pour les angles faibles (emploi antichar).
- Champ de tir en hauteur: -10 à +40° sans fosse de recul (-10° non impératif) et si possible, stable à -2° au tir de l'obus de rupture.
- Glissière (système de recul): soit le modèle existant, soit une nouvelle glissière supportant une quantité de mouvement supérieure de 10% à celle de l'obus à balles à Vo=535 m/s (l'obus avec la plus grande quantité de mouvement).
- Cadence de tir: 4 coups/min indéfiniment si possible, 20 cps/min max
- Correction automatique de l'erreur due à l'inclinaison des tourillons sous tous les angles, goniomètre clair à inclinaison variable, miroir de repérage en arrière, graduation continue en décigrades. Dérive normale 0, graduation des sites de -10 à +10°.
- Appareil de pointage pour le tir antichar.
- Mécanisme de hausse permettant l'exécution du tir sur hausses échelonnées à cadence très rapide.
- Opérations de pointage réparties entre 2 servants qui les exécutent simultanément.
- Vitesse de déplacement max: 60 km/h
- Hauteur libre sous l'affût entre les roues: 0.37m
- Voie de 1.5 à 1.75m.
- Capacité de franchissement comparable au Mle 97 en terrain accidenté, mise en batterie aussi rapide que celle du Mle 97 flèches accouplées, avec dans ce cas un champ de tir en direction de 200 millièmes au moins.
- Protection un peu supérieure au Mle 97.

Autrement dit, essentiellement un nouvel affût pour augmenter les angles de tir et permettre la traction rapide.

Matériel entièrement nouveau

Il doit avoir les mêmes propriétés et caractéristiques essentielles du Mle 97 amélioré, plus les améliorations suivantes:
- Tir de l'obus profilé d'environ 6 kg à 14 000m. Si possible, tir de l'obus de rupture à une vitesse suffisante pour perforer à 700m les blindages modernes de 80mm. Pression d'emploi de 260 MPa envisageable pour le tir des obus lourds (240-250 pour le Mle 97).
- Tube en acier spécial et amovible pour gérer l'usure
- Culasse semi-automatique désirable sous réserve de limiter l'augmentation de poids à 5%
- Champ de tir en direction de 360° sous réserve de limiter l'augmentation de poids à 15% avec culasse SA
- Mise en batterie instantanée après simple décrochage, rapidement avec champ de tir limité, en 2-3 minutes pour le tir tous azimuths.

On recherche donc un canon plus puissant, capable de gérer l'usure des tubes facilement, plus rapide à déployer, tirant plus vite avec possibilité du tir tous azimuths.

Nouvelles bouches à feu

Les Ateliers de Construction du Havre (AHE), Bourges (ABS) et Puteaux (APX) seront mis sur l'affaire, proposant 4 bouches à feu différentes, 3 de la classe "640 m/s" et 1 de la classe "700 m/s". Le passage de la Vo de l'obus de rupture à 640 m/s nécessite essentiellement l'augmentation de la pression de service à 260-270 MPa selon la longueur du tube et l'augmentation de la charge de 700g de poudre BSP à 900g environ de poudre BG4. Ils conservent la douille du Mle 97, mais modifient légèrement le profil de la chambre pour l'emploi de projectiles à double ceinture et approfondissent légèrement les rayures (on propose 76.4mm à fond de rayure et 8° d'inclinaison au lieu de 7° avant, pour le nouveau canon de Bourges). Il est donc possible d'employer des munitions de Mle 97 dans ces nouveaux canons, mais les munitions des nouveaux canons ne peuvent être utilisées dans le Mle 97 (comme le 90mm américain M36 d'après guerre comparé au M3 de la guerre). La confusion des munitions est évitée.

- APX: Longueur du tube du Mle 97 (34.5 calibres), plus un frein de bouche ajoutant 20cm de longueur de tube et 5 m/s. 645 m/s à 270 MPa.
- ABS: Longueur de la partie rayée allongée de 313mm, 640 m/s à 260 MPa.
- AHE: Longueur de la partie rayée allongée de 413mm, 652 m/s à 270 MPa ou 640 m/s à 260 MPa.

Pour le tir de l'obus HE à portée lointaine, dérivé de l'AO 36, on emploie une charge de 870g de BG4 à 665 m/s donnant une portée de 14.5 à 15km à 270 MPa, ou 760g de BSP à 260 MPa donnant 14 à 14.5 km.
Pour l'obus HE Mle 1915 d'emploi commun, on propose 3 charges donnant une portée à 45° de 8500, 7000 et 5000m.

La bouche à feu de 75 Vo 700 m/s est développée par l'AHE (une source précédente disait avant que toutes les bouches à feu auraient été développées par l'ABS, mais j'en doute).

Il s'agit d'une bouche à feu de 40 calibres (2544mm de longueur rayée, 3m au total avec la chambre), conçue pour une pression de service de 290 MPa et autour d'une douille intermédiaire entre celle du Mle 97 (350mm) et des 75 de DCA Mle 28 (518mm). La longueur de la douille est d'environ 480mm.
Le tir de l'obus de rupture se fait soit à 700 m/s avec 1150g de poudre BG4, soit à 685 m/s avec 1060g de BSP au cas où le frein élastique supporterait mal le tir soutenu à 700 m/s. Les obus de rupture Mle 1910 existants ne pouvant être employés à 290 MPa, on doit utiliser soit des obus Mle 1910 de nouvelle fabrication, soit le Mle 1940 à l'étude.

L'obus HE d'action lointaine serait tiré à 715 m/s avec une charge de 1000g (puissance inférieure au canon de DCA qui tire un obus plus lourd, pour réduire l'usure), atteignant 16 km de portée. L'obus d'usage commun serait basé sur le Mle 1915, mais avec profil amélioré pour atteindre la portée du Mle 1917 lorsqu'il est tiré dans le canon Mle 97, soit 11km. La portée de cet obus amélioré dans le Mle 97 serait de 10km.

La suite sur les réalisations dans un prochain message. Bonne lecture!

Sources: GR 9 NN 12 10 et 11 (programmes), AA 24 3F3 291 et 293 (description des bouches à feu)

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 20 Oct 2025, 10:39

::super:: ::Merci::
Les documents photographiés à Châtellerault sont superbes! Joli boulot! :D
La pièce de 75 Modèle 39 développée par Bourges (avec culasse à coin!) me fait beaucoup penser aux travaux menés en Allemagne, notamment par Rheinmetall-Borsig, et la firme tchèque Skoda, avec, eux-aussi, à la clé, le problème du poids de la pièce de 75 mm (68 mm de mémoire, chez Skoda!) pouvant tirer sur 360° (Rundumfeuer). A un "détail" près, les Allemands, de leur côté, avaient cherché à mettre (tardivement) au point une pièce "polyvalente" (campagne+antichar), à partir d'une pièce antichar, le 7,5 cm Pak 40.

J'ai diagonalisé le dossier "Bourges", mais hormis quelques séries de tir de "300 coups", il n'y a pas de prévision sérieuse sur la durée de vie de l'âme.

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 20 Oct 2025, 13:42

J'en rajoutes une couche! Il y a de vrais bijoux dans les liens Drive que tu as mis en ligne!
Exemple : Le dossier SHD "antitank guns and devices", bizarrement intitulé en anglais, mais pour l'essentiel bien "franchouillard", où figure, entre autres, dans le sous-dossier GR 7 N 4205, un inventaire détaillé à la pièce près, des lots de matériels distribués et existants jusqu'au 10 juin 1940... une vraie tuerie! ::super::

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Elan Vital  Nouveau message 20 Oct 2025, 14:09

Concernant le 75mm ABS Modèle 1939 d'ailleurs:

En Décembre 1938, on s'attend à la sortie du prototype en Juin 1939. Les essais ont commencé le 31 Janvier 1940 matériel non terminé, puis le 18 Mars 1940 pour le matériel fini.

Il s'agit d'un matériel pouvant s'utiliser en mono, bi ou triflèche, le mode biflèche étant celui de base. Il est effectivement lourd puisqu'il pèse 2090kg en ordre de route et 2000 kg en batterie. Le tracteur Laffly S15 convient pour tirer ce canon, mais le déplacement à bras est évidemment assez difficile, nécessitant de préférence l'aide d'une deuxième section de canon (6 hommes par section). Il est construit autour du tube ABS pour le tir de l'obus de rupture à 640 m/s.

Sans fosse de recul, son amplitude de tir vertical est de -6 à + 40°. Cette valeur est réduite à +18° en triflèche. En biflèche, le champ de tir horizontal est de 76° pour les grandes élévations et 93° pour les angles inférieurs à 18°, ce qui est excellent pour un biflèche français. Le canon sera présenté au Général DOUMENC et à une mission anglaise.

Les lecteurs assidus pourront lire le détail des essais dans la source. La conclusion générale est que le matériel est intéressant et recommande son adoption le 11 Mai 1940, après avoir résolu les questions suivantes:
1) Conservation de la culasse automatique ou emploi d'une culasse SA classique
2) Choix de la bouche à feu de 640 ou 700 m/s

Bourges est encouragé à continuer son étude pour simplifier le matériel sans attendre cette simplification pour la mise en fabrication de série.

Quelques images en spoiler:


A noter, l'impact de la vitesse initiale (570, 640 ou 685 m/s) sur la capacité de perforation des blindages:
Image

Si même le 75 Mle 1897 convenait déjà bien contre les blindages de 50mm monolithique ou 30+30mm déployés par les Allemands à partir de la seconde moitié de 1940 jusqu'à 1942/43, l'utilité des canons plus puissante est nette concernant les blindages de 80mm, rencontrés historiquement sur les Pz IV, StuG et Tigre en fin 42/43, et qui auraient pu être déployés plus tôt si l'Allemagne avait décidé de construire les projets blindés à 80mm ou de développer un projet non-historique sur cette base.

Source: AA 24 3F3 293

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 20 Oct 2025, 22:12

Dans les différents rapports établis, entre 1937 et 1940, un impératif revient en boucle, celui de la légèreté jugée indispensable des pièces antichars tractées, thème précis, d'ailleurs, sur lequel tous les futurs belligérants étaient, alors, d'accord.

Le canon de 47 mm Modèle 37 , au demeurant très performant à sa mise en service (en janvier 1939, alors que ses premières dotations en unités étaient "fixées" neuf mois plus tôt!), pesait, en batterie, 1100 kg et nécessitait l'emploi de deux sections de "pinpins" pour le manœuvrer à la main ou à la bricole. ::mal-a-la-tete::

Une des notes de service s'interroge, à juste titre, sur le "bien-fondé" de l'attribution de ladite pièce à la seule "Artillerie", disposition "tactique", qui pénalisait son engagement le plus rapide possible en "1ère ligne"!

Cà m'a étrangement ramené 70 ans plus tôt, quand l'armée française s'était, en secret, armée, avant tout le monde, d'une arme d'avant-garde, le canon à balles de Reffye, une mitrailleuse de gros calibre, sauf qu'elle avait été conçue par un Polytechnicien, tandis qu'une bonne partie du haut-état major de Napoléon III, à commencer par son chef, le Maréchal Lebeuf, était, lui-même, issu de la même école, qui formait des artilleurs. Du coup, on s'était retrouvé avec une "arme secrète & confidentielle" - rien n'avait transpiré avant l'été 1870! -, conçue par un polytechnicien, dont la mise en oeuvre avait été confiée à des polytechniciens, sur décision d'un autre polytechnicien! ::mal-a-la-tete:: . Là, on avait fait très fort, car, après leurs mises au point très pointues, on avait établi des abaques de tirs qui portaient jusqu'à 3000 m, avec des effets redoutables (sauf que les traceurs n'avaient pas encore été inventés!), alors que la pièce française réglementaire d'artillerie de campagne régimentaire (à chargement par la gueule!) ne portait, elle, qu'à 2800 m, munie, de surcroit, de fusées (en bois) peu fiables! ::mal-a-la-tete::

A la déclaration de guerre, en juillet 1870, on avait, alors, sorti des dépôts les 250/260 "canons à balles", les tubes, les affûts et les munitions ayant été "gerbés", séparément, dans des dépôts nationaux dispersés! Mais, comme l'armée française "pense à tout", on avait organisé des séries de cours, en "région parisienne" (il ne faut pas rêver!), avec "brevet à l'appui", destinés à des officiers d'artillerie soigneusement "sélectionnés" (lieutenant, capitaine), qui devaient assurer le commandement de ces batteries! ::content4:: ::content4::

Sauf que, dans le cadre d'un contexte militaire conflictuelle, la règle, dans l'armée française, pour des raisons assez obscures, était la valse des mutations, par exemple, les officiers subalternes et même supérieurs, qui cantonnaient , en temps de paix, par exemple, dans le Nord - Pas-de-Calais, se retrouvaient expédiés en Algérie, d'où, avec leurs troupes, ils avaient droit à une balade en mer, pour rejoindre Marseille, puis nos frontières du Nord -Est! Dans le même temps, les "marseillais", les "toulousains", les "bretons" se "promenaient" dans les trains pour aller prendre le commandement d'unités, où ils ne connaissaient personne, qui, elles-mêmes, étaient censées rallier notre dispositif "déployée" en Alsace-Lorraine!

Autant dire que, entre le 15 juillet et le 6 aout 1870, voire bien au-delà, çà s'était déroulé dans un "capharnaüm" indescriptible, car les matériels démontés "à remonter!", les munitions, les troupes n'étaient bien souvent jamais débarquées dans la bonne gare! :mrgreen:

Pour en revenir aux batteries de "canons de Reffye", moins d'un officier d'artillerie sur quatre "instruits" (et, là, je suis très optimiste!) avait pu se retrouver affecté à leur commandement! Sans trop forcer le trait, le gros de ceux qui y avaient, finalement, été versés avaient découvert l'arme, comme une poule peut découvrir un "couteau" ::dubitatif:: , avec, dans le meilleur des cas, une "généreuse" distribution, par batterie, de deux manuels de mise en oeuvre et des équipes de servants, eux, totalement, ignorants et pour cause! Engagées en Alsace, dès le 4 août, à Wissembourg et le 6, à Froeschwiller - Wörth pour les allemands - et en Lorraine, ce même jour, certaines batteries de "canons de Reffye" n'avaient, ainsi, "découvert" leurs armes et leur mode d'emploi, que "5 jours" avant de devoir monter au "casse-pipe"! :mrgreen:

Cette "façon de faire" remontait, de fait, à la Guerre d'Italie, durant laquelle avait eu lieu la mise en service - btrès efficace, au demeurant! -, de manière toute aussi "impromptue", du nouvel canon-obusier Modèle 1849, sauf que sa mise en oeuvre différait très peu de celle des pièces similaires plus anciennes, ce qui n'était pas le cas des "canons de Reffye"!

Sinon, en revenant aux pièces antichars en service en 1939-1940, on constate un même problème de poids et de facilité de manoeuvre, le 3,7 cm Pak 35/36 allemand et le 3,7 cm Pak M 37 (t), engagés durant le Westfeldzug, pesant, à peu de choses près, le même poids que la pièce de 25 mm antichar française Modèle 34 et son "avatar" plus léger, mais moins stable (Chut!), 25 mm Modèle 1937!

Il y avait bien eu, en 39-40, le 2 livres britiche (40 mm), aux performances des plus honorables,sauf que, un, il affichait, lui-même, plus de 800 kg sur la balance, avait le défaut d'être lent lors de sa mise en batterie et, de toute manière, n'avait été déployé qu'en nombre insuffisant par le BEF! ::mal-a-la-tete::

En comparaison, le "Teuton" alignait, en mai 1940, 11 000 pièces tractées 3,7 cm Pak 35/36 - auxquelles ils convient de rajouter les pièces tchèques de même calibre!

De leur côté, les documents existants confirment que l'armée française avait fixé ses besoins à 8 000 pièces de 25 mm, sans même parler des autres calibres, sauf que selon les inventaires existants - qui figurent dans les documents mis en ligne par "Elan Vital" -, en mai 1940, elle n'alignait, au mieux, que "4800" pièces (avec le vent dans le dos!). dès lors, elle s'était retrouvée, un, en état d'infériorité, dans un rapport de +/- 1 pour 3, .. deux, sur la qualité de spécialisation et de "l'expérience" des Panzerjäger, qui dépendaient pour l'essentiel des "Schnelletruppen" (In. 6) ou avaient été formés, y compris, par ses soins, dans les compagnies antichars "régimentaires", comparés à l'Infanterie française, au sein de laquelle, le rôle antichar ne faisait, en gros et souvent, fonction que "d'emploi de complément".

Pour en revenir à cette histoire de poids des pièces tractées antichars, celle de 5 cm Pak 38 de 60 calibres avait aimablement végété, en raison de son poids ( 930 kg en batterie), depuis 1938 jusqu'en juin 1940, où, vu la réalité du combat antichar, elle avait été testée, en toute petite quantité, sur les épaves de chars abandonnés sur les plages de Dunkerque! :D

En prévision de Barbarossa, à l'automne 1940, les allemands avaient lancé la mise en production du 4,7 cm Pak 36 (t), une pièce tchèque conçue, à l'origine, en tant que "canon de casemate", qu'ils avaient, dans un premier temps, durant la "Drôle de Guerre", convertie en pièce antichar automotrice, "installée vite fait" sur un châssis de Panzer I, en tant que Panzerjäger I, à raison de 100 exemplaires, livrés à raison de 40 automoteurs, en mars 1940, et de 60, en avril... Point-barre!

L'évolution, aussi bien en calibre, qu'en performances à longue distance (au-delà de 1000 m) du canon antichar avait trouvé son origine sur le Front Est, où les allemands avaient très sérieusement paniqué! Le 5 cm Pak 38 avait très vite affiché ses limites, en "se sauvant les fesses" avec les munitions à noyau de carbure de tungstène, sauf que ces dernières n'étaient en gros efficaces que jusqu'à 800 m, voire moins, selon le terrain (!) et sa toute première génération d'obus à charge creuse, qui, un, avaient, eux-mêmes, une portée limitée, en raison de leur faible Vo, deux, affichaient un comportement particulièrement "capricieux", selon la résultante "inclinaison du blindage+ angle de présentation", face au canon embarqué de 24 calibres des Panzer IV et StuG.III!

Entre 1939 et l'automne 1941, la Heer n'avait jamais développé la moindre pièce à vocation antichar du calibre de 7,5 cm, vu que, un, en version tractée, en raison de son poids , elle aurait posé de très gros problèmes de "souplesse de manoeuvre", deux, après la mise point en urgence - à la louche, moins de 7 mois - du 7,5 cm Pak 40 par la firme Rheinmetall!, la tourelle du Panzer III, de par ses dimensions, avait refusé toute intégration du 7,5 cm KwK 40 L/43 ::mal-a-la-tete:: ... Coup de bol, celle du Panzer IV, un poil plus spacieuse, l'avait accepté, sous réserve de devoir raccourcir sa chambre de culasse et confectionner des munitions aux douilles plus courtes , mais de configuration tronconique particulière, plus large à la hauteur du culot, plus étroite au sertissage avec le pélot, de manière à aménager, dans la douille, un espace suffisant, pour y insérer la charge propulsive nécessaire et suffisante!

En "1941", les allemands avaient été contraints de devoir mettre au point dans l'urgence la pièce antichar de 75 mm! Déjà, il y avait, bien avant même 1939, un problème, car l'artillerie allemande avait abandonné le calibre de 7,5 cm (après celui de 7,7 cm), pour favoriser l'emploi de l'obusier léger de 10,5 cm et la puissance létale de ses munitions explosives (HE)!

Dès lors, le calibre de 7,5 cm, bien avant septembre 1939 et ultérieurement, n'avait existé, au sein de l'artillerie et de l'infanterie allemandes, que pour une gamme d'obusiers d'infanterie à canon court (7,5 cm IG 18), de même que des lots limitées de pièces construites pour "l'Export", qui, suite aux embargos de 39-40, étaient restées "sur les bras" des firmes. ::elu boulet:: De fait, durant l'entre-deux-guerres et au tournant du conflit, çà s'était limité, en gros, à deux modèles, les 7,5 cm FK 18 et 7,5 cm FK 38, tous deux construits dans le cadre de marchés à l'exportation!

On revient à la période "été 1941", car, là, les allemands avaient sérieusement paniqué avec les retours du Front Est! Sans parler de l'armement en tourelle de leurs chars et canons d'assaut, ses Panzerjäger-Abteilungen, alignaient, au mieux (!), face aux blindés russes (KV-1, T-34), une "malheureuse" compagnie de 5 cm avec deux autres armées de 3, 7 cm, qui, bien évidemment, pleuraient leurs mères!

Quand on se penche un peu sur le sujet, seule, la firme Krupp avait, alors, "officiellement" mis au point, en "1940", un canon "embarqué" de 7,5 cm et 40 calibres aux performances antichars des plus tristounettes, qui avait eu la "faveur" d'être intégré , pour essais, dans casemate d'un StuG. III; il est plus que probable, que, à la même époque, Rheinmetall- Borsig en était strictement au même point, avec comme ses copines, la "quadrature du cercle" que pouvaient constituer le poids de la pièce, sa souplesse d'emploi et ses performances! ::mal-a-la-tete::

Ces vieux documents français tendent à démontrer que l'armée française disposait de pointures[/i à la fois lucides et des plus compétentes, sauf que, si on s'amuse à jeter un coup d’œil sur les budgets attribués, même en tenant compte de ceux votés puis versés (avec retard), à dater de septembre 1939, pour diverses raisons, c'était beaucoup trop tardif, vu la situation existante!

Je peux surement me planter, mais, selon moi, l'engagement de la [i]Legion Condor
, d'abord, dans la Guerre Civile Espagnole, puis celui de la Wehrmacht, dans la Campagne de Pologne" de septembre 1939, avaient "avantagé" l'armée allemande, en mai-juin 1940, face à un adversaire puissant, l'armée française, "essentiellement", qui, tout se modernisant, en était restée, pour son haut état-major, aux tactiques "éprouvées" de 1915-1918!

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 21 Oct 2025, 06:59

Loïc Charpentier a écrit:En comparaison, le "Teuton" alignait, en mai 1940, 11 000 pièces tractées 3,7 cm Pak 35/36 - auxquelles ils convient de rajouter les pièces tchèques de même calibre!

De leur côté, les documents existants confirment que l'armée française avait fixé ses besoins à 8 000 pièces de 25 mm, sans même parler des autres calibres, sauf que selon les inventaires existants - qui figurent dans les documents mis en ligne par "Elan Vital" -, en mai 1940, elle n'alignait, au mieux, que "4800" pièces (avec le vent dans le dos!). dès lors, elle s'était retrouvée, un, en état d'infériorité, dans un rapport de +/- 1 pour 3, .. deux,


Hello,
Sans vouloir contester les chiffres, a signaler tout de même qu'il n'y a pas eu génération spontannée d'unités dédiées à l'armement antichar chez les Français.
Le 25mm venait ainsi remplacer le 37mm, et par ailleurs le 47mm de l'artillerie ( que tu oublies ) venait remplacer le 75mm en spécialité antichar.
Ainsi, si dans les troupes d'actives et de reserve A on trouve effectivement des batteries et compagnies antichar dotées de 25 et 47mm , il existe encore ici et là dans la reserve des canons de 37 et 75mm dans un role antichar.
Alors effectivement le 37 mm Mle 16 TR ne valait pas grand chose en terme de perforation, mais pouvait arreter les blindés les plus légers ( et on sait ô combien les blindages allemands etaient fins en 1940) . Le 75mm en role antichar, bien que lourd à manoeuvrer, avait peu ou prou le meme punch que les 47mm modernes donc avait la capacité théorique d'arreter n'importe quel char allemand.
Si on compare l'efficacité des Pak de 37mm face aux lourds blindages francais... cela relativise l'écart de nombre.
Alain
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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 21 Oct 2025, 07:58

Juste au passage, je rajoute ce petit graphique ( qu'il faudrait peut etre revoir sur quelques chiffres ) que j'aime beaucoup.
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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 21 Oct 2025, 10:02

A propos de la distance de 500 m et de l'incidence de 30°, tu as cette étude très intéressante qui figure dans le dossier GR 7 N 4205 ( sous-dossier, French antitank guns), photographié par Elan Vital au SHD Vincennes...

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Re: Succession du canon de campagne de 75mm Mle 1897

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 21 Oct 2025, 10:53

Je partage tout à fait cette analyse.
Pour moi il est inadéquat de regarder les tirs à incidence 0° (90° dans le systeme allemand) et les distances trop courtes ( 0 -300 m ) ne sont pas non plus opportunes, car elles supposent d'etre sous le feu ennemi .
Ainsi, en ce qui me concerne, la distance de 400-500 metres à incidence 30° ( 60° dans le systeme allemand ) est ce qui me semble le plus pertinent pour comparer les matériels en usage dans les armées, mais il est impératif de le metre en perspective avec les blindages de l'ennemi.
L'exemple du canon de 25 de la Pan-Pan et du Kwk de 3.7cm du Pz III, qui ont des performances similaires à 500 m/ 30° ( j'avais retenu 29mm pour les deux ) determine que les deux matériels sont aussi performants.
Mais dans le premier cas une grosse proportion des blindés allemands est sous les 29mm de blindage frontal ( en fait, sans compter les engins surblindés, seuls les Pz III et IV sont au dessus et encore, d'un millimetre ... ) pendant que chez les français aucun char ne l'est ( le blindage frontal le plus faible est de 40mm sur les chars modernes) .
Pour bien faire, il faudrait que je refasse la table/graphique en indiquant tous les matériels antichar et tous les canons de chars ( probablement sur deux graphiques séparés ) , en précisant le type d'obus utilisé, pour que cela soit un document "à conserver dans un coin" ;)

Alain
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