24 juin
Journal de Halder
Les rapports de ce matin révèlent une note piquante. Les Italiens sont bloqués par les fortifications françaises et ne peuvent progresser. Souhaitant se présenter aux négociations d'armistice avec une portion de territoire français aussi importante que possible, ils nous ont proposé un plan pour transporter des bataillons italiens derrière le front de List, en partie par avion via Munich, en partie directement vers la région lyonnaise, afin de les acheminer vers les zones où ils revendiquent l'occupation. Il s'agit là d'une escroquerie des plus grossières. J'ai clairement indiqué que je ne veux pas que mon nom soit associé à de telles manœuvres.
Au final, toute cette affaire s'avère être un complot ourdi par Roatta et désapprouvé par le maréchal Badoglio. Les membres de l'OKW devront se faire à l'idée d'avoir été piégés par un plan proposé par un subordonné, plan que le maréchal italien responsable (qui semble être le seul soldat respectable du groupe) a jugé déshonorant.
ObdH se rend à la Septième Armée. Ses inquiétudes le poussent à prendre des dispositions en prévision d'un échec des négociations d'armistice avec l'Italie. Dans ce cas, il faudrait lancer une offensive majeure à l'arrière des fortifications alpines françaises, avec une offensive secondaire vers la côte méditerranéenne.
Une telle opération exige la coordination et l'engagement de troupes de montagne, et doit être préparée avec soin. Elle ne peut être improvisée à la hâte avec des bataillons de montagne déployés précipitamment.
On se retrouve face au même jeu frustrant que lors de la campagne de Pologne pour établir le contact avec les Russes. Le commandement politique souhaite rompre la liaison directe entre la Suisse et la France et voudrait faire passer cette opportunisme politique pour une nécessité militaire. Cela aura assurément des conséquences fâcheuses.
12h00 : OQu IV fait un rapport sur les efforts britanniques pour poursuivre la guerre en s'assurant le soutien des colonies françaises et des Français à l'étranger.
Wagner : organisation de l'administration militaire en France - Questions de personnel - Nouvelle base de ravitaillement.
Feldgiebel : libération des unités de transmissions de l'armée pour les opérations aériennes et navales liées au passage à la guerre contre la Grande-Bretagne.
21h00 - Information reçue : l’armistice entre l’Italie et la France est conclu. L’OKW émet un ordre de cessez-le-feu, effectif le 25 juin à 1 h 35. Les avancées et les retraits sont interdits. La question sera réglée par la Commission d’armistice.
Lettre de Wagner
HQu OKH,, 24. Juin 1940, 1 Heure 40 (matin)
Le cor vient de retentir devant la maison : « Das Ganze Halt » – cessez-le-feu ! C'est une expérience extraordinaire. J'ai réuni les officiers d'état-major, exprimé ma gratitude et savouré l'instant. Je crois que j'étais parfaitement sérieux lorsque j'ai évoqué le chef d'état-major, Halder, puis le Führer. Nous avons partagé une coupe de vin mousseux français, et Weinknecht, avec une émotion palpable, s'est souvenu de moi et m'a exprimé son admiration pour mon leadership et mon engagement personnel.
C'est tout ce que je peux vous dire aujourd'hui. Je suis loin d'être – comme nous tous – submergé de joie ; il semble que ce soit une caractéristique typiquement allemande. Même en cet instant, nous restons intérieurement objectifs et justes, et nous rendons également hommage à l'ennemi. J'espère pouvoir revenir bientôt. Ma mission principale est accomplie, et je crois avoir répondu aux attentes de Halder. Je m'intéresse peu, pour le moment, au travail de détail de l'administration militaire, tel qu'il est actuellement mené, mais qui pourrait néanmoins s'avérer très important.
Note de Frau Wagner
Rétrospectivement, le lieutenant-général Weinknecht écrit : « De nombreux ouvrages d’après-guerre, tant nationaux qu’étrangers, ont loué le déroulement rapide et victorieux de la campagne de l’Ouest de 1940 et le commandement allemand sur les plans opérationnel et tactique. Cela inclut la gestion des approvisionnements dans la conduite globale de la guerre. Cependant, j’ai trouvé à peine un mot, dans les écrits d’après-guerre consacrés à la campagne de l’Ouest de 1940, sur la performance du quartier-maître général et son importance décisive pour le cours de la campagne.
Il faut affirmer clairement que ce n’est que lorsque ces deux facteurs sont coordonnés que l’on peut véritablement comprendre l’art de la guerre au sens le plus noble du terme. L’opération la plus audacieuse, le meilleur commandement tactique, sont voués à l’échec si les ressources matérielles nécessaires ne sont pas mises à la disposition des troupes, facteur décisif sur le champ de bataille, en temps voulu et en quantité suffisante. Le sort de la 6e armée à Stalingrad ne démontre-t-il pas de façon flagrante le décalage entre le commandement et l’approvisionnement ?» Le commandement le plus abouti réside dans la compréhension de l’interaction entre le commandement des troupes et la logistique. Seule une expertise de haut niveau dans le secteur de la logistique pouvait permettre les succès remportés sur les champs de bataille de l'Ouest en 1940.
Ainsi, les exploits remarquables de Halder et des commandants des troupes allemandes sont à juste titre complétés par les réalisations d'un quartier-maître général largement méconnu et de son état-major, dont le travail, presque anonyme, est à jamais associé au nom du chef et principal conseiller en logistique de l'armée de terre de l'époque, le futur quartier-maître général Wagner.

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