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Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 371  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 16 Avr 2026, 06:07

24 juin

Journal de Halder

Les rapports de ce matin révèlent une note piquante. Les Italiens sont bloqués par les fortifications françaises et ne peuvent progresser. Souhaitant se présenter aux négociations d'armistice avec une portion de territoire français aussi importante que possible, ils nous ont proposé un plan pour transporter des bataillons italiens derrière le front de List, en partie par avion via Munich, en partie directement vers la région lyonnaise, afin de les acheminer vers les zones où ils revendiquent l'occupation. Il s'agit là d'une escroquerie des plus grossières. J'ai clairement indiqué que je ne veux pas que mon nom soit associé à de telles manœuvres.

Au final, toute cette affaire s'avère être un complot ourdi par Roatta et désapprouvé par le maréchal Badoglio. Les membres de l'OKW devront se faire à l'idée d'avoir été piégés par un plan proposé par un subordonné, plan que le maréchal italien responsable (qui semble être le seul soldat respectable du groupe) a jugé déshonorant.

ObdH se rend à la Septième Armée. Ses inquiétudes le poussent à prendre des dispositions en prévision d'un échec des négociations d'armistice avec l'Italie. Dans ce cas, il faudrait lancer une offensive majeure à l'arrière des fortifications alpines françaises, avec une offensive secondaire vers la côte méditerranéenne.

Une telle opération exige la coordination et l'engagement de troupes de montagne, et doit être préparée avec soin. Elle ne peut être improvisée à la hâte avec des bataillons de montagne déployés précipitamment.

On se retrouve face au même jeu frustrant que lors de la campagne de Pologne pour établir le contact avec les Russes. Le commandement politique souhaite rompre la liaison directe entre la Suisse et la France et voudrait faire passer cette opportunisme politique pour une nécessité militaire. Cela aura assurément des conséquences fâcheuses.

12h00 : OQu IV fait un rapport sur les efforts britanniques pour poursuivre la guerre en s'assurant le soutien des colonies françaises et des Français à l'étranger.

Wagner : organisation de l'administration militaire en France - Questions de personnel - Nouvelle base de ravitaillement.

Feldgiebel : libération des unités de transmissions de l'armée pour les opérations aériennes et navales liées au passage à la guerre contre la Grande-Bretagne.

21h00 - Information reçue : l’armistice entre l’Italie et la France est conclu. L’OKW émet un ordre de cessez-le-feu, effectif le 25 juin à 1 h 35. Les avancées et les retraits sont interdits. La question sera réglée par la Commission d’armistice.


Lettre de Wagner

HQu OKH,, 24. Juin 1940, 1 Heure 40 (matin)

Le cor vient de retentir devant la maison : « Das Ganze Halt » – cessez-le-feu ! C'est une expérience extraordinaire. J'ai réuni les officiers d'état-major, exprimé ma gratitude et savouré l'instant. Je crois que j'étais parfaitement sérieux lorsque j'ai évoqué le chef d'état-major, Halder, puis le Führer. Nous avons partagé une coupe de vin mousseux français, et Weinknecht, avec une émotion palpable, s'est souvenu de moi et m'a exprimé son admiration pour mon leadership et mon engagement personnel.

C'est tout ce que je peux vous dire aujourd'hui. Je suis loin d'être – comme nous tous – submergé de joie ; il semble que ce soit une caractéristique typiquement allemande. Même en cet instant, nous restons intérieurement objectifs et justes, et nous rendons également hommage à l'ennemi. J'espère pouvoir revenir bientôt. Ma mission principale est accomplie, et je crois avoir répondu aux attentes de Halder. Je m'intéresse peu, pour le moment, au travail de détail de l'administration militaire, tel qu'il est actuellement mené, mais qui pourrait néanmoins s'avérer très important.

Note de Frau Wagner

Rétrospectivement, le lieutenant-général Weinknecht écrit : « De nombreux ouvrages d’après-guerre, tant nationaux qu’étrangers, ont loué le déroulement rapide et victorieux de la campagne de l’Ouest de 1940 et le commandement allemand sur les plans opérationnel et tactique. Cela inclut la gestion des approvisionnements dans la conduite globale de la guerre. Cependant, j’ai trouvé à peine un mot, dans les écrits d’après-guerre consacrés à la campagne de l’Ouest de 1940, sur la performance du quartier-maître général et son importance décisive pour le cours de la campagne.

Il faut affirmer clairement que ce n’est que lorsque ces deux facteurs sont coordonnés que l’on peut véritablement comprendre l’art de la guerre au sens le plus noble du terme. L’opération la plus audacieuse, le meilleur commandement tactique, sont voués à l’échec si les ressources matérielles nécessaires ne sont pas mises à la disposition des troupes, facteur décisif sur le champ de bataille, en temps voulu et en quantité suffisante. Le sort de la 6e armée à Stalingrad ne démontre-t-il pas de façon flagrante le décalage entre le commandement et l’approvisionnement ?» Le commandement le plus abouti réside dans la compréhension de l’interaction entre le commandement des troupes et la logistique. Seule une expertise de haut niveau dans le secteur de la logistique pouvait permettre les succès remportés sur les champs de bataille de l'Ouest en 1940.

Ainsi, les exploits remarquables de Halder et des commandants des troupes allemandes sont à juste titre complétés par les réalisations d'un quartier-maître général largement méconnu et de son état-major, dont le travail, presque anonyme, est à jamais associé au nom du chef et principal conseiller en logistique de l'armée de terre de l'époque, le futur quartier-maître général Wagner.

Brigadier General
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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 372  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 16 Avr 2026, 13:19

Je suis loin d'avoir exploité l'ensemble du livre Der Generalquartiermeister. Il contient en particulier quatre annexes rédigées, à la demande de sa veuve, par d'anciens collaborateurs d'Eduard Wagner. Il faut garder en mémoire que les rédacteurs ont probablement appliqué une forme d'auto-censure, voire de mise en valeur. Voici une synthèse, un peu compliquée à lire à mon goût, rédigé par une IA à partir des deux premières annexes : files3945c/16272_synthesis_GenQu_wartime_operations.pdf et, ci-dessous, un extrait de la troisième annexe sur l'activité du service après la signature de l'armistice (traduction également par une IA). J'espère que, malgré leur production "artificielle", ces documents vous intéressont.
---

Traduction : "Nach dem Waffenstillstand mit Frankreich" (Après l'armistice avec la France)

Mais aussi après l'armistice, le Generalquartiermeister n'eut pas de repos. Mis à part sa représentation à la commission d'armistice à Wiesbaden, de nouvelles tâches attendaient une solution énergique et claire. Elles portaient pour partie sur un domaine complètement différent.

La tâche la plus urgente était la moisson en France, qui, en raison des événements de guerre, se trouvait encore pour la majeure partie sur les champs. Par les commandants d'arrondissement (Feldkommandanturen) entretemps établis dans tous les départements du territoire occupé, le cadre organisationnel était déjà donné et aussi sur le plan technique, puisque chaque état-major administratif des commandants d'arrondissement disposait d'un spécialiste agricole. Il manquait donc principalement de main-d'œuvre, car une grande partie des paysans français (en partie avec chevaux et charrettes) se trouvaient encore en fuite. Ce manque fut rapidement et complètement comblé par l'engagement d'importantes unités allemandes (environ une division entière par département) et par l'incorporation de prisonniers de guerre français. La moisson recueillie fut remise par les commandants d'arrondissement aux préfets et sous-préfets français. L'automne ne vit que des champs moissonnés !

Une autre tâche du GenQu était l'approvisionnement et l'évacuation des 1,2 million de soldats français faits prisonniers après la capitulation. Cette évacuation des soldats français devait encore devenir une grande œuvre de charité !

Dans l'état-major du GenQu, on avait souvent réfléchi à la manière dont on pourrait, étant donné le déclin de guerre de tout trafic postal et ferroviaire français et la présence de nombreux réfugiés dispersés dans tout le pays, faire savoir aux proches des soldats prisonniers que leur membre de famille appelé à l'armée avait survécu à la guerre vivant et se trouvait en transport vers l'Allemagne, d'où il donnerait bientôt d'autres nouvelles. Un grand souci serait ainsi ôté à de nombreuses familles françaises.

C'est là que le Colonel Wagner intervint énergiquement. Immédiatement, tous les commandants de camps de rassemblement de prisonniers de guerre furent convoqués au GenQu. Lors d'une conférence tenue au GenQu, il fut ordonné aux commandants de constituer, avant le transport, une simple fiche de prisonniers en matériau durable (carton ou contre-plaqué). Ces fiches ne contenaient que le nom, prénom, date et lieu de naissance. Les commandants se mirent au travail avec zèle, car quotidiennement arrivaient par paquets ces fiches au GenQu.

Entretemps, le Colonel Wagner s'était mis en contact de Fontainebleau (où se trouvait alors l'état-major du GenQu) avec la Croix-Rouge française à Paris et avait convenu avec elle que, sur la base des fiches transmises par le GenQu, elle émettrait régulièrement des listes imprimées des prisonniers nouvellement enregistrés en ordre alphabétique. Ces listes paraissaient une à deux fois par semaine selon les besoins. Elles étaient remises gratuitement à tous les préfets et sous-préfets par la Croix-Rouge française et, en outre, vendues à Paris pour 5 centimes. Ainsi, même les Français encore en route pouvaient consulter auprès du prochain préfet les listes nouvellement parues.

Cette action fut achevée en quelques semaines. De cette façon, avec des moyens simples et en étroite collaboration du GenQu avec la Croix-Rouge française, une œuvre d'assistance unique avait été créée, qui, au vu des expériences amères que l'Allemagne devait faire après la guerre avec ses soldats faits prisonniers, reste à jamais un exemple lumineux !

Mais il y avait encore une grande tâche à accomplir, et elle aussi relevait du domaine de l'assistance.

Sept millions de Français et de Belges, saisis de crainte devant les événements de guerre, avaient précipitamment quitté maison et foyer ; beaucoup en automobiles, autant d'autres en charrettes à main ou à chevaux ou seulement à bicyclette. La majorité de ces réfugiés se trouvait en France du Sud non occupée. « Comment sera la première rencontre avec les soldats allemands ? » Cette question préoccupait certainement de nombreux réfugiés. Pour qu'elle se passe très différemment de ce qu'ils l'imaginaient probablement, le GenQu en prit soin.

Des points de passage spécifiques avaient été établis avec les services français à la ligne de démarcation entre le territoire occupé et le territoire non occupé. Et à ces points de passage, le GenQu avait encore une fois mis en jeu tout son appareil d'approvisionnement. Outre les installations d'hébergement en masse pour hommes et chevaux fournies par les services français, il y avait du côté allemand :

- Hôpitaux pour les malades
- Ambulances avec officiers sanitaires et personnel sanitaire pour les soins médicaux
- Points de distribution de vivres pour la nourriture chaude et froide
- Points de distribution de lait pour la mère et l'enfant
- Points de distribution de fourrage pour chevaux (avoine et fourrage haché)
- Postes de ferrage
- Points de distribution de carburant
- Postes de réparation automobile

Ainsi s'effectuait la réception à la frontière, à moins que des erreurs locales ne surviennent. Et de la même façon, des points d'approvisionnement similaires avaient été établis à intervalles réguliers le long des principales routes de marche.

Seulement pour Paris, les rapatriés durent faire un détour, car, en raison du ravitaillement relativement restreint de Paris en vivres, un afflux plus massif de réfugiés aurait pu mettre en péril l'approvisionnement de Paris.

Les Parisiens en fuite devaient au demeurant revenir à Paris plus vite qu'ils n'en étaient partis. Pour leur retour, plusieurs trains navettes (moitié wagons de voyageurs, moitié wagons plats pour les véhicules) furent affectés, qui transportaient continuellement des réfugiés entre Orléans et Paris jusqu'à leur domicile.

En somme, les sept millions de réfugiés étaient de retour chez eux début septembre 1940.

C'est seulement avec l'achèvement de cette tâche que la campagne de France était terminée pour le Generalquartiermeister.

Le Colonel Wagner avait entretemps, pour ses grands mérites lors de la campagne contre la Pologne et la France, été promu au grade de Generalmajor et nommé Generalquartiermeister.

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Re: Le nerf de la guerre : la logistique allemande

Nouveau message Post Numéro: 373  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 17 Avr 2026, 06:51

25 juin

Journal de Halder

01h35 Les combats ont cessé, place aux formalités administratives.

Comme annoncé récemment, la cessation des combats entraine l'arrêt du remplissage de ce fil, qui reste bien sûr ouvert aux contributions. Il y a beaucoup d'autres choses à dire sur les aspects logistiques, qui devraient faire l'objet d'autres fils.

Voici les autres parties intéressantes, très intéressantes même, du journal de Halder pour ce 25 juin 1940.


Matin. Désaccord avec ObdH : le commandement politique souhaitait couper la liaison ferroviaire entre la Suisse et la France. À cette fin, List avait reçu l’ordre de saboter entièrement la ligne La Roche-Annecy. Compte tenu du déroulement des événements, cet ordre n’a finalement pas été exécuté. ObdH exige maintenant que, l’armistice étant en vigueur, la destruction de la ligne soit effectuée par des patrouilles. Je m’y oppose. Une fois la trêve déclarée, toute opération militaire de ce type est exclue. Si une telle opération devait avoir lieu, seul Canaris serait habilité à la mener.

Après consultation avec Keitel, je transmets des instructions en ce sens à Canaris.

Wagner : Situation alimentaire en France. Structure de l’administration militaire en France.

Von Greiffenberg, Buhle, Roericht, Weinknecht : Les ordres d’organisation et de réorganisation sont en cours de discussion. Nouvelle considération : Force de frappe à l’Est (15 divisions d’infanterie, 6 divisions blindées, 3 divisions motorisées).

Suit une conférence avec ObdH, au cours de laquelle ces plans sont discutés et approuvés :
Révision de l’organisation en temps de paix : Districts militaires, etc. Le contrôle des unités d’infanterie et blindées sera exercé par les états-majors de corps d’armée de la même arme, le commandant de corps étant désigné selon le principe de l’opportunité pour diriger le district militaire.
Huit HGr Kommandos seront établis comme échelons supérieurs. De ce fait, chaque front sera composé de plusieurs HGr Kommandos( = AOK). Il est donc impératif de trouver un moyen d'assurer la coordination sur les théâtres d'opérations, par exemple à l'Est, à l'Ouest ou au Sud. Du point de vue du personnel, il est impossible d'établir un échelon de commandement supérieur au HGr Kommandos ; des QG de théâtre d'opérations devront donc être mis en place pour coordonner les actions sur les questions affectant un front plus vaste.

OQu IV : La Russie veut la Bessarabie. La Bessarabie ne nous intéresse pas. La question de la Bucovine soulevée par la Russie est nouvelle et dépasse le cadre de nos accords avec les Russes. Quoi qu'il en soit, il est impératif pour nos intérêts qu'il n'y ait pas de guerre dans les Balkans.

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