Loïc Charpentier a écrit:
Bonjour,
Pour éviter de polluer un fil sur le 75 ou nous avons commencé à parler du matériel antichar, je prefere intervenir dans celui ci.
Le graphique & tableau proposé par Loïc est vraiment primordial à avoir en tête.
Il explique l'efficacité d'un blindage incliné tres facilement.
A noter que les chiffres d'angle proposés sont en systeme allemand : lorsque le tir est perpendiculaire à la cible, c'est 90° d'angle dans le systeme allemand, mais 0° dans le systeme français. Il importe donc, lorsque vous voyez des performances ballistiques indiquées , de savoir dans quel systeme elles ont été exprimées .
Parfois on tombe sur des données à angle 0° ( donc 90° chez les allemands ) , ou dites " d'incidence normale", et on se demande ce que cela donnerait sur un angle différent.
Il existe une formule toute simple pour donner une évaluation :
épaisseur perforée à angle désiré = épaisseur perforée à angle 0° x cosinus (angle désiré)
Ainsi si l'on perfore 30mm à 0° , on obtient 26mm à 30° d'incidence ( 60° en systeme allemand ) , 15 mm à 60° d'incidence ( 30° en systeme allemand ).
Je précise à tout hasard pour les utilisateurs Excel qu'il faut transformer les angles en radians au préalable sinon le résultat sera faux.
Mais revenons au graphique proposé par Loïc.
On voit invariablement que les angles d'inclinaison et angles d'approche modifient l'angle final d'impact, et qu'il devient désormais quasi impossible d'avoir un angle d'impact parfait de 0°.
Par ailleurs, sur un blindé en mouvement perpendiculairement au canon , même si vous pouvez effectuer un tir parfait à 0°, il ne se présentera que quelques instants à cet angle parfait, donc il est plus que probable que l'angle d'approche ne sera jamais 0° .
Un blindé de 6 metres de longueur qui circule à 20km/h se déplace de 5.5 m/s . Vous ne l'aurez à précisément 0° face à vous qu'un peu plus d'une seconde !
Quand bien même vous arrivez à tirer précisément dans la seconde , reste à savoir quel angle aura le blindage qui recevra l'impact .

Sur ce petit dessin de panzer IV on voit que l'angle sera nettement différent selon si l'on touche la tourelle et le chassis.
Les angles sont ( systeme français ) de
- 0° ( nuque arriere ) à 27° pour la tourelle , 25° si la tourelle est droite dans le sens de la marche et que l'on tape en plein milieu
- 0° pour le chassis de haut en bas
Mais nous sommes ici sur un cas simple des chars du début de la seconde guerre mondiale.
Autre exemple plus compliqué, le FCM 36

On voit tres clairement que l'angle d'impact sera différent selon si on touche la tourelle, le chassis , le bas de caisse , le chemin de roulement ...
Donc la probabilité , en admetant que vous ayiez touché dans la seconde ou le blindé etait exactement perpendiculaire au canon tireur, d'etre a une inclinaison de 0° vis à vis du blindage s'écroule.
Pour toutes ces raisons , si l'on désire comparer les performances de tir des canons antichar en regard des blindages disposés sur les blindés, il n'est vraiment pas pertinent d'utiliser les performances à incidence 0° car la probabilité que cela arrive est ultra faible.
Prendre 30° comme base de travail semble plus pertinent, tout du moins au début de la guerre ( par la suite on constate plus d'angles sur les blindés ).
Et encore nous sommes sur une base de travail, car cela va dépendre de la qualité de l'acier de blindage, de la dureté de l'obus , de sa nature ( charge creuse par exemple ) , et de sa typologie ( exemple des têtes citées par Loïc pour éviter que l'obus ne ricoche sur le blindage )...
Enfin, percer ne signifie pas détruire. Des obus inertes peuvent traverser un blindage sans causer de dégats structurels et ne toucher personne à l'intérieur. C'est pas de bol mais ça peut arriver !
Ainsi lorsqu'il y a une charge explosive les résultats sont d'au moins blesser l'équipage ( ou endommager un compartiment moteur etc ) avec une grande probabilité.
En conclusion, on le voit, lorsqu'on analyse les performances des armes antichars, il faut etre tres précautionneux :
- bien identifier quel systeme de reference est utilisé pour les angles d'inclinaison
- connaitre la nature des obus utilisés
Cela permet d'etablir une base conventionelle de comparaison qu'il conviendra de moduler en fonction des cibles :
- nature des blindages ( qualité d'aciers , plaques de surblindages , aujourd'hui grilles de protection et blindages réactifs etc )
- angles sur le blindé ( tirer sur un cube n'est pas égal à tirer sur une pyramide ou une sphere)
Je passe ici sur des effets non intuitifs , comme par exemple le PzKfw II qui disposait d'un canon de 20mm avec de faibles performances ( 20mm à 100 metres à 30° d'incidence ) , mais qui tirait des petites rafales d'obus pouvant potentiellement toucher le blindage de la cible au même endroit, chaque obus "ramolissant" la cible. On l'a vu, sur une cible en mouvement, peu de chance que cela arrive, mais sur une cible a l'arret, en tenant compte des vibrations du canon, peut etre que 2 (ou 3) obus pouvaient toucher le blindage quasi au meme endroit, cumulant ainsi en partie leurs effets.
Il y a aussi le facteur de vitesse du tireur . Je ne veux pas dire ici que les armes antichars avaient plus de performances en mouvement ...
Mais si l'on prends le canon de 20mm ci dessus tirant une panzergranate, il a une energie cinétique de 45 Kjoules ( vitesse initiale 780m/s , poids 148g ) .
Vous placez le meme canon sur un avion piquant à 400 km/h , soit 111 m/s, cela augmente l'energie cinétique à 59 Kjoules, donc une perforation supérieure.
En y ajoutant que les blindages des plafonds de caisse et tourelles étaient les moins épais, l'avion devient une tres bonne arme antichar, mais la vitesse de l'avion devient elle meme alors une difficulté pour viser correctement et un tankiste averti saura qu'il faut zigzager pour échapper aux tirs d'avions.
Alain

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