Bonjour à tous,
Comme je l’avais indiqué dans le sujet « Mission ingénieurs français aux USA », je vais présenter dans ce nouveau sujet l’évolution des études de moteurs de chars français jusqu’à la défaite de 1940. Tout du moins, ce que j’en sais, soit grâce aux publications existantes, soit par mes recherches aux archives de Vincennes et de Châtellerault.
Je m'appuie en particulier sur la cote GR 9 NN 12 64 à Châtellerault, dont mes photos se trouvent ici: GR 9 NN 12 64
On peut déjà identifier trois grand thèmes :
- Les moteurs « sur étagère » modifiés pour l’emploi sur des chars mais originellement destinés aux automobiles, bus, camions, autorails ou avions. Ils sont disponibles commercialement mais peuvent présenter certains défauts par rapport à des moteurs spécialisés : densité de puissance insuffisante (lourd ou encombrant par rapport à sa puissance) ; moins robuste/fiable (point aggravé par le rapport poids-puissance faible sur les chars français, très faible dans certains cas) ; nécessite une essence A d’aviation ou tourisme d’indice d’octane 72 ou une essence poids lourds avec appoint d’alcool, d’indice d’octane entre 67 et 72, ce qui complique l’approvisionnement en temps de guerre.
- Les moteurs à essence spécialement conçus pour les chars, ce qui concerne surtout les études de 1939 et 1940.
- Les moteurs diesels spécialement conçus pour les chars, qui concernent nombre d’études dans les années 30 et jusqu’en 1940. Les inspecteurs des chars français se sont fortement intéressés à ces modèles. Pour diverses raisons, seul le FCM 36 sera équipé d’un moteur diesel commercial en 1940.
A savoir que les Français vont s’orienter vers un ratio poids-puissance minimum d’environ 10 ch/t sur leurs chars à partir d’environ 1935, explicitement pour la plupart des programmes de 1936 et après. Pour les chars conçus avant 1935, ce ratio est cherché implicitement mais les chars de série sont souvent bien plus lourds que prévu sans que le moteur soit remplacé ou amélioré pour compenser. Seuls les Chars B et SOMUA vont s’approcher de ce ratio. C’est en tout cas le facteur dimensionnant pour la puissance des moteurs étudiés pendant la période.
Dans un premier temps, je vais commencer par le deuxième thème car il concerne des moteurs moins connus.
J’ai dit que cela concernait surtout les années 1939/1940. Les nouveaux moteurs répondent essentiellement à deux missions :
1) Équiper le B1 Ter et le char Renault G1R. Leur poids excédant 30 tonnes, le moteur 6-cylindres en ligne du B1 Bis (éventuellement avec modifications ARL, j’en parlerais) n’est plus suffisamment puissant.
2) Répondre au nouveau programme de spécifications de l’ARL pour des moteurs spécialisés, créé en 1939. Il a été créé en partie pour chercher un nouveau moteur puissant pour remplacer l’Hispano-Suiza V12 Type 68 Bis de 250 ch qui équipe le canon automoteur ARL V39, jugé sous-motorisé.
Le Renault 6 – cylindres 155 x 165
Ce moteur en ligne (straight ou I6 en anglais) est évoqué en Décembre 1939 dans un état des lieux de la réalisation du prototype de char Renault G1R. Il est destiné aussi bien à ce char qu’à un des 3 prototypes de pré-production du B1 Ter alors en construction. Il est monté en travers (perpendiculairement à l’axe du char) dans le G1R pour réduire la longueur du compartiment moteur.
Avec un alésage de 155 mm et une course de 165 mm (contre 140 et 180 pour le moteur Renault du B1 Bis initialement envisagé), il a une cylindrée totale de 18.680 L contre 16.625 L. Il est prévu pour produire 350 ch à 2500 tr/min alors que le moteur du B1 Bis monté dans un char donne 280-285 ch en pratique à 1800-1900 tr/min et environ 300-310 ch avec les modifications ARL. Il est possible que la diminution de la course et l’augmentation de l’alésage ait eu justement pour but de faciliter l’emploi de vitesses de régime plus élevées.
Contrairement au moteur du B1 Bis, il est du type « industriel » avec bloc culasse et pas « d’aviation », ce qui est censé indiquer un moteur plus robuste. L’ingénieur de l’ARL Lavirotte déclarera dans une interview bien après la guerre que Louis Renault aurait demandé son développement au retour d’un voyage par préférence pour les moteurs en ligne plutôt que le moteur en V demandé par l’ARL à Renault. Il devrait en principe utiliser de l’essence d’indice d’octane 65 prévue par l’armée en temps de guerre. En Juin 1940, deux prototypes sont construits et au banc et un en construction.
La famille des moteurs Renault 130 x 130
Leur existence est indiquée par une lettre du 2 Juin 1939. Ces moteurs sont le résultat d’une coopération entre l’ARL et Renault. Il s’agit de moteurs partageant les mêmes éléments, dont des cylindres d’alésage 130 mm et course de piston de 130 mm :
- Un 4 cylindres en ligne fournissant 120 ch à 2400 tr/min soit 6.9 L
- Un 6 cylindres en ligne fournissant 180 ch à 2400 tr/min soit 10.35 L
- Un 12 cylindres en V fournissant 360 ch à 2400 tr/min soit 20.7 L de cylindrée
Je n’ai pas trouvé de document indiquant pour quels véhicules le 4-cylindres est destiné. Le 6-cylindres est destiné au char d’accompagnement de l’infanterie Renault DAC 1 (16-19 tonnes). Le V12 est destiné au char B1 Ter. L’emploi d’essence d’indice d’octane 65 est confirmée.
En réalité, ces moteurs fonctionnent à 2800 tr/min maximum et répondent aux critères du programme ARL de 1939 que j’expliquerai après. Dans les prototypes du B1 Ter, le moteur serait limité à 2000 tr/min car la transmission n’était pas conçue pour plus. Une transmission capable d’utiliser toute la puissance du moteur sera commandée et devait être employée sur les chars de série en 1941. Dans une note concernant le nouveau char de bataille ARL dérivé du B1 Ter (le B40), le Renault V12 est donné pour 420 ch à 2800 tr/min. On peut en déduire 210 ch pour le 6-cylindres et 140 ch pour le 4-cylindres (les sources vont effectivement donner 175 à 200 ch pour le 6-cylindres). Une note concernant un « B1 Ter modifié », probablement le B40, demande même une transmission dimensionnée pour 480 ch.
L’ingénieur Lavirotte de l’ARL indique que « les caractéristiques du char se trouveront améliorées en terrain varié et aux moyennes allures, le moteur pourra fonctionner plus longtemps sans révision ». Ce moteur est également annoncé comme moins encombrant que le moteur de 300 ch amélioré et que le volume disponible dans la chambre de combat sera augmenté. Si j’ai bien compris la lettre, il fait 1200 mm de longueur, 760 de largeur et 850 de hauteur. Il n’exige pas de modification du système de refroidissement et sa consommation spécifique de carburant est plus faible, ce qui permet de conserver l’autonomie malgré une augmentation de puissance.
3 moteurs prototypes coûteraient 420 000 francs contre 160 000 pour un moteur 300 CV de série. Lavirotte indique que des pourparlers auraient été engagés avec la société des moteurs Centaure n’aboutissant qu’à des courbes de puissance et des conditions de prix inacceptables, sans préciser s’il s’agit de fabriquer les moteurs Renault ou d’un moteur concurrent. Selon Lavirotte, au 10 Juin 1940, 3 prototypes sont en construction et un au banc.
La suite au prochain post ! Bonne lecture.

Se Connecter










. . . 

pour la réponse, les liens à ton dossier et à Gallica !
dans: