Les historiens font généralement la différence entre des témoignages et documents d'époque de ceux plus tardifs. Pourtant des documents et témoignages d'époque peuvent contenir des erreurs, intentionnelles ou non. Si les témoignages postérieurs et tardifs sont moins spontanés, souvent influencés, quelques uns sont intéressants lorsque les témoins ne jugent plus utile de cacher certains faits ou si inconsciemment ils dévoilent certains aspects dont ils ne mesurent plus l'importance.
C'est le cas d'Annette Beaumanoir, Resistante, dont on peut lire une biographie assez lisse sur Wikipédia.
"Anne Beaumanoir, née Raymonde Marcelle Beaumanoir le 30 octobre 1923 à Créhen dans les Côtes-du-Nord, morte le 4 mars 2022 à Quimper dans le Finistère, est une neurologue et neurophysiologiste française, pionnière des applications de l'électroencéphalographie en épileptologie. Pour son aide aux Juifs en Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est reconnue Juste parmi les nations par le Yad Vashem. Militante communiste, elle est également connue pour sa lutte en Algérie avec le FLN et pour ses divers engagements."
"Pendant la Seconde Guerre mondiale, Anne Beaumanoir est étudiante en médecine, et clandestinement militante communiste. ... elle devient militante dans les Jeunesses communistes, remplit des missions pour la Résistance et transporte des courriers clandestins.
...
Des amis de ses parents l'avertissent un jour de janvier 1944 qu'une rafle va avoir lieu la nuit suivante dans le 13e arrondissement de Paris, et lui demandent de prévenir une dame, Victoria, qui cache une famille juive. Anne Beaumanoir se rend chez Victoria, puis auprès de la famille juive, les Lisopravski ; mais elle ne parvient pas à les convaincre tous de la suivre d'urgence, seuls les deux enfants, Daniel et Simone, partent avec elle. Elle emmène les enfants dans une cachette où logent de nombreux membres de la Résistance. Mais la Gestapo investit peu après le repaire, vraisemblablement sur dénonciation, et arrête tous les résistants sauf le chef qui parvient à s'enfuir par les toits, avec les deux enfants. Anne Beaumanoir n'était pas à Paris à ce moment-là ; lorsqu'elle revient, elle retire les deux enfants de la cachette temporaire où ils ont été placés, ne la jugeant pas sûre, et elle les emmène chez ses parents en Bretagne, dans leur maison de Dinan
...
Anne Beaumanoir est envoyée en Zone Sud en février 1944 par la direction communiste. Elle y remplit des missions pour la Résistance, dans les régions de Lyon et de Marseille. Elle représente les communistes au sein des Mouvements unis de résistance (MUR) de la zone sud"
Annette Beaumanoir aimait se présenter comme une "idéaliste", "Je me situerais plus du côté de Camus et de la non-violence »", aimant souligner sa distanciation avec le Parti Communiste. Mais à bien lire sa bio et certaines confidences faites à la fin de sa vie, nous voyons qu'elle dissimule qu'elle était une personne d'une autre envergure. Sa vie après la 2nde Guerre Mondiale, le confirme.
"En 1944, la jeune femme prend l’initiative de sauver d’une rafle imminente deux adolescents juifs, Daniel et Simone, qu’elle demande à ses parents d’accueillir à Dinan. Une initiative désapprouvée par le PCF qui l’envoie à Lyon."
En réalité le PC était certainement réticent à ce que quelqu'un amène des inconnus dans une planque avant pour des mesures de sécurité liées à la clandestinité. D'ailleurs lorsque les Allemands investiront la planque, le chef de la cellule parviendra a fuir avec les enfants pour les mettre à l'abri. De ce côté là, je ne vois pas ce qu'Annette Beaumanoir peut reprocher aux communistes.
Une simple porteuse de courrier ou un responsable communiste?
Ce n'est pas dans l'habitude du PC d'exfiltrer un simple militant à l'autre bout de la France (Marseille) D'ailleurs elle y agit en tant que représentante des Jeunesses Communistes (Loin d'être une association de boy-scouts, c'est le fer de lance du PC. A la fin de sa vie elle confiera que sa mission auprès des MUR et de la Résistance consistait à espionner les Gaullistes" A la Liberation elle devient membre du comité d’épuration des Bouches-du-Rhône. On imagine aisément que son rôle de Procureur consistait à exiger le plus grand nombre de têtes possibles.
La suite de sa vie confirme qu'elle était une femme très idéologisée qui ne s'est jamais désolidarisée de ses engagements passés: Sa "rupture" avec le pc en 1956 le doit moins à l'invasion de la Hongrie qu'à une radicalisation et un virage anticommuniste et trotskiste. Cela ne l'empêche pas en 1957 de partir avec son mari à Moscou "pour raisons professionnelles" (?)
Rapidement, elle rejoint les réseaux terroristes du FLN,
Arrêtée et condamnée à dix ans de prison, elle abandonne mari et enfants (elle profite d'accoucher alors qu'elle est en prison pour s'enfuir en Tunisie) Elle rejoint le FLN en Algérie, prend la nationalité algérienne, elle est proche de Ben Bella. Elle revient en Europe en 1965 mais en Suisse "car pour ses activités anti-françaises et du fait de sa nationalité algérienne, elle ne peut rentrer en France". En vérité elle attendra 25 ans que sa condamnation à 10 ans de prison soit prescrite.

Se Connecter








dans: