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Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Socialiste

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Socialiste

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Chercheur PNSF  Nouveau message 08 Fév 2026, 20:34



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« Le grand geste de ma vie fut la création du Parti National Socialiste Français. »
- Christian Message, 10 décembre 1946 [Partis et mouvements de la Collaboration, source inconnue].

« Une France démocratique nous arrange beaucoup mieux qu’une France nationale-socialiste. Le national-socialisme fortifie un peuple. […] C’est un brevet allemand et nous voulons veiller soigneusement sur lui. »
- Joseph Goebbels, 12 mai 1934.

Introduction :

Durant toute la Seconde Guerre Mondiale, les pays sous occupation voient émerger ou reparaître de nombreux mouvements tentant de se conformer à l’exemple allemand jusque dans leur dénomination. Chacun s’implique à différents degrés dans le projet européen et mondial d’Hitler (collaboration économique, engagement dans l’armée allemande, traque des Juifs et des opposants…). La France de l’Occupation n’échappe pas à cette tendance. Souvent délaissé par les spécialistes de l’Histoire contemporaine, le Parti National-Socialiste Français en constitue un exemple aussi énigmatique que dérisoire.
Bien que ce mouvement n’ait été fondé qu’au début du mois d'août 1940, son fondateur et « Chef Suprême » aurait manifesté son engagement dès le premier jour de l’occupation de Paris en rédigeant une lettre à la Kommandantur parisienne, comme affirmé par Pierre-Philippe Lambert et Gérard le Marec, dans un chapitre consacré de l’ouvrage Partis et mouvements de la Collaboration. Promoteur du « National-Socialisme Français », le parti était en effet la seule organisation relativement documentée à reprendre la terminologie du NSDAP durant l'Occupation. Tantôt commercial, syndicaliste, restaurateur et journaliste polyvalent, son créateur ne trouvera sa place dans l’historiographie que de par une reprise grossière du modèle germanique. Homme de contrastes qui ne s’illustrera que dans la faillite de ses associations et de ses commerces, Christian Message parviendra - consciemment ou non - à transformer sa vie en une énigme sans pareille. Chaque témoignage, chaque document produit par le parti ou rédigé dans le cadre de sa surveillance, apportant à sa façon une pierre à cet "édifice". Présenter sommairement les différents impliqués, sans toutefois occulter la biographie de Christian Message ainsi que l’activité de son parti est tout l’objet de cette étude. Mais pour tenter de saisir les cheminements qui auront conduit à la naissance du PNSF, un retour en arrière s’impose…

Chapitre I : Du Journal des Limonadiers à La France Nationale-Socialiste :

Christian (Louis, Antoine, Gérard) Message naquit le 17 décembre 1905 dans le 11ème arrondissement de Paris de Gustave Message et Mathilde Rost. Issu d’un milieu modeste, il perdit son seul frère, alors âgé de deux ans, dans un accident de voiture. Son enfance fut entre autres ponctuée par une scarlatine, qui impactera durablement sa santé. Il aurait également été atteint d’hypertrophie cardiaque à l’âge de quinze ans, selon ce qu’il déclarera lors de son examen médical du 20 septembre 1945.
À dix-huit ans, après avoir fréquenté le lycée, à l’issue duquel il ne se présenta pas au baccalauréat, et à la suite d’études secondaires d’électricité qu’il délaissa, il intégra le Petit Séminaire de Charenton-le-Pont. Ses condisciples comptaient un certain Jean Popot, qui ne l’évoquera qu’une seule fois sans même le nommer dans J’étais aumônier à Fresnes, rédigé dans les années soixante, et Just Verney, sur lesquels nous reviendrons ultérieurement.
Christian Message, alors élève ecclésiastique, avait déjà "défrayé la chronique" en 1926, suite à une altercation le 3 août 1925 dans l'église Saint-Louis à Vichy, l'opposant à Pierre Buvat, contrôleur du droit des pauvres, et à Joseph Planche, directeur du Bureau de Bienfaisance Vichyssois, lors d'un concert de cœurs ukrainiens venus de Kiev. Désigné pour y « établir l'ordre », il leur avait reproché de faire payer l’entrée aux visiteurs dans le cadre d’une « taxe des pauvres », ayant considéré le concert comme liturgique, contrairement aux deux précités, qui le considéraient comme profane. Joseph Planche avait lui-même mis le feu aux poudres en prononçant dans l’église les mots « Nom de Dieu ! ». L'affaire fut relayée par Le Petit Bourbonnais du 28 février, à l'occasion de l'audience des trois prévenus (qui se déroula au tribunal correctionnel de Cusset devant une foule inhabituellement importante), durant laquelle Christian Message donna une version des faits bien différente de celle des témoins, en affirmant avoir été physiquement agressé par Pierre Buvat, ce qui ne sera confirmé par aucune autre déclaration. La Semaine de Cusset-Vichy du 6 mars ayant présenté son récit sous un jour plus favorable. À l'issue de la séance, tous trois seront condamnés à de légères peines essentiellement financières, Christian Message à 16 francs d’amende pour délit d’outrage en paroles. Buvat ayant été condamné à une journée de travaux forcés pour violences.
Selon son interrogatoire du 4 février 1941 mené par le commissaire Georges Massu, Message déclarera avoir été condamné en 1926 à 30 francs d’amende pour violences légères commises à Cusset dans des circonstances non précisées.
Le 8 novembre 1925, Le Soir avait publié une lettre visant à rectifier les dires du journal à propos de l’acceptation d’une loi concernant la « taxe des pauvres », réceptionnée suite à son article « Faut-il percevoir la taxe des pauvres à l’église ? » du 23 octobre, rédigée par Christian Message, lui-même, faisant part dans celle-ci de l’incident du 3 août, auquel aucune importance n’avait été accordée.
Il se fit également remarquer lors de l'audience pour sa « facilité d'élocution qui lui [assurait] pour l'avenir de beaux succès de chaire », ainsi que pour les reproches qui lui furent adressés par le procureur Dramard, suivant lesquels il aurait crié dans l'église : « Je suis ici chez moi ! ». N’acceptant pas le dogme de l’Immaculée Conception et remettant en cause l’infaillibilité pontificale, il abandonna sa vocation avant d’avoir été ordonné prêtre.

Il débuta ainsi sa carrière journalistique dans Le Monde Cinégraphique de Maurice Colin. Sa présence s’y manifesta dans son vingt-neuvième numéro du 1er au 15 avril 1927, au travers de la narration avec force de détails de la tentative d’une traversée en avion de l’Atlantique effectuée par le capitaine René Fonck.
Message tenta également d’y provoquer une polémique contre René Clair dans son trente-quatrième numéro du 1er août, à la suite de sa conférence du 6 mai intitulée « La Fin du Cinéma », dans laquelle le cinéaste aurait prédit la dégradation du septième art dans le cas où celui-ci se verrait inféodé au bon vouloir des masses. Christian Message lui reprocha entre autres "l’élitisme" d’Entr’acte. Cette tentative trouva sa réponse dans le numéro suivant du 1er septembre par une lettre ouverte de René Clair, qui se défendit de toutes les citations que Message lui avait prêtées. Il lui démentit plus particulièrement avoir déclaré : « Le cinéma mourra si les marchands y ont du bénéfice ». Un résumé de cette conférence avait pourtant été établi par Christian Message. Lors de sa réponse publiée dans le même numéro, ce dernier persistera dans ses précédents reproches.
Christian Message n’aurait officiellement exercé la profession de journaliste qu’à partir de 1936.

Il se maria à Paris le 7 juin 1927 avec une certaine Jeanne Bertrand, née le 23 août 1903, avec laquelle il eut deux enfants, successivement en 1928 et 1929. Christian Message, son fils aîné, sera employé à l’Imprimerie Nationale, au 86 faubourg Saint-Martin. Lors de l’interrogatoire précédemment mentionné, Message estimera l’année de son mariage à 1926.
Il se reconvertit ensuite dans le commerce comme directeur de la Halle aux Laines de Paris, située au 102 rue Petit en 1928, qui fit faillite le 14 mai 1929, ce qui le conduisit à côtoyer des personnalités telles que le sénateur Joseph Faure au Banquet des Journalistes Agricoles, Industriels et Commerciaux tenu fin mars 1928. Devenu commis de dépôt à Paris ainsi qu'à Nice pour les Messageries Hachette, qui le mutèrent comme gérant de détail des Galeries à Monaco, il en fut licencié le 1er mai 1934 pour infraction au règlement intérieur. À cette époque, il aurait tenté de se faire passer pour le directeur monégasque de sa société. Suite à ce renvoi, il tint de janvier à septembre 1935, un magasin d'accessoires de signaux automobiles au 6 rue Jules Guesde à Levallois-Perret et profita de sa situation pour se présenter comme le gérant d’une importante société de ce secteur. Jusqu'à la faillite de son nouveau commerce, qui entraîna de nombreuses réclamations de la part de ses créanciers. En dehors de ces deux faillites, Christian Message avait écopé de deux condamnations avec sursis pour abus de confiance. La première avait été de six mois à partir du 3 janvier 1930, accompagnée de 50 francs d'amende, la seconde, de deux ans, à partir du 3 mai 1930 (pour un délit en date de 1928), avec une amende de 200 francs. L’une d’elles aurait même été accompagnée de la mention « coups et blessures », selon un rapport manuscrit du 8 octobre 1944. S’y était ajoutée une plainte pour les mêmes motifs en date du 26 janvier 1932. Durant une période indéterminée, Christian Message avait intégré la BNCI en tant que commis aux écritures, ainsi que les PTT comme auxiliaire au 103 rue de Grenelle et aurait été représentant en alimentation, en s'étant visiblement occupé de contentieux de 1935 à 1939. Il aurait également collaboré au journal « Les Écoutes » et été condamné à cette époque pour diffamation.
Au moment de son service militaire, à l’âge de vingt-et-un ans, Christian Message avait été réformé du fait d’une crise d’urémie.
Le 12 juillet 1937, Message prit part aux côtés de l’ingénieur René de Chappedelaine et du professeur Martino Concha, à la création de « La Diffusion des Marques Diffuma : Société Anonyme d’Exploitation de Produits à Marque », située au 3 avenue de la Porte-de-la-Plaine, qui sera annoncée dans La Loi du 17 septembre par la présentation de son fonctionnement défini en 55 articles.

Fait plus connu, Christian Message fut président du Comité de Défense des Limonadiers, plus couramment appelé « Syndicat des Limonadiers ». C’est donc dans ce cadre qu’il fit paraître sa première publication à partir du 28 octobre 1937, Le Limonadier, sous un format bimensuel de quatre pages, déclarée le 25 novembre. Son troisième numéro, le plus ancien accessible à ce jour datant du 29 novembre. En tant que rédacteur en chef, il en installa le service juridique à la destination des cafetiers et hôteliers au 4 boulevard Beaumarchais.
Christian Message y tint des propos essentiellement économiques en faveur de la Confédération Générale des Classes Moyennes et y publia un article sur l’ostréiculture. Le journal paraissait sous la direction de P. Émile Martin, qui y afficha des positions anticommunistes dans son quatrième numéro du 15 décembre 1937. Ce dernier accusait en effet Émile Courrière, rédacteur dans le Syndicats de René Belin, de souhaiter l’abolition des petites et moyennes propriétés des cafetiers au profit de trusts d’État, à la suite de son article « Le Bistro-Roi » du 9 décembre, appelant les ouvriers à se défaire de "l’emprise mortifère des bistrots".
Le numéro en question du Limonadier paraissait sous le label du syndicat anticommuniste et antiparlementaire de la « Confédération Générale Ouvrière », qui affichait pour devise : « progrès-ordre-liberté ».
Son imprimerie se situait au 66 rue Jean-Jacques Rousseau à l’« Imprimerie Centrale de Paris » sous la responsabilité de M. Pascal. Des numéros de ce journal auraient également été tirés au 37 boulevard de Strasbourg par les « Impressions Modernes : Imprimerie Syndicale et Artisanale », à en juger par un chèque de son rédacteur en chef destiné à cette adresse datant du 16 mars 1940.

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Aperçus du Limonadier, journal précurseur du Limonadier de France. Crédits iconographiques : Bibliothèque Nationale de France.

À partir de 1938, le Comité de Défense des Limonadiers fit paraître un nouveau bimensuel : Le Limonadier de France (ou Le Journal des Limonadiers, le premier titre paraissant être le plus probable car étant apparemment le seul mentionné dans les documents d’époque), dont le siège se situait au 4 boulevard Beaumarchais. Le titre en avait déjà été déposé par Christian Message le 24 janvier. Ses numéros se matérialisaient là encore, au 66 rue Jean-Jacques Rousseau, simultanément à ceux du Limonadier.
Ce second journal mena une violente campagne de prévention contre l’anis, qu’il accusait d’empoisonner la jeunesse et s’attaqua aux falsificateurs de jus de fruits, qu’il craignait de voir s’attirer les faveurs du gouvernement. Le Limonadier de France dénonça également la vente excessive de boissons alcoolisées, qu’il tenait pour responsable du nombre croissant d’aliénés mentaux, chose qu’Émile Courrière avait précédemment soutenue. Gérard d’Eaubonne y résuma une enquête de Christian Message portant sur l’excès du prix des jus de fruits par rapport au prix du vin, qui avait été justifié par leurs différences de production et de conservation. L’article sera cité dans La Journée Vinicole du 15 décembre 1938. Il ressortira de sa lecture que Le Limonadier de France ne semblait pas ouvertement prendre position en ce qui concernait les questions économiques.
Le 10 juillet 1939 à 10 h, Le Limonadier de France organisa une réunion à proximité de ses locaux à la salle Pacra, située au 10 boulevard Beaumarchais. Une autre réunion, prévue pour le 24 février à la même adresse, avait été annoncée par le Paris-Soir et le Paris-Midi du 22 février 1939.
Ces deux premiers journaux ne connaîtront qu’une parution irrégulière, selon un rapport de police du 8 mars 1938.
Malgré qu’aucune date concernant la fin de parution du Limonadier de France n’ait pu être déterminée, Christian Message affirmera lui-même, selon le compte-rendu de son procès-verbal d’interrogatoire du 16 janvier 1945, avoir cumulé sa publication avec celle de La Défense Passive Auxiliaire, mentionnée plus loin.
Le 19 juillet 1939, accompagné d’élus communistes, le Comité de Défense des Limonadiers fut confronté à Édouard Daladier, au cours d’une audience contre les expulsions de commerçants. Adrien Langumier y présenta une délégation du Comité conduite par Christian Message, qui alerta le président du Conseil des ministres de la situation des commerçants en région parisienne. La séance sera relayée par L’Humanité du 20 juillet.

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Le Comité de Défense des Limonadiers, Christian Message au centre, devant la Chambre des Commerces à Paris, le 14 décembre 1938, photographié par Excelsior. Cette prise de vue ne sera apparemment jamais utilisée par le journal. Crédits photographiques : © Excelsior - L'Équipe / Roger-Viollet.

Bien qu'aucune information ne soit accessible à propos d’un quelconque engagement politique individuel avant l’Occupation, il semblerait que Christian Message ait demandé en 1929, selon un article de Paul Émile paru dans le Combat du 11 décembre 1946, ainsi que selon la Dernière Heure d’Alger du 14 décembre, la révision du Traité de Versailles. Il présentera d’ailleurs la neutralisation de l’Allemagne liée à ce traité comme « [insuffisante] », dans le huitième numéro de La Défense Passive Auxiliaire du 7 janvier 1940.
Le 28 septembre 1939, suite à l'entrée en guerre de la France le 3 septembre, Christian Message se rendit à la Préfecture de Police pour y déclarer une association intitulée : La Défense Passive Auxiliaire1°, située au 3 rue des Messageries, visant à seconder les services publics dans la protection civile par des versements de matériel ainsi que par des opérations de sauvetage. Ses objectifs seront clarifiés dans le Journal Officiel du 12 octobre de la manière suivante : « […] sauvegarder les intérêts matériels et moraux des familles des mobilisés ; trouver des emplois aux évacués ; créer des postes de premier secours pour les victimes des bombardements aériens, ces postes se reconnaîtront à la croix blanche sur fond vert ; créer toutes œuvres de bienfaisance et de solidarité. […] ».
La Défense Passive Auxiliaire, qui aurait connu une relative notoriété durant les premières semaines de mobilisation, prit pour emblème une croix blanche sur fond vert présentant la mention « D. P. auxiliaire ». Les pare-brises de ses véhicules officiels auraient également arboré des cocardes tricolores.
Comme annoncé aux termes de ses statuts, la DPA aurait prévu d’installer des postes d’abris et de secours dans les cafés parisiens. À l’image du docteur Auguste Hervé, que Christian Message connaissait depuis 1938, des médecins bénévoles furent également réquisitionnés pour ses services nocturnes.
L’association semblait principalement tirer ses ressources de dons provenant de hautes personnalités soucieuses d'alimenter les œuvres de charité ou de quêtes à domicile. Ses démarcheurs se seraient d’ailleurs répartis sur l’ensemble de la capitale. Les taux de donation suggérés par ses bulletins de souscription, qui se seraient d’abord élevés entre 2 000 et 5 000 francs, seraient ensuite descendus de 300 à 1 000 francs.
La Défense Passive Auxiliaire possédait sa propre aumônerie, créée suite à la demande de Christian Message du 19 octobre 1939, en se proposant de fournir des autels portatifs et des missels aux prêtres enrôlés, un comité de patronage, qui compta parmi ses membres, l’écrivain Paul Valéry, dont la collaboration était massivement sollicitée, ainsi qu'un service juridique situé à son siège. Un « commissaire général à la propagande », chargé de la distribution des communiqués de l’association, un « directeur de la presse » ainsi que « des services techniques », auraient également été à l’œuvre.
Il semblerait cependant que, selon un rapport rédigé à son sujet le 6 août 1940, Christian Message n’aurait cherché qu’à exagérer l’importance de l'association en invoquant le soutien de personnalités influentes. Celle-ci sera, par la suite, à plusieurs reprises décriée dans la presse, qui l'accusera d’avoir détourné les dons qui lui avaient été faits, en profitant de son statut d'œuvre de solidarité de guerre et en se donnant une allure de service officiel. Les sommes engrangées, qui se seraient élevées entre 70 000 et 100 000 francs, auraient été prélevées de 60 à 70 %, sous le prétexte de frais généraux. Son directeur s’en serait quant à lui accaparé 10 %. Un agent d’affaires nommé Gaston Ronceret et Raymond Petel auraient joué un grand rôle dans ce détournement.
L’un de ses dirigeants sera même arrêté pour ces raisons après avoir simulé un malaise, selon le Candide du 28 février 1940 et le Détective du 4 avril. La disparition de l’association pouvant donc s’estimer simultanément à l’arrêt de sa publication entre le 25 et le 28 février. Au moment de leur entrée au 3 rue des Messageries, deux inspecteurs chargés de cette intervention découvriront les bureaux de la Défense Passive Auxiliaire ornés des mentions suivantes : « le colis du front », « la défense du mobilisé », ou encore, « l’aide aux fumeurs ». Une porte indiquant « Bureau de M. le secrétaire général », n’aurait abouti que sur un placard…

Aussitôt après la disparition de l’association et du journal, leurs dirigeants firent face à de nombreuses inculpations pour escroquerie, dont une portée le 2 mars 1940 contre son directeur, qui n’en sera jamais condamné. Le 22 mars 1944, vers la fin de l’Occupation allemande, Christian Message sera frappé d’une amende de 100 francs, pour le simple motif d’avoir omis de déposer le sous-titre de l’organe de l’association.

La Mèche à Reluire et La Défense Passive :

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Cinquième numéro de La Défense Passive Auxiliaire, contenant un article de Christian Message réclamant la création d’un insigne pour les permissionnaires et dénonçant le fait que certains soldats au repos soient qualifiés d’« embusqués ». [BNF].

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Caricatures de Zazoute parues dans les numéros du 11 et du 18 février 1940. [BNF].

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Critique littéraire de Georges Virebeau publiée dans le quinzième numéro du journal. [BNF].

Christian Message fonda également un hebdomadaire du même nom : La Défense Passive Auxiliaire : organe indépendant de secours aux évacués et aux victimes de la guerre, qui parut régulièrement du 15 novembre 1939 au 25 février 1940 sous un grand format de quatre pages, n’ayant publié que quinze numéros. Ses neuvième et dixième restant indisponibles à l’heure actuelle. D’abord destinée à un rythme de parution mensuel sous l’impression de la librairie Téqui, située au 3 rue de la Sablière, La Défense Passive avait déjà été déposée le 9 mai 1939. La mention « Auxiliaire » n’aurait cependant été ajoutée qu’après coup au titre du journal, sous la demande du général Ernest-André Daudin, chargé de la Défense Passive officielle. Certains de ses numéros auraient eux aussi été imprimés au 37 boulevard de Strasbourg, selon le chèque mentionné plus tôt. Bien que déclarée en le seul nom de Christian Message, La Défense Passive Auxiliaire sera présentée en tant qu’organe officiel de l’association.
En dehors de ses analyses de la situation géopolitique, son directeur y écrivit des articles de tendance anti-hitlérienne, anti-nazie et pro-anglaise, renforcée par l’alliance germano-soviétique. Il y qualifia en effet Hitler de « déchet de l'humanité », à l’occasion du sabordage du Graf Spee (N° 6, 24 décembre 1939), de « sanguinolent saigneur » et de « luciférien », selon des informations qu’il détenait « de source sûre » (N° 12, 4 février 1940), en mettant en avant les exactions nazies dirigées contre le clergé dans les pays occupés (N° 13, 11 février 1940), comme en témoignent ses écrits dans le troisième numéro du journal : « […] Des innocents payent de leur vie le fait d’être sur le chemin des génies malfaisants Staline et Hitler. Aucun sentiment d’honneur, rien de ce qui élève l’homme n’existe plus dans les sentiments d’individus tels que Staline et Hitler. L’Europe ne retrouvera son calme que lorsque ces deux bêtes puantes auront été massacrées. Faisons confiance à la France et à l’Angleterre qui n’ont jamais eu au cours de l’Histoire un rôle plus noble à jouer, débarrasser les hommes de bonne volonté de la vermine hitléro-stalinienne. » - Christian Message, La Défense Passive Auxiliaire, 3 décembre 1939.
Il convient également de citer l’article du onzième numéro, afin de se figurer ses considérations affichées sur le régime de Hitler : « […] Hitler est en train de creuser son tombeau. Son alliance de gangster avec la voyoucratie rouge le conduira à coup sûr plus loin qu’il ne le pense […], il se peut que le peuple allemand sorte de cette aventure, déshonoré, ruiné à jamais, et que la « Grande Allemagne » sorte rétrécie à un tel point qu’elle ne puisse jamais plus avoir un rang parmi le concert des nations civilisées. […] C’est heureux pour les peuples libres, je peux même dire : c’est heureux pour le peuple allemand lui-même, qui sera du même coup délivré de la plus atroce des tyrannies. » - Christian Message, La Défense Passive Auxiliaire, 28 janvier 1940.
Il est cependant à noter que son article du treizième numéro verra ses sept dernières lignes être censurées pour des raisons inconnues.
En dehors de sa propre rédaction, le journal publia régulièrement les textes et décrets officiels du gouvernement français.
Christian Message s’y attaqua notamment, dans un encadré du 10 décembre 1939, aux œuvres de solidarité de guerre abusant des appels à la charité publique, visées par un décret du 29 novembre consistant à en renforcer le contrôle.
La Défense Passive Auxiliaire accueillit également, parmi ses rédacteurs, un certain Charles Deloncle, apparemment magistrat à Bordeaux et dont le rôle consistait à informer des services proposés par l’association (sans lien avec l’oncle journaliste d’Eugène Deloncle, ce dernier étant décédé en 1938) ; René Leclerc, qui y publia des extraits de son ouvrage, Mon Histoire de la guerre 1914-1918 ; Henry Boyé, visiblement poète martiniquais, y publiant des articles sur les colonies ; Jean Cazan ; Octave Charpentier ; Jacques Blondel ; Henry de Chambon, écrivain et directeur de La Revue Parlementaire, dont le journal fit la promotion du dernier ouvrage Aspects de la Finlande et qui y tint lui aussi des propos hostiles envers Hitler et son régime ; le chef d'orchestre Rodolf Chaouer, y assurant une chronique musicale ; Auguste Lenoir ; L. Metz, professeur d'éducation physique ; Jan-Jan, spécialisé dans les sports hippiques ; C. Morel, trésorier de l’association depuis le 23 janvier 1940 ; Hérel, qui y tint au même titre que Fred Ryja et Nelly Rosteau, la rubrique « LES CONTES DE LA DÉFENSE PASSIVE AUXILIAIRE », qui fut publiée à partir du 4 février 1940 ; Rolland Perrier ; Raymond P. Raynial ; Drain, qui y publia un article sportif ; Jean Girbouille, avocat à Paris ; Egassem ; A. Kazandjian, supposément turc ; ainsi que Marcel de Pawilowski, ancien combattant de l’UNC, mutilé de guerre à 70 % et instructeur officiel des populations civiles.
Le dessin revenait à Despax et Simara, ancien dessinateur à La Contre-Révolution et à La Libre Parole, qui avait entre-temps collaboré avec La Nouvelle France, ainsi qu’à Zazoute, ami personnel du maire anti-juif d’Oran Gabriel Lambert et précédemment rédacteur-dessinateur au second journal cité. Ce dernier illustrera l'ouvrage de Jean-Louis Vannier et d'Henry Coston, Les Juifs en France, édité en 1941 par le Centre d’Action et de Documentation avec l'avant-propos de Jean Drault. Avant l’Occupation, Zazoute avait été le caricaturiste de Blum et Cie, édité par l’Office de Propagande Nationale d’Henry Coston, créé en 1937.
Le journal posséda également une page d'actualités photographiques à partir du 28 janvier 1940.
La parution dans ses colonnes d’un « ROMAN D’AVENTURES SCIENTIFIQUE » intitulé Un Monde Nouveau, apparemment rédigé en décembre 1931, avait même été annoncée par Christian Message dans son article du 4 février 1940. Cet ouvrage n’ayant manifestement jamais vu le jour. Son intrigue portant théoriquement sur deux allemands tentant d’endormir la population française par l’utilisation d’un gaz somnifère.
Selon le numéro précédemment mentionné de Candide, le journal aurait été sur le point de faire paraître l’article et la biographie d’« Un haut fonctionnaire », qui y avait joint une photo-portrait. Leur publication aurait ainsi été entravée par l’intervention de police.
Il convient d'ajouter enfin, que les trois derniers numéros de La Défense Passive Auxiliaire contenaient la signature de Georges Virebeau, y assurant une chronique littéraire, qui n’était ni plus ni moins qu’un des pseudonymes d'Henry Coston. Pour des motifs encore obscurs, celui-ci avait à l’époque emprunté un virage anti-germanique, très probablement influencé par le pacte germano-soviétique.
Ce revirement s’était effectivement traduit au travers de la publication, sous son second prénom de Georges Coston, d’un ouvrage intitulé Le Livre Blanc Anglais sur les responsabilités de la guerre, édité en novembre 1939 par l’Office de Propagande Nationale, qui avait alors cessé son activité politique. Le contenu du Livre Blanc présentant de nombreux communiqués et documents diplomatiques anglais et allemands à charge contre l’Allemagne.
Un extrait en sera présenté dans le numéro du 17 décembre 1939 du journal de Christian Message, en vue de dénoncer les conditions de détention et les tortures dans les camps de concentration allemands, notamment à Buchenwald. Des agressions contre le clergé à Vienne commises par les SA et les Jeunesses Hitlériennes y seront de plus dénoncées. Henry Coston, qui avait été invité aux alentours de février 1934 à visiter un camp de concentration ou de travail allemand, aurait ensuite fait la promotion de ces méthodes dans sa brochure Je Vous Hais !, parue en avril 1944.
Un second ouvrage titré Les Aventures de Mèche-à-R’luire, mettant en scène « Hermann Goret, le Docteur Gueux-Baise et Rudolfesse (sic) », avait été mentionné dans les annonces de parutions en première page du Livre Blanc Anglais.
Ces deux publications seront fréquemment évoquées par des concurrents d’Henry Coston dans le domaine du militantisme anti-juif et anti-maçonnique de l’Occupation.
Leur auteur avait également cherché à intégrer le ministère du Travail en tant que contrôleur, vers le mois de novembre 1939.
Le 24 août 1939, au lendemain même de la rencontre entre Molotov et Ribbentrop, Henry Coston avait déjà proposé ses services au président du Conseil Édouard Daladier, dans une lettre libellée au nom de La Libre Parole située au 5 rue du Cardinal-Mercier, dans laquelle « [l’invasion germano-italienne] » de la France avait été assimilée à « l’invasion juive ». Contrairement à ce que Coston avait sollicité dans sa lettre, ce dernier ne put être affecté à une unité combattante du fait de sa tuberculose pulmonaire.
Dans La Libre Parole du 22 avril 1937, celui-ci avait émis des réserves sur l’attitude d’Hitler vis-à-vis de ses liens avec le général Erich Ludendorff, perçu comme anti-français et comme susceptible de pactiser avec l’URSS.
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Annonce des Aventures de Mèche-à-R’luire, seule attestation de l’existence de cet ouvrage. [BNF].

Christian Message aurait précédemment collaboré à un second hebdomadaire satirique anti-hitlérien, intitulé La Mèche à Reluire. Sa seule mention connue n’ayant fait son apparition que dans un rapport français rédigé à charge contre Message et son parti. Le document, réceptionné le 17 décembre 1940, se basant en partie sur deux procès-verbaux rédigés le 27 novembre par Mme. Devaux et M. Guillard, destinés à la Police Allemande. Des numéros de ce journal auraient même été conservés en septembre 1939 dans un dossier de l’ambassade d’Allemagne concernant Henry Coston, selon le même document.
Le 12 avril 1939, ce dernier avait fait déposer par un certain Coquelet, le titre d’un nouvel hebdomadaire du nom de La France Libre, dont le premier numéro était destiné à paraître pour le 1er janvier 1940. Les services de police en soupçonneront une reprise de son activité pro-allemande.

Christian Message, réformé définitif du fait de son urémie, ne fut pas mobilisé.
Mais à ce jour, aucune autre information à propos de son activité avant l’Occupation ne pu être décelée. Rien ne pouvant donc, à première vue, expliquer ses agissements durant cette époque de manière cohérente.

« Un dieu juste et bienfaisant » :

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Christian Message, photographié en 1940 par le Studio Harcourt au 49 avenue d’Iéna, en uniforme du PNSF. Crédits photographiques : Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP.

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Vue du 144 avenue des Champs-Élysées lors d'un passage de l'armée allemande en août 1940. La présence du Tyrol y étant marquée par l'ajout d'une enseigne dominant l'entrée principale. Crédits photographiques : Periscope Film.

Le 15 juin 1940, avant même l’Appel du Général de Gaulle, ou encore l’instauration du Régime de Vichy, Christian Message rédigea, comme précédemment évoqué, une lettre destinée à la Kommandantur provisoire de l’hôtel Crillon, afin de proposer « en tout et pour tout » ses services aux autorités d’Occupation. Il y aurait affirmé son admiration de longue date pour Hitler, ainsi que son adhésion au National-Socialisme, en se présentant comme « l’ennemi N° 1 des juifs et des Francs-Maçons de la Capitale ».
Selon Claude Chapeau, le PNSF aurait été créé « immédiatement après l’armistice » du 22 juin 1940, bien que ses premiers signalements fassent remonter sa naissance peu avant le 8 août.

À partir du 15 août 1940, il devint codirecteur d’une brasserie-cabaret active depuis 1937 baptisée Le Tyrol, établie au 144 avenue des Champs-Élysées2°. La réouverture venait d’en être décidée par Eugène Manné, né à Bisel en 1887, qui tenait également une Taverne Alsacienne, active depuis 1938 au 17 rue de Choiseul. Christian Message le présentera comme abonné au « Journal des Limonadiers », durant son interrogatoire du 16 janvier 1945. La Kommandantur ne l’aurait accepté comme seul directeur qu’après une arrestation d’Eugène Manné, qui se serait déroulée à la fin du mois de septembre 1940. Un allemand lui aurait ainsi confié la direction du Tyrol suite à cette opération, selon son interrogatoire du 27 octobre 1944. Il reviendra sur ses déclarations le 16 janvier 1945, en affirmant l’avoir obtenu d’Eugène Manné, qui la lui aurait cédée au moment de son départ.
Aucun document rédigé à cette époque ne mentionnait pourtant cet épisode, relaté uniquement durant les interrogatoires de Christian Message.
Au cours de son audience du 9 décembre 1946, il déclarera avoir administré cet établissement avec le consentement de son propriétaire initial dénommé Albert Hagege, alors réfugié à Lyon par crainte des mesures antisémites. Il lui aurait d’ailleurs obtenu un laissez-passer pour la zone non-occupée fourni par les services du Dr. Ruprecht, selon le document du 17 décembre. Un rapport du 22 août 1940 relèvera cependant que Christian Message se vantait d’avoir repris la brasserie « aux juifs ».
Le Tyrol, à l’intérieur tapissé de représentations de la région éponyme, pouvait employer 80 personnes et recevoir plus de 600 clients. Il possédait un certain Pierre Provins pour directeur artistique, ainsi que Germaine Mordant pour chef d’orchestre.
Une certaine Denise Coston, épouse d’Henry Coston depuis le 21 février 1941, aurait été entraîneuse au 144 avenue des Champs-Élysées à une période non précisée. Elle reprendra le nom de Pilloud à la suite de leur divorce, après avoir tiré sur son mari du fait d’un adultère, le 13 juin 1944, ce qui lui avait valu d’être déportée en Allemagne le 27 juin.
Une brochure publicitaire de vingt pages à 4 francs sera réalisée pour Le Tyrol. Christian Message y sera décrit par Suzette Desty tel un « ZEUS olympien, mais un dieu juste et bienfaisant, car […] adoré de ses collaborateurs ». Ce dernier les laissait en effet s’octroyer des sommes anormalement élevées, selon le rapport précédemment mentionné.
Son directeur percevait environ 3 000 francs par mois de ce nouvel emploi.

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Brochure du Tyrol. Rédigé en français et en allemand, le document nous présente ici sa directrice Jeanne Message, photographiée par le Studio Harcourt ainsi que quelques vues de la brasserie. Ses imprimeurs Edgard Derouet et Simone Baudoin réaliseront de nombreuses commandes durant l’Occupation, aussi bien pour le compte du Régime de Vichy ou des autorités allemandes, que dans le cadre d’affiches cinématographiques. Crédits iconographiques : Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine.

Bien qu’aucune date ou événement précis ne semble marquer la création du Parti National-Socialiste Français, celui-ci existait déjà avant même son installation dans son propre local. De façon rudimentaire, le PNSF s’installa tout d’abord dans la brasserie Le Tyrol, auquel se tinrent ses premières réunions et y furent reçus chaque jour ses premiers adhérents de 13 h à 20 h, qui payaient des cotisations s’élevant de 1 à 1 000 francs. Malgré que le mouvement semblait fonctionner sous un régime d’association non déclarée, un rapport en date du 24 septembre 1945 portant sur Maurice Koch affirmera que le PNSF avait souscrit une déclaration à la Préfecture de Police. Conformément à sa fonction attractive, Le Tyrol accueillait, le soir venu, une clientèle majoritairement composée de soldats allemands, avec lesquels Christian Message aurait passé une grande partie de ses nuits à festoyer en uniforme. La brasserie faisant partie des adresses recommandées dans les guides touristiques leur étant destinés. Son directeur concevait d’ailleurs les tenanciers de cafés comme ayant « sur l’opinion publique une influence considérable ».
Les feuilles d’adhésion au parti étaient accompagnées de textes édités sous un format plus que rudimentaire, glorifiant la Croix Gammée pour avoir « [régénéré] » la France, bien que le PNSF ne l'ait jamais officiellement utilisée, et appelant à l’instauration d'une « DICTATURE NATIONAL-SOCIALISTE FRANCAISE ». Ces feuilles dactylographiées ne faisant aucune mention explicite d’éléments se rapportant au parti de Christian Message : « NATIONAL - SOCIALISTE ! MAIS C'EST ALLEMAND ! Non, mille fois NON ! Notre Parti est un Parti Français ! [...] Le peuple Français VEUT vivre et propérer (sic) dans la PAIX. [...] NOUS VOULONS, LA DICTATURE NATIONAL-SOCIALISTE FRANCAISE, EN FRANCE ! [...] Nous voulons une FRANCE NATIONAL SOCIALISTE dans une EUROPE UNIE [...] FRANCAIS l'avenir est entre nos mains Adhérez franchement, LIBREMENT loyalement au "PARTI-NATIONAL SOCIALISTE FRANCAIS FRANCE, REVEILLE - TOI A NOUS ! ».

Alors secondé par Eugène Manné, le « Chef Suprême » du PNSF affichait déjà les 9 000 adhérents et prévoyait son avènement avant le 15 novembre, en entendant mener la lutte aux côtés du Parti Communiste clandestin, encore sous le pacte germano-soviétique. Son seul désaccord avec le PCF résidait, selon ses dires, dans le partage des petites propriétés. Dès sa formation, le parti adressa vainement un appel de ralliement aux « Gardes Françaises », apparues quelques semaines auparavant. Son chef se serait attaqué à la même période, aux principales figures du Nationalisme français, telles Jacques Doriot (alors en retrait à l’égard des Allemands) et le colonel François de la Rocque, qualifiés de francs-maçons, ainsi qu’à Charles Maurras et Léon Daudet qu’il présentait comme juifs. À cette époque, Christian Message aurait déclaré, selon un compte-rendu d’enquête datant du 18 octobre 1940 (étrangement retrouvé dans son propre appartement durant l’Épuration), être « né dans un château [où] les anges se [seraient] penchés sur son berceau ».
Probablement à la fin du mois de septembre, Eugène Manné sera remplacé par Simone Ducaté, âgée d’environ vingt-cinq ans, qui occupera le poste de secrétaire générale du PNSF. Cette dernière fonction consistait à organiser les « actions » du parti, aussi bien en banlieue que dans la capitale. Une mensualité de 1500 francs était censée rétribuer ce poste.
Ducaté sera présentée par un rapport du 18 mai 1948 portant sur Hélène Leduc comme une employée de la Propaganda-Staffel, organisme situé au 52 avenue des Champs-Élysées, chargé du contrôle de la presse et de l’édition. Elle aurait également fait partie des (nombreux) secrétaires particuliers de Christian Message.
Un nommé Guy Maupré aurait occupé un poste important au sein du PNSF. M. Raimbold, âgé de soixante ans le 18 octobre 1940, avait quant à lui été indiqué par le compte-rendu de la même date comme le « principal collaborateur » de Christian Message. Il semblait prendre ses contacts au Pourquoi pas ? du 24 rue de la Chaussée-d’Antin. Une certaine Claris, notée dans un rapport des Services de Renseignement du 3 octobre 1941 comme l’ancienne adjointe de Christian Message, aurait intégré le secrétariat d'état à la Guerre de Vichy.

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Papillon du PNSF. Il n’en existera que quatre modèles différents. [AN].

Le 8 août, le parti s’était en effet manifesté par une lettre envoyée au directeur d'une industrie boutonnière de Saint-Maur au 54 avenue de l'Écho, par son chef de canton, demandant une modification des horaires ainsi qu'une meilleure répartition du travail. Son rédacteur, non identifié après enquête, allait jusqu'à suggérer d’en référer à la Kommandantur si ce programme n’était pas appliqué au sein de l’entreprise. Ce document présentait ouvertement le National-Socialisme comme une « méthode allemande », seule à même de sauver le monde et apte à éviter une révolution communiste.
Un tract fut distribué sur la voie publique le 16 août, notamment en face du Bureau de Placement de la Chaussure du 19ème arrondissement, invitant les ouvriers de la chaussure à une réunion exclusivement réservée aux travailleurs de la profession au 33 rue Piat, situé dans le quartier de Belleville. L’accès devait strictement en être interdit aux Juifs. Celle-ci eut effectivement lieu le lendemain à 11 h devant une soixantaine de personnes, encadrée par un service d’ordre composé de deux femmes, sans qu’aucun évènement ne semblât en résulter.
Chacune y avait affiché le brassard du PNSF, lequel se composait d’un très classique coq bleu placé à l’intérieur d’un disque blanc, lui-même disposé sur un fond rouge. Son emblème sera également reproduit sur des étendards de forme carrée, plutôt que rectangulaire. Cette composition aurait potentiellement été une "reprise" de l’insigne des Compagnons de France, adopté le 15 août 1940. L’emblème initial du parti aurait ainsi pu être une croix gammée, comme suggéré par ses premiers tracts.

Son programme (probablement élaboré par Christian Message) avait été distribué aux alentours du 15 août, en promettant d’« assurer aux Français l’HONNEUR , le TRAVAIL, et la PAIX ». La devise du PNSF, « Honneur - Travail - Paix »3°, était également présentée sur l’une des affiches de propagande du mouvement, évoquée plus loin.
Le document était accompagné du préambule suivant : « Les parlementaires fuyards reprennent à Vichy leur fructueuse combinaison sous le couvert du Maréchal Pétain. Loin du Peuple Français victime de leur trahison, payés par l’Angleterre et les juifs, ils contemplent en palabrant les ruines qu’ils ont accumulées dans notre beau Pays, oubliant qu’ils ont voté à l’unanimité la guerre contre l’Allemagne. Aujourd’hui, ces Messieurs ont retrouvé, loin du danger, leur courage. Ils prétendent revenir demain gouverner les travailleurs et imposer au Pays leurs méthodes. Déjà ils se nomment entre eux ministres, secrètaires généraux et se partagent les bonnes places. Mieux, ils couvrent de décorations et de prébendes une bande de généraux vaincus et en fuite. Ces tristes individus n’ont rien compris, rien appris. A NOUS, NATIONAUX-SOCIALISTES FRANCAISde leur signifier leur congé. A NOUS de débarrasser la France de la horde pouilleuse de juifs et des francs-maçons. Pour CELA, FRANCAIS, lisez notre programme et enrôlez-vous dans nos rangs. N’attendez pas de NOUS des discours, mais une ACTION IMMEDIATE et IMPLACABLE contre tous les ennemis de l’HONNEUR, du TRAVAIL et de la PAIS (sic) de la FRANCE. Vive la FRANCE NATIONALE-SOCIALISTE. ».
Le programme du PNSF était organisé en deux parties, la première présentant un « Programme d'extrème urgence », destiné, dans un premier temps, à être appliqué à Paris, Seine et Oise, pour ensuite être réalisé dans toutes les villes de province. Celui-ci consistant à l'éradication du chômage par le recensement des travailleurs et la réouverture des établissements abandonnés.
Parmi ses mesures, ce programme comportait dans sa seconde partie : L’interdiction du Judaïsme ; le recensement des Israélites et des étrangers antifascistes ainsi que la saisie de leurs biens, en vue de leur future expulsion ; l’élimination du sein des services de police des éléments juifs et maçons ; l’interdiction de la Franc-Maçonnerie.
Le jugement par une Haute Cour de Justice des fonctionnaires et parlementaires accusés d’avoir abandonné leur poste ou « traqué les citoyens français clairvoyants, ennemis de l’Angleterre, des Juifs et des Francs-Maçons », en vue de les déchoir de leur nationalité et de les expulser, ainsi que l’application de la peine de mort pour les membres du gouvernement ayant encouragé l’entrée en guerre de la France ; la création de tribunaux temporaires spéciaux pour les directeurs qui auraient pris la fuite lors de l’exil en 1940 sans avoir indemnisé leurs employés, dont les entreprises seraient nationalisées.
La défense du Régionalisme ; de l'artisanat et de l'apprentissage ; l’encouragement de la croissance démographique par le salaire à la maternité et du retour à la terre « par bien être au village » ; l’interdiction du divorce4° ; l'établissement d'une agriculture dirigée ; la suppression de l’Office du Blé au profit du Crédit et des assurances Agricoles ; la mise en place du Corporatisme ; la suppression du chômage ; l'allègement des impôts pour les entreprises ; la rééducation des malades et des anormaux ; la retraite à 55 ans pour les ouvriers et à 60 ans pour les agriculteurs ; l’ouverture d’asiles corporatifs ; l'électrification des chemins de fer ; la réévaluation des prix pour les classes dans les transports ; la « Suppression du taudis avec rééducation graduée des échappés du taudis » ; le remplacement des assurances sociales par une assurance d'« État-Vie-Vieillesse-Accident » ; la création de « bureaux nationaux-socialistes dans chaque Préfecture, pour l’étude des besoins communaux » ; la révision des régies telles que le Gaz de Paris, le chauffage urbain et les colonnes montantes, considérées comme « une escroquerie à l’égard des contribuables » ; l'exploration des sous-sols ; la subvention égale de toutes les écoles, ainsi que la liberté d'enseignement par la diversification des programmes.
L'interdiction de l'exportation des capitaux et des achats à l'étranger ; une alliance plus étroite avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, présentées comme « [pratiquant] l’émancipation des travailleurs », ou encore, l’appartenance obligatoire des futurs diplomates au PNSF.
Le document se concluant par la mention suivante : « Développement du principe d’initiative responsable à tous les échelons. Prime à toute simplification reconnue efficace. ». Ces deux aspects devant être appliqués à tous les secteurs.
Mais l’un des aspects plus interpellants de ce programme était sans nul doute la "nationalisation" du Christianisme par la fonctionnarisation des prêtres et des pasteurs, ainsi que par la saisie des biens de l’Église, jusqu’à la suppression des quêtes. Point sans doute dû au passé séminariste de Christian Message, mais reste à connaître la réelle motivation de cette mesure. Le parti défendant également la subvention égale des hôpitaux laïcs et confessionnels.
Enfin, il convient de noter la suppression des agents d’affaires et de contentieux, aspect sans doute lié au parcours du fondateur. Selon Partis et mouvements de la Collaboration, des mesures contre les huissiers de justice et les saisies auraient aussi été proposées.

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« Réédition » du programme du PNSF, diffusée suite à son installation au 19 rue Saint-Georges. [AN].

Probablement établis au mois d’octobre, les statuts du PNSF définiront l’objectif du parti en un document comportant quatorze articles par « le regroupement de tous les citoyens français déterminés à lutter pour l’avènement d’un État Français indépendant à base corporative ». Son seul exemplaire connu, pourtant présenté sur une lettre à en-tête du « SECRÉTARIAT PARTICULIER DU CHEF SUPRÊME », étant étrangement rédigé en allemand. Celui-ci l’ayant sans doute été à la destination des occupants.
La raison formulée le 26 mars 1941 du procès de Christian Message, que les Allemands mèneront par la suite, ira jusqu'à affirmer, au même titre qu’un rapport du 19 mars, que le parti s'était réapproprié les principes du NSDAP, ce qui leur paraîtra être une circonstance atténuante. Dans un discours du 5 janvier 1941, Christian Message décrira lui-même sa doctrine comme calquée sur l’organisation sociale-économique allemande, avec, pour nuance, l’ajout d’un statut spécial accordé au clergé lui interdisant toute attache internationale. Interrogé le 24 juin 1945, Edmond Masson se remémorera Christian Message comme d’un « collectiviste » sans stratégie politique ou cadre idéologique défini.

Le PNSF publia sa propre revue de propagande, hebdomadaire selon Partis et mouvements de la Collaboration, mais plus visiblement sous un rythme quotidien après vérification : La France Nationale-Socialiste, qui ne sera apparemment jamais mentionnée dans aucun document français ou allemand. Mieux encore, interrogé le 27 octobre 1944 par le commissaire Joseph Duez, Christian Message affirmera : « Nous n’avons créé aucun journal pour appuyer ce parti. » et ajoutera : « Je n’ai participé à la rédaction d’aucun journal depuis la guerre. ». Ces déclarations étant sans doute motivées par le fait que la découverte d’une telle publication n’aurait pas contribué à renforcer sa défense. Son parti projeta pourtant de faire paraître un journal du nom de L’Europe Nouvelle, selon une feuille de surveillance non datée intitulée « LES NOUVEAUX PARTIS », probablement rédigée en octobre 1940. Ce document mentionnant d’autre part, le National Socialisme Français, évoqué plus loin. La parution de La France Nationale-Socialiste pouvant ainsi s’estimer à novembre 1940. Une période plus envisageable de sa publication pourrait se situer entre le 5 et le 12 janvier 1941.
Sa première mention explicite serait due aux Mouvements d’extrême-droite en France, 1940-1941 de François Duprat, paru début 1976 dans la Revue d’histoire du Fascisme. La revue du PNSF y sera décrite comme « une vague feuille de chou qui vécut seulement quelques numéros ». Le titre à proprement parler de La France Nationale-Socialiste ne fera son apparition initiale qu’en 1993 dans l’ouvrage de Gérard le Marec et Pierre-Philippe Lambert mentionné plus tôt. Ces deux études se basant sans doute sur des entretiens avec Pierre Clémenti.
Le concept de l’illustration lui faisant office de couverture ne sera présenté à l’origine que dans Sur les murs de Paris et de France, 1939-1945, en 1980. Compte tenu de sa carrière d’affichiste, il est vraisemblable que Gaston Girbal, établi au 27 rue Piat, en ait été à l’origine. Réputé dans le music-hall, il sera présenté par le Paris-Soir du 12 septembre 1942 comme un « vieux copain » de Maurice Chevalier. L’autre candidat à sa conception pourrait se trouver parmi les dessinateurs de La Libre Parole. L’un d’entre eux signait en effet par des initiales présentées de façon similaire au symbole indiquant l’année de la création de cette affiche.
Le plus étrange concernant ce périodique étant sans doute sa rareté, du fait qu’il devait être logiquement le document produit par le PNSF le plus imprimé. L'une des hypothèses pouvant paraître vraisemblables concernant cette disparition étant que Christian Message aurait lui-même cherché à en détruire les exemplaires afin de dissimuler le fait d'avoir falsifié sa propre carrière politique ou d'y avoir tenu des propos hostiles envers Hitler, comme nous le verrons par la suite. Selon l’ouvrage de Lambert et Le Marec, Christian Message aurait en effet qualifié Hitler de « saigneur sanguinolent et démoniaque », supposément dans un numéro de La France Nationale-Socialiste. Cette formulation, absente de La Défense Passive Auxiliaire, ne nous aidant pas à éclairer ses considérations envers Hitler et le Nazisme.

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Affiche du PNSF produite par son « imprimerie spéciale », servant également de couverture à La France Nationale-Socialiste. Des zones de textes ainsi qu’un encadré indiquant la date de parution de certains de ses numéros semblent y être inclus. La représentation de l’affiche étant apposée à une extension de son fond sur la couverture de La France Nationale-Socialiste. Les deux concepts présentant de légères différences dans leur iconographie, de par l’absence de l’insigne au-dessus de l’étendard. La mention de son imprimerie spéciale semble également y avoir été retirée. Sa présence pourrait ainsi se manifester au verso du document, accréditant l’idée d’une parution effective de La France Nationale-Socialiste. Crédits iconographiques : Kharbine Tapabor.

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Signature de « S.G. ». La Libre Parole Nord-Africaine, 13 mai 1937. [BNF].

Sans doute du fait des conditions minimalistes des locaux de son parti, Christian Message inaugura son quartier général le 20 octobre 1940 au 19 rue Saint-Georges, qu’il avait déjà réquisitionné vers le mois de septembre et obtenu pour 60 000 francs, par l’intermédiaire d’une compagnie d’assurance nommée « Le Phénix ». Cette adresse avait précédemment appartenu à Alexandre Stavisky et à La Dépêche Coloniale. Durant son interrogatoire du 28 novembre 1945, Jeanne Message situera la réquisition du 19 rue Saint-Georges à novembre 1940. Mention en sera d’ailleurs faite dans Le Matin du 21 octobre : « Le parti national-socialiste français a procédé hier après-midi en présence de son chef, M. Christian Message, à l’inauguration de son siège social, 19, rue Saint-Georges. Après le chant de l’hymne du parti, les principaux chefs ont prêté serment. Des allocutions ont été prononcées. M. Christian Message a défini en termes brefs et mesurés les buts de l’organisation. Une présentation cinématographique et des chants ont terminé cette première manifestation du nouveau parti. » - Le Matin, 21 octobre 1940. Le jour même de la cérémonie, Christian Message aurait prononcé un discours au 144 avenue des Champs-Élysées, selon le témoignage de la sténo-dactylographe (irrégulièrement payée) du PNSF. Des protestations de la part de membres du clergé auraient néanmoins eu lieu devant le 19 rue Saint-Georges, lors de l’inauguration des locaux, à en croire le discours de Christian Message du 5 janvier 1941.
Les adhésions s’y recevaient tous les jours de 9 h à 12 h et de 14 h à 19 h, avec facilités de paiements des cotisations accordées aux chômeurs. Un livret à 5 francs contenant douze pochettes de timbres, un résumé de ses statuts et présentant le sceau et la signature du « Chef Suprême » ou d’un représentant, aurait été remis aux membres ou aux sympathisants du PNSF. Ses feuilles d’adhésion comprenaient désormais la mention suivante : « Déclare adhérer au PARTI NATIONAL SOCIALISTE FRANÇAIS après avoir pris connaissance deson programme de reconstruction d’une France propre, laborieuse et pacifique. Déclare être prêt à donner ma vie pour mon Chef. VIVE LA FRANCE NATIONALE SOCIALISTE. ». Chaque inscription entraînait théoriquement la radiation de tout autre mouvement.
Il semblerait également que les locaux de la rue Saint-Georges aient été étroitement surveillés par la Police Française.

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Le 19 rue Saint-Georges en mai 1941 suite à sa fermeture. Une affiche de grand format semble être exposée en devanture gauche du bâtiment. Crédits photographiques : Bibliothèque Nationale de France, collection Safara.

Chapitre II : Organisations annexes du PNSF :

Dès sa création, le PNSF avait été divisé en deux groupes principaux : Les Jeunesses Nationales-Socialistes5°, destinées aux adhérents de 16 à 20 ans et les Sections Nationales-Socialistes, pour les adhérents de 20 à 40 ans. Il est cependant frappant de constater le nombre disproportionné d'associations secondant le PNSF, par rapport à son très faible nombre d'adhérents :

L’Association des Cadets Nationaux-Socialistes de France :

Représentée par un simple poulet, cette première organisation était destinée à recruter les jeunes de 7 à 16 ans et tenait son siège provisoire au 22 rue de l’Église à Antony. Une cotisation de 1 franc par mois à 50 francs par an était à verser pour y adhérer. L’Association, qui aurait à elle seule regroupé 50 membres, avait un contremaître nommé Paul Fessard pour responsable, qui y occupait le poste de « Connétable des Cadets ». Celui-ci avait précédemment appartenu au Parti Social Français du colonel de la Rocque.
Paradoxalement, il semblerait que cette association de jeunesse ait été elle-même, bien plus ancienne que le parti dont elle était l’auxiliaire. Celle-ci ayant vu le jour le 1er octobre 1932 sous le titre supposé des « Cadets et Cadettes de France et de la Paix », renommé « Association des Cadets de France » à partir d’avril 1938, avec comme but affiché d’offrir des loisirs encadrés à ses adhérents dans un esprit politiquement neutre bien que d’influence et de sympathie catholique. Elle visait également à leur inculquer les principes de la République. Un an après leur création, les Cadets avaient accueilli au sein de leurs rangs un certain Robert Chanussot, commis aux dépenses dans la plomberie. Son emblème initial se composait d’un drapeau bleu foncé, avec en son centre une étoile blanche à rayons jaunes, traversé dans le sens de la largeur par une bande blanche présentant la devise : « Pour Tous », accompagnée d’une « cravate » tricolore. Cette même devise fera son retour dans le tract des Cadets Nationaux-Socialistes, mentionné plus loin. Le siège des Cadets aurait été à cette époque, le même que durant l’Occupation. Ce dernier semblait pourtant avoir été transféré de son emplacement initial, à en juger par sa déclaration du 23 avril 1938 annonçant son changement d’appellation. Ses adhérents devaient représenter, quant à eux, 150 personnes. Son activité s’était brusquement interrompue lors de la mobilisation du 3 septembre 1939, de laquelle Paul Fessard était ressorti avec le grade de caporal-chef.
Le rattachement de l’association au PNSF s’inscrivant donc dans la volonté du parti d’amener à lui le plus grand nombre possible de regroupements de jeunesse.
Suite à son retour dans ses foyers en octobre 1940, son fondateur avait reçu la visite d’un certain Potiez, peintre en lettres à cette époque, qui lui avait été adressé par son vice-président Robert Chanussot. Selon son interrogatoire du 7 juillet 1945, Fessard rapportera avoir subi les intimidations de cet individu, qui se serait présenté à lui comme faisant « partie d’un groupement très puissant », en vue de la fusion des Cadets de France avec le PNSF. Au mois de novembre 1940, Fessard et Chanussot avaient été convoqués dans le bureau du 144 avenue des Champs-Élysées de Christian Message, entouré de ses associés, dans le but d’obtenir des documents présentant l’état d’esprit de leur association. La plupart des transactions concernant le PNSF se tenait d’ailleurs à cette même adresse. Selon la version du 10 juillet 1945 de Robert Chanussot, Christian Message leur aurait déclaré, la main posée sur un revolver placé sur son bureau : « On rentre ici comme l’on veut, mais pour en sortir, c’est quelquefois plus difficile… ». Au cours de leur entretien, Message leur aurait ensuite avancé être en mesure de dissoudre n’importe quelle organisation sportive ou de jeunesse et se serait vanté d’avoir fait interdire les Scouts le jour même, après qu’un de ses collaborateurs lui eut fait part d’une information. Le fils de Robert Chanussot, totalement ignorant de leurs tractations avec le PNSF, lui aurait confirmé ce fait au soir même de l’entrevue. Cette même dissolution semblait pourtant avoir été prononcée pour la zone occupée le 4 octobre par le général Alfred Streccius, chef du commandement militaire allemand de la ville de Paris, qui avait occupé ce poste du 27 juin au 25 octobre 1940. La version de Paul Fessard ne faisant de plus aucune mention de cet aspect de leur rencontre. Christian Message ne leur aurait fait adhérer au PNSF que lors d’un second entretien. Il aurait également chargé Paul Fessard de constituer des structures de cadets nationaux-socialistes, non seulement à Paris et en banlieue, mais également en province.
Les Cadets de France se sépareront de ce mouvement au matin du 7 janvier 1941, après que son président eut été averti de la véritable nature du PNSF et de ses adhérents par Émile Hennequin, directeur adjoint de la Police Municipale de Paris. Ses deux principaux chefs en référeront même au Secrétariat Général de la Jeunesse, sans résultats.
Christian Message, quant à lui, présentera Augustin Potiez au commissaire Massu comme l’un des chefs de l’Association et comme totalement indépendant du PNSF. Message l’avait en réalité imposé comme membre du comité directeur des Cadets en tant que délégué officiel du parti.
Ces événements dissuaderont Paul Fessard de toute nouvelle alliance avec un autre groupement, aussi bien avec le Rassemblement National Populaire qu’avec la Ligue Française, qui le démarcheront par la suite.
Un rapport du 2 décembre 1940 avancera néanmoins que les Cadets bénéficiaient directement des subventions du PNSF, en contrepartie de l’adoption du salut « olympique », ainsi que d’une terminologie et d’un emblème appropriés à leur fusion.
Ceux-ci ne seront nommés au moment du jugement de Paul Fessard que sous le titre des « Cadets de France » et non des « Cadets Nationaux-Socialistes de France ». Un tract rédigé en le nom du « Connétable des Cadets : Paul FESSARD », datant du début de l’Occupation et arborant cette dernière appellation ayant pourtant été retrouvé. Ce même document mentionnant ostensiblement « La protection et l’aide de l’Etat NATIONAL-SOCIALISTE ». Un minimaliste « VIVE CHRISTIAN MESSAGE ! » venant conclure cette proclamation.
Lors de la libération de la région parisienne, les Cadets auraient défilé à Antony avec leur président en l’honneur du Général Leclerc, selon le témoignage d’une infirmière que Fessard rencontrait régulièrement. En 1945, suite à la démission de Robert Chanussot et de ses principaux dirigeants, les effectifs du mouvement seraient remontés à 90 adhérents. Il poursuivra une activité analogue sous la nouvelle appellation des « Cadets et Éclaireurs Neutres de France », jusqu’à la mort de son fondateur en juillet 1967.

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Tract des Cadets Nationaux-Socialistes de France. Crédits iconographiques : Jeunesse de France sous l’Occupation, Bernard Lamorlette.

Les Jeunesses Nationales Socialistes Françaises :

Constituées avant le 24 décembre 1940 et officialisées le 1er janvier 1941, les JNSF seront notées dans un rapport du 15 novembre 1944 de façon distincte aux Jeunesses Nationales-Socialistes. L’organisation, que Christian Message destinait à constituer « le mouvement unique de la jeunesse française » devant les nations européennes, avait pour objectif de fournir un encadrement rigoureux à la vie de ses jeunes militants. Son règlement intérieur était essentiellement calqué sur celui des Gardes Françaises. Des « échanges massifs de jeunes entre pays voisins, en particulier l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et tous les pays où l’on pratique l’émancipation des travailleurs » devaient également être organisés.
Établies au 19 rue Saint-Georges, celles-ci se verront dirigées par Louis Mauger, né le 11 novembre 1914. Ce dernier avait précédemment fait partie des chefs du Jeune Front, au même titre que Robert Hersant et Claude Viriot. Organisation de jeunesse du Parti Français National-Collectiviste de Pierre Clémenti, son dirigeant en avait remplacé le terme « National-Communiste » le 24 août 1940. Le Jeune Front se présentait lui aussi comme le « MOUVEMENT UNIQUE de la JEUNESSE FRANCAISE », selon la mention comprise sur ses bulletins d’adhésions. Mauger s’en était séparé vers le 22 novembre 1940 au moment d’une scission au sein du PFNC évoquée plus loin.
Secrétaire adjoint du Rayon de Saint-Denis, Louis Mauger avait été exclu, en 1935, de la Fédération de la Seine des Jeunesses Communistes pour divergences d’opinions en faveur de Marceau Pivert. Il avait ensuite rejoint le Parti Socialiste Ouvrier et Paysan, mouvement trotskiste fondé en 1938 par Pivert et dissous par le Régime de Vichy.
Conjointement à son activité au sein des Jeunes de l’Europe Nouvelle, il partira travailler en Allemagne en tant qu’ajusteur de février à novembre 1941. Ce voyage l’aurait laissé « extasié du progrès social accompli en Allemagne par le parti National socialiste ». En mai 1943, il sera attaché au Secrétariat Général de la Jeunesse, au sein duquel il aurait été proche de ses secrétaires Félix Olivier-Martin et Georges Pelorson.
Aussitôt après la fin de la guerre, il partira à Dakar diriger des groupes anti-communistes clandestins.
Vers 1951, il rejoindra le Rassemblement du Peuple Français du Général de Gaulle.
Louis Mauger débutera sa carrière journalistique par la publication mensuelle de GERNSY, à partir du mois d’octobre de la même année, dans un objectif d’« éducation populaire » qui préfigurera son activité syndicale. Ce premier journal, propriété de son « Groupement pour l’Étude et la Réalisation d’un Nouveau Syndicalisme », aurait été tiré à 1 000 exemplaires. Il sera également le directeur du mensuel Travail, dont le premier numéro paraîtra en mai 1955 et dont certains auraient atteint un tirage de 100 000 exemplaires, de son supplément Vie et Foyer, du Bulletin des Chauffeurs Employés, de Chauffeurs Routiers, de Notre Travail, de La Vie des Plastiques et du Stylo, de l’hebdomadaire Vie et Travail, qui paraîtra à partir du 24 janvier 1959, ainsi que du Bulletin Général de Documentation Juridique, Économique et Sociale. Ce dernier périodique paraîtra en tant que publication de l’Entreprise de Gestion des Presses Juridiques, Économiques et Sociales, fondée le 31 mars 1954. Nombre des titres déposés par Mauger ne seront jamais exploités.
Le 10 mars 1958 marquera son engagement en faveur du Fédéralisme européen, au travers de la fondation du Club des Amitiés Européennes. Ce mouvement prendra officieusement pour organe le mensuel Amitiés Européennes à partir de juillet 1960, qui ne connaîtra qu’un tirage de 500 exemplaires. Il adhérera au groupement pour l’Algérie Française fondé en juin 1958, le Mouvement Populaire du 13 Mai, ce qui lui vaudra d’être dénoncé par L’Humanité.
À partir de septembre 1965, Louis Mauger fera paraître un mensuel intitulé Salariés de France, organe de la Confédération Nationale des Syndicats Français pour l’Union des Salariés de France, fondée le 25 juin 1954. Ce mouvement obéira essentiellement à des conceptions corporatistes. Son objectif sera résumé par les « préoccupations d’ordre pécuniaire de ses dirigeants », dans un rapport de police du 29 novembre 1965. L’Union des Salariés de France aurait compté entre 500 et 600 cotisants.
La présence de Mauger aux côtés de l’ancien résistant Pierre Debizet dans le cadre du Service d’Action Civique, durant les années soixante-dix, suscitera de vives réactions de la part des milieux gaullistes.
Ses adjoints Maurice Koch, qui avait pendant un temps été le secrétaire personnel de Christian Message et Georges Courvoisier, le seconderont dans la direction des JNSF.
Ancien employé dans une compagnie d’assurance né en 1921, Courvoisier avait été membre de l’Action Française avant de passer au Jeune Front au début de l’Occupation.
Délégué des JNSF, un nommé Soulié faisait miroiter une tentative d’implantation du parti en zone sud.
Un « INTERROGATOIRE A RENVOYER SOUS HUITAINE AUX J.N.S.F. » devait être renseigné à l’attention des adhérents souhaitant intégrer l’« ECOLE DES CHEFS ( Promotion Christian MESSAGE) » : « LA FRANCE
I°- Quelles sont les races qui ont formé la nation française?
2°- Que savez-vous de particulier sur ces races?
3°- Quel est le plus bel âge de l’histoire de notre pays?
LE CHEF
I°- Pourquoi des chefs?
2°- Quels sont d’après vous les devoirsd’un chef?
3°- Quelle doit être l’attitude d’un chef envers ses hommes?
LES JUIFS ET LES FRANCS MACONS
I°- Pourquoi sommes nous anti-sémites?
2°- Citez les principales caractéristiques de l’esprit talmudique?
3°- Parlez des francs-maçons?
LE NATIONAL SOCIALISME
Qu’entendez-vous par National socialisme, surtout du point de vue économique? ». Son seul exemplaire connu ayant été retrouvé au nom d’un certain (Guy) Jankowski, né en 1925.
Une feuille de renseignements destinée aux adhérents nés postérieurement au 1er janvier 1920 était également à remplir pour intégrer « LA FORMATION DES CADRES DE LA JEUNESSE », bien qu’il n’ait pas été établi que cette Formation ait été en lien avec les Jeunesses Nationales Socialistes Françaises.
Ce second mouvement de jeunesse réemploiera pour accoutrement, l’uniforme kaki des Sections d’Assaut, mentionnées plus loin.

La Chambre Nationale-Socialiste des Corporations :

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Émile Prost. Photographie issue de sa carte d’identité. [AN].

Organisation syndicaliste qui n’émergera que peu après la création du parti en prenant place au 19 rue Saint-Georges. Destinée à regrouper les adhérents du PNSF en recherche d’emploi et de subsistance, son objectif théorique consistait en l’étude de son programme corporatif.
Émile Prost, comptable et lieutenant de réserve, avait pendant un temps pris en charge la Chambre Nationale-Socialiste des Corporations. Selon certains rapports de police datant de l’Occupation, ce dernier aurait été ingénieur radio et ancien officier de la Légion Étrangère ou de l’armée de l’Air.
Futur collaborateur, de décembre 1940 à fin janvier 1942 de la Ligue Française et de L’Appel : hebdomadaire de la Ligue Française, il aurait pour celle-ci organisé un bureau de placement sous les ordres de Maurice Raymond, secrétaire de Pierre Costantini. Il en sera de plus, chef du Front du Travail et des Services Corporatifs.
Il adhérera au Parti Populaire Français le 1er février 1942, dont il aurait été nommé délégué des services corporatifs. Ses informations transmises au parti seront à la base d’articles du Cri du Peuple parus le 21 février, le 11 mars et le 2 juin 1942, dont les deux premiers seront distribués sous forme de tracts à plus de 1 200 exemplaires, le 14 mars 1942, afin de dénoncer l’abandon des banlieues par la municipalité d’Orsay. Prost quittera le parti le 4 décembre 1942, suite au débarquement des troupes alliées en Algérie le 8 novembre, en raison de sa politique germanophile et de la pratique du marché noir dans ses hautes sphères. Il en sera publiquement exclu le 15 mai 1943.
Prost s’engagera également au Comité Ouvrier de Secours Immédiat, comme en témoigne une photographie parue dans L’Écho de la France du 21 juillet 1944, le montrant en pleine distribution de couvertures pour un centre d’accueil à Mortain.
Selon un exposé du 28 mai 1946, Émile Prost aurait été le responsable du Front Social du Travail, organisation corporative du Rassemblement National Populaire, ce que l’accusé niera simultanément à son adhésion au RNP.
Il sera arrêté le 26 août 1944 par les FFI d’Orsay et relâché le 10 février 1945. Selon la déposition de sa femme du 30 septembre 1944, Prost aurait fait libérer de nombreux prisonniers détenus par les Allemands. Un rapport de son avocat du 31 juillet 1946 ajoutera que celui-ci avait porté secours à des juifs et à des réfractaires au STO.
Lors d’un interrogatoire de la même date, Prost niera formellement son appartenance au PNSF. Il n’aurait selon lui été inscrit à ce poste qu’à son insu, après avoir donné son identité à un certain Rubino rencontré au Tyrol, en vue de la recherche d’un emploi. Le 27 janvier 1941, Prost subira pourtant les foudres de Louis Charles Julien, qui se rendra au siège de la Ligue Française du 5 rue de la Chaussée-d’Antin pour lui reprocher d’avoir détourné les fonds de la Chambre Nationale-Socialiste des Corporations.
Le chef adjoint de cet organisme se nommait Constantin Mugner. Inscrit à ce poste dès la formation de la Chambre, il se faisait remarquer dans son entourage par une propagande active en faveur du PNSF, en promettant un travail accessible à quiconque s’y inscrirait. Employé jusqu’en juin 1940 à l’usine Amist, située au boulevard du Havre à Colombes, Mugner aurait renseigné Christian Message sur les sentiments gaullistes de ses chefs de production.
Aux alentours de janvier 1941, il rejoindra le Service d’Entraide Sociale de la Ligue Française, pour lequel Émile Prost œuvrera également. Il certifiera le 28 janvier 1941 avoir rompu tout contact avec le PNSF, dans un document pourtant retrouvé dans l’appartement de son chef, le 14 mai 1945. Des articles de Mugner rédigés pour L’Appel y seront de plus saisis, au même titre qu’une lettre de sa rédaction portant sur l’usine de Colombes, en date du 17 mai 1941. Le PNSF aurait ainsi pu pratiquer une forme d’entrisme au sein de la Ligue Française.
Secrétaire de rédaction, Constantin Mugner avait été camelot du Roi à partir du 28 avril 1913, jusqu’à son exclusion de ce mouvement le 10 janvier 1915.
Un trésorier nommé Gustave Hamelin était également à l’œuvre. Il aurait accédé au poste de trésorier du Front du Travail de la Ligue Française, courant décembre 1941.
La direction en était assurée par un associé de longue date de Christian Message : René de Chappedelaine. Un très théorique « SECRÉTARIAT GÉNÉRAL CORPORATIF » administrait cette organisation.

Le Syndicat National-Socialiste des Ouvriers et Employés de la Métallurgie :

Uniquement mentionné dans le rapport du 4 novembre 1944 dans la partie concernant son chef adjoint, son secrétaire et son administrateur, le siège de ce Syndicat se situait au 19 rue Saint-Georges.
Son trésorier Marcel Héraux, adhérent au PNSF depuis octobre, deviendra ensuite secrétaire d’une organisation de la Ligue Française intitulée « Corporation de la Métallurgie ». Selon ses propres déclarations, Héraux deviendra conjointement à son adhésion à la Ligue Française, un membre actif du PPF à partir de février 1941. Il sera nommé à cette époque « Délégué Corporatif d’Entreprise » par Pierre Costantini, le 8 mai 1941. Son engagement au sein du PPF se traduira entre autres par la transmission d’informations relatives à l’activité de l’usine à laquelle il était employé et aux opinions de ses collègues au commissaire allemand Lutz, du 4 place de l’Opéra. Le Parti Populaire Français le mandatera le 23 juin 1944 à partir pour l’Allemagne, afin de s’y enquérir des conditions des travailleurs français. Il se constituera lui-même prisonnier à son retour, le 28 juin 1945 et s’éteindra dans les prisons de Fresnes le 15 avril 1946 à l’âge de cinquante-deux ans.

Les Affaires Juives du Parti National-Socialiste Français :

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Reproduction d’un brassard de la Volonté Française. Crédits iconographiques : Archives de la Préfecture de Police du Prè-Saint-Gervais.

Encore moins documentées que les précédentes, les Affaires Juives seront placées sous la direction d’Henri-Robert Petit. Ancien combattant de la guerre 14-18, Petit avait sombré dans la consommation et le trafic de cocaïne. Des dossiers de police antérieurs à l’Occupation le concernant auraient été retirés des archives, à sa demande, par les services allemands.
Militant tenu en estime par Louis-Ferdinand Céline aux côtés d’Henry Coston (dont Petit avait été l’un des plus proches collaborateurs de 1936 à 1937) ou de Jean Boissel, Henri-Robert Petit sera principalement retenu pour sa fondation du journal Le Pilori, en mai 1938, qu’il avait renommé Au Pilori, lors de sa reparution le 12 juillet 1940. Considéré comme la publication la plus virulente de l’Occupation en termes de radicalité antisémite, Petit était allé jusqu’à y dénoncer Pierre Laval comme juif. En vue de sa distribution à la criée, il avait constitué les Gardes Françaises et le Jeune Front, repris par le PFNC comme groupes d’actions. Évincé le 13 septembre 1940 de la direction de son journal à la suite d’un jugement, son exclusion, commanditée par d’anciens membres de la Cagoule, aurait en partie été due à un désaccord au sein du PFNC.
Dès le début de ce même mois, Petit fondera « La Volonté Française » avec Guy Chevalier, principalement composée de membres de la Garde Française qui lui étaient restés fidèles. Ce nouveau mouvement en reprendra le local situé au 21 rue du Pont-aux-Choux.
Suite à la nomination de celui-ci au Commissariat Général aux Questions Juives à Vichy en 1942, Petit deviendra chef de cabinet de Louis Darquier de Pellepoix. Tous deux s'étaient déjà rencontrés au Rassemblement Antijuif de France, qui avait eu Jean Boissel comme vice-président et dont Petit avait été le secrétaire général.
Devenu dans les années soixante, président d’honneur de la Fédération d’Action Nationale et Européenne, il en présidera sa résurgence : « Les Faisceaux Nationalistes Européens », preuve de son importance au sein de la mouvance nationale-socialiste d’après-guerre. Il sera également le secrétaire de « L’Académie Celtique », fondée le 19 novembre 1962 par André Faillet, composée de militants et de dirigeants des deux précédents mouvements. En janvier 1974, Petit fera paraître le mensuel de même tendance, Peuples Européens, imprimé à 1 000 exemplaires.

La Section Diplomatique du Parti National-Socialiste Français :

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Jean-Pierre Vidard et ses innombrables « décorations ». [APP].

Organisme consistant à maintenir un contact avec les services allemands de la Chambre des Députés afin d’acquérir des ausweis, nécessaires aux circulations nocturnes ainsi que du ravitaillement. Cette Section était dirigée par Jean-Pierre Vidard, âgé d'à peine dix-huit ans au début de l'Occupation. Son adhésion au PNSF pouvant se situer au début du mois d’octobre 1940, époque à laquelle il s’était installé à Paris pour se présenter vainement aux examens des Sciences Politiques. Le témoignage de Claude Chapeau relèvera pourtant sa présence au PNSF en tant que chef de sa Section Diplomatique « Vers la mi-septembre » 1940.
Dépeint par les journaux de la Libération comme le fils d’un ancien greffier en chef du tribunal civil de Poitiers et comme « pro-allemand dès l’enfance », Jean-Pierre Vidard revendiquera l’Allemagne, dans une de ses lettres, comme sa « seconde patrie ». Il y avait entre autres passé un examen d’Allemand à l’université de Tübingen. Dès l’arrivée des Allemands à Poitiers le 23 juin, il avait été requis par la Kommandantur de cette ville en qualité d’interprète. Arrivé à Paris, il avait été adjoint à Mme. Mittre, secrétaire particulière de Fernand de Brinon, ambassadeur de Vichy dans les territoires occupés. Il aurait abusé de sa position en se présentant comme membre de son cabinet, pour se faire héberger gratuitement par une certaine Voreux, en échange de la libération prétendue de son petit-fils, alors prisonnier de guerre. Sa proximité avec l’ambassade allemande et française lui aurait permis de faire libérer certains de ses proches, eux aussi prisonniers de guerre. Son oncle Henri Gobin, chez lequel il tenait son adresse officielle, était quant à lui chef de bureau au service de l’Information Étrangère de la Chambre des Députés. Un mois après son entrée en fonction, Jean-Pierre Vidard en avait été relevé du fait d’un trafic de passeports. Le ministère de la Production Industrielle l’avait ensuite employé au même poste. S’étant, dès cette époque, targué de ses relations suivies avec la sœur d’Hermann Göring, les journaux relatant son procès l’identifieront comme le protégé de la tante ou de l’épouse du dignitaire allemand, Emma Göring, par l’influence de laquelle il se serait mis aux ordres de De Brinon. Il se présentait à l’occasion comme secrétaire de M. Raynaldy, chef de cabinet de Pierre Laval.
Au cours de sa vie dans la capitale, Jean-Pierre Vidard se serait fait fabriquer de nombreuses médailles et décorations par l’intermédiaire de la maison Aubert, située au 8 rue Oberkampf. Certaines d’entre elles seront retrouvées dans un tiroir de son bureau durant les perquisitions au 19 rue Saint-Georges, menées le 12 janvier 1941. Il se prétendait également Religieux de la Couronne d’Épines du Christ, Chevalier de l’Ordre Noble et Commandeur de la Couronne de Charlemagne. En décembre 1940, il déclarera partir fêter le réveillon à Berlin. Il y aurait, selon ses dires, acquis le titre de « Comte Vidard de Saint-Clair », vers février 1941.
Durant la suite de l’Occupation, Vidard aurait publié des articles en faveur de la « camaraderie » franco-allemande et de la Relève, selon un document de son recours en grâce du 15 décembre 1947 exposant les faits reprochés.
En 1942, bénéficiant du soutien de l’ambassadeur allemand Otto Abetz, il aurait été nommé représentant de l’ambassade française auprès du Vatican. Le 15 février 1943, il se serait rendu en Allemagne muni d’un certificat de la section de propagande allemande en France et aurait adressé une lettre à Hermann Göring, l’assurant « de ses sentiments nationaux-socialistes ». À une période indéterminée, Jean-Pierre Vidard se serait vanté d’une rencontre avec Adolf Hitler. Un certain « Jean-Pierre Vidard de Saint-Clair », arrivé au col du Brenner en mars 1943, y présentera un passeport français, en déclinant sa qualité d’« attaché de presse auprès de l’ambassadeur de France ». Sa demande d’entrée en Italie lui sera refusée d’emblée. Il aurait à cette époque fait parvenir à L’Avenir de Poitiers, un article visant à concilier un discours du Pape à son hostilité envers les Alliés. À l’occasion de son départ, Vidard aurait prononcé une allocution sous le regard ému de ses parents, lors d’un banquet tenu aux côtés de soldats allemands, qu’il aurait conclue en levant son verre sur ces mots : « Pour son excellence le Chancelier du Reich, Adolf Hitler et pour la victoire des armées allemandes ! ». Cet évènement n’ayant jamais été mentionné autre part que dans une note de renseignements datant du 14 juin 1945.
Également présenté par les journaux de son procès comme « policier-tortionnaire » au camp de Dachau, il y sera en réalité déporté par les Allemands, le 30 mars 1945, soit un mois avant la fermeture du camp, du fait, selon lui, que ces derniers étaient insatisfaits de ses articles.
Suite à son arrestation à Stuttgart par les Américains le 16 mai 1946, il sera condamné à cinq ans d’emprisonnement et à 120 000 francs d’amende, le 28 juin 1947, en saluant son verdict au cri de « Vive Pétain ! ». Il sera également accusé d’escroquerie, pour un délit commis au Caire suite à sa sortie du camp, sous le port illégal d’un uniforme militaire, en vue d’une récolte de fonds en faveur des miliciens et des waffen SS français réfugiés en Italie. Sa condamnation ayant volontairement été atténuée, du fait d’une responsabilité jugée limitée.
Selon son mandat d’arrêt, Jean-Pierre Vidard aurait été membre des Services de Renseignements allemands et président d’une « Société Franco-Allemande de France pour la Jeunesse ». Un « Groupe Franco-Allemand de la Jeunesse », dirigé par Message avec l’assistance de Vidard, sera mentionné dans un rapport du 15 septembre 1945. Il sera également identifié comme son secrétaire personnel, par un rapport du 12 janvier 1941 rédigé par Georges Veber.
Probablement par l’intermédiaire du chef de cette Section Diplomatique, un "sommet" entre Christian Message et le Maréchal allemand aurait été organisé aux environs de décembre 1940, selon le rapport du 17 décembre, qui avait justement pour objet d’empêcher cette prétendue rencontre. Le document l’accusera donc de marché noir et d’actes de violence retombant sur les autorités d’Occupation, en lui prêtant une attitude personnelle « en désaccord avec les principes de la doctrine Nationale-Socialiste ».

La Garde Noire :

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Prise de vue du Studio Harcourt, nous présentant l’uniforme de la Garde Noire. [Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP].

Le PNSF possédait un service d’ordre, qui le constituait en grande partie, en confondant de fait son action avec celle de l’ensemble du mouvement6°. Probablement créé vers septembre 1940, ses membres se reconnaissaient à un uniforme noir, composé d’un ceinturon et d’un baudrier, complété par un calot qui allait jusqu’à adopter un insigne métallique similaire à la Totenkopf, également présenté sur le côté gauche de la tenue. L’emblème du PNSF virant ici au noir, de façon à coïncider avec le drapeau nazi. Son insigne était quant à lui cousu sur le côté gauche du couvre-chef. Selon Claude Chapeau, la Garde Noire n’aurait été représentée que par une tête de mort et un coq rouge, disposés sur une tenue conforme à celles des SS. Cet uniforme était également porté par le « Chef Suprême », sous lequel Christian Message se présentait quotidiennement. Le reste des adhérents était plus simplement affublé d’une chemise bleue. Selon la raison du procès allemand de Christian Message, la Garde Noire aurait compté 150 personnes, bien qu'il ne fût constitué pour le parti qu'une trentaine d'uniformes, qui auraient été vendus dans un magasin situé près de ses locaux. Claude Chapeau estimait quant à lui ses effectifs à une cinquantaine. Selon un rapport rédigé sur le PFNC à la fin du mois de novembre 1940, la Garde Noire était principalement composée « d’intellectuels, de journalistes et de quelques officiers acquis aux doctrines totalitaires », ce qui semblera se vérifier par la suite.
L’essentiel de son activité consistait en la protection du chef du parti, en la surveillance de ses locaux et au maintien de l’ordre. Ses membres étaient nourris par un chef de cuisine nommé Gustave Schwander, de nationalité suisse, dans un réfectoire situé au troisième étage du 19 rue Saint-Georges, où un dortoir leur était aménagé au sous-sol et touchaient un salaire de 10 francs par jour. Des cartes de charbon auraient été dérobées aux nommés Rocca et Lagneau, durant la période hivernale de janvier 1941 en vue d’alimenter les locaux, ou de ravitailler les membres du parti. Le deuxième étage accueillait quant à lui les bureaux de son « Commandant », du responsable de la Section Diplomatique et du « Chef Suprême » du PNSF.
Pendant un temps dirigée par un certain Lucien Bernard, la Garde Noire prit à partir d’octobre 1940 pour chef, Georges Rubino, qui occupait en même temps la fonction de « Directeur du Cabinet du Chef Suprême ». Adhérent de la première heure au PNSF, il en aurait été membre d’une « Commission des Finances ». Le rapport du 17 décembre le décrira cependant comme « absolument illettré » et comme « n’[ayant] aucune des capacités requises pour assumer de telles fonctions ». Selon le même document, Rubino aurait pendant un temps été le secrétaire général du PNSF. Il recevait d’ailleurs, nuit et jour, de nombreux membres du parti à son domicile. Sa compagne était elle-même escortée par des soldats allemands.
Italien né en 1915, Georges Rubino avait acquis la nationalité française le 3 décembre 1931. Membre du Parti Communiste en tant qu’ouvrier bottier durant les années 1930, il défendait à cette époque le suffrage universel masculin et féminin ainsi que l'éligibilité à 18 ans, qu'il souhaitait voir être étendus aux étrangers. En 1935, il avait également présidé une association intitulée « L'Amicale de la Jeunesse Laborieuse du 19ème arrondissement », fondée en mai. Rubino avait de plus été renvoyé de la Confédération Générale du Travail Unitaire pour un détournement de 600 francs qui appartenaient à sa collectivité syndicale. Il affirmera d’ailleurs avoir été membre du conseil de la CGTU, dans sa lettre du 18 octobre mentionnée plus loin. Son propre père, Antonio, militant en France du Parti Communiste Italien, en avait été le secrétaire de 1918 à 1920. Georges aurait, par la suite, suivi Jacques Doriot dans son revirement anticommuniste en accédant au poste de secrétaire-adjoint du Cartel des Syndicats Autonomes et Indépendants de France et des Colonies, constitué par des membres du Parti Populaire Français. Parmi ses fondateurs se trouvait un certain Germain Merlier, contre lequel Rubino reconnaîtra le 18 juillet 1940 avoir porté des accusations infondées et s’être « servi » de son syndicat, dans une lettre à destination inconnue. Le document, retrouvé dans un bureau personnel de Christian Message, ne faisant aucune mention du PNSF. Selon Claude Chapeau, le chef de la Garde Noire aurait fait arrêter deux agents anglais à Bordeaux, visiblement sous les ordres directs d’un officier allemand de la Gestapo7°. Il partira volontairement travailler en Allemagne le 5 mars 1943 et sera tué au large de la Corse dans le bombardement du bateau Général Bonaparte, le 19 mai de la même année, alors qu'il accompagnait deux malades mentaux à Montpellier en tant qu'infirmier à l'hôpital de Bastia.

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Papillon distribué le 1er mai 1935 par Georges Rubino et ses camarades au Pré-Saint-Gervais. [APP].

Il avait à sa disposition une secrétaire nommée Renée Milleret, qui se verra remplacée par Hélène Leduc, suite à son arrestation du 18 novembre 1940 sur les Champs-Élysées « pour circulation en groupe ». Vers le 25 octobre 1940, considérée par ses camarades comme ostensiblement aimable envers trois officiers allemands qui y suivaient des cours, elle en avait référé au doyen de son université sur une lettre à en-tête du PNSF. Son père, René Milleret, directeur de kermesse et ancien membre des Croix de Feu, était également membre du Parti National-Socialiste Français.
Elle partira travailler en Allemagne pour échapper à la pression de son foyer en mai 1941.
Sa successeure, ancienne « secrétaire d’un membre important du parti communiste français » et maîtresse avant la guerre de certains chefs communistes, avait quant à elle été arrêtée le 26 mai 1940 pour « reconstitution de cellule et propagande communiste ». Selon ses propres dires, elle aurait été en relations avec les milieux communistes dès 1934. Au même titre que Jacques Duclos et Maurice Thorez, Hélène Leduc avait rendu visite en 1932 à un certain Aristide Denys, alors détenu à Clairvaux, qu’elle et son père semblaient connaître depuis 1928.
En janvier 1941, celle-ci aurait fait la connaissance d’un sous-officier et d’un industriel allemand du textile par l’intermédiaire de Simone Ducaté, avec laquelle elle se rendait régulièrement au Tyrol, à l’époque où la brasserie était encore dirigée par Christian Message. Hélène Leduc prendra à leurs côtés part au marché noir et entretiendra une liaison avec ce même industriel allemand, le Dr. Ludgen. En avril 1941, elle fera la connaissance d’un collègue de Ludgen nommé Joseph Placke, agent allemand de la Gestapo, qui deviendra son amant à partir de mai 1941 et partira en septembre, volontairement travailler trois semaines en Allemagne. Leduc deviendra ensuite la collaboratrice de Placke et se chargera de nombreuses dénonciations pour le compte de l’Abwehr de 1941 à 1944. Tous deux n’auront nul autre qu’André Leduc pour chauffeur, demi-frère d’Hélène et ancien « Chef de Groupe » au Parti National-Socialiste Français. Certains de ses rapports, essentiellement dirigés contre les Juifs, les gaullistes et les communistes, cibleront du frère gaulliste de Léon Blum et André Marty (19 avril 1943) à Eugène Deloncle et ses complices (16 décembre 1941). Nombre de ses informations lui seront transmises par Maurice Levillain du Rassemblement National Populaire. Une amie d’Hélène Leduc nommée Simone aurait été agent de Joseph Placke à Berlin. Elle aurait également été en rapport avec un certain René Launay dit Lauris, lui aussi membre du RNP et chef de groupe au Département IVE de la Police Allemande. Selon un rapport du 21 décembre 1945, elle aurait été recherchée en tant que milicienne. Le 24 mai 1947, Hélène Leduc se défendra d’avoir mené ces activités en se prévalant de son ascendance israélite.
Elle niera son appartenance au PNSF, le 20 février 1947, en tenant Ducaté pour responsable d’une inscription à son insu et soulignera le manque de « sérieux » du mouvement. La liste des éléments saisis lors d’une perquisition menée contre elle ne mentionnera d’ailleurs aucun élément en rapport manifeste avec le PNSF. Elle aurait cependant tenté de récupérer ses effets personnels au 19 rue Saint-Georges, suite à sa fermeture, selon une correspondance du 6 avril 1941.
Le 26 juin 1948, la cour de justice de la Seine la condamnera à vingt ans de travaux forcés. André Leduc sera condamné de son côté à cinq ans de travaux forcés, le 26 juillet 1947, du fait de son appartenance à la Gestapo nord-africaine dirigée par Henri Lafont et Pierre Bonny, pour laquelle il avait été geôlier. Un rapport du 13 novembre 1946 relèvera le surnom de « waffen SS », qui lui avait été attribué, ainsi qu’à ses complices, indiqués comme membres du RNP.
La Garde Noire possédait un certain Albert Perriod pour « Commandant Adjoint », également affecté parmi ses « Chefs de Bataillons », qui deviendra le responsable du service d'ordre d'un autre mouvement fondé le 2 décembre 1940, nommé la Garde du Feu. Il y prendra ensuite un poste au sein de son « Service Artistique ».
Ancien directeur de théâtre, Albert Perriod s’était fait connaître dans la capitale sous son nom d’artiste de « Willy Lagrange », de 1933 à 1934.
Un « Chef de Groupe » de la Garde Noire nommé André Opron, né en 1902 et mobilisé dans l’infanterie en 1939, avait lui aussi été membre des Camelots du Roi et de l’Action Française.
Parmi ses rangs se trouvait un nommé Roger Rivollier, né en 1922, qui avait été « chef de section » au Jeune Front en octobre 1940, avant de rejoindre le PNSF vers le 27 décembre. Il adhérera au Feu en avril 1941, pour lequel il assurera la vente à la criée de La Tempête en mai, ce qui lui vaudra d’être appréhendé dans la rue Bobillot par les services de police. Frère d’un prisonnier de guerre en Allemagne, il en sera exclu pour avoir entonné Deutschland über alles dans les locaux du mouvement. Une carte d’adhésion au Rassemblement National Populaire, auquel il avait adhéré le 10 juin 1941, sera retrouvée à son nom sous le numéro 422 681.
Il adressera sa candidature au régiment des Sapeurs Pompiers en juillet 1941.
Un garde noir nommé Marcel Seminet, poursuivi en mars 1940 pour vol, avait résidé au 28 rue de Belleville, en lisière du quartier du même nom.

Les Sections d’Assaut :

Son service d’ordre était doublé de Sections d’Assaut, nom donné aux Sturmabteilungs d’Adolf Hitler, qui étaient chargées de mener des actions plus directes. Le « Commandant » des SA se nommait, en l’occurrence, M. Hebert. Émile Prost aurait étonnamment occupé ce même poste.
Des moniteurs-instructeurs, sortis des « Écoles de Perfectionnement d’Éducation Physique », avaient pour charge de former les membres des SA et de la Garde Noire. Ces deux services, qui se confondaient l’un avec l’autre, devaient accueillir tous les adhérents valides de sexe masculin âgés de 21 à 40 ans. L'ensemble du service d'ordre, dont les effectifs de plus de 40 ans pouvaient être affectés à des « unités de réserve », était organisé de la manière suivante : « corps d’armée » 20 000 hommes ; « divisions » 10 000 ; « régiments » 2 000 ; « bataillons » 1 000 ; « compagnies » 200 ; « sections » 40 ; « groupes » 10 hommes. Ses membres devaient être prêts à suivre « au péril de leur vie » les directives données par le « Chef Suprême », comme annoncé aux termes des statuts de la Garde Noire et des Sections d’Assaut.
Malgré son manque criant d’adhérents, un certain Eugène Marzai sera affecté au poste de « Chef de Bataillon » des Sections d’Assaut du PNSF. Ancien officier du bataillon d’infanterie légère en Afrique, il avait été inscrit à la 18ème section du PNSF sous le numéro 382. Cette numérotation, qui prenait sans doute en compte les adhésions périmées, ne se rapportant pas nécessairement à sa véritable importance.
Mutilé durant la Première Guerre Mondiale, Eugène Marzai avait été décoré de la Légion d’Honneur. Devenu chef de vente au quotidien Les Dernières Nouvelles de Paris : organe de la reprise économique et d’informations, son activité avait été interrompue vers le mois de septembre 1940, au moment de l’interdiction du journal par les Allemands en raison de propagande germanophobe.
Alors affairé aux Dernières Nouvelles de Paris, il aurait rempli une feuille de demandeur d’emploi et aurait été convoqué, quinze jours plus tard, au 19 rue Saint-Georges. S’attendant à être reçu au siège de L’Illustration, situé au 13 rue Saint-Georges, il aurait immédiatement quitté les lieux, après s’être aperçu de la présence d’une croix gammée exposée à l’entrée de l’immeuble. Selon son interrogatoire du 5 juillet 1945, cette feuille de renseignement aurait permis au PNSF de l’inscrire à son insu.
Il aurait selon ses dires été arrêté par les Allemands en 1941 pour avoir délivré des passeports vers les zones interdites, sur lesquels des informations auraient été fournies aux Alliés.
Jules Cablet, Chevalier de la Légion d’Honneur de la Première Guerre Mondiale, était affecté à ce même poste.
Les chefs de la Garde Noire et des Sections d’Assaut étaient théoriquement divisés selon les trois catégories indiquées ci-dessous :

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Extraits du document intitulé : « DESIGNATION DES FORMATIONS DE LA GARDE NOIRE ». [AN].

La Police du Parti National-Socialiste Français :

Le PNSF possédait sa propre « Police », qui aurait joué un rôle certain dans la répression et la perquisition des opposants au PNSF et de ses adhérents ayant contrevenu à ses directives. Certains d’entre eux auraient été conduits dans une partie de la cave du 19 rue Saint-Georges surnommée « le cachot », qui avait été aménagée en prison de fortune. Une certaine Carmen Farello y aurait entre autres été séquestrée.
La Police du PNSF était dirigée par Simone Ducaté, qui avait elle aussi un bureau situé au deuxième étage de la rue Saint-Georges.
Son commandement passera cependant entre les mains de Georges Rubino à une période indéterminée. Christian Message le présentera en effet sous la fonction de « chef de la Police du parti » dans une lettre du 11 novembre 1940, avant que Rubino ne signe un document à son titre de « COMMANDANT de la GARDE NOIRE », le 22 novembre. Il sera de nouveau présenté le 28 novembre par un rapport français comme chef de la Police du PNSF. Bernard, également « Chef de Compagnie », s’y trouvant quant à lui désigné comme chef de la Garde Noire.
En 1934, un nommé Lucien Bernard, mentionné sans autre indication, avait fait partie des dirigeants de la Milice Socialiste Nationale de Gustave Hervé aux côtés de Paul Lafitte et Marcel Bucard.
Une « Garde d’Honneur », conduite par Gustave Grimonprez, venait parer l’ensemble des « [services militaires et policiers] » du PNSF. Le titre de « Chef de la Garde d’Honneur » du parti, dissimulait plus exactement la fonction de conducteur de compagnie de la Garde Noire, ainsi que de chauffeur personnel de Christian Message.
Ancien membre du Parti Social Français, Gustave Grimonprez avait été blessé au cours de sa mobilisation du 24 août 1939 au 19 août 1940. Il s’était signalé au début de l’Occupation comme militant actif des Gardes Françaises, aux côtés desquelles il avait participé à l’expulsion d’Henri-Robert Petit des locaux d’Au Pilori au 33 rue Vivienne, le 7 septembre 1940.

Les Services de Renseignements du Parti National-Socialiste Français :

Aux termes même du rapport de Pierre Mathieu, cet organisme se serait impliqué dans la répression du marché noir et dans la dénonciation de juifs et d'anglais à l'occupant. Ses effectifs, pouvant s’évaluer à une vingtaine de personnes, étaient en tenue civile et auraient été directement dirigés par Georges Rubino. Ils percevaient chacun une solde de 100 francs par jour, en plus d’une prime versée pour chaque affaire "résolue". L’objectif global des Services de Renseignements consistait à recueillir toute information se rapportant à l’opinion publique, à l’activité journalistique et politique ainsi qu’aux évènements judiciaires. Une surveillance de la Police Française aurait été étroitement menée dans le but de déclencher divers scandales par voie de tracts ou de presse, selon le rapport de novembre 1940.
Son chef officiel, Valentin Masson, âgé de vingt ans en 1940, était autorisé à circuler en zone non-occupée dans le cadre de missions de renseignement anti-gaullistes. Il sera soupçonné lors de l’Épuration d’avoir participé avec Christian Message à du trafic de biens juifs.
La direction des Services de Renseignements serait ensuite passée à Pierre Mathieu, qui s’en présentera comme chef dans une lettre datant du 28 avril 1941, listant diverses activités de trafics et de marché noir interceptées entre fin 1940 et début 1941.
Durant leurs interrogatoires menés après l’Occupation, Christian Message et Pierre Mathieu affirmeront ne l’avoir rédigée que pour faire libérer un ami de Mathieu nommé René Mangeot, en l’indiquant comme membre des Services de Renseignements du PNSF, suite à son arrestation par les Allemands pour vol d’essence du 20 au 21 avril 1941. Le document affirmait en ce sens que Mangeot avait été sur le point de faire arrêter un agent de l'Intelligence Service ainsi que deux officiers anglais. À en croire la liste de Pierre Mathieu, René Mangeot aurait également intercepté un trafic d’armes et de voitures, au moment de son arrestation, qui aurait été due à une confusion. Selon la version de Christian Message du 17 décembre 1945, le rapport de ces affaires aurait dû être destiné à un officier allemand client du Tyrol. Celles-ci n’auraient été inscrites que dans le but d’ajouter du poids à la demande de libération de René Mangeot et n’auraient donc représenté aucune valeur factuelle. Son appartenance au PNSF ainsi qu’à ses Services de Renseignements pouvant effectivement être remise en question, la seule mention de ce dernier en tant que membre du parti n’ayant initialement fait son apparition que dans la lettre du 28 avril. Il sera d’ailleurs innocenté à la suite de son procès, le 30 juillet 1947, en partie du fait de sa participation aux combats lors de la libération de Paris en août 1944.
Ce rapport mentionnait cependant un vol de pistolet, évoqué plus loin, à propos duquel Christian Message rédigera une nouvelle lettre le 31 mai 1941.
Masson aurait ensuite repris la charge de l’organisme aux alentours de mai 1941.
Supposément du fait de l’activité de ses Services de Renseignements, le parti aurait fait saisir plus de 40 tonnes de cuir, qui selon le compte-rendu du 18 octobre, « avaient été dissimulées par des juifs », afin de les redistribuer dans des usines de chaussures en banlieue. Une fois vendues pour le mois de décembre en magasins « aryanisés », les bénéfices engrangés devaient être reversés au Parti National-Socialiste Français. Le PNSF aurait également, selon le même document, mené une affaire de 70 tonnes d’huile et de savon, « [qui auraient été dissimulés par des juifs dans divers entrepôts de Paris et de la banlieue de la capitale] ». Son rédacteur concluant le résumé de l’enquête en qualifiant Christian Message de « chef de bande », en l’accusant de mener avec les Allemands un véritable gangstérisme. Les Services de Renseignements du PNSF menèrent même des opérations de contre-espionnage aux côtés de la section I/H de l’Abwehr, de par leurs contacts en Afrique du Nord, dont ils transféraient les informations aux services allemands, ce qui aurait valu à Christian Message de recevoir une somme de 40 000 francs. Cet élément n’étant mentionné que dans une fiche de renseignement non datée rédigée après l’Occupation.
L’ensemble des activités de renseignement du PNSF était directement planifié par des agents allemands de la Gestapo et de l’Abwehr. Les rapports directs de Message avec des officiers allemands étant également attestés par le compte-rendu du 18 octobre 1940, qui le décrivait comme « toujours entouré d’officiers allemands [se servant] de lui comme indicateur ». Le principal commanditaire des opérations résidait en la personne d’un autrichien nommé Raymand Witasek, dit Guillaume, également présenté comme capitaine d’un einzatskommando de la SS par un rapport français de police datant du 3 janvier 1941, ainsi que par un rapport allemand du 16 novembre 1940. Ce document le classera aussi parmi les V-Männer sous le pseudonyme de Rudolf. Client régulier avec son épouse française du Tyrol, il aurait fourni à Christian Message et aux membres les plus actifs de son parti, divers éléments de première nécessité tels que des passeports vers la zone non-occupée ou de l’essence, là encore selon le rapport du 17 décembre. Ces éléments ayant donc probablement permis entre autres, les circulations ici mentionnées durant leurs opérations de renseignement. Raymand Witasek aurait fait inscrire nul autre qu’Edmond Masson au PNSF sous le numéro 127. Ce dernier ne semblait le connaître que sous le nom de Guillaume, en tant qu’interprète au sein d’une organisation allemande non renseignée, située sur les Champs-Élysées.
Ces Services de Renseignements seraient restés actifs en mai 1941.
Des « Services Secrets » seront même mentionnés dans le rapport d’enquête du 4 novembre 1944 portant sur l’identification des membres du PNSF. Seul Jean Hesnard en sera signalé comme membre.

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René Mangeot, sans doute photographié avant son procès. [AN].

Le Conseil Suprême :

Composée des responsables de chaque organisation annexe du PNSF, de son chef de propagande Gaston Girbal, cette dernière branche avait pour tâche de sélectionner les futurs dirigeants du parti. Selon le huitième article de ses statuts, le Conseil Suprême ne pouvait être composé que de cinq personnes. La plupart de ses membres percevait théoriquement une rétribution à ce titre. Son expert-comptable Edmond Masson, attitré à cette même fonction pour Le Tyrol, en faisait également partie.
Né en 1898, Masson avait combattu dans la Marine durant les deux conflits mondiaux. Soutien des imprimeries communistes durant les années trente, il aurait été mis en cause pour cette raison par la Gestapo, dès le début de l’Occupation. Sous le conseil de Witasek, son adhésion au PNSF n’aurait été motivée que dans le but d’éviter les poursuites. Il se serait également inscrit à d’autres mouvements collaborationnistes tels que le Groupe Collaboration, dans l’objectif de couvrir son activité.
Edmond Masson aurait en effet subventionné deux mouvements de Résistance, dont une organisation communiste située à Limoges, dirigée par un certain Rebuchon. Il était également en relation avec un chef de la Résistance nommé Marcepoil, qui sera déporté à Buchenwald. Codirecteur de la « Fonderie Moderne », située au 119 rue Vieille-du-Temple, sa société sera fermée en octobre 1943 pour avoir couvert des réfractaires au STO. 250 à 400 ouvriers auraient ainsi échappé à leur départ en Allemagne du fait de son activité, de juin 1942 à juin 1944. Il se signalera également comme membre de la « Banque Commerciale et Agricole de Lorraine » ainsi que du « Froid Automatique Français ». Des résistants communistes seront avertis de leur arrestation par Edmond Masson, parmi lesquels un nommé François Kervarec, en 1943, futur adjoint au maire de Clichy. Deux juifs français nommés Daniel et Bokor auraient également été libérés grâce à son intervention. Son cabinet d’expert-comptable situé au 19 rue La Boétie offrira un abri à un certain Jacques London, qui imprimera La Pensée Libre ainsi que de nombreux tracts communistes. Aux environs d’octobre 1940, Edmond Masson avait conseillé au frère de London, son associé, de se réfugier en Amérique pour échapper aux mesures antisémites. Sa fonction d’expert-comptable lui aurait d’ailleurs permis de sauvegarder les intérêts de propriétaires juifs et de leur éviter la spoliation.
Il aurait néanmoins été employé par les autorités d’Occupation dans un but indéterminé, selon un rapport du 18 février 1941.
Pierre Villon, secrétaire général du Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, établi au 19 rue Saint-Georges, lui apportera sa défense en confirmant l’activité de Jacques London, dans une lettre à en-tête du 4 septembre 1945.
Un industriel cordonnier du nom d’Henri Ours aurait pendant un temps été membre du Conseil Suprême. Il sera en effet signalé comme un « ancien membre du bureau du Parti National-Socialiste Français » par un document allemand portant sur la surveillance des partis politiques, rédigé au cours de l’année 1941. De nombreux rapports français de la même période le présenteront comme un « membre influent » du PNSF.
Ancien cycliste de compétition né le 31 décembre 1902, Henri Ours aurait manifesté des sentiments pro-allemands dès 1939. Il avait été mobilisé le 24 août 1939 et libéré en juillet 1940 avec le grade de sergent. Dès son retour à la vie civile, il avait exigé la radiation d’un nommé Samet, délégué auprès des autorités allemandes de la Chambre Syndicale des Fabricants de Chaussures de Paris, sous prétexte de sa judéité, au cours d’une réunion de la Chambre tenue le 3 août 1940. Il avait été invité ce même mois à prendre connaissance du programme du PNSF, par l’intermédiaire de ses relations. Des séances d’information tenues à la même période l’en auraient également informé. Vers la fin du mois d’octobre 1940, Henri Ours aurait été exclu d’une réunion du PNSF (supposément organisée par le Conseil Suprême) pour avoir accusé Christian Message de n’exercer la politique qu’à son profit personnel. Ours avait de plus remis en cause l’intégrité de ses adhérents.

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Henri Ours durant le « Paris-Laigle », le 3 juin 1928. [BNF].

L’École Nationale-Socialiste des Sciences Politiques :

Les cadres et membres actifs du PNSF étaient tenus de suivre des « cours d’histoire, de littérature, de philosophie, d’économie sociale, etc », en vue de parfaire leur instruction générale. Aucun militant ne pouvait accéder à un poste décisif avant plus de deux ans d’activité au sein du mouvement.

Chapitre III : Le Mouvement National-Socialiste Français :

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Maurice Delaunay, le 5 octobre 1936, alors député du Calvados. [BNF, Safara].

Ce mouvement fut vraisemblablement fondé à la fin du mois d’août 1940 par Jacques Lecorgne, rejoint en septembre par son futur secrétaire Jean-Louis Luckaus, qui en sera le sixième adhérent. Dès sa création, le premier avait sollicité une entrevue avec le général allemand Turner, afin de lui soumettre les plans d’un « National Socialisme Français ». Le programme en question, qui s’affichait ouvertement en rupture avec le gouvernement du Maréchal, mettait l’accent sur une alliance avec la Russie en vue de la formation d’un bloc continental qui comprendrait l’Allemagne et l’Italie. L’installation du mouvement dans l’ancien local du Cercle des Nations au 21 rue Casimir-Périer lui sera d’ailleurs prêtée. Bien qu’anonyme, « un fermier normand » en aurait été la figure centrale. Seul Maurice Bernard de la Gâtinais en sera retenu comme chef.
Le 6 octobre 1940, Maurice Delaunay présentera en effet la conversion de la France au National-Socialisme comme « facile et désirable », dans une lettre adressée à Alfred Streccius, bien que son parti « Le Feu » ne s’en réclamera jamais aussi explicitement. Il sera d’ailleurs identifié par un rapport du 15 décembre 1940 comme l’initiateur du MNSF, à la tête duquel il aurait placé Maurice Bernard de la Gâtinais en tant que chef de façade. Comme rapporté par Yves Lecouturier, Delaunay déclarera pourtant ne pas en avoir été le fondateur et n’être « resté que huit jours au mouvement national socialiste français », qu’il aurait considéré trop favorable aux Allemands. Relayé par un rapport de police du 2 octobre 1940, un bruit courait selon lequel Delaunay aurait estimé le nombre d’adhérents du MNSF à 2 000 000. Ses promoteurs en évaluaient en réalité les effectifs à seulement 80 000 pour la zone occupée. Christian Message ne lui prêtera quant à lui que 1 100 membres.
Son dirigeant y avait provoqué une scission vers le 5 octobre, suite à un désaccord concernant l'entrée de Marcel Déat et de Pierre-Étienne Flandin au comité directeur du MNSF, que le futur « Maître du Feu » miroitait. De la Gâtinais, alors secrétaire général, s'y était opposé du fait de leur statut d'anciens parlementaires. Menacé d’exclusion, Maurice Delaunay avait profité de son retrait pour emporter des fonds de son parti une somme de 9 500 francs8°. De la Gâtinais n’en aurait été le chef officiel qu’à la suite de ce départ.
Contrairement au « Chef Suprême » du PNSF, que l'ambassadeur regardait au mieux avec recul, ce dernier aurait rapidement acquis la sympathie d'Otto Abetz. Christian Message dénoncera notamment son concurrent comme membre du Politburo soviétique depuis l'avant-guerre, en décrivant le MNSF comme un composé d'anciens anarchistes et communistes, dans un rapport émanant du secrétariat général du Parti National-Socialiste Français datant du 5 novembre 1940. Ce document sera transmis le 19 novembre à la GFP, accompagné d’un autre rapport du 1er novembre rédigé par Jean-Louis Luckaus. Maurice Bernard de la Gâtinais n’aurait cependant attiré l’attention du point de vue politique que de par sa proximité avec des mouvements nationalistes ou anticommunistes, tels que l’Action Française, les Volontaires Nationaux, les Comités de Défense Paysanne ou le PPF. Raymond Guibert et Louis Deseutre-Poussin auraient quant à eux appartenu respectivement aux courants anarchistes et au PSF. Certains dirigeants du MNSF auraient également fait partie de l’Action Française et de la Cagoule. Deux d’entre eux auraient été officiers des Brigades Internationales.
Le mouvement se fera connaître sous une seconde appellation : La Croisade Française du National-Socialisme. Régulièrement surnommé « Parti » National-Socialiste Français par des rapports datant aussi bien de l’Occupation que l’après-guerre, le MNSF aurait d’abord adopté cette terminologie. Cette idée pouvant se contester au travers de son plus ancien tract connu à ce jour, qui présentait dès août sa première appellation. De nombreux rapports le nommeront également « Mouvement : National Socialisme Français ». D’autres le désigneront simplement « National Socialisme Français ».
Déclaré vers le 7 octobre par son gérant Raymond Guibert, son organe de presse était un quotidien et un hebdomadaire respectivement intitulés : National Socialisme Français et Le National-Socialiste Français, dont la parution présumée n’aurait duré que peu de temps. Dès cette époque, Maurice Bernard de la Gâtinais avait tenté de faire paraître un journal autonomiste breton.
La SS (Section de Surveillance) et la SA (Section d'Assaut), dirigées par un certain Rochelle et Louis Deseutre-Poussin, également responsable de ses équipes sportives, composaient son service d'ordre. Leurs membres saluaient le bras tendu et étaient vêtus de chemises brunes à baudrier. Des brassards présentant une sauwastika, accompagnée des initiales « SS » auraient été en vigueur. Un rapport du 7 novembre 1940 évaluera les effectifs de la SS à une centaine de personnes. Marc Augier, duquel le mouvement avait accueilli les conférences, en aurait été le chef d’un « Jeune Front », également appelé « Front de la Jeunesse » par Le Matin du 21 octobre. Des équipes de SS s’étaient signalées par la distribution d’un tract dénonçant les attaques anglaises de Mers el-Kébir survenues du 3 au 6 juillet 1940, intitulé « Français, n’oubliez pas ! », ainsi que d’une « Déclaration du Mouvement ».
Le Mouvement National-Socialiste Français ne fera cependant que très peu parler de lui, si ce n'est dans un encadré de Paris-Soir du 17 septembre 1940, annonçant la distribution de son programme en le nom du « parti national-socialiste français », ce qui ne l’aidera pas à se faire remarquer. Ses réunions du 15 septembre et du 20 octobre 1940 tenues à son siège n’en avaient pas moins rassemblé un auditoire de 200 personnes. Une autre réunion y aurait également eu lieu le 22 septembre. Des conférences du MNSF auraient été organisées à Bordeaux par Jean-Louis Luckaus accompagné de son épouse.

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Tract du Mouvement National-Socialiste Français. Son emblème, la Sauwastika, ayant été ici ajouté au crayon. [BNF].

Selon un mémoire du 1er février 1946 rédigé par Maurice Bernard de la Gâtinais pour les besoins de son procès, le MNSF aurait été créé sous l’impulsion d’un groupement apolitique destiné à regrouper les anciens combattants de la guerre 39-40. La terminologie « National-Socialiste » n’aurait ici été adoptée que pour lui attirer la confiance de l’occupant. Comme affirmé par le document, de la Gâtinais n’aurait fait la connaissance de ses membres que « dans les premiers jours d’octobre », au moment de son arrivée au 21 rue Casimir-Périer, qui aurait eu lieu à la suite de la scission avec Maurice Delaunay. Le rapport du 2 octobre 1940 l’avait pourtant signalé à ses côtés parmi les dirigeants du MNSF. De la Gâtinais aurait tenté d’en regrouper les vestiges sous les auspices de la Croisade Française du National-Socialisme, qui n’aurait répondu qu’au nom de « La Croisade Française ». Le Matin du 21 octobre 1940 l’avait pourtant mentionné sous cette première appellation.
Suite à la disparition de son mouvement, de la Gâtinais poursuivra ses activités au travers du « Centre Communautaire », situé au 13 rue La Fayette, qui fera office de centre de documentation concernant la reconstruction de la France dans l’Europe sous domination nazie. Constitué le 10 juin 1941, il ne sera autorisé par les Allemands qu’entre le 14 mars et le 1er avril 1942.
Après avoir adhéré au Feu et au Rassemblement National Populaire, de la Gâtinais deviendra délégué à Rennes pour le Secrétariat Général de la Jeunesse à partir du 15 juin 1942 et soutiendra les autonomistes de la région en tentant de créer un mouvement de jeunesse breton. S’en seraient suivis des contacts avec le Parti Franciste ainsi qu’un passage au Front Révolutionnaire National, fin 1942 ou début 1943. Dès sa création, il intégrera la Milice Française comme officier de liaison du secrétariat au maintien de l’ordre en 1943, au sein de laquelle il assistera Joseph Darnand dans la formation de sa branche parisienne.
Il sera condamné, le 10 février 1947, à huit ans de travaux forcés ainsi qu’à la dégradation nationale à vie.

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À l’inverse des insignes du PNSF, qui n’auraient existé qu’en tissu, l’emblème du « National Socialisme Français » connut une modélisation métallique, laissant supposer des ressources financières plus conséquentes. Crédits iconographiques : Collection Roland Gerdil.

Parmi les dirigeants du MNSF, trois d’entre eux avaient jusqu’à présent été identifiés comme les initiateurs et comme des membres influents du parti de Christian Message :

Maurice Delaunay :

Alors député du Calvados s'étant défini comme « Républicain Indépendant », le maire de Curcy-sur-Orne avait fait partie des trois élus de l’Assemblée Nationale (probablement aux côtés de Marcel Déat et Gaston Bergery) à avoir voté contre l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne Nazie. Il avait également été le seul à se prononcer contre la confiance accordée au gouvernement le 27 février 1940.
Seule une note de recherches du 11 septembre 1944 l’identifiera comme membre du « Parti » National-Socialiste Français. Peu après son départ du MNSF, Maurice Delaunay avait tout de même tenté d’entrer en "pourparlers" avec le parti de la rue Saint-Georges, sans que ces démarches n’aient rencontré de résultats apparents. Des uniformes de la Garde Noire auraient été dérobés pour les besoins de son groupement, à en juger par une altercation déclenchée à ce motif le 30 janvier 1941 par Louis Charles Julien, dans les locaux du Feu situés au 12 boulevard Magenta. La Garde du Feu sera d’ailleurs en grande partie constituée d’anciens membres du service d’ordre du PNSF. Une attaque personnelle contre Christian Message sera dissimulée dans un tract des Jeunesses du Feu et de sa Section Révolutionnaire, au travers de la mention des « [Révolutionnaires de jus de fruit] ».

Jean-Marie Georgelin :

Croix de Guerre de la Première Guerre Mondiale, Georgelin avait successivement exercé les activités de commerçant, de démarcheur dans une compagnie d’assurance, d’employé dans une société de transports, ainsi que dans une usine d’aviation peu avant le second conflit.
Il aurait été inspiré à entrer en politique par sa traversée à pied de la France défaite du 13 juin au 22 juillet 1940, suite à sa mobilisation comme infirmier.
D’abord trésorier de la 17ème section des Gardes Françaises, il avait été nommé secrétaire général du Mouvement National-Socialiste Français, avant d’en démissionner au moment du départ de Maurice Delaunay. Il deviendra le trésorier du Feu ainsi que le gérant initial de son journal nommé La Tempête.

Jacques (dit Pierre) Lecorgne :

Futur secrétaire général du mouvement de Maurice Delaunay, il aurait tenté de réintégrer le MNSF peu avant le 10 octobre 1940. Lecorgne aurait, à ce propos, obtenu des Allemands l’autorisation de fonder un « bureau de renseignements » aussitôt après la disparition du Feu.
Avant le commencement des hostilités, il avait appartenu à l’Action Française de Rouen, pour laquelle il n’hésitait pas à en venir aux mains et aurait alerté le Consul d’Allemagne du Havre en distribuant le texte non-officiel de Mein Kampf dans un but manifestement germanophobe.
Après avoir exercé la profession de libraire à Rouen comme directeur de « La Maison du Livre », il était remonté sur Paris avec sa maîtresse en juillet 1940, où le couple occupait un studio aux murs ornés de portraits d’Adolf Hitler et de dignitaires allemands et dans lequel certains officiers des troupes d’Occupation auraient été régulièrement reçus. Il appartenait à cette époque à la 17ème section des Gardes Françaises, pour lesquelles il s’était fait entendre le 25 août 1940 à leur siège situé au 26 avenue Wagram.
L’activité de Lecorgne consistera principalement, du 15 juin 1942 à avril 1944, en la saisie à main armée de biens juifs, qu’il revendait à la salle des Ventes auprès de commissaires-priseurs. Les bénéfices engrangés, s’élevant à 21 000 000 de francs, auraient été récoltés sous les ordres du service D (« Dienstell der Feldpost ») de l’ambassade d’Allemagne, chargé de la spoliation des biens juifs, auquel lui-même appartenait. Des soldats allemands constatant ouvertement l’immoralité de ces ventes, du fait du préjudice causé aux sinistrés français auxquels les biens auraient dû être destinés, seront même envoyés sur le front de l’Est, selon le rapport « Affaire Lecorgne/Service Dupont » du 29 novembre 1944.
Une fiche allemande qui l’avait enregistré comme indicateur le mentionnera également comme membre de la Propaganda-Staffel ainsi que du « service IVA » de la Gestapo, dont une des divisions était chargée du contre-espionnage et du contre-sabotage. Il avait entre autres adressé aux Allemands de juin à septembre 1941, des rapports venimeux concernant des individus hostiles à la Collaboration ou favorables aux Alliés. Deux d’entre eux datant du 20 juillet et du 12 septembre portant sur un banquier nommé Joseph Tcherine, porté disparu depuis sa déportation, auraient entraîné son arrestation par la Gestapo du 17 décembre 1941. L’une de ces dénonciations aurait même conduit à l’exécution d’un chef de la Police Française, selon le rapport du 15 mai 1945 rédigé par l’inspecteur Bauvalot.
Lecorgne serait, par la suite, entré en relation avec les tenants du Fascisme les plus notables, tels Marcel Bucard, Marcel Déat, Eugène Deloncle et aurait fait interner le principal exécutant de la Cagoule, Jean Filiol, à la suite d’un rapport défavorable. Des rapports de Lecorgne, aussi bien destinés à Vichy qu’aux autorités d’Occupation, auraient même porté sur René Bousquet. Il n’aurait d’ailleurs pas hésité dans ces documents, à se comparer à Adolf Hitler par les propos qu’il rapportait, soi-disant, de soldats allemands. Le rapport du 29 novembre 1944 expliquant l’influence de Jacques Lecorgne par une protection de la part du colonel Kurt von Behr.
Il s’exilera en Espagne en octobre 1945, suite au lancement de son mandat d’arrêt du 27 mars. Selon une rumeur relayée par un rapport du 27 février 1947, Lecorgne aurait emporté avec lui une somme de « 100 millions » de francs qui aurait appartenu au Mouvement National-Socialiste Français, avant de s’exiler en Suisse peu avant la Libération.
Sa compagne, accusée d’avoir été employée au 55 avenue des Champs-Élysées par la Propaganda-Abteilung, organisme situé à l’hôtel Majestic dont dépendait la Propaganda-Staffel, aurait fait la promotion de la Relève au micro de Radio-Paris. Elle en sera néanmoins acquittée le 16 novembre 1956, du fait des résultats peu concluants de l’enquête.
Vers la fin de l’année 1941, Jacques Lecorgne aurait tenté de fonder un autre mouvement nationaliste pro-allemand, selon l’interrogatoire de René Collas, suspecté d’avoir fait partie de ses informateurs dans l’arrestation du banquier Tcherine et que Lecorgne avait abordé à cette fin sous son pseudonyme de Dupont.
Enfin, il convient de noter qu’un certain Lecorgne sera mentionné dans La Mise au pas comme ayant été chargé d’enquêter sur la mise en valeur de la propagande par les libraires de la capitale.

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Lettre de Jacques Lecorgne au commissaire-priseur Maurice Bataille. [AN].

Selon le compte-rendu du 18 octobre 1940, des dissensions entre le parti de Christian Message et le mouvement national-socialiste ici traité auraient émergé dès le début du mois.
Le 28 octobre à 18 h 45, profitant de l’absence de la majeure partie du service d’ordre du MNSF, le Parti National-Socialiste Français et ses sections d’assauts, accompagnés de « deux unités de police », envahirent le local du 21 rue Casimir-Périer. Selon un rapport français de police du 1er novembre, les partisans de Christian Message s’y seraient présentés au nombre d’une centaine, tandis que le rapport allemand du 16 novembre n’estimera les assaillants qu’entre 40 et 50 personnes. Georges Rubino informera lui-même les services de police de cette réquisition. « Devant la sympathie que [leur] témoignèrent les occupants », les sections d’assauts, munies de barres d’acier, n’eurent guère plus à faire que de contrôler et d’enfermer les quelques sections de surveillances dans la salle de réunion. Durant son procès en 1947, Maurice Bernard de la Gâtinais rapportera avoir été ligoté et conduit dans un taxi au Tyrol par Christian Message. Tous deux s’étaient pourtant trouvés sur les lieux durant les évènements. Message lui proposa en effet la fusion des deux mouvements en une seule organisation, qu’il refusa au nom de l’autonomie du MNSF et en raison de la contrainte employée dans ce but. Jean-Louis Luckaus, qui avait rallié les rangs du PNSF, tenta vainement de l’influencer en ce sens. Une alliance éventuelle fut cependant admise, du fait de la similitude entre leurs objectifs. Dans son rapport du 5 novembre, Christian Message parlera pourtant d’un « accord signé avec M. de la Gâtinais », obtenu dans la soirée.
Une fois les propriétaires chassés de leurs locaux, le PNSF eut tout le loisir d’inspecter le 21 rue Casimir-Périer… La fouille des bureaux aboutit ainsi aux découvertes selon lesquelles le parti était truffé d'agents doubles travaillant pour le compte du MNSF et que ce mouvement aurait cherché à ternir la réputation de Christian Message par de faux rapports transmis à Otto Abetz, affirmant que celui-ci avait tenté de corrompre Louis Renault au profit du PNSF. Ses adversaires auraient également dissimulé un réseau d’escroqueries. Selon le rapport du 5 novembre de Message, ce réseau aurait été composé d’anciens démarcheurs pour La Belle France, ici identifiée comme une revue républicaine appartenant à Jacques Doriot ou au général Augustin Eugène Mariaux, selon la rectification du document. Ces mêmes démarcheurs auraient également œuvré pour le Parti Communiste. Un membre du PNSF nommé Lucien Cazé avait lui-même été démarcheur en 1935 pour La Belle France, revue conservatrice dirigée par le général René Madelin et patronnée par le Maréchal Pétain.
Dès le lendemain matin à 9 h 30, le lieutenant Beck contraignit Christian Message et ses adhérents à évacuer les locaux. Revenus sur les lieux, les membres du MNSF firent face à la disparition de bouteilles de rhum, d’une somme de 11 700 francs, ainsi que de tableaux de valeur, parmi lesquels un van Dongen et un van Dyck. Comme témoin du prétendu vol de ces tableaux par de la Gâtinais, Christian Message mentionnera dans son rapport du 5 novembre une certaine Garnier, « épouse d’un de nos adhérents de La Garenne ». Le chef du MNSF aurait ainsi été tenu pour responsable par les Allemands du vol de ces éléments, ce qui aurait constitué la raison de la fermeture de son local. Ce dernier lui sera cependant gardé à disposition dans l’attente de leur restitution.
Rochelle et Louis Deseutre-Poussin sollicitèrent, le jour même, un moyen de réplique auprès de la Kommandantur. Une soixantaine de revolvers Mauser leur aurait été versée.
Dans son mémoire 1er février 1946, de la Gâtinais rapportera avoir été menacé par Christian Message au moment de son arrivée avec ses adhérents, qui lui aurait conseillé de « déguerpir » au prétexte d’une alliance avec les anciens membres du MNSF, qui auraient cherché à récupérer leurs locaux. Selon ses déclarations du 10 février 1947, son identification comme membre d’un parti national-socialiste français n’aurait été due qu’à la réquisition par Message des locaux de la rue Casimir-Périer, qui aurait induit l’accusation en erreur. Sa version précitée du 1er février ne fera cependant aucune mention de leur seconde confrontation.

Le 31 octobre, une soixantaine de SS armés fut mobilisée au 21 rue Casimir-Périer dans l’attente de nouvelles négociations, dont Maurice Bernard de la Gâtinais avait été prévenu pour 16 h 30 par un appelant anonyme. Requis comme témoin dans le procès de De la Gâtinais, Henri Ours rapportera, le 20 mars 1946, l’avoir averti d’« un mauvais parti » que Christian Message lui avait préparé. Selon son mémoire du 1er février, Ours serait venu à sa rencontre pour l’en informer. Dès 16 h, Message se présenta accompagné cette fois-ci de soldats allemands et d’une vingtaine de gardes noirs. Après le retour de celui-ci à 17 h 15, de la Gâtinais et Christian Message délibérèrent avec leurs partisans jusqu’à 18 h, sous le regard des troupes d’Occupation. Malgré un nouvel échec de cette fusion, certains membres du MNSF transitèrent vers le PNSF. Tel en avait été le cas pour Jean-Louis Luckaus, devenu secrétaire particulier de Christian Message.
Il en sera de même pour le sculpteur Ernest Diosi, futur délégué du PNSF pour le 14ème arrondissement, qui rejoindra le Rassemblement National Populaire, le 7 mars 1941. Ce dernier présidera le « Motocycle Club de France » durant les années cinquante, association fondée en 1903.
D’autres rejoindront le Mouvement Social Révolutionnaire.
Après le retrait de ses hôtes, de la Gâtinais annonça son départ pour un camp de prisonniers allemand auquel il devait être interné. Fait prisonnier durant les combats, un individu non identifié aurait dénoncé son évasion aux Allemands. Le « corps noir » de la SS, également appelé « schwarz korps », se réunit alors en conseil secret pour déterminer l’origine de cette dénonciation. Une fois le coupable trouvé, Jean-Louis Luckaus sera condamné à mort.
Après avoir été employé par diverses compagnies frauduleuses de contentieux et d’assurance, ce dernier avait été fait prisonnier par les Allemands à Pontarlier puis à Besançon, suite à sa mobilisation. Du fait, selon lui, de son origine alsace-lorraine, il aurait été libéré le 13 juillet 1940. Jean-Louis Luckaus serait plus exactement né au Luxembourg de parents français.
Ayant exercé comme représentant en parfumerie à partir d’avril 1941, il prendra possession du salon de coiffure Dermabella, situé au 17 rue de la Tour à Paris, au début de l’année 1942. Son propriétaire nommé Simon Grimberg avait précédemment été arrêté et fusillé par les Allemands. Une rumeur prétendra que Luckaus en avait été à l’origine. Cet établissement servira de façade à son agence de délation, qui accueillera des officiers allemands, ainsi que divers informateurs et agents de la Gestapo des plus zélés. Il aurait eu pour chef de réseau un certain Georges Hugener, qui sera identifié sous le pseudonyme de Marcel Rousseau. Dès 1941, Jean-Louis Luckaus se serait mis au service des Renseignements allemands. Un manuscrit intitulé « Plan initial de la doctrine du National Socialisme Français », sera entre autres retrouvé lors des perquisitions menées contre lui et ses proches à la Libération.
Il sera arrêté à Romans le 21 août 1944, vêtu d’un uniforme allemand.

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Rapport du secrétariat particulier du « Chef Suprême » du parti, rédigé par Jean-Louis Luckaus. Les circulaires du PNSF reprenant la même police et structure que les lettres à en-tête de la Chambre des Députés. [AN].

Revenu de son incarcération vers le 4 novembre 1940, Maurice Bernard de la Gâtinais consulta une assemblée de ses lieutenants au siège du MNSF. Dans l’objectif prioritaire de mener des représailles contre le PNSF, ils débâtirent de l’impossibilité d’obtenir des Allemands l’autorisation de circuler munis d’armes à feu. C’est également au cours de cette réunion que les « Corps Francs » et la « Milice » supplantèrent respectivement la SS et la SA. Une « Garde Spéciale » (déjà établie le 22 octobre), destinée à la protection des dirigeants, s’ajouta à ces organisations. Toutes trois devaient être dirigées par des « chefs suprêmes ».
Après la fermeture de son local par les Allemands au début du mois de novembre, une branche du MNSF aurait adopté une nouvelle terminologie : La Croisade Française des Jeunes et des Travailleurs - Mouvement National Socialiste, située chez Louis Deseutre-Poussin au 83 rue de Provence, où sera constitué sur cette base le « Comité d’Épuration de la Race Française », début 1941. Ce dernier groupement se dissoudra dans le Feu peu après sa création.

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Maurice Bernard de la Gâtinais. Photographie retrouvée sur sa demande de port d’arme à la Kommandantur du 15 mai 1944. [APP].

Chapitre IV : Nationaux-Socialistes contre Nationaux-Collectivistes :

Le 4 novembre 1940 à minuit 15, un nommé Henri Mourot, garde du corps de Simone Ducaté, signala sa disparition au poste du 9ème arrondissement dans la crainte d’un enlèvement. L’enquête en conclura que Ducaté s’était éclipsée pour une sortie d’ordre sentimental.
Ancien boxeur sous le nom de sa mère de Clairet, Henri Mourot sera arrêté le 26 juillet 1942 à Montpellier pour espionnage au profit des Allemands. Ces derniers le libéreront en juillet 1944. Durant les insurrections de la capitale, il sera chargé par le SD de la constitution d’un réseau de renseignement destiné à s’y implanter.

Le 9 novembre, trois membres du PNSF se présentèrent en uniforme à la Maison de Photographie Manuel, située au 27 rue du Faubourg-Montmartre, qui portait alors la mention « Entreprise Juive », afin d’exiger de son directeur le réajustement de sa pancarte. Refusant leurs sollicitations, il les conduisit au commissariat du quartier. Tous trois y auraient été interrogés.
Parmi eux se trouvait un nommé François le Clavez, qui s’engagera dans la LVF vers 1943.

Une certaine Raymonde Perroud, porteuse sur son manteau d’une Croix de Lorraine, fut interpellée le lendemain sur les Champs-Élysées vers la place de la Concorde en compagnie de sa mère, par un garde noir nommé René Jeanneau. Ayant remarqué l’insigne, il lui somma de le retirer en tentant de procéder au contrôle de son identité. Il entreprit ensuite de la brusquer après l’avoir arraché sur ces mots : « Alors, vous l’attendez votre de Gaulle ? ». Lors de sa déposition retranscrite le 24 juillet 1946, Raymonde Perroud situera étrangement cet épisode au « 11 novembre 1941 ». Du fait de l’attroupement provoqué, un agent de police appelé à l’aide par Perroud les conduisit au commissariat de la rue de Lisbonne. Durant leur garde à vue, Jeanneau tenta de se débarrasser d’une matraque dans les toilettes du commissariat. Christian Message y intervint quelques instants plus tard pour faire libérer son adepte. Après avoir été entendus par un commissaire de police, ils quittèrent les lieux sur le salut nazi. Durant son interrogatoire, Raymonde Perroud déclara s’être procuré cette épinglette au Bazar de l’Hôtel de Ville, en compagnie de ses collègues employés de préfecture et ne pas l’avoir arborée en soutien au Général de Gaulle.
De nouveau questionnée le lendemain matin par un commissaire de police, son interrogatoire se déroula cette fois-ci en présence de Christian Message et René Jeanneau, accompagnés d’un agent de la Gestapo. Elle sera transférée dans la matinée à la Feldgendarmerie, comme suggéré la veille par Christian Message. Après avoir été interrogée par des officiers allemands, elle sera remise en liberté le soir même.

Le 11 novembre, la brasserie de Christian Message servit de point de ralliement aux militants du Jeune Front, à l’époque dirigé par Louis Mauger, au moment de leurs affrontements avec les étudiants manifestants venus rendre hommage au Soldat Inconnu, qui avaient saccagé leur local. Une réunion du PFNC devait être organisée le même jour, sous l’Arc de Triomphe. Des rixes eurent également lieu devant la brasserie, avec des militants de la Garde Française, qu’il s’était adjoint comme service d’ordre. Deux jeunes membres du PNSF, qui avaient quant à eux confronté une manifestante porteuse d'une croix de lorraine, partirent se réfugier au Tyrol pour échapper à la foule. Cinq des manifestants furent même dénoncés aux soldats allemands présents sur les lieux par des membres du PNSF et/ou du PFNC, regroupés dans le hall de la brasserie.
Charles Lefèbvre, responsable des Gardes Françaises, avait cependant déposé plainte, début octobre 1940, pour avoir été l’objet de menaces de la part de membres du PNSF. Un garde français avait été hospitalisé dans le même temps suite à un accrochage similaire au Tyrol. Des représailles auraient été envisagées à ce titre.
Au soir de ces évènements à 18 h 30 (la retranscription du document assurée par le commissaire Georges Veber le datant du « 11/10/40 »), Christian Message rédigea une lettre libellée au nom de son secrétariat particulier destinée au préfet de police. S’y présentant comme le « chef du parti le plus puissant en France toléré (sic) », il lui rapporta l’apparition d’insignes gaullistes présentés sur leurs vestons par de nombreux « étudiants juifs ou enjuivés, fils de francs-maçons et autres ». Il y dénonça également des incidents survenus ce même jour (probablement les manifestations), desquels son destinataire aurait selon lui été averti par Georges Rubino et qui se seraient déroulés avec la complicité de la Police Française. En présentant cet organisme comme investi par des sympathisants du Général de Gaulle, Message se proposa de fournir au préfet de nombreux rapports pouvant en attester. Un garde noir aurait de plus été agressé par un inspecteur de police chargé de la surveillance du PNSF, ce qui aurait abouti à une altercation. Une patrouille de la Garde Noire sur les Champs-Élysées en vue du maintien de l’ordre y fut aussi annoncée pour le 12 novembre. Cette manifestation ne s’étant vraisemblablement jamais déroulée. Christian Message l’avertit enfin dans le post-scriptum de sa lettre en avoir fait parvenir un exemplaire aux autorités d’Occupation.

Le 13 novembre, Christian Message fut convoqué à 10 h 45 par le commissaire de police Georges Veber, qui le reprit sur l'envoi de sa lettre précédemment mentionnée, en l’accusant d’avoir voulu substituer la Garde Noire à la Police Française. Message en minimisa la teneur en la mettant sur le compte d’une forte sollicitation émotionnelle liée à la vue des événements relatés. Le commissaire Veber, qui retranscrit leur conversation ce jour-même, rapportera que Christian Message, après avoir estimé les effectifs de son service d'ordre à 1 200, était allé jusqu'à revendiquer les 2 000 000 d’adhérents. Message revint également, au cours de l'entretien, sur ses accusations de maltraitances sur un garde noir par un inspecteur de police, en affirmant n’avoir eu aucun élément d’identification sur cet individu. Il retira enfin ses assertions de manques de loyalisme de la part de la Police Française, en assurant avoir voulu alerter le préfet de police sur les sympathies gaullistes de certains de ses membres, en rappelant détenir des rapports à leur sujet.

Le lendemain après-midi, 14 novembre, cinq membres du PNSF âgés chacun d’une vingtaine d’années furent conduits au commissariat du quartier Vendôme, après avoir exigé de deux bijoutiers de la rue de Rivoli, le retrait de croix de lorraines et d’une mention « Maison Française » arborées à l’entrée de leurs commerces. Parmi ces militants se trouvaient un jeune de nationalité belge, ainsi que son voisin d’immeuble Jean le Cozannet, ancien membre du PFNC, qui avant l’Occupation aurait été affilié au Parti Communiste. Il avait été arrêté dans la nuit du 28 octobre durant une distribution de tracts en faveur du premier mouvement, en compagnie d’un autre de ses adhérents. Tous deux avaient été trouvés porteurs d’un total de soixante-cinq documents de propagande.
Le Cozannet s’engagera dans la LVF le 15 octobre 1941, dans l’unique but, selon une note de son procès, de faire libérer deux de ses proches maintenus prisonniers. Suivant le témoignage de son épouse du 10 mars 1945 et d’un gardien de nuit de son immeuble du 28 février, le Cozannet aurait cependant effectué une active propagande en faveur de la Légion et de ses créateurs. Il aurait de plus été détenteur d’un certificat lui permettant les circulations nocturnes en sa qualité d’« artiste ». Après avoir combattu jusqu’au 8 mai 1943, il sera interné en Autriche par les Allemands pour désertion au camp de Maria-Lazendorf jusqu’à son évasion de mars 1944. Il rejoindra le Maquis Lorrain en septembre 1944 ainsi que les FFI, puis recevra une blessure à la jambe au sein de l’armée américaine peu après la libération de la capitale.
Interrogés, ils déclarèrent avoir agi directement sous les ordres de Christian Message.

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Affiche du Parti Français National-Collectiviste de format réduit, découverte en la possession de Jean le Cozannet. [APP].

Chargé par le parti de la surveillance d’un individu non renseigné, René Jeanneau fut de nouveau arrêté le 15 novembre pour la détention d’une matraque, après avoir été rossé à coup de poings et de bâton par sa cible. Il n’en sera condamné que le 4 août 1941 à quinze jours d’emprisonnement. Âgé de vingt ans à cette époque, il avait la responsabilité des gardes du corps de Christian Message, qui percevaient un salaire mensuel de 1 000 francs.
Le 18 juillet 1941, le tribunal de Rouen l’avait déjà condamné à deux mois de prison pour violences et menaces de mort, proférées entre 1935 et 1939. Lui-même avait reconnu lors de son arrestation du 15 novembre, avoir été interné à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard.
Il sera condamné à vingt ans de travaux forcés par contumace, le 17 décembre 1948.

Dans la nuit du 16 novembre à 3 h du matin, un groupe de quatre membres du PNSF, parmi lesquels deux porteurs d’uniformes, effectua une expédition punitive contre un nommé Roger Comte de Phuoc qu’ils amenèrent dans une voiture. Georges Rubino et M. Hebert auraient eux-mêmes pris part à cette intervention. Trois jours plus tard, trois individus se rendirent à son domicile pour y saisir tout document attestant de ses liens avec le PNSF. Sa compagne, qui se rendit dès le lendemain au commissariat d’Asnières pour y rapporter l’évènement, se vit indiquer de s’adresser directement à la Kommandantur « ou à la Police du Parti National-Socialiste Français ».
Adhérent au PNSF depuis octobre 1940, Roger Comte de Phuoc en dirigeait la « garde personnelle » de Christian Message, qui venait seconder ses gardes du corps. Henri Mourot en aurait également fait partie. Passé par le Mouvement Social Révolutionnaire ou en attente d’y adhérer, il avait abandonné ce poste au début du mois de novembre, après que Message eut exprimé des soupçons à son égard.

Fin novembre, un certain nombre de militants du PFNC, du Jeune Front et de la Garde Française quittèrent leurs organisations respectives pour rejoindre le PNSF, au prétexte de la décomposition générale de leurs organisations. Cette faction se composait entre autres d’un certain G. Gosset, chef des Gardes Françaises, de Louis Mauger et Georges Courvoisier. Un vice-président du PFNC aurait fait partie de ces transfuges. Ils distribuèrent dans ce cadre une lettre libellée au nom de leur ancien parti aux adhérents de Pierre Clémenti : « Camarade, […] Le P.F.N.C. et ses organisations annexes sont actuellement dans un tel état de désorganisation, qu’il nous fut impossible, malgré toute notre volonté de redresser cette situation. Nous avons donc mis notre idéal de redressement national et notre désir de reconstruire une France nouvelle, au service d’un parti […], dont les buts sont identiques au P.F.N.C., mais où règne la discipline et l’organisation : LE PARTI NATIONAL SOCIALISTE FRANCAIS. […] La France sera ce que nous la ferons. Ecrire à L. MAUGER, 19 rue St-Georges – Paris. ».
Une lettre ouverte adressée à leur chef y fut également jointe. Ce dernier document, rédigé dès le 11 novembre 1940, tenait le président du PFNC pour responsable de ce déclin du fait de son incompétence, en lui reprochant de négliger les masses populaires. Le texte présenté prenant une certaine ironie, au regard de l’attitude globale de Christian Message et de l’organisation du PNSF : « […] - Vous ne savez pas être le grand responsable, gérant de quelques centaines d’hommes et vous osez aspirer à en diriger des millions - […] Mais croyez-nous, ce sont de bonnes volontés, des idéalistes de votre mouvement qui vous crient leur lassitude […] ; des quantités de mouvements parallèles au vôtre existent, est-ce que leur chef est plus capable que vous, l’avenir en jugera. Mais pour nous, seule la France nouvelle compte […], et c’est ce chef de cette nouvelle France qu’il nous faut trouver. […] nous croyions au JEUNE FRONT, vous l’avez tué, vos organismes végètent. […] ».
Une fois admis au Parti National-Socialiste, les démissionnaires du PFNC seront chargés de l’intensification de son recrutement et affectés à ses Services de Renseignements.
Le mouvement adressa également son programme aux membres dirigeants du PFNC.
Un militant des Gardes Françaises nommé Louis Versini, combattant de la Grande Guerre, deviendra ainsi « Chef de Section » au PNSF. Ce dernier avait déclenché une altercation devant une permanence d’Au Pilori le 16 août, avant son arrestation durant les agressions antijuives du 20 août. Lui aussi avait pris part à l’expulsion d’Henri-Robert Petit.
Un autre garde français nommé Camille Hammenthiène rejoindra le PNSF. Il en sera de même pour Jacques Thibault, qui avait lui aussi participé aux manifestations du 20 août.
« Tomy Galvan » (Touny Galvan) déplorera les dispersions liées à l’apparition de nouveaux partis dans L’Heure Française du 30 novembre, organe de la 11e section du parti français national-collectiviste : « […] Chaque jour nous assistons à la naissance de partis isolés et impuissants ayanttous à peu près le même programme et groupant au nom du salut public toutes les sympathiesou antipathies personnelles. […] ».
Des affrontements eurent potentiellement lieu sur les Champs-Élysées le 24 novembre entre les militants des deux partis, durant une réunion concernant le rattachement du Jeune Front et de la Garde Française que le PNSF devait organiser à 9 h 45 au Tyrol. Le PFNC avait prévu simultanément, son propre rassemblement au 28 avenue des Champs-Élysées, en menaçant de radiation les cadres qui ne s'y présenteraient pas. Une centaine de personnes aurait assisté aux deux réunions.

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Ordre envoyé par Georges Rubino à la Garde Noire, en préparation de la réunion du 24 novembre. [AN].

Le 29 novembre 1940, deux jeunes membres du PNSF intervinrent auprès d’un commerce d’objets d’écaille et d’ivoire, au 55 boulevard Haussmann, afin d’y contrôler l’affichage des prix. Cette nouvelle opération ne déboucha sur aucune suite. Un autre de ses adhérents du nom de Émile Rausch aurait pris part à une action similaire, en exigeant d’un magasin juif du 3ème arrondissement l’abaissement du coût de ses bas de laines.
Le journal édité à Londres France rapportera dans son numéro du 27 août 1941, que le PNSF commettait régulièrement des attaques contre les magasins juifs du quartier du Temple avec la Garde Noire, en en mentionnant le chef sous le nom de « Mecer ». Ces activités, plus généralement prêtées au PFNC et à ses groupes d’actions, sembleront se confirmer au travers d’un rapport de police du 23 décembre 1940 qui relèvera des menées analogues de la part des deux groupements.

Du fait des agitations déclenchées par Christian Message, ce dernier fut convoqué le 30 novembre 1940 au Palais de Justice, escorté sur son chemin par dix gardes noirs. Invité à se rendre le 26 octobre à cette même adresse, il avait quitté sa brasserie accompagné d’une vingtaine de ses partisans en uniforme, de quatre de ses associés en civil, de quelques femmes et de deux enfants porteurs de brassards. Le PNSF sera d’ailleurs décrit comme « un foyer de troubles permanents ne faisant qu'entraver le développement sain des groupes fascistes », au cours d’une réunion à l’ambassade allemande mentionnée plus loin. Non sans raison, compte tenu de la circulaire du 12 novembre intitulée « Instructions aux gardes noirs pour la police de la rue », affichée par Christian Message au 19 rue Saint-Georges, au lendemain donc, des manifestations étudiantes : « Les gardes noirs doivent se tenir prêts à assurer d’un moment à l’autre la police de la rue, c’est-à-dire la circulation proprement dite et empêcher les attroupements sur les trottoirs et aux carrefours, conformément au décret des Hautes autorités d’Occupation interdisant toute manifestation à caractère politique dans la rue.
Les camarades de la Garde Noire qui seraient chargés de remplir cette mission seront en uniforme ou en civil munis d’un brassard. Ils ne devront jamais se séparer et ne circuler qu’en groupe compact de dix hommes. Ils devront saluer, du salut national-socialiste, les officiers de la police française et tous les officiers de l’armée allemande. Il est interdit aux gardes noirs, pendant les heures de garde, de fumer. Ils devront toujours avoir une attitude digne et correcte. Il leur est également interdit de lire les journaux et d’aller au café pendant la durée de leur garde. Ils devront rester impassibles et ne répondre à aucune provocation. Si des passants les insultent, ils ne devront pas réagir. Si les insulteurs, encouragés par le silence des gardes noirs, essaient de les frapper, les instructions que j’ai données le 10 novembre devront être exécutées ; c’est-à-dire frapper à mort l’agresseur. En aucun cas le garde noir attaqué ne devra donner la vie sauve à son agresseur. En cas de difficultés avec la police française, les gardes noirs devront toujours exécuter les ordres qui leur seront donnés par les officiers de police française et non par de simples gardiens. Au cas où un agent de police française en uniforme ou en civil prononcerait des paroles contre le Parti National-Socialiste Français ou les troupes d’occupation, ces paroles devront être enregistrées par écrit et le numéro du gardien toujours noté. Au cas où un gardien de la paix essaierait de frapper un garde noir les instructions du 10 novembre restent valables : le gardien de la paix devra être abattu et blessé à mort. Dans tous les cas de légitime défense comme je viens de l’exposer, l’agresseur ne devra jamais survivre à ses blessures. Vive la France Nationale-Socialiste. - Christian Message, Chef Suprême du Parti National-Socialiste. Paris, le 12 novembre 1940. ».
Au vu de la mention des instructions « données le 10 novembre », nous pouvons supposer que celles-ci aient été rédigées en prévention des manifestations, dont le bruit avait commencé à courir. Le rapport du 17 décembre suggérait d’ailleurs de prétendus actes de violence commis par la Garde Noire durant les évènements. Selon ce même document, les circulaires produisant les instructions de Christian Message données à son service d’ordre auraient été transmises à la Police Allemande de la place Beauvau.
Une affiche annonçant des cours de maintien de l’ordre y aurait également été exposée : « Vu l’insuffisance de la police, des cours de formation seront organisés pour suppléer, le cas échéant, les services de police. ». L’avis aurait été rapidement retiré.

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Pierre Clémenti, le 30 juillet 1941. L’insigne du PFNC étant ici présenté sous sa version d’avant-guerre. [BNF, Safara].

Quelques jours plus tard, le 2 décembre 1940 vers 20 h, le secrétaire de Pierre Clémenti prénommé Arnaud, déposa une nouvelle plainte après qu’un membre du Jeune Front eut été suivi le même jour par six membres du PNSF et frappé à l’œil par l’un d’entre eux. L’après-midi même, ceux-ci avaient été aperçus en plein repérage du 28 avenue des Champs-Élysées.
Dès le lendemain, le commissaire du 8ème arrondissent se rendit accompagné d’agents à l’adresse indiquée, après qu’un garde français eut informé les services de police vers 21 h 30 de l’intention de Christian Message de venir l’investir par la force. Arnaud lui signala que ce dernier l’avait averti par téléphone de violentes représailles en cas de nouvelles « provocations » et que les membres du PNSF étaient armés.
Quatre membres du PNSF entrèrent ensuite au 28 avenue des Champs-Élysées, avant d’y être rejoints par des soldats allemands sur ordre d’un sous-officier, aboutissant à l’arrestation de Pierre Clémenti et de ses militants par la Police Française pour détention d’armes. Il sera relâché par les Allemands dès le 7 décembre, avec son secrétaire général Éric Labat. L’opération, conjointement menée avec le PNSF, aurait eu pour origine une dénonciation de Christian Message, lui-même : « […] Ils [les militants du PNSF] avaient projeté de prendre d’assaut notre siège central. Je savais qu’ils étaient armés. J’armai donc aussi mes hommes et attendis tranquillement la réalisation des rodomontades de l’apprenti-führer, marchand de bière de son état. Au lieu de nous attaquer, celui-ci jugea plus prudent de nous dénoncer à la police allemande […] » - Pierre Clémenti, La Troisième Paix, 1949. Christian Message et Raymand Witasek se seraient eux-mêmes trouvés sur les lieux, à en croire le document du 17 décembre.
Selon ce que Pierre Clémenti avait déclaré au moment de son interrogatoire, un rapport allemand du 5 décembre 1940 précisera cependant que les militants du PFNC avaient entreposé ces armes à feu dans l'éventualité d'une attaque gaulliste, sans mentionner le PNSF. Le témoignage de Claude Chapeau rapportera d’ailleurs que les adhérents du PNSF ne portaient pas d’armes, comme le leur aurait indiqué sous peine de radiation une note rédigée par leur « Chef Suprême », bien que sa période d’adhésion ne corresponde pas à la date de cet évènement, celle-ci s’arrêtant aux alentours du 13 octobre. Roger Langeron affirmera néanmoins dans l’entrée du 27 décembre de son journal, Paris, juin 40, avoir fait poursuivre pour port d’armes des membres du PNSF.
Le 15 décembre 1940, constatant son échec du 4 décembre, Christian Message renouvellera sa tentative de prise du 28 avenue des Champs-Élysées, en menaçant de nouveau Arnaud par téléphone de venir en expulser le PFNC avec la Garde Noire sous quarante-huit heures. Sur sa recommandation, "l’assaut" sera enrayé par la Police Française qui renforcera la surveillance du 28 et du 144 avenue des Champs-Élysées.
Un rapport français du 5 décembre avait pourtant identifié un certain « Arnault » comme membre du PNSF, suivant ce qu’un membre du PFNC nommé Lebel aurait déclaré. Selon le même témoin, l’épouse d’Arnault, responsable des « Femmes Françaises », branche féminine du PFNC, aurait été chargée de les regrouper au 144 avenue des Champs-Élysées. Arnaud aurait ainsi tenu un rôle d’agent double au sein du PFNC, en faisant courir le bruit d’une attaque de la part du PNSF, dans l’unique but de provoquer une intervention de police sous prétexte de la riposte déclenchée, afin de faire arrêter les occupants du 28 avenue des Champs-Élysées et en récupérer le local.
Enfin, une allusion à Christian Message aurait pu être dissimulée par Pierre Clémenti dans le dernier numéro du Pays Libre ! du 13 août 1944 au travers de la mention des « infâmes girouettes, converties subitement au national-socialisme par les défilés allemands sur les Champs-Élysées en 1940 ». Il le décrira par la suite en ces termes, dans son livre paru après l’Occupation, La Troisième Paix, en 1949 : « […] Notre action fut contre-battue par les lécheurs de bottes que trouvent toujours facilement les vainqueurs. Il s’était notamment fondé un parti national socialiste français dont les sbires, vêtus de noir et bardés de cuir, obéissaient à un nommé Message, indicateur de police et gérant de la boîte de nuit « Le Tyrol ». […] ».

Chapitre V : Autres adhérents du PNSF :

Bien que minoritaires, les adhérents du Parti National-Socialiste Français laisseront transparaître, au travers de leurs profils, des trajectoires à la fois méconnues et singulières, qui impliqueront dans de rares cas des figures influentes. Leur présentation, qui aurait accaparé une place trop importante, ne pouvant se faire que séparément du reste de cette étude :

M. Saint-Serge :

Celui-ci sera noté dans un rapport de la Direction de la Surveillance du Territoire datant du 22 mai 1946 comme l’adjoint de Christian Message au PNSF.
Une note de la cour de justice de Seine-et-Oise du 24 janvier 1946 mentionnera un certain Saint-Serge comme chef d’un réseau de renseignements allemand censé devoir s’implanter dans la région parisienne en août 1944, au moment du départ des troupes occupantes. Un nommé François Barazer de Lannurien, né en 1890 et ayant résidé au 37 rue Saint-Georges à Paris, en aurait lui aussi été chargé. Saint-Serge sera également décrit par le même document comme un ancien journaliste devenu membre de la Police Politique Allemande.
René Saint-Serge, alias Alain Geay de Montenon, collaborateur avant-guerre de La France Enchaînée de Louis Darquier, deviendra gérant du quotidien La France au Travail, à partir du 1er décembre 1940. Début 1941, il cofondera avec le capitaine Paul Sézille « La Communauté Française », résurgence du Rassemblement Antijuif de France de Darquier et prélude de l’Institut d’Étude des Questions Juives.
Saint-Serge sera de nouveau mentionné le 23 juin 1945 par Mlle. Camps parmi des personnes ayant travaillé au 4 Square Rapp, où se situait le siège du « Service Spécial des Associations Dissoutes », organisme dépendant du CAD.

Emmanuel Trollet :

Né en 1891 et mobilisé durant la Première Guerre Mondiale, Emmanuel Trollet avait adhéré au Francisme en 1934, jusqu’à sa dissolution par le Front Populaire le 18 juin 1936. Il avait également été membre des « Camarades du Feu » en février 1940.
Au moment de la défaite de juin, Trollet, alors ingénieur, aurait permis aux usines Krupp d’utiliser un arsenal installé à Puteaux qu’il avait pour charge de détruire. Jean-Pierre Vidard se présentera d’ailleurs comme « secrétaire interprète auprès du colonel Trollet, directeur de l’Arsenal Militaire de Puteaux », durant son interrogatoire du 17 mai 1941. Emmanuel Trollet tiendra alors un bureau à l’hôtel Majestic, occupé par le général Otto von Stülpnagel, chef du commandement militaire allemand de la ville de Paris.
Précédemment à son adhésion au PNSF, Trollet avait été « chef de groupe » au sein des Gardes Françaises et n’aurait rejoint Christian Message qu’en janvier 1941. Occupant un bureau au 19 rue Saint-Georges, il y exposait ses futurs projets de réformes pour le pays, retranscrits par la dactylographe du PNSF, qui exerça ce rôle jusqu'à la dissolution du mouvement, à partir de novembre 1940. Il occupait au sein du parti, un obscur poste de « Chef de Production ». Sous sa recommandation, une personne non identifiée s’était rendue sur les lieux en quête d’obtenir des Allemands un passeport vers la zone interdite.
Emmanuel Trollet sera requis par les Allemands en juin 1944 dans la création d’une délégation spéciale à Reims, chargée d’en remplacer le conseil municipal. Ses fonctionnaires, desquels Trollet avait précédemment détenu des listes d’identités, avaient été déportés le 14 juin au camp de Neuengamme. Les éléments de la délégation chargée de les remplacer seront d’ailleurs choisis par des membres du Parti Franciste. Emmanuel Trollet sera nommé maire de Reims au mois de juillet de la même année.
Un ancien membre des Services de Renseignements allemands nommé Roger André, auquel Trollet aurait communiqué une partie de ses rapports, l’accusera dans une déposition d’avoir été employé par la Gestapo rémoise. Il aurait ainsi entraîné la déportation de nombreux résistants de cette ville, ainsi que du secrétaire général de sa sous-préfecture Gény, qui lui aurait empêché d’accéder à la direction de la Défense Passive.
Arrêté le 28 septembre 1944 sous le motif de « collaboration économique » et acquitté le 17 mai 1945, il ne sera condamné qu’à une peine symbolique d’indignité nationale.

Pierre Mathieu :

Né en 1917, il exerçait la profession de figurant de cinéma sous le surnom de « Jim Tilson » et aurait monté une entreprise de peinture au 89 rue de Monceau à Paris. Il avait été blessé au cours de sa mobilisation, le 28 novembre 1939.
Malgré le fait que Message et Mathieu le nieront toujours catégoriquement durant leurs interrogatoires, son passage au PNSF se trouvera attesté par les rapports qu’il rédigea « Au Chef Suprême Message », ainsi que par une lettre non retrouvée du 11 janvier 1941, qu’il aurait adressée à un membre des JNSF nommé André. Mathieu lui aurait demandé dans celle-ci d’amener dix adhésions de plus pour sa prochaine venue à Paris. Selon sa version du 28 novembre 1945, le document n’aurait été destiné qu’à son frère, auquel il aurait souhaité faire bénéficier des avantages concédés par son adhésion au PNSF. Le 14 mai 1945, Message niera dans un premier temps connaître Pierre Mathieu, avant d’être mis en sa présence le 28 novembre.
Il aurait fait la connaissance de Christian Message en décembre 1940 en se rendant à l’adresse du 144 avenue des Champs-Élysées, qu’il fréquentait déjà avant l’Occupation, dans l’espoir d’y trouver un emploi. Apprenant sa situation de démobilisé, Message l’aurait engagé d’emblée, à se produire une semaine comme chanteur. Considérant les attractions du Tyrol comme « piteuses », il en convoitait le poste de directeur artistique auprès de Jeanne Message, qui l’aurait occupé à partir du mois de novembre 1940.
Au cours de son adhésion au PNSF, Christian Message lui aurait fait miroiter le titre d’ambassadeur de France après la victoire de l’Allemagne, selon des propos rapportés après l’Occupation. Il l’aurait chargé de la surveillance d’un membre du parti nommé Perrot9°, âgé de quinze ans selon les dires de Mathieu, ainsi que de Jean-Pierre Vidard lui-même, soupçonnés de verser dans le marché noir. Message aurait d’ailleurs profité de son souhait d’accéder au poste de directeur artistique pour le mettre à son service, en le lui promettant pour 1941. Selon les interrogatoires de Message et Mathieu, le premier aurait d’abord souhaité les dénoncer à la répression des fraudes, pour ensuite tenter de s’accaparer les bénéfices de leur trafic à la suite de son arrestation évoquée plus loin, dans le but de payer les frais de sa libération. À en croire la version de Mathieu du 28 juin et du 2 novembre 1949, Christian Message aurait cherché à se les approprier avant même son arrestation. Des employées au 144 avenue des Champs-Élysées déclareront en avril 1946 avoir aperçu Pierre Mathieu paré du brassard et de l’insigne du PNSF, en compagnie occasionnelle de son « Chef Suprême ».
Il intégrera, en Belgique, la Gestapo et le Nationalsozialistische Kraftfahrkorps, au mois de novembre 1942, ce qu’il tentera de justifier le 2 novembre 1949, par son souhait de rejoindre l’Angleterre. C’est également à cette époque qu’il aurait endossé un uniforme allemand. La Gestapo l’aurait arrêté à Paris le 30 juillet 1944, peu avant la libération de la capitale, mais libéré quelques jours après. Sa maîtresse, quant à elle, sera arrêtée avec lui et déportée en Allemagne vers le 15 août. Selon un des témoignages recueillis lors de l’enquête menée à son sujet durant l’Épuration, Mathieu aurait même participé aux insurrections des FFI sur l’avenue et la Porte des Ternes en août 1944.
Avant son engagement au PNSF, il se serait inscrit au Parti Social Français de François de la Rocque. Il sera innocenté le 19 janvier 1950.

Georges Desprez :

Une section bretonne du Parti National-Socialiste Français se serait théoriquement implantée à Saint-Malo sous sa responsabilité. Proche de la Ligue Française, il en sera le chef régional pour la Bretagne en 1942, et aurait adhéré au PPF début 1943.
Georges Desprez, qui collaborait étroitement avec l’organisation Todt dans la construction d’infrastructures visant à rendre imprenables les côtes avec près de 1 000 ouvriers sous sa responsabilité, se faisait remarquer par des réunions franco-allemandes qu’il organisait régulièrement dans les cinémas et les casinos de la région. Il aurait également acquis une réputation de « [luciférien] » auprès des bonnes sœurs de Paramé, dont il réquisitionnera les locaux des Chênes en juillet 1942. Il sera cependant arrêté par les Allemands en mai 1943 et envoyé en camp de concentration suite à une affaire d’escroquerie.
Son entreprise de travaux publics aurait précédemment tenu des bureaux dans la capitale, rue Kléber, selon le témoignage de Gaston Mouflard.

Just (dit Albert) Verney :

Ancien condisciple de Christian Message, il aurait adhéré à la Ligue Française dans le cadre de son recrutement provincial10°.
Il se fera connaître sous le surnom de « Mickey » pour ses fonctions d’aumônier-auxiliaire, doublées par le commandement d’une section de mortiers au sein de la LVF. Devenu untersturmführer de la division Charlemagne, il y remplira là encore son devoir ecclésiastique.

Henry Coston :

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Henry Coston de 1933 à 1934. [AN].

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La Libre Parole populaire, novembre 1933. [BNF].

Tout d’abord proche de l’Action Française à partir de ses quinze ans et demi, dont il avait animé une maigre section dans son village natal de Villeneuve-sur-Lot, il s'en était séparé pour fonder sa première publication en 1928 (à dix-sept ans), La Contre-Révolution de Villeneuve-sur-Lot et de Lot-et-Garonne : organe nationaliste indépendant, journal catholique de ton relativement germanophobe, qui n’avait tenu que deux numéros. Le 25 janvier 1930, il avait cofondé avec Jacques Ploncard d’Assac, La Nouvelle France : organe nationaliste antijuif, qui avait repris le titre de La Libre Parole, après le versement du journal d’Édouard Drumont dans le domaine public. La Nouvelle France avait été l’un des rares journaux français à reprendre la Swastika. Henry Coston avait ensuite assisté Marcel Bucard dans la création du Francisme en 1933 et contribué à la mise sur pied du Parti Français National-Communiste, en le faisant cohabiter avec son mouvement « Les Francistes », dont il lui avait disputé la parenté du terme. Son parti, également appelé « Front National Ouvrier-Paysan », considéré comme l’un des premiers à s’inspirer du National-Socialisme allemand, souhaitait défendre la civilisation « Aryo-Chrétienne » et publiait La Libre Parole populaire. Certains points de l’éditorial « NOUS VOULONS !… », paru dans le numéro de novembre 1933 se confondant avec le programme du NSDAP. Son activité politique de l’entre-deux-guerres marquera principalement l’historiographie de par le soutien indéfectible qu’elle recevait des services de propagande allemands. L’impact d’Henry Coston sur l’antisémitisme français pouvant entre autres se mesurer par l’influence qu’il exerça sur Louis Darquier de Pellepoix.
Suite à son passage au Parti National-Socialiste Français (qui se trouvera initialement relayé en 1981 par Vichy et les Francs-maçons de Dominique Rossignol), Coston créera en 1941, le Centre d’Action et de Documentation, situé dans l'ancienne Grande Loge de France au 8 rue de Puteaux, aux côtés de Paul Lafitte, ancien franciste de Marcel Bucard. La vocation du CAD consistera en l’exhumation des archives maçonniques, principalement pour le compte du Régime de Vichy. Pour, après l’Occupation, poursuivre son activité en tant qu'éditeur et militant nationaliste jusqu’à sa mort en 2001. Il se fera essentiellement connaître pour sa documentation de la vie politique française au XXème siècle.
Lui-même ne mentionnera Christian Message que dans Partis, journaux et hommes politiques d’hier et d’aujourd’hui, paru en décembre 1960, en le décrivant simplement comme « un ancien séminariste partagé entre le désir, fort légitime, de réussir et celui, non moins légitime, de sauver le pays », en évoquant brièvement son passé de limonadier et de directeur de La Défense Passive Auxiliaire (ici mentionnée sous le titre de La Défense Passive), sans donner plus de précisions. La seule attestation de son adhésion au PNSF reposant sur une liste de ses membres le mentionnant, retrouvée au domicile de Christian Message lors des perquisitions du 12 janvier 1941, selon un rapport de juillet 1945 portant sur les faits reprochés à Henry Coston. Le rapport de la même date de ces perquisitions ne fera pourtant mention d’aucune liste d’adhérents saisie aux différentes adresses de Christian Message. Coston ne la mentionnera dans une déposition pour les besoins de son procès que pour la démentir catégoriquement, en demandant à être confronté à « ses dirigeants ». La liste de plus d’une centaine de documents saisis le 12 novembre 1945 à son domicile et dans un garde-meuble installé à Clichy ne mentionnera explicitement aucun élément en rapport avec Christian Message ou le PNSF. Il en sera de même pour la liste des documents saisis dans un de ses bureaux personnels au 5 rue du Cardinal-Mercier.
À cette adresse se situait une autre association d’Henry Coston fondée le 1er janvier 1939 : Le Bureau Central de Presse et d’Édition, dont l’objectif consistait à défendre les intérêts des journalistes et écrivains de tous niveaux et à leur faire bénéficier d’un meilleur accès à des productions culturelles. Une carte de presse, sans valeur effective, leur était vendue à cette fin au prix de 30 francs. Le nombre de ses cotisants aurait culminé à 800 souscripteurs. Durant l’Occupation, les cartes de presse du BCPE seront vainement utilisées comme passeports par certains de leurs détenteurs. La Défense Passive Auxiliaire en avait conjointement fait la promotion à la chronique littéraire de Georges Virebeau, dans son numéro du 11 février 1940.

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Photographie d’Henry Coston issue de son carnet anthropométrique. [APP].

Claude Chapeau :

Né en 1922, il avait passé huit jours en Angleterre au début du mois de juin, après s’être engagé dans une division anti-chars en octobre 1939.
Il adhéra au PNSF aux alentours de septembre 1940 par l’intermédiaire d’un vendeur de champagne nommé Maurice Labarre et de François Delagrange, qu’il connaissait depuis sept ans. L’une de ses adhérentes avait quant à elle été sollicitée à le rejoindre sous les conseils de son avocat. Au moment de s’y inscrire, il dut remplir un questionnaire détaillé après avoir été chaleureusement reçu au Tyrol par Christian Message. Son activité au sein du parti consistait à recueillir de l’information sur le marché noir pour le compte de ses Services de Renseignements, auxquels il était engagé. Deux trafiquants seront arrêtés par la Gestapo pour trafic d’or, de dollars et de cigarettes, du fait de son activité au sein de l’organisation, une troisième personne non nommée échappa à son arrestation. En récompense, Claude Chapeau empocha une somme de 1 000 francs de la part de Christian Message.
Suite à ces missions pour lesquelles Georges Rubino l’avait félicité, il fut chargé de la traque d’agents gaullistes et de l’Intelligence Service par un officier allemand de la Gestapo en civil, qui lui avait été présenté comme le chef de cette organisation à Paris et qu’il apercevait régulièrement aux côtés de Christian Message. Bien que son identité ne nous ait jamais été révélée, il serait vraisemblable d’envisager que cet officier (qui tenait un bureau à l’hôtel Lutetia, auquel était installé le siège de l’Abwehr) n’eût été autre que Raymand Witasek. Durant une réunion au Tyrol à laquelle étaient présents Christian Message, sa femme, Jean-Pierre Vidard, Georges Rubino et Valentin Masson, l’officier lui ordonna de localiser une imprimerie de tracts gaullistes et d’infiltrer les partis favorables au Général. Au soir même de cette rencontre, Chapeau, réfractaire à ces indications, choisit de quitter les locaux du parti pour retourner vivre chez sa mère, à laquelle il rapporta l’évènement. Retourné à proximité de la brasserie le 13 octobre, il fut arrêté dans le bureau de Rubino après y avoir été conduit par des membres du PNSF sous prétexte d’une affaire de ravitaillement. Enfermé au sous-sol du 19 rue Saint-Georges, il s’y enfuit le lendemain en passant par les toits. Selon son témoignage, la raison de cette "arrestation" aurait été liée à un vol « de papiers compromettants pour le parti », auquel il n’avait nullement participé et dans lequel d’autres membres du PNSF, qui furent enfermés avec lui au sous-sol, auraient été impliqués. Deux jours après ces évènements, il rencontra une dernière fois à la brasserie du Triomphe, l’officier de la Gestapo, qui lui proposa à nouveau de se mettre à ses ordres, sans accorder d’importance à sa rupture avec le parti.
Durant sa période d’adhésion, Claude Chapeau prenait ses repas au 144 avenue des Champs-Élysées et était directement logé dans les locaux du PNSF, dont il portait un uniforme de la Garde Noire. Ce n’est d’ailleurs que sur son témoignage que reposera l’information concernant la condamnation de Christian Message pour diffamation, à l’époque où il aurait collaboré Aux Écoutes.
Après avoir tenté à quatre reprises de partir en Angleterre pour s’y engager, puis pour l’Espagne, il sera arrêté avec des complices pour le vol d’une carte de la France et de la côte franco-anglaise de la Manche, dans un yacht près de l’île Sainte-Marguerite à Cannes, le 22 avril 1941. Interrogé, son témoignage, recueilli le 6 mai par le commissaire Louis Dubois, constituera une source de première qualité concernant le fonctionnement interne du PNSF.
Revenu à Paris le 14 mai, il sera de nouveau arrêté avec Jean-Pierre Vidard, le 16 mai 1941, devant le Georges V, du fait de son implication dans une affaire de passages rémunérés vers la zone sud, organisés pour des juifs émigrés de Russie. Chapeau devait également assurer le passage d’une mère et de sa fille à Brive-la-Gaillarde.
Il parviendra à concrétiser son engagement dans l’artillerie de la France Libre en Tunisie à partir de juin 1943, après avoir été incarcéré dans les prisons franquistes lors de son passage en janvier par l’Espagne.
Après la Seconde Guerre Mondiale, il s’illustrera dans la fondation de « l’Union Européenne des Chercheurs pour le Droit de Savoir », consacrée à la recherche ufologique, et se prendra de passion pour la peinture et l’aéronautique. Le 2 février 1956, Chapeau cofondera le « Comité National de Recherches et de Vulgarisation Archéologique », qui n’aurait guère rassemblé plus de quatre adhérents aux qualifications scientifiques discutables. Au cours de l’été de la même année, il initiera une simulation de survie sur le thème du Néolithique. Les éditions Hachette publieront même son ouvrage Air Détresse en 1957, relatant ses expériences de survie en Afrique et en Guyane. Il fera l’objet d’un hommage de la part de son ami, l’ufologue Guy Tarade, qu’il avait rejoint dans sa vocation à la suite de l’observation « avec des témoins, pendant plus de vingt minutes, [d’]un "cigare volant" qui évoluait dans le ciel ibérique ». Affaires Sensibles lui consacrera une émission le 21 novembre 2019, le décrivant comme un « avocat-aventurier ».

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Claude Chapeau lors de son arrestation du 22 avril 1941. [AN].

François Delagrange :

Diplômé en ingénierie radio âgé de vingt ans en 1940, il recommanda à Claude Chapeau son adhésion au PNSF. Il travaillait avec les Allemands dans la réquisition de stocks de marchandises et était en contact avec certains de leurs officiers qu’il rencontrait au Tyrol ou dans le camp d’aviation de Villacoublay. Suite à son départ du PNSF, il fondera le mouvement pétainiste « Jeunesse de France » et nourrira le projet de partir pour l’Angleterre aux côtés de Chapeau et de deux autres camarades, laissant la direction de son organisation à un certain Carton, policier à Versailles. Aux fins de se procurer des moyens de subsistance pour leur voyage, François Delagrange repartira à Paris y dérober les bagages de l’acteur Albert Préjean.

Yves Michel Jean :

Né en 1912, autorisé par les Allemands à circuler jour et nuit, à porter une arme à feu et à leur demander assistance (attestant donc d’autant plus des liens du parti avec certains services allemands), il sera arrêté début septembre 1944.

Édouard Tonglet :

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Édouard Tonglet. [AN].

Ingénieur chimiste né en 1895, il aurait rejoint le Parti Populaire Français de Jacques Doriot, suite à son passage au PNSF en 1941.
À une date non précisée, il aurait dénoncé Edmond Masson comme communiste à la Kommandantur de Saint-Cloud. Ce dernier aurait été incarcéré six mois par les Allemands au motif d’un trafic d’huile de lin, suite à une nouvelle dénonciation de la part de Tonglet.
Devenu chef de la Milice à Montrouge, il aurait été abattu par des FFI au Perreux-sur-Marne le 26 août 1944, après avoir adressé une demande de port d’arme auprès du SD le 4 avril.

Marcel Rousseau :

Fondateur en 1930 d’un « Groupe Napoléon » à Bordeaux et collaborateur de divers mouvements fascistes et nationaux-socialistes, il se chargea durant l’Occupation de la diffusion de L’Appel et du Réveil du Peuple, conjointement à son adhésion à la Ligue Française. Rousseau aurait par la suite, établi des listes de juifs bordelais pour le compte du consulat italien et constitué un réseau de renseignements pro-allemand. Il parviendra à faire atténuer sa condamnation d’août 1948 à deux ans de prison en ayant désavoué son engagement suite à son arrestation par les FTP en 1944.
En raison du manque d’éléments attestant de ses liens avec Christian Message, il nous est permis d’imaginer que le « Parti Nazi Français » (dont l’appellation sera employée dans une déposition lors du procès de Jean-Louis Luckaus) auquel Marcel Rousseau aurait appartenu se soit en réalité apparenté au MNSF.

Lucien Cazé :

Suite à sa mobilisation de 1914 à 1915, il avait été le fondateur en 1928 de la Fédération Nationale des Commerçants et Industriels, Exposants des Foires et Expositions de France, qui était parvenue à rassembler 250 adhérents, parmi lesquels se trouvaient de nombreux camelots du Roi. En 1932, Cazé avait fondé une association analogue : Le Comité Central d’Organisation des Foires Expositions en France et aux Colonies et fait paraître dans ce cadre les revues suivantes : R.E.F., bimensuel déposé le 20 janvier 1929, La Revue des Expositions de France et des Colonies, Nos Affaires et L’Alerte Française, mensuels déposés respectivement le 27 juin 1930, le 29 octobre de la même année et le 14 septembre 1938.
Conjointement à son activité en faveur de La Belle France, pour laquelle il se présentait comme attaché au cabinet du général René Madelin, Lucien Cazé avait été démarcheur pour le compte du Réveil du Peuple de Jean Boissel. Les Croix de Feu l’avaient employé dans ce même objectif. Il aurait exercé un chantage sur les personnes qu’il sollicitait, en profitant de l’anxiété liée à la montée du Communisme et à l’influence des Francs-maçons. Promettant dans ce cadre un renversement militaire du pouvoir en vue de l’instauration d’un régime royaliste ou d’inspiration fasciste. Il cherchait également à recueillir des subventions auprès de nombreux industriels.
D’octobre 1939 au 31 mai 1941, il aurait été inspecteur auxiliaire à la Direction de la Sûreté Nationale.
Suite à son adhésion du 5 juillet 1941 au Rassemblement National Populaire, Cazé poursuivra son activité d’avant-guerre à partir de fin janvier 1943 à avril 1944, en faveur, cette fois-ci, du Comité d’Action Antibolchévique et des ouvrages de son dirigeant, le commandant Paul Chack. Tous deux se seraient rencontrés au Café de la Paix entre 1941 et 1942.
Concernant son adhésion au PNSF, Lucien Cazé affirmera n’avoir assisté qu’à une seule de ses réunions d’information et ne jamais y avoir adhéré. Durant ses interrogatoires du 22 décembre 1944 et du 5 septembre 1945, il niera toute adhésion à un mouvement politique.
Le 20 décembre 1944, Jacques A., résistant et secrétaire général de l’Association France-Grande Bretagne, affirmera que la famille de Cazé avait directement été victime des persécutions de l’occupant. Un autre résistant nommé R. Bordet, adjoint au maire du 9ème arrondissement et président de la Commission d’Épuration, lui apportera sa défense le 12 janvier 1945 en confirmant ses sentiments anti-allemands.

Charles Périgot :

Né en 1880, combattant de la guerre 1914-1918 qu’il avait terminée comme lieutenant et de la Campagne du Maroc en tant que capitaine de la Légion Étrangère, en 1924. Le 18 juillet 1938, Périgot avait été condamné pour l’agression du colonel Maurice Guillaume, directeur de Choc, qui avait effectivement eu lieu en juillet 1937. Selon un rapport du 12 avril 1945, l’agression aurait directement été commanditée par la Cagoule, à laquelle Périgot niera toute appartenance. Lui aussi aurait été membre du Parti Social Français.
Connaisseur de l’Afrique du Nord, il mettra à profit cet avantage afin de développer les sentiments pro-allemands des habitants de ces régions. Cofondateur de la Section Nord-Africaine de la Ligue Française, officialisée le 8 mai 1941, il prendra part à l’ouverture de son Centre Nord-Africain au 47 boulevard Saint-Marcel, également aménagé en restaurant destiné aux locaux. Le nombre d’inscriptions de la part des indigènes aurait avoisiné les 1 500. Il y organisera une retentissante réunion qui se terminera aux cris de « Vive Hitler et Vive Costantini ! ». Du fait de « malversations », il sera exclu de la Ligue Française en janvier 1942 et retournera travailler au 19 rue Saint-Georges pour le recrutement de la LVF.
Il y aurait pris part à la création d’une « Milice » antibolchévique, ce qu’il niera le 23 octobre 1945. Son existence n’ayant jamais été avérée.
Périgot en sera le chef du Service de Sécurité et de Surveillance et se fera appeler « capitaine » au sein de la formation, du fait de l’équivalence de grade en vigueur. À cette époque, il aurait été chargé de la perquisition de juifs, selon le rapport du 12 avril 1945.
Selon ses interrogatoires du 19 et du 23 octobre 1945, Périgot aurait été incarcéré trois mois par les Allemands en 1942 pour avoir envoyé des nord-africains dans l’armée française et n’aurait adhéré au PPF que pour éviter de nouvelles poursuites.
Le 28 mars 1946, Charles Périgot interviendra comme témoin dans l’instruction d’un nommé François Faugière, soupçonné d’avoir œuvré pour la Section Nord-Africaine et qui avait adhéré au PNSF à une période indéterminée.
Selon son épouse, ce dernier aurait été membre du Comité France-Allemagne avant l’Occupation. Un rapport du 21 avril 1945 le notera également comme trésorier de la Solidarité Française en 1937. Il adhérera ensuite au RNP, le 18 février 1941. À une période supposément comprise entre le 1er juillet et le 30 novembre, il rejoindra la Ligue Française en tant que chef de son 3ème secteur de la Seine, qui regroupait du 9ème au 18ème arrondissement de la banlieue nord. Faugière sera également membre des « Amis du Cri du Peuple » en 1942. Il prendra la route de l’Allemagne le 15 août 1944 sur ordre de la Police Allemande, après avoir adhéré à la Milice Française au moment de son implantation en zone nord au mois de janvier 1944.
Divers documents produits par la Ligue Française, le Groupe Collaboration et le PPF seront découverts à son domicile sans qu’aucun élément en rapport avec le PNSF ne semblait y avoir été conservé.

Pierre Lacroix :

Né en 1886, il rejoindra le Feu au sein duquel il suivra des cours oratoires.
Il s’engagera l’année de sa création dans la LVF, pour laquelle il combattra en Russie comme adjudant, avant de rapidement accéder au grade de lieutenant. Devenu inspecteur social pour l’organisation Todt, il partira à Montargis comme chef des Brigades Spéciales dans l’instruction de membres du PPF et du RNP. Au printemps 1944, il sera nommé adjudant pour le Centre d’Action et de Justice Sociale à l’école de police allemande de la caserne Mortier, où étaient formés des inspecteurs dans la traque de réfractaires au STO.
Il s’engagera en Allemagne dans la Waffen SS et aurait fait partie des gardes du Maréchal Pétain au château de Sigmaringen, lors de l’exil du Régime de Vichy.

Roger Brabant :

Suite à la bataille de Dunkerque, il avait rejoint l’Angleterre depuis Brest avec son unité en juin 1940. Il s’était engagé, au début du mois suivant, dans la Légion du Général de Gaulle dont il avait démissionné le 1er septembre, ce qui lui avait valu d’être incarcéré pour désertion.
Invité par le directeur de ses Grandes Conférences au Théâtre des Ambassadeurs, le 7 mars 1941, il y prononcera une diatribe contre l’Angleterre, en évoquant les mauvais traitements qu’il aurait subis durant sa détention et fera le procès de l’entourage du Général de Gaulle.
Le 27 mai 1941, il signera une demande d’adhésion à la Ligue Française.
Il aurait également travaillé comme vendeur pour une épicière nommée Félicie Lefèvre, située au 4 rue du Cardinal-Mercier, de 1941 à 1942.
Arrêté le 11 juillet 1942 pour vol d’or et incarcéré au Cherche-Midi, il s’était présenté à la police comme employé de la Propaganda-Staffel pour échapper aux poursuites. Il bénéficiera d’un non-lieu le 21 novembre 1942. Au cours de sa vie dans la capitale, il aurait continué à vivre de cambriolages et de marché noir jusqu’en janvier 1943.
Il intégrera ensuite le Secrétariat Général de la Jeunesse durant quelques mois, en tant que correcteur aux éditions de la presse, sous sa qualité prétendue de journaliste.
Vers le mois de septembre 1943, en recherche de ressources plus conséquentes, il deviendra secrétaire d’un certain Delaby, directeur d’une société d’importation et d’exportation nommée Icomex, située au 3 rue du Colisée. Cette entreprise, qui collaborait étroitement avec la Kriegsmarine, aurait dissimulé des « profits illicites ». Chargé du ravitaillement auprès de fournisseurs par Icomex, Roger Brabant voyagera principalement sur Lyon et Lille, dans des véhicules mis à sa disposition par la marine militaire allemande. Il se serait reconnu à cette époque par une tenue bavaroise complétée d’un chapeau tyrolien. Son directeur aurait d’ailleurs eu connaissance de son adhésion au PNSF.
Il serait cependant venu en aide à des personnes recherchées par les Allemands, selon le témoignage de Claire Campéas du 1er octobre 1945 et de Rachel Kichowsky du 29 septembre.
Après s’être éclipsé quelques temps en province durant la Libération, Roger Brabant sera employé comme « concierge-interprète » à l’hôtel Fénelon du 23 rue Buffault, réquisitionné par la Croix Rouge de l’armée américaine, en juin 1945. Il sera arrêté dans ces conditions le 21 août 1945, en raison de sa conférence du Théâtre des Ambassadeurs. Une fois relaxé, il se serait mis en contact avec des militants communistes et se présentera comme employé dans un journal de « bourse ».
Le 22 août 1945, il niera avoir adhéré à un quelconque parti pro-allemand.

André Ménard :

Né en 1906, chauffeur de profession et ancien légionnaire, il sera brigadier en Russie et adhérera au Mouvement Social Révolutionnaire ainsi qu'à un second Parti National-Socialiste Français fondé en 1943.

Jean van Bever :

Imprimeur désœuvré né le 25 octobre 1900 et résidant au 56 rue Piat, il n’adhérera au PNSF qu’au début du mois de janvier 1941. Il sera interpellé dans la nuit du 14 janvier devant un immeuble de la rue des Pyrénées, durant un collage de papillons en provenance du 43 rue Orfila. Un total de 200 imprimés sera retrouvé en sa possession.
Jean van Bever sera assassiné par le docteur Marcel Petiot le 22 mars 1942.

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Papillon du PNSF apposé par Jean van Bever. [APP].

Le mouvement accueillit également un adhérent italien et une argentine, pour des raisons visiblement commerciales dans le second cas. Après avoir travaillé comme dactylographe pour Le Tyrol, cette dernière sera employée par L’Appel, suite à la disparition du PNSF.
Une certaine Dora Tinelli, née en 1925 et maîtresse d’un collaborateur juif de la Gestapo géorgienne nommé Gabriel Jacobichvili (qui prendra sa carte de FFI le 24 août 1944), y aurait aussi adhéré. Ils commettront tous deux un vol de 4 000 000 de francs auprès du chef de la Gestapo géorgienne installée à Paris, le 29 mai 1943.
Selon Polices des temps noirs de Jean-Marc Berlière, l’un de ses adhérents né en 1919 aurait été blessé par une grenade à la sortie de L’Empire, théâtre réquisitionné par les Allemands, le 10 mars 1942.
Alphonse Duchesne, futur garde républicain né en 1883, sera signalé, sans autre précision, comme membre « du PNSF », dans une note du 30 janvier 1946.

Chapitre VI : Soutiens et dissidences du PNSF :

Durant l’Épuration, le nom de Chrétien Hoch, militant communiste membre des Amis de l’URSS, sera retrouvé sur une liste d’adhérents du PNSF au moment de l’identification de ses membres, bien que celui-ci affirmera catégoriquement s’être toujours farouchement opposé au parti. Chrétien Hoch avait cependant admis en septembre 1940 avoir été à l’origine de la diffusion en échange d’argent du tract du 16 août. Ancien combattant de la guerre 14-18 né en 1877, il travaillait entre fin 1940 et début 1941 dans une usine de chaussures de la maison Gros au 33 rue Piat, qui appartenait à la société (Robert) Dubuquoy et où il avait été témoin d’une propagande en faveur du PNSF.
Les réunions du parti y étaient principalement organisées dans la cour par son directeur Fernand Gros, accompagné de Georges Rubino et d’un certain Delmas. Le dernier mentionné aurait par la suite réquisitionné une entreprise juive. Un associé de Fernand Gros nommé Jean Laurent y aurait été présent. Ces « réunions de propagande Nationale-Socialiste » se terminaient par le salut nazi de tous les ouvriers, dont l’effectif représentait entre 60 et 150 personnes. Une banderole présentant la mention « Parti National Socialiste Français » était de plus accrochée à l’entrée de l’usine. Dans le bureau du directeur Gros se trouvait un microphone relié à l’atelier, qui y enregistrait les conversations des employés.
Une réunion du PNSF avait été organisée dans cet ancien établissement de la Manufacture Générale de Chaussures et Botterie dès le premier jour de sa réquisition, le 26 août 1940, qui appartenait à Fernand Gros depuis le 20 juin 1939. Il n’aurait cependant adhéré au PNSF qu’après cette date, à la suite de la réunion du 17 août.
Georges Rubino, qui avait lui-même été employé à l’usine de Fernand Gros en tant qu’ouvrier, avait reconnu le 18 octobre 1940, dans une autre de ses lettres à destination inconnue, là encore retrouvée dans les dossiers de Christian Message, avoir porté « par vengence » et « pour des raisons personnel », des accusations non définies contre son employeur. Celles-ci étant peut-être liées au marché noir auquel l’usine se serait adonnée, selon le témoignage de Jean Laurent retranscrit le 4 janvier 1945. Cette activité, qui sera avérée le 23 décembre 1941, entraînera une procédure qui sera abandonnée du fait de l’influence de Gros auprès des Allemands. Selon ce même témoignage, Fernand Gros aurait été exclu du parti quelque temps après son adhésion pour des raisons inconnues, probablement liées au trafic évoqué plus tôt. Ce renvoi ayant possiblement eu lieu en octobre 1940.
En septembre 1940, Fernand Gros avait bénéficié de l’appui de deux officiers et d’un policier allemands dans la réquisition partielle d’un stock de cuir qui appartenait à une société concurrente nommée Manon. Au moment de son entrée dans l’établissement, ce dernier aurait demandé à chacun de ses employés de justifier de son ascendance aryenne. Il avait tenté de répéter l’opération auprès de la Chambre Syndicale des Fabricants de Chaussures de Paris, en en dénonçant le frère de l’exposant comme juif.
Fernand Gros, reconnu comme le fournisseur officiel de la Kommandantur du Grand-Paris, était lui-même en relation étroite avec le sous-officier allemand de la Feldgendarmerie Mach, ainsi qu’avec l’actrice allemande Dita Parlo et sa mère Schmitt.
Il sera condamné à mort par contumace, le 7 juin 1948, après sa fuite de Paris le 6 août 1944, en raison de la vente de chaussures par son usine à l’occupant et de la dénonciation de six de ses employés, qui seront incarcérés pour sabotage par les Allemands. Fernand Gros avait lui-même veillé au bon déroulement de leur jugement auprès du tribunal. Il sera également soupçonné d’avoir été impliqué dans la dénonciation de trois de ses voisins juifs, parmi lesquels un couple qui fut arrêté en août 1941, reviendra de sa déportation à Auschwitz. Jean Laurent aurait fourni des informations à Fernand Gros qui auraient été à l’origine de leur arrestation. Il prêtera pourtant à Gros de l’avoir dénoncé pour sabotage et propagande communiste en août 1943, ce qui aurait conduit à son arrestation. Avant son ascension dans l’industrie de la chaussure, Fernand Gros avait lui-même été signalé en juin 1932 comme militant du PCF. Une autre de ces dénonciations aurait entraîné la disparition de l’ancien propriétaire du 33 rue Piat, un juif apatride nommé Oscar Allerand, qui avait abandonné son usine au début du mois d’août 1940. Sa femme, quant à elle, mourra de leur déportation.
Fernand Gros s’inscrira au « Cercle Européen : centre français de collaboration économique européenne », le 1er juin 1942.
À partir de décembre 1942, Gros fournira bénévolement de précieux renseignements au résistant Jacques Yonnet, qui sera à l’origine de l’arrestation du docteur Petiot. Les renseignements en question consisteront en des identités d’officiers allemands. En avril 1944, il remettra à Yonnet des documents subtilisés à un colonel allemand portant sur un nouveau modèle d’arsenal.
Les perquisitions des établissements et des logements de Fernand Gros n’aboutiront, une fois de plus, à la découverte d’aucun document en rapport avec le PNSF.
Son usine sera réquisitionnée par l’armée française après l’Occupation.
À en juger par un rapport sur l’affaire Gros, nombre de ses collègues industriels, tels Jean Laurent, Moura et Juge, auraient eux aussi été membres du PNSF.
Le nom de (Jean ?) Greco, fabricant de chaussures établi au 44 rue de l’Ermitage, y avait également fait son apparition. Ce dernier pouvant éventuellement s’apparenter à Louis Greco, assistant mécanique dans le cinéma né en 1923. Interrogé le 27 décembre 1947, il affirmera avoir adhéré au PNSF à la mi-juillet 1940, époque à laquelle le mouvement aurait été situé au « 3 rue Saint-Georges ». Des affiches dénonçant les attaques anglaises de Mers el-Kébir et présentant des photographies de l’évènement auraient été exposées en sa devanture. Son adhésion au PNSF aurait ainsi été motivée par la mort de son beau-frère, qui avait trouvé la mort durant les affrontements. Il aurait également cherché, par ce procédé, à obtenir un poste d’assistant-opérateur dans le cinéma en Allemagne, comme attesté par une lettre qu’il aurait à cette époque rédigée au Dr. Carle Froelich. Louis Greco aurait ensuite été convoqué au siège de la Ligue Française, où Constantin Mugner lui aurait fait miroiter l’appui que le mouvement pouvait lui apporter dans sa recherche d’emploi. Il demandera son inscription à la Ligue le 10 février 1941.
Dans le but d’obtenir cette même fonction, il rédigera une lettre destinée au Dr. Hofer, délégué allemand pour le cinéma, dans laquelle il s’indiquera comme membre du PNSF, le 19 octobre 1942. Cette mention n’aurait selon lui été ajoutée que sous les conseils d’un employé de la Propaganda-Staffel, en vue de renforcer le poids de sa demande. L’ajout de la formule « Heil Hitler ! », avec l’assurance de ses « sentiments nationaux-socialiste[s] », lui aurait été suggéré dans le même objectif. Il s’y présentera également comme un collaborateur du « Bund » situé à Hambourg (probablement le Deutscher Fichte-Bund), dont des tracts anti-communistes lui avaient été expédiés à trois ou quatre reprises au cours de l’année. Son adresse aurait été transmise à cet organisme, soit par la Propaganda-Staffel, soit par le PNSF.
Il trouvera refuge chez son frère pour échapper à sa convocation au STO, qui lui avait été adressée le 9 mai 1944 depuis le 1 rue Scribe.

Les Amitiés Européennes :

Vers le mois de novembre 1941, Augustin Potiez rejoindra les « Amitiés Européennes - Parti de la Résurrection Française », en tant que vice-président de son conseil d’administration. Précédemment intitulée « Internationale des Élites », cette association avait été déclarée le 22 juillet 1938, au lendemain de sa fondation. Selon leurs propres termes, l’objectif des Amitiés Européennes était de regrouper les élites culturelles et aristocratiques de toute l’Europe en vue de leur défense morale, matérielle et démographique. Elles auraient dans ce but, rassemblé environ 300 adhérents, parmi lesquels certains se seraient implantés à Halle an der Saale, en septembre 1941.
Leur présidente, la comtesse Paulette Lombard d’Espérel, n’était autre que l’ancienne responsable des œuvres sociales du PNSF. Cet organisme n’avait du reste fonctionné que très théoriquement, à en juger par le rapport du 17 décembre 1940. Elle-même semblait être restée en contact étroit avec Raymonde Blondiaux, ancienne secrétaire du PNSF et déléguée de sa section du 8ème arrondissement. Cette dernière, qui aurait régulièrement reçu des soldats allemands à son domicile, rejoindra le Groupe Collaboration en mai 1941, sous le numéro 5 280 et travaillera volontairement en Allemagne à partir du 15 octobre 1942. De 1941 à 1942, Augustin Potiez aurait été secrétaire de la comtesse Lombard d’Espérel.
Elle tentera de relancer les Amitiés Européennes sous la forme d’un mensuel, en décembre 1955. Sa candidature à la Légion d’Honneur en qualité d’artiste-peintre en céramique lui sera différée le 12 septembre 1960, principalement du fait de ses relations avec les Allemands dans le cadre de l’exposition de ses œuvres.
Son mari, le comte Hélion Lombard d’Espérel, secrétaire des Amitiés Européennes et ancien avocat, avait lui aussi été membre du PNSF. Il avait été condamné le 10 décembre 1940 pour abus de confiance.
Le 27 mars 1935, il avait souscrit une déclaration de gérance pour le bimensuel Paris-Rome/Paris Automobile et Sportif, pour l’hebdomadaire Paris Théâtre, le 27 mars 1936, ainsi que pour le mensuel La Vie qui Passe, le 21 octobre de la même année.

Le Parti Français :

Au début du mois de décembre 1940, la démission d’Henri Ours marqua d’une scission l’existence du Parti National-Socialiste Français. Ce dernier entraîna en effet une part non négligeable des adhérents, parmi lesquels Henri Mourot et Simone Ducaté, pour les regrouper au sein du Parti Français, dont la création aurait été envisagée dès la fin du mois d’octobre. Le mouvement ne sera déclaré officiellement que le 19 décembre. Christian Message l’accusait de son côté d’avoir dérobé des armes à feu dans les cabarets fréquentés par des soldats allemands avec la complicité de Simone Ducaté, dans une optique d’hostilité envers l’occupant. Du fait de ces dissensions, le Parti Français s’opposera principalement au Parti National-Socialiste Français. Selon l’interrogatoire du 7 novembre 1944 d’un de ses sympathisants du nom de Camille Desmoulins, la fondation du Parti Français aurait également été motivée par le refus d’un poste au « Mouvement » National-Socialiste Français, qu’Henri Ours aurait sollicité.
Exclusivement ouvert aux citoyens issus de parents français, le Parti Français adoptera pour devise « la France veut vivre, la France vivra ! » et choisira pour emblème un cor de chasse. Son objectif global sera de faire mener une vie ascétique à ses adhérents dans l’intérêt de la patrie. Situé au-dessus des locaux du « Centre de Diffusion du Francisme » au 110 rue de Richelieu, le Parti Français y tiendra sa première réunion le 12 janvier 1941 devant une cinquantaine de personnes. Les principes généraux du mouvement, publiés dans un journal intitulé Le Parti Français, qui aurait été soumis à la censure début décembre 1940, y seront énumérés. Un manifeste rédigé le 1er novembre sera également présenté dans son numéro du même mois. Pourvu d’Henri Ours comme seul rédacteur, son tirage n’aurait guère excédé une centaine d’exemplaires. Au cours d’une autre réunion tenue à cette adresse le 14 février, Ours manifestera son soutien au Mouvement Social Révolutionnaire, en menaçant les anciens parlementaires du Rassemblement National Populaire de violentes représailles de la part des membres de l’ex-Cagoule, avec lesquels il déclarera avoir pactisé. Selon Desmoulins, l’hostilité d’Henri Ours envers Marcel Déat aurait été due à un poste que son parti lui avait refusé. Le 8 mars 1941, dans une nouvelle allocution prononcée au siège de son parti, Ours appellera Maurice Bernard de la Gâtinais, alors actif au RNP, à rejoindre les rangs du Parti Français. À l’instar du PNSF, le mouvement s’attellera à la dénonciation du marché noir, dont il tiendra les Juifs pour principaux responsables. Lors d’une réunion du 3 mai 1941, Henri Ours les accusera d’avoir profité de son voyage en zone sud pour l’évincer du secrétariat général de la Chambre Syndicale de la Chaussure en s’étant associés à ses concurrents.
Aussitôt après son apparition, le Parti Français donnera naissance aux « Jeunesses Sportives de France », déclarées le 29 avril 1941, destinées à former de futurs militants. Ces dernières ouvriront un « Restaurant National » établi au 15 rue Taitbout, tenu par René Chaffard, qui proposera des repas à prix réduits aux employés et aux chômeurs. L’association bénéficiera directement des subventions du Secours National. Suite à la disparition officielle du Parti Français, les Jeunesses Sportives de France resteront actives en novembre 1941 sous la direction de Henri Ours et d’anciens membres de son parti sous une forme apolitique, en excluant toutefois de leurs rangs les Juifs et les Francs-maçons. La piscine de la Jonquière leur sera mise hebdomadairement à disposition. Elles conserveront pour siège le 15 rue Taitbout. Le succès de ce mouvement de jeunesse, qui aurait atteint les 480 membres, dépassera ainsi celui de son parti d’origine qui n’aurait regroupé qu’une centaine de personnes. Un numéro de leur bulletin ronéotypé intitulé L’Avenir attestera de la poursuite de l’activité des JSF jusqu’en juin 1944.
Suite à l’arrêt de ses réunions en juillet 1941, Henri Ours fera paraître une feuille de liaison sous le titre de L’Action, consacrée à l’actualité. L’un de ses exemplaires affichera pour sous-titre « Commentaires sur la collaboration ». Le parti manifestera son opposition à une collaboration radicale dans un de ses tracts, qui qualifiera les orateurs du premier meeting de la LVF tenu le 18 juillet 1941 d’« enjuivés », en les accusant de s’être mis à la solde d’une puissance étrangère. Son chef y appellera notamment à l’emploi de la Légion dans l’épuration de la France des Francs-maçons et des Juifs. Du fait de ces propos tenus contre les volontaires français, Ours sera arrêté dans son usine par les Allemands, le 23 août 1941. Indigné par le tract du Parti Français, Marcel Déat aurait été l’instigateur de cette procédure. Il sera condamné à un mois et demi d’emprisonnement à partir du 2 septembre sous le prétexte de réunions interdites. Le Parti Français n’aurait été dissous qu’au moment de sa libération, le 15 octobre 1941. À en croire Desmoulins, Henri Ours aurait néanmoins vanté la rigueur des méthodes allemandes envers les français devant être disciplinés « à coup de trique », dans un manifeste paru en juillet-août de la même année.
Ce dernier collaborera également avec La France au Travail ainsi qu’avec divers journaux corporatifs de la chaussure.
Au moment de l’arrivée des troupes alliées dans la capitale, il aurait acclamé le Général de Gaulle sur les Champs-Élysées, selon une déposition du 30 décembre 1944 de l’industriel Maurice Tardy. Les perquisitions effectuées au sujet d’Henri Ours ne donneront lieu à la découverte d’aucun document en rapport avec le PNSF. Son affaire sera classée sans suite, le 23 avril 1947, du fait de son activité en faveur des réfractaires au STO et des prisonniers de guerre. Le commissaire à l’Épuration d’Orange, ville natale d’Henri Ours, rapportera le 20 novembre 1944 que ce dernier l’avait hébergé au cours de sa traque par la Police Française en juillet 1943 et par la Police Allemande en mai 1944.
À partir du 7 juillet 1958, il présidera l’association de danse rythmique « Art et Sport de Clichy », héritière des « Vaillantes Sportives de Clichy », fondée le 1er octobre 1929. Son nom sera relevé le 12 février 1959 sur une liste d’adhérents du Parti Nationaliste de Pierre Sidos et Dominique Venner. Il présentera sa candidature aux élections municipales de Clichy en mars de la même année, au titre de l’« Union pour une Rénovation Municipale ».

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Premier et probablement unique numéro du Parti Français. [AN].

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Tract du Parti Français à l’origine de l’arrestation de son chef. [AN].

Probablement suite à la démission de Simone Ducaté, le secrétariat général du PNSF se verra dirigé jusqu’en mars 1941 par Gaston Mouflard, né en 1886, qui n’y avait lui-même adhéré qu’aux environs du 20 novembre 1940. Il affirmera cependant le 27 décembre 1945 avoir quitté le parti vers le 10 janvier.
Mobilisé comme sergent lors de la Première Guerre Mondiale, il avait à cette époque été poursuivi pour propagande pacifiste. Antimilitariste virulent, cet ancien secrétaire de la section de Pantin du Parti Communiste en 1921, au sein de laquelle il passait pour un véritable sectaire, n’en avait pas moins détourné une somme de 80 000 francs en août, qui appartenait à sa « Société Intercommunale de Ravitaillement ». Peu avant la Seconde Guerre Mondiale, il s’était fait remarquer pour son militantisme anarchiste et syndicaliste en tant qu’électricien de 1938 à 1939, époque à laquelle il avait déjà pris le parti des Munichois.
Il se fera connaître durant l’Occupation en tant que chef du Front du Travail de la Ligue Française à partir de février 1942, à laquelle il avait déjà adhéré le 10 janvier 1941, suivant les conseils de Christian Message.
Après avoir quitté ce parti en novembre 1942, Gaston Mouflard se serait mis au service de Georges Desprez pour le compte de son entreprise « Travaux Publics Georges Desprez » à Dinan, en tant que « chef du personnel et des œuvres sociales », période à laquelle il adhérera au PPF en mars 1943 afin, selon lui, de se conformer aux attentes de son directeur. Tous deux ne se seraient étrangement rencontrés que durant leur passage à la Ligue Française. Mouflard affirmera le 16 juin 1945 avoir lui-même été inquiété lors de l’arrestation de Desprez pour avoir délivré des certificats à certains réfractaires au STO afin de leur permettre d’y échapper.
Du 13 octobre 1943 au 27 janvier 1944, il s’attellera à la surveillance de la Compagnie Électro-Comptable à Vincennes, après y avoir été imposé par l’Office de placement allemand. Il adressera dans ce cadre ses rapports à un allemand nommé Bartoscheck, situé au 1 rue Scribe à Paris et effectuera une propagande en faveur du Groupe Collaboration.
Adhérent au Front du Travail Allemand en janvier 1944, il se serait rendu à Bordeaux pour y faire arrêter des militants communistes infiltrés dans les usines Renault, selon le témoignage de Henri Simon du 18 septembre 1944, ainsi que de Gaston Routier, tous deux employés de la Compagnie Électro-Comptable.
Soi-disant sous la pression du parti de Jacques Doriot, il s’engagera enfin dans la Milice Française en mars 1944, pour laquelle il aurait été nommé chef régional dans le département du Val-de-Marne. Mouflard se signalera principalement au Plessis-Trévise et à Villiers-sur-Marne, en organisant diverses réunions dans les mairies de ces villes et entretiendra des relations plus que familières avec la Kommandantur de Corbeil. Il manquera cependant à l’appel, au moment de l’ordre de repli de Joseph Darnand, en août 1944.
Durant son engagement dans la Milice, il aurait conservé une tenue bleue marine du PNSF en y ajoutant l’insigne du gamma.
Dès le 1er août 1944, il quittera pour l’Allemagne la région parisienne en compagnie de sa famille, dans une camionnette mise à sa disposition par l’occupant. Gaston Mouflard sera arrêté par l’armée française, le 12 mai 1945 et condamné à cinq ans de travaux forcés le 8 juin 1946.

Les journaux de l’Épuration relatant le procès de Christian Message affirmeront, au même titre que les quelques travaux effectués à son sujet, que le PNSF n’avait jamais dépassé les 12 adhérents, selon ce que son acte d’accusation en aurait estimé. Un ancien cadre du PFNC nommé Pierre Vigouroux lui prêtera, quant à lui, 50 membres. Mais en prenant compte de la scission avec Henri Ours, nous pourrions supposer que le PNSF aurait à ses débuts compté 50 personnes, puis serait descendu à 12 suite à cet événement, bien que cela reste encore à confirmer. Il nous faut cependant noter qu'une réunion tenue dans les locaux du parti le 17 décembre 1940, célébrant une décoration de Christian Message ainsi que son anniversaire, qui selon ses propres dires, se serait faite à l'initiative des membres, aurait eu lieu devant une centaine de responsables du parti, selon la raison de son procès durant l'Occupation. Le témoignage de Claude Chapeau affirmera d’ailleurs que le mouvement comptait entre 2 000 et 3 000 adhérents pour la seule capitale, bien que cette assertion puisse ne pas sembler crédible, du fait du manque criant de traces matérielles de son existence. Mais au vu de l’étendue de l’activité officieuse du PNSF, il nous est tout de même permis d’en évaluer le nombre à plus d’une cinquantaine. La surveillance dont il faisait l’objet nous laissant cependant l’estimer à moins d’une centaine, comme le suggérera Edmond Masson durant son interrogatoire. Une note de police du 29 novembre 1940, évaluant l’« Importance numérique des partis nationaux dans la région parisienne », lui avait pourtant attribué « un millier » d’adhérents. Ce document n’avait d’ailleurs estimé les effectifs du PFNC qu’entre 600 et 800 personnes, en signalant le MNSF et la Volonté Française comme « inexistant[s] ».

Tous ces profils nous laissant donc nous questionner sur la présence d’autant de militants anti-judéo-maçonniques et de collaborateurs de premier plan au sein d’un parti aussi inconséquent.
Sur cette question, les différents rapports de surveillance et les rares documents encore accessibles du parti semblent nous apporter des éclaircissements, en soulignant que Christian Message cherchait à se construire une influence par l’ancienneté prétendue de son mouvement. À partir du 5 novembre 1940, la version officielle de son "historique" situait en effet la fondation du Parti National-Socialiste Français douze ans avant l’Occupation, comme en témoigne le rapport de la même date de son secrétariat général. L’article premier de ses statuts allait également en ce sens. Ce narratif avait ainsi gagné les démissionnaires du PFNC, qui avaient décrit le PNSF comme « un parti vieux de 12 ans », dans leur lettre précédemment mentionnée. Cette datation nous faisant étrangement remonter à l'époque à laquelle son chef aurait exigé la révision du Traité de Versailles. Paul Émile aurait ainsi été induit en erreur par le contenu des documents retrouvés dans son appartement lors de l’Épuration. Christian Message parviendra d’ailleurs à en convaincre les Allemands par des moyens inconnus, à en juger par la raison de son procès, qui fera remonter la naissance du PNSF à 1928. Le rapport de son secrétariat général ajoutait à cela que ce dernier avait été emprisonné sept fois du fait de son activité politique, ce qui ne sera, jusqu’à preuve du contraire, nulle part confirmé. À ce sujet, le compte-rendu du 18 octobre 1940 affirmait que Christian Message avait « déjà été condamné 7 fois, dont 3 ans de prison pour délits divers », le contexte de ces condamnations ne nous étant, malheureusement, nulle part indiqué. Aucune d’entre elles n’étant officiellement enregistrée, nous pourrions supposer que la précédente déclaration ait été due aux rumeurs lancées par les membres du PNSF. Ces sept prétendues condamnations pouvant respectivement correspondre à ses deux amendes de 16 et 30 francs en 1926, à la faillite de son commerce de laines, à ses deux condamnations pour abus de confiance, à celle pour diffamation, ainsi qu’à la faillite de son commerce d’accessoires automobiles, dans l’éventualité où toutes seraient véridiques.
Comme attesté par le rapport français du 22 août 1940, Christian Message avait pourtant exposé à ses premiers adhérents avoir formé neuf ans plus tôt, un « Syndicat National Socialiste », qui aurait implanté des sections dans une maison de chaussures à Belleville, mais que celui-ci avait été contraint de disparaître sous la pression des Francs-maçons et des Juifs. Selon cette précédente version, le Syndicat aurait été à l’origine même du Parti National-Socialiste Français. Un rapport du 10 juin 1941 notera néanmoins son manque total d’activité et de signalement. Compte tenu de la présence au PNSF de nombreux industriels cordonniers, Christian Message aurait sans doute pu les convaincre d’en attester. L’exclusion de Fernand Gros ayant probablement été à l’origine du second "historique" du parti.
La France Libre du 11 décembre 1946 ajoutera que Christian Message aurait prétendu avoir été parlementaire.
Cette stratégie visant à renforcer l'image du parti en en falsifiant la trajectoire suscitant d’autant plus l’incompréhension vis-à-vis de l'adhésion d'Henry Coston au PNSF, du fait de ses contacts d’avant l'Occupation avec son créateur. Nous pourrions éventuellement tenter de l'expliquer en suggérant que Coston y aurait dans un premier temps adhéré par solidarité envers Christian Message, en usant de sa propre notoriété afin de propulser le parti, pour ne le quitter qu'après s'être rendu compte de la mythomanie de son chef.
Le professeur Frederick Busi rapportera de son entretien avec Henry Coston que Pierre Laval lui aurait suggéré de produire des documents compromettants envers l’Amiral Darland. D’une façon similaire, un accord aurait pu être passé entre Message et Coston, afin de lui faire attester de l’ancienneté du Parti National-Socialiste Français, en contrepartie de la non-divulgation de son passé anti-allemand. Compte tenu de sa collaboration avec La Défense Passive Auxiliaire, il nous est également permis d’envisager qu’Henry Coston aurait usé de son statut d’archiviste pour retirer toute mention de La France Nationale-Socialiste en même temps que de son adhésion au PNSF, afin d’en occulter toute trace de sa participation. Bien que cette idée ne permette pas d’en expliquer l’omission de certains documents mentionnés plus loin.
L’absence de toute mention de son appartenance au PNSF en dehors de la liste d’adhérents précédemment mentionnée, nous permettant au contraire d’émettre que Christian Message n’y aurait ajouté son nom que par pure confusion. Les Allemands n’auraient ainsi prêté foi en l’activité du PNSF avant l’Occupation que par désintérêt.
La France Nationale-Socialiste pouvant sans doute nous apporter des éclaircissements à ce sujet, étant donné que Christian Message devait logiquement s’y construire un culte de la personnalité. Nous pourrions également envisager que certaines de ces adhésions aient été motivées par une stratégie de diversion visant à masquer des activités plus compromettantes.

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Rapport du secrétariat général du PNSF portant sur le MNSF. [AN].

Mais il semblerait que la majorité de ses adhérents se soit orientée vers le Feu, la Ligue Française, le Parti Français ou le Rassemblement National Populaire, qui représentaient des forces mieux structurées et plus imposantes. La "masse" en aurait principalement été composée de jeunes désœuvrés en recherche de subsistance, dont la plupart recevait de nombreux avantages matériels en contrepartie de leur inscription, tels que de la nourriture, des vêtements et un logement. Nombre d’entre eux n’avaient d’ailleurs que le 19 rue Saint-Georges pour seule résidence. Ils cherchaient ainsi, à l’instar d’une part non négligeable des adhérents d’autres mouvements pro-allemands, à pallier aux restrictions matérielles de l’époque. Selon Pierre Mathieu, un salaire mensuel de 300 francs aurait même été versé à chaque membre. Cette prime se serait élevée à 3 500 francs, suivant un compte-rendu destiné aux Allemands rédigé en mars 1941 par leur informateur Franck Daunis. Selon le rapport de novembre 1940, des adhérents du PNSF auraient constitué des cercles d’anciens combattants dans l’espoir d’en agréger les membres à leur parti d’origine. Jean de Rautlin de la Roy sera d’ailleurs indiqué comme adhérent « à vie » de l’Union Nationale des Combattants ainsi que de la Fédération Nationale des Anciens Combattants, dans son bulletin d’inscription au Rassemblement National Populaire, qui n’aurait selon lui été rempli que par une tierce personne. Il aurait également rejoint la Légion Française des Combattants à la suite de son passage au PNSF.
Son activité officielle ne s’étant globalement cantonnée, en dehors de sa propre organisation, qu’à du collage de papillons et à quelques réunions tenues au 19 rue Saint-Georges.
Le 20 décembre 1940, des membres du PNSF sollicitèrent l’autorisation de tenir une réunion à Bordeaux, auprès de l’état-major administratif allemand. Voyant leur demande refusée, ils décidèrent le 21 décembre de tout de même s’y rassembler pour le lendemain. Dans le courant du même mois, Georges Rubino, qui s’était à cette fin rendu sur les lieux, avait pourtant été informé de cette interdiction. Gaston Mouflard, qui selon un rapport du 16 novembre 1945, aurait tenu des réunions du PNSF dans la région de Bordeaux, muni d’« un brassard à croix gammée », devait y être entendu aux côtés de Message et de Rubino. Jean-Louis Luckaus aurait également pu y prendre part. Arrivés sur place, les orateurs furent interpellés par la GFP qui empêcha le déroulement de cette réunion. Au cours de leurs interrogatoires menés dans la foulée, Christian Message tenta de se défendre en invoquant le soutien du général Alfred Streccius et mentionna l’approbation de ses réunions tenues dans la capitale par de nombreux officiers allemands.

Du point de vue de ses financements, nécessaires à son bon fonctionnement, Christian Message affirmera durant son interrogatoire du 27 octobre 1944 que ceux-ci ne provenaient que des dons versés par ses adhérents et des recettes engendrées par Le Tyrol. Celles-ci s’élevant, selon ses déclarations, à 200 000 francs, auraient été prélevées de 50 %. Nous pourrions néanmoins supposer que les débuts du PNSF aient été subventionnés par l’usine Gros, au vu des activités au 33 rue Piat mentionnées plus tôt et de l’appartenance au parti de son directeur. Fernand Gros, « futur » ministre de l’Intérieur du gouvernement de Christian Message, ne croyait lui-même guère en la réalisation du parti. Les fonds collectés par la Défense Passive Auxiliaire ayant en grande partie été dépensés. Une somme de 80 000 francs appartenant à Eugène Manné aurait de plus été dérobée à cette fin, ainsi qu’en vue de l’achat d’une voiture, selon ses déclarations lors d’un examen médical du 8 mars 1945.
Il affirmera sur un autre aspect lors du même interrogatoire, avoir bénéficié de l’aide d’un publiciste ayant travaillé comme démarcheur à un journal intitulé La Défense Nationale. Le parti aurait néanmoins suscité l'intérêt de services de propagande allemands, selon Le Roman noir de la Droite française d'Henry Charbonneau. Un exemplaire de son programme sera d'ailleurs retrouvé dans les archives d'un de leurs bureaux, selon une reproduction datant du 10 juin 1943.
Dès août 1940, un certain Behres (Kurt von Behr ?) lui aurait versé 5 000 francs.
Lors d’une réunion du PFNC tenue le 19 novembre au 4 boulevard des Filles-du-Calvaire, Touny Galvan avait nié tout financement du mouvement de la part de l’Allemagne, en prêtant ce soutien au Parti National-Socialiste Français.

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Lettre ouverte de Christian Message au Maréchal Pétain sous sa première version. [AN].

Le 30 décembre 1940, Christian Message rédigea une lettre au Maréchal Pétain, accompagnée d’un communiqué au docteur Bernard Ménétrel, son conseiller privé. Porté à la connaissance des adhérents lors de la réunion du 5 janvier, le document sera reproduit sous la forme d’un tract, modifié suite à une première version. Son rédacteur, fustigeant les représentants de la IIIe République, exhortait le chef de l’État Français à épurer son gouvernement pour ne s’entourer que d’hommes valides, aptes à appliquer le programme du PNSF, tout en se gardant bien de lui réclamer le pouvoir : « […] Il faut faire du neuf avec des hommes neufs, qui n’ont aucune attache avec l’ancien régime, avec un programme neuf et inédit, qui est celui du Parti National-Socialiste Français, et que je sollicite l’honneur de venir vous présenter en personne à Vichy, prêt à m’effacer s’il le fallait, si je recueillais l’assurance, de votre bouche, que vous êtes prêt à l’appliquer. […] - Christian Message, Chef Suprême du Parti National-Socialiste Français. ». Reste à savoir si ce message ait rencontré un quelconque intérêt auprès de son destinataire. Il est même vraisemblable que celui-ci n’ait jamais obtenu la moindre suite, à en juger par les déclarations de Christian Message lors de son discours du 5 janvier 1941 et de son interrogatoire du 14 mai 1945. Une note ajoutée au document d’origine suite à sa réception, semblait d’ailleurs indiquer de « ne pas répondre au Chef Suprême ». Selon un rapport allemand du 17 janvier 1941, la Police Française aurait cependant déclaré que le PNSF était le parti le plus opposé au gouvernement de Vichy. Une note de surveillance du 28 novembre 1940 ajoutait que ses dirigeants qualifiaient le Maréchal de « gâteux » et que Christian Message destinait le parti à remettre de l’ordre au sein du gouvernement.

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Lettre de Christian Message libellée au nom de son secrétariat particulier. [AN].

Le Parti National-Socialiste Français (bis) :

Étonnamment, il semblerait que le PNSF n’ait pas été le seul parti de la Collaboration à avoir adopté une telle terminologie, à en juger par divers documents trouvables concomitamment à ceux s’y rapportant, évoquant l’existence de nombreux autres « Parti National-Socialiste Français », qui tenteront leur émergence durant toute la durée de l’Occupation et mériteraient chacun une étude exhaustive. Parmi ceux-ci purent être identifiés de façon relativement distincte :

Le Parti National-Socialiste Français, apparemment situé au 4 bis rue d'Estrées en 1942, à propos duquel les autorités allemandes elles-mêmes affirmaient n’avoir aucune connaissance et dont le rédacteur du programme souhaitait, en substance, voir la population parisienne crier « vive HITLER », du fait de l'enthousiasme qu'auraient suscité ses mesures. Ce dernier document appelant à l'arrestation de tous les Juifs de la zone occupée, désignés comme les instruments de la propagande bolchéviste.
Son chef, un certain P. Chappe, ancien inspecteur dans l’anthropométrie judiciaire, aurait effectué du renseignement pour le compte de la Gestapo, ce qui semblait se confirmer au travers de son programme.

Le Parti National-Socialiste Français, branche dissidente du Mouvement Social Révolutionnaire, fondé aux alentours de mai-juin 1942 ou 1943, et qui s’implanta d’une façon relativement disparate sur le territoire français. Celui-ci ayant officiellement rejeté la mystique du chef, contrairement au MSR, adopta la stratégie d’un directoire principalement composé du commandant Raymond Gaudin, domicilié au 37 boulevard de Strasbourg à Paris, et du colonel François Barazer de Lannurien. Bien qu’ayant apparemment disparu lors de la création de la Waffen SS française, au sein de laquelle le fils du dernier mentionné, également nommé François, se fera largement connaître pour son engagement, ce PNSF organisa de nombreux "stages de perfectionnement" à l’école de police de Vaucelles et à l’école de police sous contrôle allemand de Taverny, visiblement jusqu’en juillet 1944. Il portait alors l’étiquette de « Groupe National et Social Français » ou de « Groupe National-Socialiste Français ». Ses chefs étant majoritairement passés par la Cagoule et le MSR, ce parti en aurait largement repris le programme. Du point de vue de son activité officielle, le PNSF organisa deux réunions d’information à son siège, rue de Drouot. Son emblème aurait potentiellement été une croix gammée surmontée d'un coq.

Le PNSF (Parti National et Social Français/Front National Français) de Paul Briot, installé au 21 boulevard Alexandre 1er de Yougoslavie, était également actif à Dijon depuis une époque indéterminée. Ses tracts arboraient l’emblème d’un simple coq rouge. Bien que sa date de fondation ne soit pas connue, ce mouvement existait déjà de fait en 1939 sous le titre « Association Nationale Socialiste Française », époque à laquelle son créateur, adjudant en retraite, avait présenté sa candidature à l’Élysée en tant que « socialiste, patriote et ami de la paix ». L’Association déclarait vouloir barrer la route au Fascisme et au National-Socialisme allemand. Ses militants, qui se désignaient eux-mêmes comme « Nationaux Socialistes » étaient théoriquement organisés en « Sections Nationales Socialistes Françaises ». Ces Sections n’auraient cependant guère regroupé plus de cinq personnes. Le Parti National et Social Français avait pour devise : « Patrie - Famille - Travail ».
Les archives de la Côte-d’Or enregistreront Paul Briot comme membre du Parti National-Socialiste Français, sans doute du fait de la quasi-homonymie des partis.

Le Parti National-Socialiste Français de l’ancien militant nationaliste breton et futur « milicien en fuite » Aristide Wallerand, apparu en août 1942 à Nantes, compta parmi ses adhérents, un parisien nommé Jean Lestandi, né en 1885, qui avait précédemment remplacé Henri-Robert Petit à la direction d’Au Pilori. Aux alentours de décembre 1943, le fils de son créateur partira combattre dans la LVF.

Un autre Parti National-Socialiste Français, principalement composé de miliciens les plus acharnés ayant perdu des proches dans les attentats, vit quant à lui le jour fin 1943 et se centra principalement sur Lyon et Grenoble. Les deux centres comprenaient chacun une soixantaine de personnes. Selon un rapport datant de janvier 1944, le mouvement aurait commis des attentats et des assassinats à Grenoble en bénéficiant du soutien de la Gestapo. L’un de ses chefs délégués tenta d’en créer une section à Chambéry. Le but de ce PNSF était d’imposer par les armes le National-Socialisme en France.

Comme suggéré par une reproduction réceptionnée le 19 novembre 1943 d’une lettre non datée chargeant son porteur de la rédaction de rapports, un groupement intitulé « LES NATIONAUX SOCIALISTES FRANCAIS », aurait organisé des conférences dans des « Camps de travailleurs nationaux socialistes français », ou, plus visiblement, dans des camps regroupant les français réquisitionnés pour le STO. Ses expéditeurs n’ayant pu être identifiés à ce jour.

Aucun ne marquera cependant la mémoire collective du même impact que le parti ici traité.

Chapitre VII : Apogée du parti :

Se rendant à 17 h au 19 rue Saint-Georges, le 2 janvier 1941, quatre maroquiniers furent reçus dans le bureau de Christian Message, après une présentation de leur lettre de convocation, afin d’y discuter de la préservation du culte israélite, avec l’accord préalable des autorités occupantes, tel que le stipulait la mention présentée par le document. Après s’être vu déclarer par son hôte : « Vous êtes un sale juif, mettez-vous à genoux ! », le premier arrivé fut brutalisé par les gardes noirs et conduit de force au sous-sol avec ses coreligionnaires, qui avaient rejoint à leur tour les locaux. Attirée par les cris d’un détenu roué de coups par les gardes pour avoir tenté de s’échapper, une foule d’environ 300 témoins se regroupa devant l’immeuble, entraînant l’intervention d’un directeur adjoint et d’un commissaire de police, auxquels Christian Message déclara avoir craint une attaque de la part de ses visiteurs, du fait qu’il se sentait extrêmement visé dernièrement.
Il s’avéra par la suite que l’indication des maroquiniers à se rendre au 19 rue Saint-Georges n’avait résulté que d’une faute de frappe de la part du rédacteur de la lettre, qui aurait dû les recevoir au Consistoire Israélite situé au 17. Celle-ci datant du 27 décembre 1940, ne provenait que de leur fournisseur de peaux, un certain Jacques Hirtz, qui confirma lui-même son erreur au lendemain de l’incident. L’un d’entre eux avait pourtant été prévenu au téléphone par un correspondant se présentant comme le fournisseur en question, qui lui avait indiqué de se rendre au deuxième étage de l’immeuble où se trouvait le bureau de Christian Message. Nous laissant donc supposer une manœuvre délibérée de la part de Hirtz, visant à les faire capturer.
Sera d’ailleurs édité au 17 rue Saint-Georges par le rabbin Weiller, probablement quelque temps après la disparition du PNSF, un bulletin intitulé Informations Juives dont le Jeunesse du 18 mai 1941 dénoncera la parution.

Le 5 janvier 1941 à 9 h, le PNSF tint une réunion publique au 144 avenue des Champs-Élysées devant 400 personnes, parmi lesquelles auraient été présents des officiers allemands, suivant les dires de Georges Rubino. Franck Daunis déclarera dans son rapport s’être rendu à la réunion sur convocation.
Christian Message y rappela la lutte d’avant-guerre du Parti National-Socialiste Français depuis 1928. Ne comptant alors que 15 membres, le parti aurait fait paraître un journal qui n’aurait vécu que trois numéros, jusqu’à sa saisie et son interdiction ainsi qu’à l’incarcération de Christian Message. La teneur de son discours fut essentiellement économique et sociale, celui-ci s’attaquant notamment à l’Angleterre et au Capitalisme. Durant son allocution, Christian Message décrivit les percepteurs et les contrôleurs d’impôts comme des individus « absolument inutiles dans la vie d’une nation », et ajouta : « Ce sont des gens que nous payons pour nous faire encaisser, c’est vraiment se donner des verges pour se faire fouetter ! ». Il y aborda la nécessité d’un stage agricole obligatoire pour la jeunesse nationale-socialiste afin d’assurer la reconstruction du pays et appela les enfants du parti à se défaire de l’oisiveté. Le meeting provoqua une certaine inquiétude auprès des services de police. Christian Message s’y montra en effet particulièrement virulent envers la Police Française et les grandes administrations, en affirmant que celles-ci devaient être épurées et dirigées par le parti, et fit prêter aux gardes noirs le serment d'être « prêts à mourir pour le parti » et « à tuer pour la victoire finale ». « Pour réussir, il faudra aller vite et renverser les obstacles les armes à la main ! », déclara-t-il. Le 4 février 1941, Christian Message niera la teneur du serment prêté par son service d’ordre, au motif qu’« On ne fait pas prêter serment à quarante "gardes noirs" de lutter contre un état organisé ». Il y afficha également une certaine part d’anticléricalisme, en menaçant d’utiliser la force contre les ecclésiastiques en cas de contestations : « [...] Nous ne sommes pas contre la religion, ni contre les prêtres et les pasteurs ; nous leur laisserons la liberté la plus entière de célébrer leur culte. […] Mais jamais nous ne tolérerons que du haut de certaines chaires, on puisse jeter le discrédit sur nos organisations ! […] Si aujourd’hui on n’entendait pas notre parole, si malgré mes avertissements répétés, des provocations, comme nous en avons vu le jour de l’inauguration de l’immeuble du Parti […], avaient encore lieu, nous serions obligés de traiter les membres du culte comme de simples citoyens, et de leur faire subir la loi commune des ennemis du peuple ! […] ». Une retranscription de ce discours aurait soi-disant été communiquée à la presse parisienne. À la fin de cette allocution, le « millier » d’auditeurs, selon Rubino, aurait répondu debout à l’appel de Christian Message, qui leur aurait fait prêter le serment, bras tendu, « de lutter jusqu’à la mort pour assurer la victoire du National-Socialisme en France, la formation d’une Europe nouvelle en collaboration avec les nationaux-socialistes allemands, les fascistes italiens et les phalangistes espagnols ». La réunion se serait terminée aux cris de : « Vive la France Nationale-Socialiste ! », « Vive l’Allemagne Nationale-Socialiste ! », « Vive l’Italie Fasciste ! », « Vive l’Espagne Phalangiste ! », « Vive l’Europe Nouvelle ! », « À bas l’Angleterre ! », « À bas de Gaulle ! ». « Vive Hitler ! » et « À mort Churchill ! » auraient également retenti. Ces acclamations auraient suscité les réprobations d’une part de l’assistance.
L’un de ses potentiels adhérents nommé Gaston Annecorde, adressa ainsi une lettre de protestation ou de démission, après s’être rendu à une réunion du PNSF au début du mois de janvier. Il déclarera ne l’avoir rejoint que sous l’influence de la fidélité au Maréchal affichée par le parti.
Futur « Délégué Patronal du Bâtiment » au sein de la Ligue Française, il prendra la parole à l’une de ses réunions, le 23 novembre 1941, durant laquelle Marcel Héraux et Émile Prost se feront entendre à sa suite, devant un auditoire d’une vingtaine de personnes. Le 22 juin 1945, il démentira y avoir développé le thème indiqué par L’Appel du 4 décembre : « la conception du patron social dans la France communautaire de demain ». Il niera d’ailleurs avoir occupé le poste précédemment mentionné. Fait prisonnier le 22 août 1914, il y aurait rappelé ses conditions de détention par les Allemands. Il recevra d’ailleurs les visites du fils d’un soldat allemand qui l’avait relevé sur les champs de batailles en 14-18, avec lequel il continuait de correspondre.
Annecorde manifestera cependant son opposition au STO, en gardant clandestinement certains de ses employés. Durant les rafles de juillet 1942, il hébergera une certaine Rachel Chalom, après avoir tenté de secourir sa famille.
Franck Daunis dénoncera de son côté le "laxisme" d’un secrétaire à la Chambre Nationale-Socialiste des Corporations, auprès duquel il s’était rendu au 19 rue Saint-Georges pour rapporter ces contestations et y faire inscrire une adhérente, le 10 janvier 1941. Ce dernier leur ayant conseillé de les laisser d’elles-mêmes s’atténuer. « Si cela s’était passé comme cela en Allemagne aux réunions du Parti National Socialiste, l’Allemagne ne serait pas ce qu’elle est ! », lui avaient-ils rétorqué.

De nombreux papillons du PNSF seront également collés dans la plupart des arrondissements de Paris, du 4 au 11 janvier. Quatre de ses adhérents, parmi lesquels Roger Rivollier et Yves Gardot, furent ainsi appréhendés dans la nuit du 8 janvier devant le 47 rue du Château-d’Eau.
Le nom de ce dernier avait été affiché dans le livre d’or des Gardes Françaises, paru dans le Pilori du 30 août 1940, pour sa participation aux saccages des commerces juifs, le 20 août, durant lesquels il avait été arrêté. Yves Gardot sera poursuivi le 29 juillet 1944 pour un vol de roulements à billes, époque à laquelle il prétendait s’être enrôlé dans la LVF.
Guy Jankowski fut quant à lui appréhendé le 10 janvier à la station Daumesnil du Métropolitain durant un collage de papillons pour port d’armes blanches, en compagnie d’un de ses camarades né en 1924. Des tracts leur furent également retirés. Les perquisitions effectuées aux domiciles de leurs parents aboutirent à la découverte d’adresses de potentiels adhérents du PNSF, ainsi que de divers tracts et imprimés non renseignés.
Un arbre de Noël ayant été prévu pour le 12 janvier à 13 h, à la salle des Ingénieurs Civils au 19 rue Blanche et pour lequel des cartes d’invitations avaient été distribuées, fut cependant interdit par la Préfecture de Police. Une autre réunion, destinée à accueillir les Jeunesses Nationales Socialistes Françaises pour le même objet, avait déjà été organisée à cette adresse le 25 décembre et interdite au moment de son report du 7 ou 8 janvier, auquel les Cadets Nationaux-Socialistes de France auraient dû se joindre. Suivant les instructions d’Augustin Potiez du 25 décembre 1940, Paul Fessard en avait lui-même signé la demande d’autorisation, sans que celui-ci lui eût fait mention de la précédente tentative.
Au cours de son interrogatoire du 4 février 1941, Christian Message niera formellement ces précédentes activités. Durant sa séance menée simultanément par le commissaire Charles Badin, Rubino confirmera pourtant l’ordre du collage de ces papillons, donné par l’orateur de la réunion du 5 janvier. Il minimisera par ailleurs l’importance de son rôle au sein du PNSF, en attribuant le commandement effectif de la Garde Noire à Christian Message et Albert Perriod.
Du 7 au 8 janvier, Christian Message et Georges Rubino avaient déjà fait l’objet de remontrances de la part du directeur de Police Municipale Marchand, qui les avait convoqués à la Préfecture de Police pour la dernière réunion du Tyrol.

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Papillon du PNSF. [AN].

Peu avant le 12 janvier, Christian Message aurait reçu la visite de Pierre Costantini, fondateur de la Ligue Française, qui lui aurait proposé de former avec lui, un nouveau mouvement politique. Réfractaire à l’idée de recevoir des fonds provenant de l’ambassade d’Allemagne, Message aurait refusé cette idée, bien qu’aucune preuve de cette rencontre n’ait pu être apportée. La seule mention de celle-ci n’ayant fait son apparition que dans son procès-verbal d’interrogatoire du 16 janvier 1945, durant lequel il mettra son arrestation par les Allemands sur le compte de ce refus.

Au matin du 12 janvier 1941, Christian Message fut à son tour arrêté par la Police Française dans sa chambre de l’hôtel Beauséjour au 1 rue Brey, qu’il occupait dans l’attente d’un déménagement au premier étage du 27 rue Cardinet.
L’adresse aurait précédemment été occupée par un anglais nommé Moore, qui y avait laissé la totalité de son mobilier. Un appartement situé au quatrième étage de cette adresse, abandonné dans les mêmes conditions par un certain Vulveck, était destiné à accueillir Jean-Pierre Vidard. Tous deux ne s’y étaient que partiellement installés. L’inspection du futur logement de Vidard donna lieu à la découverte d’une carte d’identité appartenant à Stenbock-Fermor dissimulée dans un vase, ainsi que de cinq autres documents non renseignés. Au moment de son installation à la fin du mois de décembre, son futur locataire s’y serait présenté comme « fonctionnaire de la Gestapo ». Il avait également résidé à l’hôtel Beauséjour du 11 au 17 janvier 1941.
Les agents firent ensuite irruption dans les locaux du PNSF en les saccageant. L’opération, commandée par le préfet de police Roger Langeron, avait initialement été ordonnée par le Dr. Kiessel de l’administration militaire allemande. Ce dernier avait déjà proposé l’arrestation de Christian Message le 7 janvier, qui avait été planifiée ce même jour lors d’une réunion à l’ambassade allemande.
Envoyé à la prison de la Santé sous le motif de réunions non autorisées, Christian Message aurait agressé, au cours de l’une d’entre elles, un franc-maçon d’origine juive à coup de microphone qui aurait cherché à s’y imposer comme contradicteur. Selon La France Libre, cette réunion se serait tenue à la salle Wagram, au Tyrol selon d’autres journaux. Cet épisode n’ayant jamais été mentionné dans aucun document de l’Occupation. Son arrestation avait également résulté de la tentative de rassemblement à Bordeaux du 22 décembre 1940. L’illégalité même du mouvement ayant sans doute constitué la raison essentielle de cette intervention. La relative hostilité des autorités allemandes envers le PNSF pouvant principalement s’expliquer par leur refus de la reprise ostentatoire de la terminologie « National-Socialiste » par des partis français.
L’activité du mouvement sera donc suspendue à la même date que celle de l’arrestation de son chef ainsi que de Georges Rubino, appréhendé le même jour dans son appartement du 4 boulevard de la Villette et incarcéré à la Santé.
Des perquisitions eurent également lieu aux domiciles de Christian Message et de Georges Rubino, ainsi qu'au 19 rue Saint-Georges et au 144 avenue des Champs-Élysées, qui aboutirent à la découverte de brochures du programme du PNSF, de quelques uniformes, d'un baudrier, d'insignes du parti, d'une brochure portant sur son activité, d'autres portant sur le Communisme, de circulaires, de tracts, de lettres, de listes d'adhérents, de cartes et de bulletins d'adhésion, ainsi que de documents non explicités. Ces éléments seront placés sous scellés et conservés à la Préfecture de Police, à disposition des autorités occupantes.
Le jour même de l’opération à 14 h 45, un membre du parti s’étant identifié sous le matricule « FS 319 », avait alerté les Allemands d’une intervention imminente de la Police Française contre le PNSF. Il leur avait également signalé le retrait par deux policiers d’affiches allemandes apposées dans la rue Saint-Georges, qui ne put être confirmé.
La connaissance des intentions de la Police Française de la part de membres du PNSF les aurait donc conduits à se débarrasser en urgence de La France Nationale-Socialiste quelques instants avant l’arrivée des agents. Expliquant ainsi la présence de certains de ses exemplaires en devanture du 19 rue Saint-Georges, sans que celle-ci n’eût été mentionnée dans les rapports de perquisition. Une seconde hypothèse suggérerait que la page de présentation de La France Nationale-Socialiste n’aurait été conçue que pour attirer l’attention sur la devanture du 19 rue Saint-Georges.
Franck Daunis, qui se rendit le 21 janvier 1941 à cette adresse pour y faire inscrire un nouveau membre, relèvera la surveillance de l’immeuble par deux policiers français, mais ne fera aucune mention des documents exposés.

Suite à cette intervention, des militants du PNSF auraient émis que leur chef n’avait pas le profil adapté à ce titre, malgré sa volonté sincère de collaboration avec l’Allemagne.
Un certain profit matériel sera également mis en lumière, au travers de ses dépenses personnelles inconsidérées dans des achats de luxe qui l'endettaient grandement. Les achats en question se rapportant apparemment à un logement situé au 53 avenue Montaigne, ainsi qu’à deux voitures et un chauffeur, mentionnés dans le rapport du 17 décembre. Une perquisition menée le 12 janvier dans l’appartement de Christian Message au 1 rue du Foin (que ce dernier avait occupé de fin 1938 au 12 janvier 1941), aurait permis d’attester l’achat envisagé de l’adresse. L’interrogatoire des concierges de l’immeuble n’aboutira, concernant Message, à rien de concluant. L’adresse était cependant passée de M. Scholl à un certain Marcel Dequeker, connu pour ses liens d’avant-guerre avec la Cagoule.
Les semaines suivantes, les partisans de Christian Message, qui se retrouvaient régulièrement les dimanches, au Georges V du 120 avenue des Champs-Élysées, auraient envisagé son remplacement par Jean-Pierre Vidard ou Emmanuel Trollet. Sa succession aurait déjà été anticipée avant même son arrestation, au moment où le parti trouverait son écho dans les masses.
Des adhérents du PNSF, parmi lesquels Franck Daunis, qui rendirent visite à la mère de Christian Message le 7 février 1941, apprirent par elle que l’arrestation de leur chef aurait été due à une trahison de la part de son entourage proche. Mathilde Message leur déclara préférer le savoir entre les mains des Allemands, à Fresnes, plutôt que de la Police Française.

Alors interné à l’infirmerie de Fresnes dans l’attente d’un transfert au Cherche-Midi, Christian Message tenta d’accélérer son passage en jugement en faisant valoir ses rhumatismes, son œdème et son urémie, dont il se disait souffrant depuis le 15 janvier, dans une lettre adressée le 11 février 1941 au Dr. Kiessel (ici orthographié Kressel). Il lui présenta également ses excuses pour avoir enfreint le règlement allemand sur les réunions qu’il prétendait ignorer, en se présentant comme un « fervent germanophile depuis 12 ans ». Pour se justifier de cette contrevenance, il y souligna le caractère strictement économique et privé du rassemblement du 5 janvier par l’appartenance prétendue de ses convives au PNSF. Le directeur Meyer de la Police Judiciaire l’avait pourtant informé de l’interdiction des réunions politiques, le 13 décembre 1940.
Suivant les lettres qu’il destinait à sa femme durant son incarcération par les Allemands, il semblerait que Christian Message ait entrepris la rédaction de « plusieurs ouvrages de propagande [qu’il ferait] éditer en sortant ». Il y mentionna également Emmanuel Trollet et René de Chappedelaine, pour lui demander d’aller leur faire « encourager » les nouveaux dirigeants du PNSF. Sa reconstitution « en huit jours » devait selon lui être effective dès sa sortie de prison, avec l’assurance que celui-ci « sera plus puissant que jamais » (6 mars 1941).
Le nom de « Bosler » (Christian Message ayant pour tendance de quasi systématiquement écorcher les noms de famille) y fit d’autre part son apparition. Un certain Georges Bossler sera identifié comme un officier alsacien de la Gestapo proche de Fernand Gros. Le 29 septembre 1942, celui-ci avait commandité l’arrestation de ses employés mentionnée précédemment. Selon Laurent, Fernand Gros et Georges Bossler se seraient tous deux rendus à Nice en mars 1943 pour y faire arrêter Oscar Allerand.
Lors de son audience du 9 décembre 1946, Message tentera d’en justifier le contenu par la nécessité de persuader ses geôliers de sa disposition à leur verser une somme suffisamment élevée pour acheter sa libération. Ses lettres portaient en effet sur la répartition précise de primes s’élevant à plusieurs millions de francs entre Valentin Masson, Pierre Mathieu et Raymand Witasek, dont l’origine se trouvait sans doute dans le marché noir intercepté et les saisies effectuées par le PNSF. Selon sa version du 28 novembre 1945, les primes mentionnées ne se seraient rapportées qu’au trafic précédemment évoqué, qui aurait été mené par Perrot. Il affirmera par conséquent ne jamais les avoir expédiées, ce que sa destinataire confirmera le même jour, en confondant Valentin avec Edmond Masson. Celle-ci semblait pourtant le connaître, selon le témoignage de Claude Chapeau, qui l’avait indiquée comme mangeant à la même table que Valentin Masson. Les primes mentionnées correspondaient de plus parfaitement à celles de la liste rédigée le 28 avril 1941 par Pierre Mathieu, époque à laquelle Christian Message avait déjà été relâché. Il y était notamment fait mention de « l’affaire Longuet », nom homonyme à celui du trafiquant de dollars dénoncé par Claude Chapeau.

Christian Message et Georges Rubino comparurent devant le tribunal militaire allemand du 53 rue Saint-Dominique, sous la présidence du Dr. Bredfeldt, secondé par le capitaine Joerg et Guppenberger, le 20 mars 1941. Rendues ce même jour, leurs peines correspondront respectivement à deux mois et à un mois d'emprisonnement, conformément au règlement allemand du 28 août 1940 sur les réunions et les partis politiques.
À l’issue de la séance, Christian Message aurait été relâché suite à une intervention de Pierre Clémenti. Cette version pouvant être remise en question à la lecture de l’interrogatoire du 27 novembre 1945 de Pierre Baudoin-Bugnet, avocat de Christian Message devant le tribunal allemand, qui expliquera sa libération par l’excès de sa détention préventive sur la peine prononcée. Les dires de Baudoin-Bugnet se confirmant d’ailleurs au travers du document de la sentence de Message et de Rubino, qui en sera lui aussi exempté. L’accusé aurait également tenté d’accélérer leur libération par le versement de 500 reichsmarks au tribunal, par l’intermédiaire de son avocat.

Chapitre VIII : Tentatives de résurgence du PNSF :

Malgré une première disparition théorique, l’activité du PNSF fut brièvement relancée dans le département de l'Aube, au début du mois de janvier. Sa section régionale était dirigée par Germinal Chamoin11°, qui s'engagera à travailler en Allemagne le 21 janvier 1941, laissant sa direction entre les mains de son secrétaire à la propagande (Alex ?) Coque et d'André Simon. Le parti s’y manifesta principalement à Troyes par le collage d'affiches et des papillons suivants : « ADHÉRER au Parti National-Socialiste Français C’est sauver la FRANCE », « HONNEUR-TRAVAIL-PAIX ! C’est la devise du Parti National-Socialiste Français », « Vive Christian MESSAGE Chef Suprême du Parti National-Socialiste Français », « Si vous voulez LUTTER victorieusement pour construire une FRANCE, une EUROPE nouvelles adhérez au Parti National-Socialiste Français ». La section ne dépassera cependant jamais les 15 membres. Les adhérents troyens du PNSF tentèrent également d'accrocher une affiche d’un format de 150 centimètres sur 115 près de la gare. Un document allemand datant du 26 juin 1941 portant sur les perquisitions menées chez des personnes accusées de gaullisme à Troyes et sur l'activité de mouvements catholiques mentionnera le PNSF dans son sujet pour des raisons inconnues.
Le mouvement aurait même projeté de s’intégrer en zone sud, selon les déclarations de Soulié à Yves Rubino en janvier 1941, que Soulié exhortait à rejoindre le PNSF, en le lui présentant comme « un groupement prémilitaire ». Dans son interrogatoire du 20 mars 1946, Henri Ours décrira lui-même le PNSF comme « une formation para-militaire », à l’inverse du MNSF, qui n’aurait selon lui représenté qu’une organisation de jeunesse. Soulié annoncera la dissolution du mouvement avant que Rubino n’ait pu lui apporter une réponse définitive. Le rapport du 4 novembre 1944 le notera néanmoins comme membre des Jeunesses Nationales Socialistes Françaises de la 7ème section du PNSF. Rubino sera signalé, selon ses déclarations du 8 septembre 1945 lors de son interrogatoire, comme déserteur par le gouvernement de Vichy pour avoir tenté de rejoindre l’Angleterre, suite à son engagement du 26 mars 1941 en tant qu’aviateur.

Ses implantations régionales :

Malgré cette tentative d’intégration en zone non-occupée, le mouvement ne connut qu’une implantation quasi exclusive en région parisienne, qui comprenait théoriquement des délégués pour chaque arrondissement et région de l’Île-de-France. Parmi ses représentants, eux-mêmes très peu actifs, purent être notablement relevés :

Robert Randuineau :

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Robert Randuineau en 1943. [APP].

Délégué du PNSF pour le 1er arrondissement, il passera à la Ligue Française comme chef de sa permanence du 13ème, située au 29 bis rue Caillaux. L’adresse aurait d’ailleurs été inaugurée par Émile Rausch, que Randuineau présentera à une réunion de la Ligue Française, le 18 novembre 1941. Le 31 janvier 1942, ce dernier informera les services de police de l’apparition d’un engin explosif placé durant la nuit en devanture des locaux, à l’occasion d’une tempête de neige.
Il deviendra secrétaire personnel de Marcel Déat et responsable de la 13ème section du RNP.
Robert Randuineau sera ensuite recherché pour avoir été à l’origine de nombreuses arrestations de juifs.
Émile Rausch avait quant à lui été membre de la « Pensée Française » en 1921 et de la section du Kremlin-Bicêtre de la Fédération Socialiste de la Seine.
Dans l’unique but, selon ses dires, de la recherche d’un emploi, il avait adhéré au PNSF en décembre 1940 et n’y serait guère resté plus d’un mois. Lors de son interrogatoire du 18 mai 1945, il prétendra n’y avoir eu aucune activité, en s’étant contenté de remplir un bulletin d’adhésion sans prendre connaissance de son programme et n’avoir fréquenté qu’occasionnellement le siège du parti. En 1941, il se serait vanté d’avoir participé à un pillage de commerces juifs situés dans le 3ème arrondissement, à l’époque où il aurait été membre d’un parti dont le siège se situait au quartier Saint-Georges. Cette opération lui aurait procuré des bas de laine qu’il aurait ensuite revendus. Selon le témoignage de Georges Perrin du 24 avril 1945, qui avait rapporté les propos de Rausch, ce mouvement n’aurait été nul autre que le RNP.
Il adhérera à la Ligue Française en janvier 1941 dans une même optique professionnelle, en en espérant le retour de son fils prisonnier de guerre. Le parti l’affectera ainsi comme menuisier au camp d’aviation de Bourget et le nommera « Délégué Ouvrier », ainsi que chef de son 4ème secteur. Il prétendra en ignorer lui-même la véritable fonction, non sans y avoir été particulièrement actif à ce titre, comme attesté par des numéros de L’Appel non retrouvés au moment de son procès, qui l’avait également indiqué comme président de ses « cours de propagandistes ». Le 18 mai 1945, il affirmera n’y être resté par seule préoccupation des questions sociales. Ressorti du congrès national de la Ligue Française, déçu par le discours de Pierre Costantini du 15 novembre 1942, il aurait rompu tout contact avec le parti, le 17 novembre de la même année. La présence d’officiers allemands dans la salle Wagram l’y aurait également influencé.
Il ressortira des témoignages déposés pour les besoins du jugement d’Émile Rausch que ce dernier avait porté secours à des réfractaires au STO, en tant que contremaître de la saboterie de Senonches.

Marcel Garnier :

Né en 1910 et mobilisé en 1939 comme chalutier, il mettra lui-même ses actes de violence sur le compte d’un traumatisme cérébral qui aurait résulté des combats. Celui-ci avait en effet la réputation de battre son épouse.
Délégué de la Garenne-Bois-Colombes pour le PNSF, il s’était fait remarquer dès août pour son adhésion au Parti Français National-Collectiviste, qui avait duré jusqu’à novembre 1940 et pour lequel il avait tenté de grossir les rangs du Jeune Front. Il aurait à cette époque été arrêté lors d’un saccage de commerces juifs par le Jeune Front et la Garde Française sur les Champs-Élysées, à la date supposée du 20 août.
Marchand de chapeaux avec sa femme Suzanne Garnier (qui reprendra le nom de Foulon à la suite de leur séparation) sur les marchés de la région, il y distribuera les tracts du RNP auquel il adhérera vers 1943. Tous deux y auraient vendu des numéros d’Au Pilori en avril 1941, Marcel Garnier étant lui-même un lecteur régulier de La Gerbe et du Cri du Peuple. Il arborait également le portrait d’Adolf Hitler dans le couloir de son appartement, dans le but, selon Suzanne Garnier, de « faire enrager la concierge ».
De nombreux témoins rapporteront que celui-ci menaçait régulièrement les commerçants juifs d’arrestation, en renversant leurs étalages pour procéder à des contrôles d’identités. En mai-juin 1942, Garnier aurait conduit un certain Albert Bardet, pourtant non israélite, au poste de police pour manquement au port de l’étoile jaune. Selon Suzanne Foulon, son mari aurait soupçonné Bardet de l’avoir dénoncée comme juive, raison pour laquelle il l’aurait conduit au poste. Le 12 avril 1945, Suzanne déclarera être d’ascendance juive. Marcel Garnier aurait menacé d’éventrement un régisseur des marchés nommé Claude Malterre, au moment où « son parti » arriverait au pouvoir, après l’avoir accusé de protéger les Juifs et les Francs-maçons. Malterre lui avait en effet reproché de s’être attribué la place d’un vendeur israélite.
En juin 1943, Garnier se serait vanté publiquement d’appartenir à la Gestapo. Il aurait de plus détenu des armes à feu et fait partie de la Milice, ce qui ne put être attesté. Certains de leurs concurrents seront par la suite déportés, sans qu’il n’ait été établi que les Garnier en aient été à l’origine.
Selon la déposition du 20 octobre 1944 d’un certain Parris, qui le connaissait depuis 1936, Marcel Garnier aurait toujours tenu des propos germanophobes et n’aurait jamais affiché de positions antisémites. Il aurait même gardé le secret sur certains juifs dissimulés, dont la belle-fille d’un nommé Ciardi, selon sa déposition de la même date.
Lors de son arrestation en octobre 1944, Marcel Garnier niera avoir adhéré à un parti autre que le PFNC.

René Boudier :

Délégué du PNSF pour le 10ème arrondissement, il rapportera le 6 octobre 1948 n’avoir assisté qu’à « deux ou trois conférences » du PNSF tenues au 19 rue Saint-Georges ou au 144 avenue des Champs-Élysées. Il y aurait été inscrit par l’intermédiaire d’un client de sa crèmerie, qui l’avait emmené au Tyrol entre septembre et octobre 1940. Boudier aurait cependant quitté le parti deux mois après son adhésion, suite à sa nomination à ce poste qui aurait été faite à son insu.
Le 3 mars 1941, René Boudier aurait donné une adhésion « symbolique » au Rassemblement National Populaire, après y avoir été sollicité par un autre de ses clients.

Camille Magniouloux :

Délégué du PNSF pour la région d’Aubervilliers, il signera un contrat de travail en Allemagne allant de fin 1940 à début 1941 et sollicitera de nombreux travailleurs français requis à Berlin et Munich afin de grossir les rangs du RNP, auquel il avait adhéré le 3 février 1941. Il aurait par la suite été employé dans un but inconnu par les autorités allemandes à Paris.
Selon la déposition de sa femme du 1er octobre 1945, Magniouloux aurait manqué d’être fusillé par les Allemands début juillet 1943 pour avoir donné sa voiture à un maquis, suivant ce qu’il lui aurait déclaré dans une lettre de la même période. Il disparaîtra au moment de la Libération.

Jean de Rautlin de la Roy :

Président du Cercle Latino-Américain et représentant en vins, le comte de Rautlin de la Roy était quant à lui noté comme délégué du PNSF pour le 16ème arrondissement. Un bulletin d’inscription au RNP sera retrouvé à son nom en date du 13 février 1941. Il aurait adhéré au MSR avant de rejoindre la section économique du Cercle Européen, le 20 décembre 1942. Interrogé le 10 avril 1945, il niera avoir appartenu à un quelconque parti politique.

André Trichet :

Noté parmi ses délégués du 13ème arrondissement, il rejoindra lui aussi le MSR en tant que chef de sa section d’Ivry-sur-Seine et de Vitry-sur-Seine. Il aurait également été chef de service au Comité Ouvrier de Secours Immédiat.

Émile Billard :

Délégué du PNSF pour la région de Pantin et du Prè-Saint-Gervais en janvier 1941, Billard était indiqué comme membre du secteur Est de la 3ème section du PNSF. Sa carte d’adhérent aurait alors porté le numéro 528.

Selon L'Opinion publique sous l'Occupation de Marcel Baudot, le parti se serait même implanté dans le département de l’Eure. Une affiche du PNSF défendant « La sage politique de collaboration franco-allemande », accrochée aux Andelys y sera en effet relevée, bien que l’origine en sera prêtée à Pierre Costantini, identifié comme le chef du PNSF.
Sur ordre de Christian Message, Georges Rubino avait lui-même tenté en décembre 1940, d’implanter le PNSF à Bordeaux et Dijon, sans résultats concluants. Bordeaux sous l’Occupation de Pierre Bécamps y relèvera pourtant sa présence.

Avec l’accord de Message, la direction générale du parti passa, quant à elle, à Louis Charles Julien, ancien militant communiste né en 1907, qui ne le serait resté que de réputation et se présentait sans le moindre diplôme comme vétérinaire de profession. Mobilisé en 1939, Julien avait été condamné pour attentat à la pudeur, le 20 janvier 1934.
En décembre 1940, sa reprise du local pour le compte du PNSF de la 20ème section du PFNC dont il avait la charge, avait déjà suscité des représailles de la part de ses anciens camarades, aux côtés desquels il s’était fait remarquer au début de l’Occupation par la Police Française pour son militantisme au sein de la Garde Française. Le 2 décembre, des membres de son ancien parti s’étaient rendus au 43 rue Orfila pour briser sa devanture et en réclamer la restitution. L’un des nationaux-collectivistes, conduit au poste du 20ème arrondissement, avait été "secouru" par téléphone sur intervention de Georges Rubino.
Julien n’en organisa pas moins les réunions du PNSF en petit comité le jeudi à partir de 20 h 30 et le dimanche à partir de 10 h à cette même adresse, dont les salles étaient ouvertes tous les jours de 13 h à 17 h, dans l’attente de la sortie de prison de Christian Message. Louis Charles Julien, qui tenait la plupart de ses réunions en uniforme du parti devant une poignée d’auditeurs, s’y montrait particulièrement vindicatif envers la Police Française. C’est également au cours de sa période de direction que le PNSF aurait temporairement été autorisé par les Allemands. Le rôle de son nouveau chef consista principalement à assurer la fusion du parti avec le Rassemblement National Populaire, officiellement fondé le 2 février 1941. Marcel Déat n’en présentera pas moins Christian Message comme un « curé défroqué et escroc », dans son journal de guerre tenu du 7 novembre 1939 au 18 avril 1945 : « Le Rassemblement national populaire communique la décision suivante, que lui a fait parvenir le comité directeur du parti national socialiste français : En réponse à l’appel radiodiffusé de samedi 1er février, et après consultation du comité directeur et des responsables de chaque quartier du parti national socialiste français, le dimanche 2 février, résolution a été prise à l’unanimité, vu l’urgence des événements actuels, de nous rallier au Rassemblement national populaire. […] » - Le Matin, 9 février 1941. Le jour même de cette annonce, Louis Charles Julien organisa une réunion au 43 rue Orfila pour annoncer l’annulation de l’accord avec le parti de Marcel Déat, en en prédisant l’échec complet à ses partisans. Les responsables du RNP lui auraient en effet proposé la dissolution du PNSF en échange de 2 000 francs. Suite à de nouveaux pourparlers, Julien organisa une réunion le 16 février afin de revenir sur sa décision et annoncer l’alliance définitive entre les deux partis. Les anciens membres du PNSF censés avoir adhéré au RNP passeront cependant pour la plupart d'entre eux à la Fédération Nord-Ouest de la Ligue Française de Pierre Costantini. Julien fera quant à lui partie des délégués régionaux de la Ligue Française, au sein de laquelle il sera également nommé chef de propagande parisien. Selon la déclaration du 9 mars de leur responsable, ce revirement avait pour cause le refus des conditions d’alliance proposées par le RNP. Au cours de cette dernière réunion, Julien accusa le Rassemblement National Populaire d’avoir souhaité son remplacement et celui de ses militants par des éléments juifs et francs-maçons.
Après avoir administré cette avant-dernière phase du PNSF, Louis Charles Julien fera célébrer son départ pour la LVF au 43 rue Orfila, désormais occupé par la Ligue de Costantini, le 4 septembre 1941.

Suite à sa libération, Christian Message sollicita une protection de la part de la Police Allemande contre de nouvelles saisies de ses documents par la Police Française et rapporta l’abandon du PNSF par un certain nombre de ses adhérents. Il tenta en vain de le relancer auprès des Allemands par l'envoi de lettres, l'une d'elles datant du 22 juillet 1941, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Toutes ses demandes seront refusées, du fait de ses propos anti-hitlériens tenus dans La Défense Passive Auxiliaire.
Dès le 8 avril 1941, il fit à cette fin parvenir au général Otto von Stülpnagel une lettre libellée au nom du Parti National-Socialiste Français, désormais situé dans l’appartement de ses parents, afin de réclamer la restitution des éléments saisis lors de la perquisition de ses locaux et en solliciter la réouverture. Une collaboration franco-allemande, assurée par la reprise de l’activité du PNSF y fut à nouveau proposée. Il affirmera cependant lors de son interrogatoire du 14 mai 1945 n’avoir jamais contacté le commandant de la ville de Paris, pour ne demander le rendu des saisies qu’au préfet de police. L’enregistrement de cette lettre parmi des documents allemands le démentant amplement. Le Dr. Kiessel, qui avait réceptionné sa demande, la lui refusera pour la relance de son parti le 16 avril 1941.
Dans une autre lettre du 31 mai 1941 adressée au Conseil de Guerre allemand, Christian Message tenta de porter secours à deux membres du PNSF nommés Léon Michon et Jacques Humbert, inculpés de détention d’armes à feu, qu’ils s’étaient procurées sous les ordres de Valentin Masson. Tous deux auraient ainsi cherché à s’attirer la confiance de deux fournisseurs d’armes, suspectés d’œuvrer pour l’Angleterre. Le rapport de Pierre Mathieu à plusieurs reprises cité, semblait pourtant avoir désigné Jacques Humbert comme à l’origine de cette vente qui lui aurait valu d’être arrêté par Masson, lui-même.
Un certain Jacques Humbert, né en 1923, avait été inquiété dès le début de l’Occupation pour des affaires de marché noir par la Feldgendarmerie. Il avait été tiré de ses démêlés sous l’intervention du capitaine Krammer, qui l’avait enrôlé dans la troisième section de l’Abwehr. Le 24 juillet 1947, il sera condamné aux travaux forcés à perpétuité ainsi qu’à la dégradation nationale pour avoir fait arrêter quatorze membres du réseau le Dantec, parmi lesquels cinq d’entre eux avaient été fusillés. Jacques Humbert en avait retiré 5 000 francs. Des documents concernant Hélène Leduc seront conservés au dossier de sa condamnation.

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Yvan Nirol. Photographie et illustration issues de son interview par la revue La Rampe du 1er avril 1931 en tant que barman, narrant principalement sa détention au bagne pour vol d’essence. [Gallica, BNF].

Le 11 juillet 1941, suite à l’entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS et à la création de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme, Christian Message dissout officiellement son Conseil Suprême en vue de le substituer par un « Comité de Guerre », censé prendre en charge toutes les responsabilités de la direction du parti, le temps de sa future mobilisation. Un encadré de Paris-Midi du 6 septembre 1941 confirmera d’ailleurs son enrôlement dans la formation.
Les buts du Comité de Guerre, qui avaient été énumérés par Christian Message dans un document comportant huit articles, consistaient en la reprise des relations du PNSF avec les autorités d’Occupation, afin d’obtenir la relance de son activité et en la recomposition de ses effectifs. En cas de décès du « Chef Suprême » au cours des hostilités, cette organisation devait se charger d’assurer sa succession, soit par "l’héritage", basé sur un testament politique, soit par le vote des adhérents.
Le document en question nous révélant d’ailleurs, les contacts hypothétiques du parti avec l’organisation de propagande nommée le Deutscher Fichte-Bund à Hambourg, en ordonnant au Comité de Guerre la distribution de ses tracts aux futurs militants. Marcel Rousseau avait été correspondant avant la guerre de ce même organisme. Le Comité de Guerre devait ainsi encourager la formation de cercles d’influence favorables à la collaboration franco-allemande, « base idéologique de l’Europe unie, prévue et voulue par le Chancelier HITLER ».
Outre de son président, l’employé André Jouanne, le Comité était composé d’Yvan Nirol12°, comptable, qui en sera le vice-président au titre d’archiviste ; d’Edmond Masson ; de Gaston Girbal ; d’Incorpora, industriel en ayant la charge de trésorier ; du chef d’orchestre Daunis, « Ier Prix du Conservatoire »13° ; d’Aubin, un idéologue du parti ingénieur en chef au Métropolitain ; et de Raymond A. Guesdon14° (mentionné parmi les témoins de la germanophilie d’avant-guerre de Christian Message), avocat chargé par le Comité de Guerre des questions juridiques. Chacun était tenu de « jurer fidélité et dévouement absolu au Parti National Socialiste Français en la personne de son Chef Suprême CHRISTIAN MESSAGE » et menacé de suspension en cas de trahison ou d’indignité notoire. Compte tenu des procédés employés par ce dernier avant l’Occupation pour renforcer l’image de la Défense Passive Auxiliaire en mettant en avant les noms de certains notables, il nous est tout de même permis de douter de la réelle appartenance de certaines des personnalités précitées au Comité de Guerre. Edmond Masson situera d’ailleurs lui-même la disparition effective du PNSF simultanément à l’arrestation de son chef, à « janvier ou février 1941 ».
Malgré le manque complet d’éléments attestant de l’action de Christian Message au sein de la LVF, l’un de ses potentiels adhérents nommé Roger Dugenest en deviendra une véritable "figure de proue". Engagé dans la Légion Jeanne d’Arc, il avait combattu le Communisme en Espagne à l’âge de seize ans.
Il sera arrêté le 10 septembre 1944 pour son appartenance supposée à la Milice Française, pour laquelle il n’avait participé à aucune des activités. Le 16 mars 1945, il niera son appartenance au PNSF, mais reconnaîtra son adhésion au RNP, qu’il avait démentie dans son interrogatoire du 3 janvier.

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Roger Dugenest présenté en première page du Paris-Soir du 20 juillet 1941, aux côtés des orateurs du 18 juillet. [AN].

Mais hormis ces éléments, peu d’informations sur l’activité du PNSF après la libération de Christian Message ne purent être relevées. Une archive Le Monde datant du 11 décembre 1946 indiquera néanmoins que le parti n’aurait définitivement disparu qu’en avril 1941, donnant théoriquement au PNSF une durée d’existence de neuf mois. L'Ordre de la même date l'estimant à un an. Cette estimation paraissant être la plus probable, la plus récente mention de Message en tant que chef du PNSF remontant au 6 septembre 1941.
Suite à la disparition de son mouvement, l’ancien gourou de la brasserie Le Tyrol rejoignit le café du 57 rue Bichat qui appartenait à sa femme depuis le 13 décembre 1941 et dont il semblait tirer la plupart de ses revenus. Il fera ainsi la connaissance d’un certain Marcel Boudet dans les cafés des Halles, qui ravitaillaient son nouvel établissement.
Le 144 avenue des Champs-Élysées ayant été rendu à son ancien propriétaire placé sous les ordres d’un gérant non-juif, dans le cadre de la politique d’aryanisation. Une photographie du Maréchal de France devait désormais se substituer au portrait du « Chef Suprême » du 19 rue Saint-Georges, devenu bureau central de la LVF.

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Devanture du 19 rue Saint-Georges présentant des exemplaires de La France Nationale-Socialiste, de la lettre ouverte au Maréchal Pétain et de papillons du parti ainsi qu’une affiche-portrait de Christian Message. Le texte présenté étant simplement : « Christian Message, Chef Suprême du Parti National Socialiste Français ». Il est fort probable que les documents ici présentés aient été récupérés ou détruits lors de l’installation de la LVF. [BNF, Safara].

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Lettre ouverte de Christian Message au Maréchal Pétain. [BNF].

Le Parti National-Socialiste Français… de 1928 à 1939 ? :

Le 24 avril 1941, Christian Message avait fait parvenir une lettre au chef d’état-major de l’administration militaire établi à la Chambre des Députés, le Dr. Labs, pour lui proposer de mettre à sa disposition de nombreux témoins pouvant attester de son « [hitlérisme] » et de sa « [germanophilie] » antérieure à l’Occupation, dans un rapport qu’il lui adresserait le 26 avril. Ce document mentionnait un de ses camarades qu’il aurait chargé d’enquêter sur ses articles de La Défense Passive Auxiliaire en défaveur de l’Allemagne, dont il affirmait ne pas être l’auteur, qu’il retrouverait par le biais de ses attaches juives ou maçonniques. Christian Message le présenta comme un ancien collaborateur d’Édouard Drumont, d’Ernest Jouin et de l’abbé Dupeyron, qu’il se donna la peine de définir comme des antisémites notoires. Il y avança également le versement entre le 23 août 1940 et le 12 janvier 1941 d’une somme de 600 000 francs à son propre parti comme un argument en faveur de sa germanophilie, en gratifiant le Dr. Labs de ses « sentiments nationaux socialistes dévoués ».

Deux jours plus tard, Christian Message rédigea un rapport qu’il fit parvenir à l’administrateur, portant sur l’activité du Parti National-Socialiste Français depuis sa création et suivant des faits bien différents de ceux présentés jusqu’à maintenant :

1928 : Création du PNSF à l’occasion de la prise de position de Christian Message en faveur de la révision du Traité de Versailles. À cette époque, un Syndicat des Minotiers et des Victimes de l’Affaire des Blés Exotiques aurait été créé en son sein. Grâce à son activité, une escroquerie dite « des blés exotiques », liée au député et homme d’affaires franc-maçon Louis-Louis Dreyfus, futur propriétaire de L’Intransigeant, largement tenu pour responsable de la ruine de la paysannerie française du fait de son importation massive de blés australiens non livrés, aurait été dénoncée. Le procès entraîné par l’éclatement de ce scandale se serait finalement conclu par la condamnation de Christian Message. Durant la campagne de Dreyfus dans les Alpes-Maritimes sous l’étiquette des « Indépendants de gauche » vers 1930, Christian Message aurait soutenu son opposant Jeanpierre, auquel il avait remis le dossier de l’affaire des blés exotiques, en vain, « le juif » ayant acheté les électeurs pour l’emporter. La dénonciation de ce scandale aurait, selon Message, constitué l’une des raisons de son arrestation du 12 janvier 1941.

1934 : Un militant du PNSF aurait créé un organe intitulé Réforme (orthographié au pluriel dans le manuscrit), dans lequel un article de Christian Message, « Berlin-Rome-par Paris (sic) », appelant à une alliance entre l'Allemagne, l'Italie et la France, aurait été publié. René de Chappedelaine serait devenu à cette époque, son collaborateur au Parti National-Socialiste Français. Un premier opuscule intitulé Les Cahiers de Réforme - Réformes ou Révolution, aurait également été édité. Les camarades de Christian Message, craignant que le nom du parti ne froisse « la susceptibilité française », en auraient demandé la modification, aboutissant à la naissance du Parti National-Collectiviste Français, dont il aurait été nommé secrétaire général. Le 7 février, Pierre Clémenti aurait ainsi fondé le Parti Français National-Communiste, inspiré par la lecture du journal Réforme. Cette affirmation se trouvant largement discréditée par la plus ancienne mention trouvable du PFNC, remontant au Cahier Bleu du 8 octobre 1933. De 1942 à 1944, Pierre Clémenti déclarera avoir fondé le PFNC en 1932. Dans une évocation raturée de son manuscrit, Message avait de plus mentionné le PFNC d’avant-guerre sous le terme « Collectiviste ». Ces six premières années d’activité qui débouchèrent sur « deux années d’échecs complets », auraient coûté 30 000 francs, soit toute la fortune de Christian Message, selon ses propres dires.

1936 : Le PNSF aurait tenté d’opérer une résurgence par le biais d’associations corporatives. Ainsi, le Comité de Défense des Limonadiers, ici appelé « Comité de Défense des Limonadiers, Restaurateurs, Hôteliers et Industries Annexes », n’aurait constitué qu’une façade de la reprise de l’activité du parti, conscient de l’influence non négligeable que ce secteur pouvait avoir sur la scène politique. Celle-ci se serait donc traduite par la publication dans Le Limonadier de France, d’articles faisant la promotion des « méthodes allemandes », Christian Message en citant pour preuve la campagne du journal contre l’alcoolisme et les lois économiques en faveur des propriétaires. Il joignit d’ailleurs à son rapport des exemplaires du Limonadier de France, non conservés au dossier de sa condamnation (sans doute du fait que les deux seules versions actuellement disponibles de cette lettre n’en étaient qu’un brouillon). Une conversation aurait eu lieu au parc Monceau avec un certain Rouaix, présenté comme le directeur du « Tocsin » et de l’Entente des Commerçants, au cours de laquelle Christian Message lui aurait prédit le défilé des troupes allemandes sur les Champs-Élysées dans les sept années à venir, du fait, selon lui, de l’enjuivement du gouvernement français, qu’il accusait d’étrangler les pays totalitaires. Du fait de ces propos, il aurait été renvoyé par Rouaix de l’Entente des Commerçants.

1939 : Un meeting de commerçants se serait tenu en mars à la salle Wagram. Au cours de celui-ci, Christian Message aurait prononcé un discours contre l’emprise des Juifs sur le monde du commerce, pour lequel il aurait été félicité par un lecteur de La France Enchaînée. La réunion aurait été organisée par un certain Bergon, président de l’Inter-Corporatif, qu’il cita, au même titre qu’un certain (Jean ?) Brousse, qui l’aurait entre temps remplacé à la présidence du Comité de Défense des Limonadiers, comme témoin de cet événement, aux côtés des 3 000 auditeurs présents dans la salle. Un avocat nommé Perrot, signalé comme franc-maçon, y aurait également assisté. Suite à ce rassemblement, Roger Langeron l’aurait menacé de « [l’avoir] au tournant ».
Une autre réunion dans la même salle aurait été organisée en avril, de laquelle Christian Message aurait été exclu par un certain Mauss, de confession juive, président de la Fédération des Commerçants et par le franc-maçon de Brinon, sans lien avec l’ambassadeur. Bien décidé à y assister, il s’y serait rendu avec ses camarades pour briser son microphone sur la tête de De Brinon qui présidait la séance, avant de se lancer dans une période contre les Francs-maçons et les Juifs, tenus pour responsables de la crise économique et dans laquelle il aborda « la création des zones protégées des débits de boissons ». Cet élément n’étant étonnamment pas sans nous rappeler l’épisode, mentionné par les journaux de l’Épuration, de l’agression à coup de microphone par Christian Message du franc-maçon juif, qui se serait déroulé au Tyrol ou à la salle Wagram durant l’Occupation. À l’issue de la réunion, il aurait formé une délégation qui se serait rendue à la Préfecture de Police. Comme autre témoin de cet événement, il mentionna le vice-président du Comité de Défense des Limonadiers, Puech.
Il rappela également la lutte du Comité contre l’expulsion des commerçants, qui lui aurait valu l’hostilité du député Jean Garchery et du directeur de cabinet du préfet de la Seine Édouard Bonnefoy, sans mentionner ses propres relations, à cette époque, avec le Parti Communiste.
Le 10 juillet, le Comité de Défense des Limonadiers aurait organisé un congrès au palais de la Mutualité devant 400 personnes, sous la présidence du ministre des Travaux Publics Anatole de Monzie, absent de la réunion, du fait de la teneur du discours de Christian Message contre les Juifs et les Loges. Il aurait dénoncé, dans celui-ci, la politique du gouvernement Daladier à l’encontre des commerçants, « lesquels n’avaient pas le droit de vivre en temps de paix et auraient le devoir de se faire tuer, non pour la patrie, mais pour les coffres-forts en temps de guerre ». La démission des membres francs-maçons du conseil d’administration du Comité de Défense des Limonadiers, tels que son président Brousse et Rigal, son trésorier, ainsi que Feyssac, son administrateur, y fut également demandée. À la fin de ce congrès, Christian Message aurait obtenu leur révocation ainsi que les pleins pouvoirs de la présidence du Comité. Cette réunion pouvant en réalité se rapporter à celle mentionnée plus tôt, prévue pour le même jour au 10 boulevard Beaumarchais et annoncée par le Paris-Soir du 9 juillet et le Paris-Midi du 8 juillet.
Une dernière réunion du CDL, organisée pour le 30 août à la salle Pacra, aurait été annulée du fait de la mobilisation.
Ne pouvant servir militairement son pays, Christian Message décida de créer une association de défense passive dans l’objectif dissimulé de lutter « contre les mensonges du gouvernement ». Cette initiative aurait donc suscité la suspicion du général Daudin, qui lui aurait reproché ses voyages réguliers en Allemagne et l’aurait accusé d’inviter chez lui des allemands. Malgré cette hostilité, Christian Message parvint à faire paraître La Défense Passive Auxiliaire à partir de décembre 1939, dans laquelle ses articles contre Hitler et le National-Socialisme auraient été publiés, suite à l’usurpation de son identité par un anonyme. Cette manœuvre se serait faite à l’occasion d'un alitement dû à des brûlures hypéritiques, entraînées par trois expériences qui auraient été menées sur lui. Pour remédier à cette supercherie, il affirma avoir publié, sans préciser dans quel numéro du journal, une rectification contre l’avis de ses collaborateurs, ce qui aurait abouti, dans les trois jours suivants (« quelques jours après » selon le rapport dactylographié), à son arrestation par le commissaire Lafont, sous prétexte du manquement de l’association au décret de Daladier sur les œuvres de solidarité de guerre. Le rapport de ce même commissaire Lafont du 21 octobre 1940 ne faisant aucune mention des raisons ici avancées de son arrestation. Toute trace de cette soi-disante « rectification » demeurant absente du quinzième numéro de La Défense Passive Auxiliaire, qui aurait entraîné l’arrestation de son directeur. L’incarcération prétendue de Christian Message n’ayant été que de deux jours, aucune confirmation de celle-ci ne semble avoir pu être apportée jusqu’à maintenant.
Il mentionna d’ailleurs des Charmottes comme l’un de ses témoins, duquel il joignit une lettre à son rapport et qu’il aurait chargé d’enquêter sur l’identité de l’usurpateur.
Suspecté de « menées Hitlériennes », Christian Message se serait enfui vers la frontière italienne avant de retourner à Paris le 12 juin 1940, le 11, selon la version manuscrite du document.

1940 : Le 15 juin, il se serait présenté physiquement à la Kommandantur pour ne réactiver le PNSF que le 7 juillet 1940. L’aurait-il créé au lendemain de Mers el-Kébir ? Il aurait également frôlé la mort, début octobre, lors d’un empoisonnement par un franc-maçon au 144 avenue des Champs-Élysées, dont il aurait été secouru par deux médecins militaires allemands et un médecin français présents sur les lieux.

1941 : Révolté par la réunion du 5 janvier, le préfet Langeron aurait déclenché une campagne de diffamation à l’encontre de Christian Message, qui se serait traduite par la transmission à tous les services allemands, de rapports défavorables au PNSF et à son chef, aboutissant à son arrestation du 12 janvier par Georges Massu, prétendument sous les ordres de l’administration militaire allemande. Le document suggérait étrangement que cette interpellation se serait faite, sans motif valable, « en haine de l’Allemagne ».
Edmond Masson expliquera d’ailleurs l’arrestation de Message par ses sentiments germanophobes intermittents. À en croire l’interrogatoire d’Émile Rausch, cette procédure n’aurait été entraînée que par une escroquerie, comme le suggérait un rapport français du 24 janvier. Louis Greco situera son arrestation « quelques temps après le mois de juillet 1940 », qui avait selon lui été due à ses critiques virulentes envers le gouvernement de Vichy. Selon le compte-rendu de Franck Daunis, l’épouse de Paul Gorgulov, assassin de l’ancien président de la République Paul Doumer, aurait été à l’origine des rumeurs lancées contre Christian Message.
S’en serait suivie une série de transferts du prisonnier entre quartiers français et allemands, durant lesquels son interrogatoire par Georges Massu se serait déroulé le 3 février 1941.

Christian Message, « fort d’un passé politique pur et irréprochable, d’une germanophilie qu’aucune attaque ne pourra dénaturer », conclut enfin son rapport en sollicitant la reconnaissance de son parti par les autorités d’Occupation.
Une dernière page présentant une liste de noms et d’adresses de 20 témoins, 27 dans le manuscrit, composée de la plupart des personnes impliquées dans ces événements, ou rencontrées par Christian Message au cours de sa vie professionnelle et privée, avait été jointe à ce document. Bien que son rédacteur affirmait ne pas les avoir contactés depuis les évènements, le nom de De Chappedelaine y avait entre autres été cité. Une allemande nommée Elisabeth Schmitz, amie de Christian Message depuis 1931, ou 1932 selon le manuscrit, avait également été mentionnée. Dans le manuscrit du document figuraient d’ailleurs les noms de quatre membres haut-placés de la Ligue Française, dont celui de Firmin Bacconnier, spécialiste du Corporatisme, ainsi que du chef de la Jeunesse du Feu Daniel Nat.

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Témoins prétendus de la trajectoire politique de Christian Message. [AN].

L’assimilation d’un récit à priori mensonger à des éléments parfaitement attestables nous laissant donc nous questionner sur la véritable trajectoire de Christian Message avant l’Occupation.
Cette version se trouvant cependant discréditée par l’absence totale de traces, à l’heure actuelle, d’un quelconque Parti National-Socialiste Français fondé par Christian Message remontant à une époque précédant l’Occupation15°. Une certaine pauvreté idéologique caractérisant le parti n’étant également pas pour nous en convaincre.
Le 7 avril 1941, Christian Message et Daniel Nat avaient de plus organisé une rencontre aux Deux Magots place Saint-Germain-des-Près, durant laquelle la construction de son éventuel témoignage avait sans doute été abordée. Message lui ayant ordonné, sans motif apparent, de ne pas s’y rendre armé ou accompagné de gardes du corps. L’argent accumulé par les opérations du PNSF lui ayant probablement servi à convaincre ces "témoins" d’attester de ses dires.
Notons que les deux formulations par lesquelles Christian Message se serait présenté dans sa lettre aux Allemands le 15 juin 1940, n’avaient initialement fait leur apparition que dans ce rapport. Celle-ci n’ayant jamais été retrouvée, il nous est permis de douter de sa simple existence.
L’absence, une nouvelle fois, de toute mention de La France Nationale-Socialiste pouvant nous laisser émettre que son contenu n’aurait pas été en accord avec les faits présentés dans le rapport du 26 avril 1941. Ce document ne contenant à ce titre aucune trace du Syndicat National Socialiste et de ses sept précédents emprisonnements, qu’il mentionnait entre août et novembre 1940.

De nombreuses lettres retrouvées à son domicile durant l’Épuration seront également évoquées, lors de son audience du 9 décembre 1946. Un total de 90 lettres ou circulaires non expédiées destinées à ses adhérents y sera en effet saisi, celles-ci n’étant pas conservées aux Archives Nationales. Il s’y serait défini en affichant les titres suivants : « Chef Suprême du Parti National-Socialiste Français », ou encore « chef du National-Socialisme Français », appuyant donc une certaine volonté hégémonique. Des lettres commençant également par : « Nous, Christian Message, Chef Suprême du National-Socialisme Français », destinées à des dignitaires allemands, y auraient concomitamment été retrouvées, bien qu’il affirmera ne les avoir rédigées que pour « passer le temps », et ne jamais les avoir envoyées.
Bien que les documents ici traités n’aient effectivement été découverts qu’à son domicile, il est vraisemblable que tous deux soient parvenus à leur destinataire. Des reproductions destinées au commandant du Grand-Paris, à la Propaganda-Staffel et à l’ambassade d’Allemagne de sa lettre du 22 juillet leur faisant suite ayant été expédiées le 26 juillet. Le document original, lui-même rédigé en allemand, sera de plus enregistré.

Son récit aux Allemands :

Le 22 juillet 1941, Christian Message fit parvenir une nouvelle lettre au Dr. Labs (orthographié « Labst » par le document d’origine), dans laquelle il rappela son engagement dans la LVF en s'en appropriant la création initiale. Son initiative aurait selon lui été attestée par une autre lettre restée sans réponse, proposant la constitution d’une troupe de volontaires ainsi que son propre enrôlement sur le front russe, adressée, dès l’invasion de l’URSS, à l’ambassadeur Abetz.
Le document faisait d’ailleurs mention d’un refus du Dr. Labs, justifié par l’hostilité de Christian Message envers l’Allemagne affichée dans La Défense Passive Auxiliaire, que ce dernier aurait éprouvée suite à une précédente demande d’autorisation du PNSF. D’autres documents rédigés à cette fin pourraient ainsi être découverts.
Message y affirma une nouvelle fois son adhésion au National-Socialisme depuis une époque bien antérieure à l'Occupation, en citant la Police Allemande comme témoin de la publication en janvier 1934 et comme propriétaire de son article « Berlin-Rome-par Paris » (ici appelé « Berlin-Rome-Paris »), qui aurait été déposé au Département IVE. Cette section étant principalement chargée de la répression de l’espionnage et des trahisons plutôt que de la gestion des archives, dévolue au Département IVH. Selon ses affirmations, Christian Message avait exposé dans le journal Réformes (orthographié au pluriel), présenté ici comme le « premier » journal du PNSF, en quoi seule cette alliance aurait été à même de « résoudre la crise engendrée par le capitalisme et de neutraliser définitivement le communisme en Europe ». Il se proposa même de fournir aux autorités allemandes plus de 50 témoins pouvant appuyer ses dires, en expliquant son invisibilité d’avant-guerre par une censure permanente.
Christian Message y justifia également ses propos anti-hitlériens tenus avant l'Occupation par un complot monté contre lui par Henry Coston, qui aurait usurpé son identité pour rédiger à son nom les articles incriminants de La Défense Passive Auxiliaire et le discréditer. Les expériences alors menées sur lui auraient été commandées par un laboratoire situé sur le quai Henri IV, appartenant à la poudrerie d'Arpajon. Seront cités comme témoins de sa convalescence les noms du docteur-commandant Jouve, qu’il avait présenté dans son rapport du 26 avril comme l’inventeur du remède contre les hypérites ; de Charles Deloncle ; de Fleury ; du dentiste A.-E. Boulet, avec lequel La Défense Passive Auxiliaire avait fait un partenariat commercial ; de De Chappedelaine et de Mme. Martino, membre de la Phalange Espagnole, et mentionné un ami du docteur Jouve. Sa seule attestation pouvant éventuellement reposer sur son remplacement par un intérimaire pour le numéro du 25 février 1940, ainsi que sur son absence supposée lors de l'arrestation précitée d'un de ses employés. Pourrait également être mentionné à ce titre, un rapport des Renseignements Généraux au contenu non précisé en date du 12 février 1940, évoqué dans le rapport du 29 décembre 1944.
Il mentionna, de plus et comme "preuve" de cette falsification, des articles pro-allemands parus dans ces deux journaux, introuvables dans La Défense Passive Auxiliaire. L’enquête prétendue de des Charmottes serait d’ailleurs parvenue aux mêmes conclusions que lui.
Christian Message y évoqua notamment un article anti-allemand intitulé « Hitler-Staline, deux hommes, même méthode », paru dans La Défense Passive Auxiliaire, totalement absent des numéros actuellement disponibles de ce journal, dans lequel l’expression « l’homme à la mèche », faisant référence à Adolf Hitler, aurait été employée « à la 22ème ligne ». Message relia cette formulation aux Aventures de Mèche-à-R’luire, ici mentionné sous le titre de « L'Homme à la mèche », qu'Henry Coston aurait publié contre le chancelier à l'initiative du gouvernement français. Le Pays Libre ! de Pierre Clémenti mentionnera lui aussi cet ouvrage dans ses numéros du 3 octobre et du 14 novembre 1943, en accusant Coston de « grossièretés antihitlériennes » et de « bourrage de crâne pro-juif ». Les mêmes numéros du Pays Libre ! lui reprocheront également son édition du Livre Blanc Anglais. Ces deux parutions impacteront sa trajectoire jusqu’en 1944, comme en témoigne une lettre ouverte du 28 mars rédigée par « Un Révolutionnaire National du 6 février 1934, collaborationniste de toujours » (très probablement Jean Boissel), accusant d’anti-nazisme de nombreuses figures de la Collaboration et injuriant principalement Henry Coston, qui mentionnera de nouveau la publication par celui-ci des Aventures de Mèche-à-R’luire ainsi que Le Livre Blanc Anglais.
Christian Message l’accusa même d'avoir été financé par la loge du Grand Orient et d'avoir placé le dessinateur Zazoute à La Défense Passive Auxiliaire en sachant que celui-ci était d'origine juive, traduisant sans doute de graves différends antérieurs.
Leur préférant Jean Boissel et Pierre Costantini, il discrédita Marcel Déat et Jacques Doriot en les traitant respectivement de franc-maçon et de renégat. Il y dénonça d’ailleurs le terme de « Collaboration » comme une façade de la reprise des activités judéo-maçonniques, en se réclamant « d’une alliance durable et loyale avec l’Allemagne ».
À la fin de sa lettre, Christian Message annonça son remplacement par André Jouanne au cours de sa prochaine mobilisation.

La plupart de ces faits n'ayant jamais été mentionnés autre part que dans sa lettre du 22 juillet, il y a là aussi de quoi douter de leur véracité, du fait également de leur manque de crédibilité. Il serait de plus assez peu vraisemblable d'envisager que Christian Message aurait accepté de tenir une publication au ton officiellement anti-hitlérien, dans le cas où il aurait été un soutien de l'Allemagne dès 1939. D'un autre côté, aurait-il pris le risque de mentir aux Allemands en évoquant de prétendus témoins ? Ses déclarations nous laissant d’autant plus nous questionner sur le contenu des neuvième et dixième numéros de La Défense Passive Auxiliaire, absents de la Bibliothèque Nationale de France. À moins que Christian Message ne se soit préalablement entendu avec des complices et avec ses contacts supposés au sein des différents services allemands pour produire des témoignages et des documents pouvant accréditer son récit.

Chapitre IX : Procès de Christian Message :

Aussitôt après la Libération, le 21 août 1944, Christian Message fut arrêté à 14 h 30 au 57 rue Bichat par deux agents se présentant comme membres de la Résistance. Selon ce que sa mère déclara aux gendarmes lors d’une perquisition menée le 26 septembre 1944, le domicile auquel tous deux habitaient aurait déjà été inspecté à trois reprises par des FFI ou des policiers. Il fut transféré aux prisons de Fresnes le 17 novembre 1944, auxquelles il retrouva Jean Popot en tant qu’aumônier. Dans ses mémoires, l’abbé Popot le mentionnera précédemment « à un ancien de la LVF qui se prenait pour le Christ revenu sur terre afin d’y rendre justice ». Christian Message y passa une grande partie de son temps à haranguer de discours ses codétenus, en se targuant d’avoir été commandant dans l’armée coloniale et Chevalier de la Légion d’Honneur, selon le témoignage d’un de ses compagnons de cellule nommé G. Gouin. Ce dernier évoquera également ses régulières allocutions concernant « l’étalon or » et « l’étalon travail », qui se rapportaient au programme du PNSF, dont il continuait de se présenter comme chef. L’autobiographie de Léon Gaultier viendra aussi en attester.
Encore en 1943, Christian Message continuait à se présenter comme le « Chef Suprême » de son parti déchu, à en juger par son dépôt de plainte du 2 août, qui avait résulté d’une dispute avec Charles Portal Spada (connu sous son nom d’acteur de Charles Redgie), alors légionnaire dans la LVF, au cours de laquelle Message avait été injurié. Pour cet affront, Christian Message l’aurait menacé d’obtenir des suites auprès des autorités allemandes. La traduction d’un document mentionnant l’épisode leur avait même été envoyée. L’origine de cette confrontation étant sans doute liée au fait que le même Portal Spada, avait été le membre du PFNC mentionné plus tôt, roué de coups au Tyrol début octobre 1940.

Jeanne Message tenta de son côté d’obtenir la libération de son mari auprès du ministère de la Justice. Sa demande sera ainsi retranscrite le 30 septembre 1944, au moment où Christian Message avait été incarcéré à Drancy, après un passage au gymnase Huyghens et au Vélodrome d’Hiver. L’arrestation de ce dernier y fut mise sur le compte d’une dénonciation calomnieuse, qui se serait faite au mépris de ses « services exceptionnels » rendus à la Résistance. Elle proposa l’audition de Fernand Chrétien et de son frère, susceptibles d’en attester, auxquels son mari aurait porté secours en tant que réfractaires au STO en usant de « ses relations ».
Jeanne Message présenta également ses articles parus dans La Défense Passive Auxiliaire comme preuve de son opposition à l’Allemagne, tout en confirmant les expériences mentionnées plus tôt, qui lui auraient causé des brûlures hypéritiques. Selon elle, Christian Message aurait accepté, par pur patriotisme, de s’y prêter comme cobaye à partir de septembre 1939, après avoir été réformé du fait de son état de santé. Ces expériences auraient d’ailleurs manqué de lui coûter le bras gauche.
Contrairement à ce qui avait été attesté par le témoignage de Claude Chapeau, celle-ci affirmera dans son interrogatoire du 28 novembre 1945, avoir toujours été tenue à l’écart des affaires du PNSF par son mari.

Une première audience contre Christian Message, jugé aux côtés de Pierre Mathieu et René Mangeot, eut lieu le 29 avril 1946, devant un public de 80 personnes. La disjonction sera prononcée à l’égard de ce dernier, qui n’avait pu être transféré du fait de sa détention pour autre cause. Les avocats de Christian Message, Elisabeth Gazagne-Binger et Jean Jacquinot, lui requerront un supplément d’information ainsi qu’un nouvel examen mental. Un magistrat instructeur s’était cependant opposé à l’audition de certains témoins, que Christian Message avait sollicités au cours de son instruction. Il avait entre autres fait mention d’un certain Robert Bour, maintenu en observation psychiatrique à Saint-Germain-en-Laye.

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Papillon du PNSF. [AN].

Sa seconde audience, qu’un rapport du 13 décembre ainsi que les journaux de la Libération ne retiendront que partiellement, se déroula du 9 au 10 décembre 1946, sous la présidence de M. Didier. Une descendante roumaine des Hohenzollern, une certaine Valérie Guernée, qui aurait rendu service à de nombreux français en intervenant auprès des autorités d'Occupation, étant venue témoigner en sa faveur. Au cours de son interrogatoire de décembre 1944, Christian Message avait également mentionné, comme témoin susceptible de lui porter secours, le commandant Davaux du ministère des Colonies, alors affecté en Afrique du Nord. Notons que le 12 novembre 1944, Christian Message avait demandé au juge Fayon d’être assisté par l’avocat René Perrot, établi au 12 rue Valentin-Haüy. Diane et Gabriel Drollet, tous deux collaborateurs d’Henry Coston, solliciteront la même assistance, le 21 novembre 1945 pour le second. L’avocat Perrot mentionné par le document du 26 avril 1941 ayant été indiqué comme résidant « rue Taitbout ». Christian Message réclamera ensuite l’intervention du « Maître[] Perrot », le 29 juin 1945.
Il se vit ainsi accusé de trafic de biens juifs saisis avec la complicité de Pierre Mathieu, jugé le même jour que lui par contumace, à la dénonciation de deux résistants victimes de la déportation et de tortures en 1943 ; le capitaine René Blanchet et Roger Freyssingeas, commerçant et sous-officier de réserve dans l'aviation. Blanchet avait quant à lui été déporté au camp de Flossenburg.
Le second, logé à Vichy par le couple du beau-frère de Christian Message, avait fait la même année sa connaissance et s'était laissé duper par ce dernier avec Blanchet, par la livraison en échange d'argent de plans militaires allemands provenant d'un certain Didier, qui leur avait été présenté comme un ingénieur travaillant pour l'organisation Todt. Selon le général Sarrat, qui ne put faire son apparition lors de l’audience, Christian Message aurait livré des plans de la forteresse de Toulon édifiée par les Allemands aux forces alliées. Ces plans se rapportant aux mêmes documents que ceux fournis par Didier. Durant les confrontations du 9 novembre 1945, Christian Message déclarait avoir rencontré Didier dans un café des Champs-Élysées et ne lui avoir accordé sa confiance qu’après avoir acquis la certitude de sa germanophobie. Il les avait attirés par ce même procédé à Paris au restaurant Prunier, où ils avaient été arrêtés par les Allemands le 13 avril 1943. Christian Message leur aurait, selon lui, déconseillé de se rendre à Paris pour la remise des documents du fait du risque encouru, préférant que celle-ci eut lieu à Vichy, ce que Roger Freyssingeas lui avait démenti durant les confrontations de la même date. Ils y avaient également rencontré un certain Muller, visiblement proche de Christian Message, qui avait assisté à leur fouille, puis à leur interrogatoire, après avoir fait simuler sa propre arrestation. Le témoignage de René Blanchet du 9 novembre 1945, avait relevé que lors de leur arrivée à la rue des Saussaies, Christian Message avait été séparé d’eux avec Didier par les agents de la Gestapo. Il aurait de plus aperçu dans leurs bureaux (selon ses propres déclarations), des rapports signés du nom de l’accusé, au moment de leur interrogatoire. L’auraient-ils été à son titre de « Chef Suprême » du PNSF ? Au moment de l’instruction de la même date, Message s’était permis de corriger Roger Freyssingeas, qui avait déclaré avoir été conduit de Prunier à la rue des Saussaies séparément de lui. Tous deux ayant en réalité été transférés dans la même voiture. Au cours de son instruction, Christian Message avait justifié le fait de ne pas avoir été déporté par les Allemands par une évasion vers Bourg-la-Reine, qui se serait faite à l’occasion d’une crevaison de pneu de la voiture qui le transportait à Fresnes et qui était alors conduite par Robert Bour. La consultation du dossier Bour, qui faisait effectivement office de chauffeur auprès des Allemands, n’apportera aucun élément de réponse à ce sujet. Ce dernier ayant demeuré à Drancy comme détenu le 11 octobre 1944, nous pourrions supposer que Christian Message et Robert Bour s’y soient concertés, du fait de la correspondance entre leurs périodes de détention. Profitant de la descente des agents qui l’escortaient, il se serait enfui du véhicule en évitant les balles allemandes. Il aurait trouvé refuge le lendemain matin chez Marcel Boudet, qui le confirmera le 7 juin 1946. Boudet rapportera également que tout au long de son séjour, Christian Message ne lui avait jamais fait part des raisons de son arrestation par les Allemands et ne lui avait jamais donné de détails sur son activité. Durant leurs confrontations de la même date, Christian Message avait affirmé avoir dû prendre un métro, puis un autocar, pour se rendre chez Boudet. Ce dernier avait cependant répondu qu’au moment de son arrivée, Message lui avait déclaré s’être rendu à pied jusqu’à chez lui, comme il l’avait ensuite rapporté à Léone Freyssingeas. L’épouse de Roger Freyssingeas, qui travaillait au Commissariat aux Sports de l’hôtel Plazza à Vichy, y avait en effet reçu la visite de Marcel Boudet, le 20 avril 1943. Selon sa déposition du 7 juin 1946, ce dernier lui avait déclaré que Christian Message cherchait à faire libérer son mari par le versement d’une certaine somme auprès des Allemands, en se référant à sa propre tentative de mise en liberté en 1941. Un prêt de 40 000 francs, ainsi que les noms des membres du réseau de Résistance de son mari, lui avaient été demandés à cette fin. Durant son interrogatoire du 7 juin 1946, Marcel Boudet confirmera la mission que lui avait confiée Christian Message, que ce dernier avait niée dans ses déclarations du 9 novembre 1945. Christian Message s’en était justifié par la nécessité de connaître dans quelle mesure les chefs de René Blanchet auraient pu lui apporter une aide financière, raison que les témoins Boudet et Léone Freyssingeas lui avaient démentie. Des perquisitions avaient d’ailleurs eu lieu chez son mari, le jour même de leur rencontre, ainsi que chez René Blanchet. Vers le mois de mai 1943, Léone Freyssingeas s’était rendu à Paris au café Le Murat, où Christian Message lui était apparu les cheveux décolorés et portant la barbe. Il avait à nouveau tenté de lui soutirer les noms des membres du réseau de Résistance de son mari, sous la même justification que précédemment. Durant leur entretien, Message aurait interrogé l’épouse Freyssingeas en des termes comparables, selon son mari, à ceux de son interrogatoire de la rue des Saussaies. Christian Message ne serait retourné vivre au 57 rue Bichat qu’en octobre 1943, après avoir résidé deux mois chez son beau-frère. Ses avocats imputeront de leur côté l’arrestation de Blanchet et Freyssingeas à leurs « imprudences » commises. Dans une lettre adressée au président de la cour de justice du 30 avril 1946, ces derniers avaient également demandé l’audition de Marcel Boudet, en le mentionnant comme témoin en la faveur de Christian Message.
Il fut même accusé d'avoir appartenu à la Gestapo, sans que cela ne pût être prouvé avec certitude.
Le 24 janvier 1944, un rapport des Renseignements Généraux l’avait néanmoins signalé comme employé des services allemands dans un centre de formation professionnelle, pour avoir enquêté sur une affaire de cercueil, envoyé la veille comme menace à un certain Boisse, à la suite d’un renvoi de ce même centre. Un autre document des Renseignements Généraux en date du 4 avril 1945 le mentionnait parmi les engagés en tant qu’informateur « en sommeil », d’un réseau appartenant à un agent allemand de l’Abwehr, aux côtés de quatre autres accusés. Leur liste ayant été établie selon les déclarations de ce même agent.
Concernant son engagement hypothétique dans la LVF, un rapport de la cour de justice de la Seine datant du 25 janvier 1951 l'identifiera comme « le produit de son imagination ». Son départ pour le front avait d’ailleurs été noté comme « différé » par un rapport manuscrit du 15 septembre 1941.
Il avait également été soupçonné, au début de la procédure, d’avoir été membre du Parti Populaire Français.
La presse de la Libération, qui relaiera massivement l’évènement, lui prêtera d’avoir salué à l’hitlérienne l’entrée des troupes allemandes dans Paris le 14 juin 1940 et d’avoir fait du PNSF un véritable organe de répression au service de l’occupant. Cette première allégation trouvant sans doute son origine dans le témoignage d'Andrée Pinganaud, qui affirma comme d'autres témoins l'avoir vu au volant d'une voiture allemande ou en uniforme de son parti. Une fiche de renseignement non datée mentionnée plus tôt, décrivit d’ailleurs le PNSF comme « l’organe politique de l’armée allemande en France ». Lors des dépositions retranscrites le 20 novembre 1944, Pinganaud l’avait par ailleurs accusé d’avoir dirigé un journal pro-allemand, sans mentionner explicitement La France Nationale-Socialiste. Elle rapporta également l'avoir vu, à plusieurs reprises, recevoir des soldats allemands, dont des officiers, dans son propre appartement durant l'Occupation, en affirmant être terrorisée par l'accusé. Dès le premier jour de l’Occupation, son épouse aurait déclaré, selon le même témoin : « Heureusement qu’ils arrivent, ils vont vous mater ! », à un voisin lui reprochant leur enthousiasme. Il reconnut lui-même lors de son interrogatoire d’octobre 1944 et du 16 janvier 1945, avoir reçu dans son appartement et sa brasserie le capitaine Joseph Schimtd, ainsi que le capitaine Wasserhoi, qu’il aurait rencontrés en Allemagne avant la guerre, le second, à Aix-la-Chapelle. Lors de son examen médical du 26 juin 1946, il affirmera cependant n’avoir rencontré qu’un seul allemand durant l’Occupation, qui n’aurait été autre qu’un rhénan antinazi.
Le témoignage de Marbrier Lebrun, résidant au 57 rue Bichat, avait de son côté relevé que l’accusé était venu en aide à certaines personnes souhaitant échapper au travail obligatoire en Allemagne et que ce dernier n'était jamais apparu en uniforme. Louis Kernevez, résidant à la même adresse, l’avait également confirmé, en ajoutant que Christian Message avait encouragé son fils, prisonnier en Allemagne alors en permission, à ne pas y repartir. Message l’aurait de plus mis en relation avec un médecin pour lui permettre de prolonger son séjour en France. Cet élément se trouvant corroboré par un communiqué du 19 janvier 1945 du docteur Auguste Hervé, faisant part de sa rencontre avec Christian Message entre 1943 et 1944, qu’il avait selon ses dires reçu accompagné de deux réfractaires au STO. Message aurait affirmé, au cours de leur rencontre, se livrer à une activité en faveur des prisonniers et des déportés. Le docteur aurait par la suite, reçu Valérie Guernée accompagnée de réfractaires au STO, que Christian Message lui aurait adressés. Les réfractaires secourus sous sa recommandation se seraient évalués au nombre de 70, selon Guernée. Lors d’une autre rencontre avec le docteur Hervé, celle-ci lui aurait confirmé avoir fait gracier Christian Message, suite à sa condamnation à mort par les Allemands, évoquée plus loin. Le 7 juin 1946, il avait cependant resitué sa première entrevue avec Christian Message à 1942, qu’il aurait reçu en compagnie de Valérie Guernée, sans avoir fait aucune mention des réfractaires de son précédent communiqué. Au cours des dépositions de la même date, Fernand Chrétien, compagnon de cellule de Christian Message en 1941 durant un transfert par les Allemands à Fresnes, avait confirmé les dires de sa femme en précisant que, sous sa recommandation, l’un de ses frères avait été sauvé du travail obligatoire par Valérie Guernée, qui lui avait fourni une prolongation de sa permission. Chrétien aurait ensuite fait part à Christian Message d’un autre de ses frères réfractaires et aurait de nouveau été mis en contact avec Valérie Guernée. Un client du 57 rue Bichat nommé Émile Dunckel, qui avait fait la connaissance de Christian Message en 1942 en tant que « journaliste », avait confirmé qu’un de ses amis avait lui aussi échappé au STO du fait de l’intervention de Message. Jeanne Message lui aurait affirmé en 1943 que son mari, recherché par les Allemands, avait été contraint de se cacher. Message aurait même empêché la déportation de juifs, selon ses propres déclarations du 16 janvier 1945. L’un de ses amis, un certain Bigarret, résidant au 4 boulevard Beaumarchais avait également été arrêté par les Allemands, le 17 avril 1942. Vers le 29 décembre 1944, une certaine Andrée Jessua avait déclaré qu’un de ses amis, nommé Georges Sholarek, avait échappé à un départ en Allemagne grâce à son intervention.
Sur un tout autre registre, il fut accusé par L’Humanité du 11 décembre de s’être livré à un trafic d’essence, d’alcool, d’or et de devises avec les soldats allemands qu’il recevait dans sa brasserie. Cette accusation trouvant probablement son origine dans le rapport de la cour d’appel de Paris du 1er mai 1946, révélant également la saisie de 600 000 francs par Christian Message, Pierre Mathieu et René Mangeot à la banque Longuet. Ce dernier document se basant sans doute lui-même sur une lettre de Christian Message rédigée à sa femme durant son incarcération par les Allemands ainsi que sur le rapport de Pierre Mathieu du 28 avril 1941.
Bien que celui-ci n’ait jamais été mentionné durant le procès, Christian Message revint fatalement sur les accusations qu'il avait portées auprès des Allemands contre Henry Coston, en affirmant être bel et bien l'auteur des articles de La Défense Passive Auxiliaire et ne l'avoir démenti que pour s'attirer leur confiance. Lorsque ses écrits pro-allemands (probablement ses lettres) lui seront reprochés, il répondit ne les avoir rédigés que pour « tromper l'ennemi », en se présentant devant la cour comme résistant. Durant son interrogatoire du 16 janvier 1945, Christian Message avait d’ailleurs présenté son parti comme une organisation de résistance exclusivement dirigée contre le gouvernement de Vichy. Il l’avait cependant défini le 27 octobre 1944 comme « un parti de collaboration Franco-allemande, sous l’égide du maréchal Pétain ». Concernant d’éventuels articles pro-allemands, le rapport d’une discussion du docteur André Cellier portant sur l’état d’esprit de l’accusé avait mentionné Le Limonadier de France. Aucun de ses numéros ne nous étant actuellement disponible, il nous est une nouvelle fois, impossible d’en juger. Ce revirement ne l’empêcha pas de se présenter comme le « confrère » français d’Adolf Hitler, à en croire ses déclarations retranscrites par les journaux de son procès.
Suite à son arrestation en 1941, Christian Message n’aurait échappé que de peu à la peine de mort après avoir été secouru par Valérie Guernée, qui aurait fait retirer son dossier par les Allemands. Elle-même l’avait confirmé dès son interrogatoire de décembre 1944, en précisant que cette peine avait été infligée sous le motif d’« un article injurieux contre Hitler ». Selon ses déclarations du 7 juin 1946, elle serait intervenue en sa faveur à la demande du père de Christian Message, décédé en 1943. Elle aurait ainsi conservé les documents de son procès, après avoir intercédé auprès du capitaine Kayser. Selon l’interrogatoire de Guernée, l’une des pièces du dossier de la condamnation à mort de Christian Message, dont le retrait lui aurait permis d’en échapper, aurait été un rapport concluant à ce verdict. Lors de l’audience du 9 décembre 1946, une autre de ces pièces, communiquée à la cour par la défense, n’aurait été qu’un numéro de La Défense Passive Auxiliaire. Le général Sarrat lui serait également venu en aide, selon la lettre de ses avocats du 30 avril 1946. Selon Message, cette arrestation se serait faite sous un chef d’inculpation l’accusant à tort d’espionnage au profit de l’Angleterre. Il avait d’ailleurs situé sa condamnation à mort au 7 mars 1941, lors d’un examen médical du 26 juin 1946. Christian Message était cependant parfaitement conscient de la légèreté de son inculpation, comme en témoignent les lettres qu’il rédigeait à sa femme, dans lesquelles il l’avait lui-même décrite comme « insignifiante ». Aucun document allemand ne mentionnait de plus une quelconque condamnation à mort.
Concernant son action politique à proprement parler, Christian Message n’avait situé la fondation du PNSF qu’au mois de décembre 1940, en décrivant son activité comme « à peu près nulle », durant son interrogatoire du 16 janvier 1945. Sa disparition aurait prétendument été effective dès le 12 janvier 1941. Le mouvement, qui n’aurait selon lui défendu qu’une collaboration sur un pied d’égalité avec l’Allemagne, n’aurait d’ailleurs été créé sans aucune autorisation de la part des autorités françaises ou occupantes. Lors de son examen médical du 26 juin 1946, Christian Message avait de plus discrédité les conceptions raciales du Nazisme, en le présentant comme le dérivé d’une doctrine française. Durant le précédent interrogatoire, Message avait précisé n’avoir jamais fait preuve d’un quelconque militantisme avant l’Occupation. Interrogé le 14 mai 1945 sur son rapport du 26 avril 1941, il s’était cependant permis de laisser planer le doute sur l’année de fondation du PNSF, en n’admettant le caractère mensonger du document que du point de vue de l’usurpation de son identité.
Il affirma enfin, devant les jurés, avoir voulu remplacer Philippe Pétain afin de former un gouvernement opposé aux Allemands. Bien qu’il nous soit impossible de déterminer si cette déclaration avait été motivée par fanatisme ou par volonté de le mimer. Ses haut-le-corps et ses emportements n’étant passés auprès des juges et des psychiatres (ces derniers ne l’ayant pas moins décrit comme « cyclothymique ») que pour de la simulation. Il chercha également à se donner en spectacle en mettant le commissaire du gouvernement en accusation : « Monsieur le commissaire du gouvernement, vous créez autour de vous une atmosphère qui vous auréole d’une influence néfaste ! ». Christian Message avait cependant acquis une réputation de « demi-fou » auprès de ses voisins, comme l’avaient souligné les témoignages recueillis le 29 décembre 1944.
Cela ne l’empêchera pas d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité par le commissaire du gouvernement M. Duc, puis à la peine de mort ainsi qu’à la dégradation nationale par le jury après deux heures de délibération. La confiscation des biens lui sera également prononcée.

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Christian Message lors de son procès, le 10 décembre 1946. Crédits photographiques : Bridgeman Images.

Le 18 juin 1947, Christian Message vit sa peine ramenée aux travaux forcés à perpétuité par Vincent Auriol, alors président de la IVe République. Il bénéficia ainsi de l'assistance du milicien Henry Charbonneau, qui l'accompagnait comme « ange gardien » dans une folie qu'il simulait, nous laissant d'autant plus nous questionner sur son état d'esprit durant l'Occupation. Après avoir terminé son séjour en cellule ouverte à Fresnes, où il fut amplement ravitaillé par sa femme, il sera envoyé à Clairvaux.

Analyses psychiatriques de l’accusé :

Durant sa période d’incarcération à Fresnes, Christian Message avait été examiné à plusieurs reprises par des psychiatres dans le but de déterminer son niveau de culpabilité. Le docteur Léon Michaux, qui l’avait rencontré le 26 juin 1946, rapporta que le patient avait persisté dans ses déclarations en ce qui concernait son refus de toute subvention allemande, qui aurait donc constitué la raison de son incarcération en 1941. Christian Message lui avait également annoncé la publication de futurs romans et d’un livre doctrinal qu’il passait, selon ses dires, une grande partie de son incarcération à rédiger. Michaux avait en partie expliqué son attitude durant l’Occupation par son profil paranoïaque ainsi que par sa pauvreté de jugement. Aucune anomalie au point de vue de sa mémoire n’avait pourtant été relevée.
Dès le début de son examen du 8 mars 1945 mené par le docteur André Cellier, Christian Message avait tenu à lui faire part de ses théories économiques, que le médecin décrira comme « primaires ».
Il avait également tenté de faire admettre aux examinateurs que sa détention n’était due qu’à ses désaccords économiques avec le juge Fayon. D’un point de vue psychiatrique, le docteur Cellier ne l’avait décrit que comme possédant « une mentalité un peu particulière » et comme « un peu exalté ». Il ressortit néanmoins de l’entretien que l’accusé, parfaitement lucide, était pleinement responsable de ses actes.

Il fut transféré en 1952 à Eysses, où il observa une très bonne conduite en détention et libéré le 10 novembre 1954, avec une assignation de résidence à Saint-Léger-Vauban à partir du 29 avril de la même année. Celle-ci lui fut levée le 22 avril 1955, pour lui permettre de retrouver sa femme qui soignait sa mère malade et avait revendu le café de la rue Bichat en 1953.
Pour subvenir aux besoins de sa famille, il tenta de gagner sa vie par des traductions en espagnol, aussi bien dans l’édition que pour le compte d’instituteurs et aurait cherché à intégrer une société d’exportation en tant qu’interprète dans cette même langue. Il semblait principalement occuper son temps libre à cuisiner et à jouer aux échecs. En 1955, il exerça la fonction de directeur commercial dans une agence immobilière située au 22 rue Tour d’Auvergne. Il semblerait également que Christian Message se soit lié d’amitié avec l’abbé Louis Mouren, qui avait pris la défense des Juifs et des victimes des répressions menées par l’occupant et la Milice Française, pour ensuite s’opposer aux châtiments jugés abusifs infligés aux collaborationnistes lors de l’Épuration, comme en témoigne leur correspondance tenue du 11 octobre au 5 novembre 1954, période durant laquelle Christian Message, ayant « pris le goût de la solitude et de la méditation », allait être hébergé à l'abbaye de la Pierre-qui-Vire. Lui faisant part de sa liberté conditionnelle, Message mentionna un certain Gilbert Toussaint, qui l’avait chargé de le remercier pour sa « bienveillante intervention ». Il lui annonça enfin son prochain retour entre le 11 et le 16 novembre au 4 boulevard Beaumarchais dans le 11ème arrondissement de Paris, où il avait vécu pendant l'Occupation comme durant la majeure partie de sa vie.
Pour finalement s’éteindre le 15 mars 1958, à 13 h 45, à l’hôpital du 184 rue Faubourg Saint-Antoine, à l’âge de seulement cinquante-deux ans, du fait probable de ses conditions d’incarcération ayant grandement affaibli une santé déjà fragile. Il sera enterré au cimetière du Père-Lachaise, le 20 mars 1958… À quelques tombes à peine du caveau Reich.

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Signature de Christian Message datant du 11 octobre 1954, issue de sa correspondance avec Louis Mouren. Crédits iconographiques : Fonds Louis Mouren . LC_FDR_0675_12/ Collection La contemporaine. (Tous droits réservés).

Malgré l’expérience politique et l’ardeur pro-allemande de certains de ses adhérents, le Parti National-Socialiste Français ne sut, en fin de compte, que s’attirer un échec complet auprès de l’opinion publique ainsi qu’une ostracisation définitive de la scène politique et de la presse tournée vers la victoire allemande. Se trouvant relégué à une succursale parmi tant d’autres du parti d’outre-Rhin, aussi bien de par son activité que par sa communication. La trajectoire de son créateur nous offrant probablement un aperçu de choix des attitudes les plus irrationnelles entraînées par les périodes de bouleversement. Constamment guidé par sa volonté de magnifier sa vie en en accentuant les zones d’ombre, Christian Message ne rencontrera que l’indifférence du monde historiographique.
Mais à l’heure actuelle, beaucoup de questions nous restent à l’esprit : Quelle fut la date réelle de la fondation du PNSF ? Quand a-t-il disparu ? À quelle période et dans quel état d’esprit Christian Message a-t-il pensé à le créer ? Quel fut le rôle d'Henry Coston dans l'histoire de ce parti ?
Réformes a-t-il seulement existé ? Qu’avait-il d’écrit dans les numéros manquants de La Défense Passive Auxiliaire ? Qu’est-il advenu de La France Nationale-Socialiste ? Autant de points qu’il reste encore à éclaircir, à moins que certains aspects de cette histoire ne puissent être expliqués par une bonne dose d’opportunisme…

Notes :

1 - Une « Défense Passive Auxiliaire », entre autres composée du colonel Sarraut, qui y occupera le poste de délégué général, sera de nouveau créée pour la zone occupée vers le milieu de l’Occupation. Dans le brouillon d’une lettre résumant l’affaire de la Défense Passive Auxiliaire (rédigé au verso d’une retranscription de son discours du 5 janvier 1941), Christian Message mentionnera une « Visite à Sarraut », évoquée en douzième page du document.
2 - Où fut produite par l'imprimerie Devambez, une affiche du Parti Social-National de Jean Hennessy, dont l'emblème était un coq, qui avait été surnommé « parti national-socialiste français » par L'Œil de Paris du 7 janvier 1933, à l'époque où celui-ci s'appelait encore supposément « Club National et Social » et qui se déclarait anti-juif, mais dont le président refusa les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Roger Duthil, président de son comité exécutif, était quant à lui secrétaire général à cette même adresse pour les éditions Nelson.
3 - Un Parti National-Socialiste Français actif à Strasbourg durant les années 1930, apparemment fondé en mai 1934 par Camille Dahlet ou Lucien Chont et ayant pour organe Le Fanal, prit quant à lui pour devise : « Honneur et Travail ! ». Ses militants, pouvant s’évaluer à moins de 150 personnes, se faisaient appeler « les Nasos ».
4 - De nombreux membres du PNSF vivaient pourtant maritalement ou séparés de leurs conjoints.
5 - Lors d’une réunion animée à Châteauroux le 23 janvier 1939 par le colonel en retraite Plat et leur secrétaire général René Richard, les Jeunesses Nationales Socialistes rassemblèrent 27 auditeurs.
6 - Un certain Jean Néau sera signalé le 10 octobre 1945 comme « deuxième lieutenant de la Garde Noire des Jeunesses Pro-Hitlériennes Françaises », dès juillet 1940.
7 - Le terme « Gestapo » ne se référant ici qu’au titre employé dans les documents d’origine.
8 - Le rôle de Maurice Delaunay au sein du MNSF pouvant d’autant plus paraître surprenant, en sachant que durant son passage à l’Assemblée Nationale, celui-ci avait voté en faveur de la dissolution des Ligues.
9 - Selon Mathieu, il serait parti travailler en Allemagne vers février-mars 1941 et aurait été tué dans un bombardement.
10 - Information transmise par Monsieur Éric Lefèbvre.
11 - Germinal Chamoin, infirmier personnel de Louis-Ferdinand Céline durant son exil de l’Allemagne au Danemark lors de la défaite allemande, se serait engagé dans la LVF.
12 - Yvan Nirol, déjà condamné à de multiples reprises avant l’Occupation, sera jugé le 17 octobre 1946 pour son engagement supposé dans l’armée allemande en 1942 ainsi que pour son appartenance en tant que comptable à l’organisation Todt à partir de mars 1943, pour laquelle il aurait été contraint de porter l’uniforme de lieutenant.
Il aurait ensuite gagné le maquis de l’Isère sous le pseudonyme de Georges Batelard près de Grenoble de 1943 à avril 1944, après avoir facilité le passage à la clandestinité de réfractaires au STO, ou, au hasard des témoignages, suite à une escroquerie auprès des Allemands fin juin 1943. Selon le témoignage d’une de ses voisines, Marie Seret, Yvan Nirol aurait néanmoins organisé de nombreuses soirées avec des soldats allemands dans l’appartement de sa maîtresse, probablement avant son engagement dans l’organisation Todt.
Il aurait également été maréchal des logis à Rennes après l’armistice de 1918, selon son interrogatoire du 15 février 1946, lors duquel il affirmera ne jamais s’être engagé dans un parti ou avoir fait de la politique active.
13 - Franck Daunis, né en 1875 et décédé en 1960, avait en réalité été second prix de solfège en 1894. Information transmise par Monsieur Denis Havard de la Montagne (http://www.musimem.com). Avant d’adhérer avec son épouse Madelaine au Parti National-Socialiste Français, Daunis avait été initié à la loge La Prévoyance, selon La Libre Parole du 9 mai 1912.
14 - Raymond Alexandre Guesdon, né en 1912, défendit juifs et communistes devant le tribunal allemand à Paris au début de l’Occupation et passera à la Résistance en 1943 au sein du mouvement Libération-Nord, en dirigeant le maquis de Lonlay-l’Abbaye dans le département de l’Orne, au moment du Débarquement. Durant les années soixante, il reprendra le 21 rue Casimir-Périer pour résidence secondaire.
Il poursuivra son activité politique après-guerre en tant que militant et député socialiste.
15 - Le Parti Républicain National Socialiste Français, dont Joseph Saint-Blancat était le secrétaire général, s’était signalé à Toulouse le 3 août 1932, sans que celui-ci ne semble avoir eu un quelconque lien avec Christian Message.
Un Parti National-Socialiste Français, situé au 20 place Gambetta à Bordeaux, avait été perquisitionné le 29 novembre 1937, selon L’Écho de Paris du 30 novembre.
Enfin, le Parti National Socialiste Français Unifié, déclaré le 29 décembre 1933 et situé au 35 boulevard Magenta à Paris, avait pour but la « réforme de l’État ». Cette appellation n’ayant jamais été employée dans les rapports de Christian Message.


Mes remerciements aux personnes suivantes pour leur aide, leur soutien et leur inspiration apportés : Romain Lubin, Bernard Lamorlette, Grégory Bouysse, Christophe Leguérandais, Philippe Lecler, Jean-Michel Adenot, Jean-Marc Berlière, Philippe Fessard, Eric Lefèbvre, Denis Havard de la Montagne, Roland Gerdil, Jérôme Lacharmoise.
Mes remerciements également au service des Archives Nationales pour ses nombreuses numérisations gracieusement offertes.

Bibliographie :

- Partis et mouvements de la Collaboration, Gérard le Marec et Pierre-Philippe Lambert.
- Polices des temps noirs, Jean-Marc Berlière.
- Les Mouvements nationalistes français, Philippe Guimberteau.
- Jeunesse de France sous l’Occupation, 1940-1945, Bernard Lamorlette.
- La Collaboration, Vichy, Paris, Berlin, 1940-1945, Thomas Fontaine, Denis Peschanski.
- Les beaux jours des collabos, juin 1941-juin 1942, Henri Amouroux.
- Marcel Déat, du socialisme au national-socialisme, Jean-Paul Cointet.
- Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, Jacques Leclerc.
- Dictionnaire commenté de la collaboration française, Philippe Randa.
- Partis, journaux et hommes politiques d’hier et d’aujourd’hui, Henry Coston.
- L'Antisémitisme de plume, 1940-1944, études et documents, Pierre-André Taguieff, Grégoire kauffmann, Michael Lenoire.
- Vichy et les Francs-maçons, la liquidation des sociétés secrètes, 1940-1944, Dominique Rossignol.
- La Mise au pas, idéologie et stratégie sécuritaire dans la France occupée, Rita Thalmann.
- L'Opinion publique sous l'Occupation, Marcel Baudot.
- Bordeaux sous l’Occupation, Pierre Bécamps.
- La France à l'heure allemande, Philippe Burin.
- L’Homme de l’ombre, éléments d’enquête autour de Jacques Foccart, l’homme le plus mystérieux et le plus puissant de la Ve République, Pierre Péan.
- Dénoncer les juifs sous l'Occupation, Laurent Joly.
- Le cas Darquier de Pellepoix, antisémitisme et fascisme français, Laurent Joly.
- Darquier de Pellepoix ou la France trahie, Carmen Callil.
- Paris sous l’Occupation, Gilles Perrault.
- Paris, juin 40, Roger Langeron.
- 1940, un autre 11 novembre, Maxime Tandonnet.
- 1940-1944, Les adolescents résistants, Raphaël Delpard.
- Les Juifs dans la banlieue parisienne, Jean Laloum.
- J’étais aumônier à Fresnes, Jean Popot.
- Le Roman Noir de la Droite Française, les Mémoires de Porthos, tome II, Henry Charbonneau.
- La Troisième Paix, Pierre Clémenti.
- Le Maître du Feu, l’homme nouveau, François-Henry Prométhée.
- Il reste le drapeau noir et les copains, Mathieu Laurier.
- Siegfried et le Berrichon, le parcours d'un « collabo », Léon Gaultier.
- Le Livre Blanc Anglais, Georges Coston.

Périodiques consultés :

Le Monde Cinégraphique, Le Limonadier, La Défense Passive Auxiliaire, Journal Officiel de la République Française, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, Détective, Candide, La Belle France, Der Deutsche Wegleiter, Le Matin, L’Appel, Le Pays Libre !, Le Réveil du Peuple, Au Pilori, Le Fanal, La Contre-révolution de Villeneuve-sur-Lot et de Lot-et-Garonne, La Nouvelle France, La Libre Parole, La France au Travail, L’Œuvre, La Dépêche, Excelcior, Paris-Soir, Paris-Midi, Combat, L'Ordre, Le Monde, L’Aurore, L’Aube, Franc-Tireur, La France Libre, Le Messin, Le Grelot, L’Humanité, Le Populaire, Le Populaire du Centre, La Défense, Le Petit Marseillais, Écho-Marseillaise du centre, Écho du Nord, L'Écho de Nancy, Libération, France, France-Soir, Le Figaro, Forces Nouvelles, La Dépêche Algérienne, Dernière Heure, La Dernière Heure, Het Laatste Nieuws, L'Indépendant, La Tempête, La Journée Vinicole, Les Cahiers de la santé publique, L’Action vinicole et la C.G.V. réunies, L’Expresse du Midi, Le Moniteur de la Haute-Vienne, L'Homme Libre, Ce soir, Le Soir, Le Courrier, Courrier Français du Sud-Ouest, Le Petit Bourbonnais, La Semaine de Cusset-Vichy, Le Petit Parisien, Le Cahier Bleu, L'Œil de Paris, La Loi, La Rampe.
- Histoire du Second Conflit Mondial, N° 65, la Gestapo, organe de la répression nazie.
- Revue d’histoire du Fascisme, N° 8, Les Mouvements d’extrême-droite en France, 1940-1941, François Duprat, 1er trimestre, 1976.
- L'Histoire N° 148 octobre 1991.

Sources :

- Archives départementales du Val'-d'Oise : (1 Z 388).
- Archives départementales de la Côte-d'Or : (W 21040) ; (2259 W 33).
- Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine (liste non exhaustive) : (AG/3(2)/338) ; (F/7/15281) ; (Z/6/3413-SN 8045-SN 8063-SN 8049-SN 8051-SN 8056-SN 8059-SN 8060-SN 8061-SN 8062-SN 8064-SN 2280) ; (Z/6/3375) ; (Z/6/183-2312 BIS) ; (Z/6/3190-1057-1074) ; (Z/6/154/BIS-2130) ; (Z/6/160) ; (Z/6/127-1807) ; (5W/9/A-5W/9/B) ; (20010216/162-5662) ; (20010216/114-3037) ; (20010216/116-3066) ; (20010216/117) ; (Z/6/535-4781) ; (Z/6/627-5140) ; (20080271/3-614912) ; (20050136/4-67030) ; (20110229/1) ; (20020081/6-62359) ; (AJ/40/551) ; (AJ/40/889) ; (AJ/40/1585-N°91-N°95) ; (Z/5/100-4715) ; (20240143/9-636780) ; (Z/6/3186-445) ; (Z/6/357/BIS-3790) ; (5W/26) ; (Z/6/358/BIS) ; (20180773/5-629584) ; (19940472/227-20511) ; (Z/6/204/QUATER-2513) ; (Z/6/3019-Z/6/3294) ; (19940462/542-53107) ; (Z/6NL/586-14444) ; (Z/6/160-2197) ; (Z/5/100-4716) ; (Z/5/149-6306) ; (Z/6/78/BIS-1205) ; (Z/5/229-8078) ; (Z/5/224-7892) ; (Z/6/255-2992) ; (Z/5/80-3394) ; (Z/6/429-4284) ; (20000356/4-332416) ; (72AJ/1832) ; (Z/6-5303/46) ; (Z/6/270-3143) ; (Z/6-411/48) ; (AJ/40/883) ; (Z/6/256/BIS-3006) ; (Z/6-1/55) ; (Z/6/471-4527) ; (72AJ/327) ; (Z/5/72-2909) ; (Z/5/93-4256) ; (Z/5/228-8070) ; (Z/5/65-2525) ; (Z/5/63-2448) ; (Z/5/55-2149) ; (Z/5/80-3363) ; (Z/5/123-5695) ; (Z/6/324-3523) ; (Z/6NL/430-9825) ; (Z/6NL/59-1114) ; (Z/6/493-4630) ; (Z/5/160-6515) ; (Z/5/97-4542) ; (Z/6/3112-2339) ; (20160307/14-626252) ; (Z/6NL/753-18117) ; (Z/6/442-4358) ; (AJ/40/890) ; (Z/6/195-2410).
- Archives de la Préfecture de Police du Pré-Saint-Gervais (liste non exhaustive) : (1W1682-76881) ; (77W1682-76881) ; (JB19) ; (114W9) ; (253W264) ; (1W159-48544) ; (77W1556-48805) ; (JB32) ; (77W6424-714992) ; (77W3430-302915) ; (4.122.510 (357WE28)) ; (77W3306) ; (77W204-131625) ; (GB160-FRAPP_GB160_453) ; (77W3306-221045) ; (77W1177-357162) ; (77W1566-52463) ; (77W3801-383846) ; (77W1334-383870) ; (77W2182-408229) ; (77W3601-357069) ; (1W864-37685) ; (77W4152-422450) ; (GB061-577-602) ; (1W603-18100) ; (77W1049-332561) ; (1W851-36343) ; (77W3287-253073) ; (77W278-151185) ; (77W1177-357199) ; (77W1338-383836) ; (77W1558-62558) ; (77W5162-8721) ; (77W1970-335048) ; (77W1234-369157) ; (77W1318-383868) ; (1W1269-65724) ; (GB142-FRAPP_GB142_092) ; (GB063-854-867) ; (77W1293-379564) ; (77W2438-447555) ; (GA73-98565) ; (1W224-71169) ; (77W1962-333376) ; (1W167-46699) ; (77W1423-9020).

Sources numériques :

- Archives historico-diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, Claudio Maria Mancini.
- Le Service des sociétés secrètes de 1940 à 1942 : brève histoire d’une administration complexe, Emmanuel Kreis.
- Assemblée Nationale, Histoire et Patrimoine, 1940 - 1944, le Palais Bourbon occupé.
- Résistance 60.
- Militäersfehlshaber in Frankreich MBH, Jean de la Mare.
- Mémoire de Guerre, Placke Joseph, Roger Cousin.
- Affaire des parachutistes alliés, Philippe Lecler, 16 novembre 2007.
- Projet de texte pour bulletin juin 2022 - Les Scouts aux 24 heures.
- Sénat, Joseph Faure.
- Les Amis de L’Hémicycle.
- Musée Carnavalet.
- Cinead, Affiche LINA MARGY Disques Odéon par Gaston Girbal 120*160cm années 1940.
- L’Histoire par l’image, Derouet Edgard et Baudoin Simone.
- Mémorial de la Shoah.
- Musica et Memoria.
- Wikipédia.
- Parisrévolutionnaire.
- Raymond Alexandre Guesdon, Gilles Morin et Jean Piat.
- Un Français Libre parmi 63235, Claude Chapeau.
- « Si vous parliez » : les OVNI (1995), France 2.
- France-inter, Affaires Sensibles, Opération Air Détresse, une expédition scientifique inédite.
- Maurice Delaunay, le Maître du Feu, Yves Lecourturier.
- Le Moine Bleu.
- Le Petit Célinien.
- L’Acquittement des Notables, Jean-Pierre Husson.
- Au Pilori (1940-1944). « Journal de lutte contre le Juif » et officine de délation, Laurent Joly.
- Une tentative de propagande raciste dans la France de 1943. Darquier de Pellepoix et l’union française pour la défense de la race, Laurent Joly.
- Henry Coston, profession : antisémite, Henri Minczeles.
- Les amis de Rassinier, Henry Coston.
- Avis de décès de Christian Message.
- Registres journaliers d'inhumation - Archives de Paris.
- Répertoire numérique détaillé du fonds Louis Mouren.
- Mémoire des hommes - Base des victimes civiles.
- Médias 19.
- La Direction de la défense passive en France (1938-1951).
- Bibliothèque Nationale de France.
- Geneanet.
- My Heritage.
- Particuliers.
- Mémoires de résistants, Pierre Lefranc.
- Entretien d'André Figueras avec Henry Coston.

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de brehon  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:18

Bonjour,

À part quelques images en plus quelles sont les différences avec l'autre version?
Cordialement.
Yvonnick

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Chercheur PNSF  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:22

Bonsoir, comme je n'avais pas pu modifier le texte précédent, j'ai tout reposter avec les modifications. Je vais également reposter en chapitres séparés.

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de brehon  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:24

Chercheur PNSF a écrit:j'ai tout reposter avec les modifications.
Il y a des modifications dans le texte?
Cordialement.
Yvonnick

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Chercheur PNSF  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:26

De très légères, je ne pouvais pas ajouter non plus les images.

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de brehon  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:28

Chercheur PNSF a écrit:De très légères,
Comme on ne sait pas lesquelles ceux qui ont commencé à parcourir la première version ont donc perdu leur temps.
Cordialement.
Yvonnick

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Chercheur PNSF  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:32

Oui, mais il ne me semble pas qu'on puisse supprimer non plus, si ?

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de brehon  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:38

Chercheur PNSF a écrit:Oui, mais il ne me semble pas qu'on puisse supprimer non plus, si ?
Le problème n'est pas là. Tu penses vraiment qu'on va se fader ton texte à chaque fois que tu vas y apporter "de très légères" modifications? La méthode n'est pas la bonne.
Cordialement.
Yvonnick

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Chercheur PNSF  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:41

On m'a conseiller de reposter en parties séparées, sur plusieurs jours, j'imagine donc que les précédents postes seront supprimés. Je ne métrise simplement pas encore le fonctionnement du forum, je n'en utilise jamais.

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Re: Christian Message, une certaine idée du Nazisme - étude exhaustive sur le Parti National-Sociali

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de brehon  Nouveau message 08 Fév 2026, 21:47

Chercheur PNSF a écrit:On m'a conseiller de reposter en parties séparées, sur plusieurs jours,
Ça je l'avais vu, alors pourquoi avoir reposté le texte en entier? Et les prochains posts, feront-ils également l'objet de modifications ultérieures?
J'ajouterai qu'un forum c'est fait pour discuter, pas pour y poster des romans.
Cordialement.
Yvonnick

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