bltedouard a écrit:C’est une étrange question, on imagine la Milice comme un repaire de fanatiques mais je pense que le régime de Vichy peut nous réserver bien des surprises ; le Maréchal ne versait-il pas quelques deniers à la Septième colonne d'Alsace ?
Cà avait été aussi un repaire de "désœuvrés" et "d'opportunistes".

En s'engageant dans la Milice, on évitait le STO, on touchait une bonne solde et on restait bien au chaud en France, à "enquiquiner" le Français, en roulant des mécaniques. Début 1944, un paquet de "gamins" de 18 balais avaient ainsi échoué dans les rangs de la Milice; jusque-là, çà avait été relativement "peinard" jusqu'au Débarquement et ses suites, pour devenir, dès lors, une situation à hauts risques (!). La plupart de ces jeunes "trouducs" avaient suivi les "bagages du Maréchal", quand il s'était réfugié en Allemagne, où ils avaient aimablement "glandé" en attendant que l'état-major allemand décide de leur sort, pour finir par échouer, durant l'automne 1944, dans la mise sur pied de la
Freiwillige Division der SS "Charlemagne (
Franzosiche 1), avec les anciens de la LVF et le petit "noyau" de volontaires français à la
Waffen-SS, ces derniers, jusque -là, insuffisamment nombreux pour pouvoir espérer constituer un semblant de "Brigade"! Si tu cherches des "fanatiques", c'est du côté de ces volontaires de la Waffen-SS qu'il conviendrait de chercher. Sinon, dans la LVF, les "Anciens", vu la tournure des évènements, avaient pigé qu'ils étaient devenus
personna non grata en France et qu'il valait mieux oublier de rentrer chez eux, tandis que la troupe de la Milice n'avait guère d'autre option que de suivre le "mouvement"!
Ce n'était pas le genre de situation qui permettait de pouvoir envisager constituer une troupe combattante de qualité; d'ailleurs, le premier engagement sérieux, où on avait expédié la "
Charlemagne", en janvier-février 1945, s'était soldé par un "ratiboisage" en règle de l'unité, alors que l'Armée Rouge disposait d'une supériorité monumentale en termes d'effectifs, de matériels, etc. La Heer, elle-même, ne se faisait guère d'illusions sur la capacité combative de ces formations "étrangères" qu'Himmler et ses services avaient "bricolés".
Après, il y avait eu un autre contexte, la nécessité de sauver sa peau à tout prix! D'où, après le dézinguage en règle, par les Russes, de la "Charlemagne", les "éléments" français qu'on avait retrouvés dans la "Bataille de Berlin", ceux qui avaient été faits prisonniers par la 2ème DB, alors qu'elle occupait le secteur autrichien du Berghof, puis exécutés, sans autre formalité, inculpés de trahison, et ceux qui avaient échoué, à la fin du conflit, dans les camps alliés de prisonniers de guerre, qui, pour leur grande majorité, avaient été renvoyés en France, où on les avait engeôlés!
Là, ils s'étaient retrouvé en attente de leurs procès, ce qui, pour le "pinpin" de base, ex-Milicien, signifiait, alors, au mieux, 15 ans de tôle!

Mais, au même moment, la République Française s'était retrouvée avec le "problème" indochinois sur les bras! Il n'était pas question d'engager en Indo, les conscrits appelés, le "peuple" français, après 5 ans de conflit, n'étant pas chaud pour aller se faire flinguer dans ces colonies éloignées! Conséquence, l'armée française avait constitué des équipes de recruteurs, qui avaient travaillé pour le compte de la Légion Etrangère, en faisant, entre autres, le tour des geôles françaises, où croupissaient, notamment les ex-Miliciens-ex-
Waffen-SS! Le choix de ces tôlards", en attente de condamnation, était très simple... soit ils restaient en tôle jusqu'à leur procès, avec, au bout, 10 à 15 ans de tôle, soit ils signaient pour cinq ans de service dans la Légion avec la garantie, à terme, de voir leur dossier "blanchi".
Dans la famille, j'ai eu ainsi un jeune "imbécile", cousin germain de ma mère et "soutien de famille", qui s'était fait enrôler, à 18 balais à peine révolus, début 1944, dans la Milice et avait suivi tout le "parcours" que je viens d'évoquer. En 1953, le même, à son retour d'Indo, promu sergent de Légion Étrangère, arborait la Légion d'Honneur pour faits exceptionnels accomplis au combat! Amen!
J'ai eu aussi l'occasion, du temps où j'étais mataf, de faire connaissance, dans le couloir d'un train de nuit "Marseille-Strasbourg" d'un tout frais retraité de la Légion Etrangère, qui rentrait (définitivement!) en Allemagne. Il portait un costume civil flambant neuf, offert par la Légion, disposait d'un solide pécule que la Légion lui avait permis de se constituer (en sus de sa retraite!). A vue de nez, en 1967, il avait l'âge de mon père, la quarantaine vieillissante. Il parlait bien le français, mais avec un solide accent "tudesque". Le plus beau de l'histoire était qu'il était fier comme un pou d'avoir achever sa carrière dans la Légion, en tant que caporal-chef, lui-aussi, décoré, alors que, selon son vieux
Soldbuch de la
Heer, qu'il conservait précieusement, en mai 1945, il était "
Oberleutnant" en titre! Il ne faut pas chercher à comprendre!
