Alors que les négociations d'armistice sont en cours, la flotte basée à Toulon appareille vers les ports nord africains et notamment Mers El Kébir pendant que les bâtiments trop vétustes pour prendre la mer se sabordent dans les différentes bases navales.
2 cuirassés et 8 torpilleurs se trouvent alors à Plymouth
4 cuirassés et un porte-hydravions sont à Mers El Kébir
1 cuirassé, 4 croiseurs et 3 torpilleurs à Alexandrie
Le Richelieu appareille pour Dakar alors que le Jean Bart inachevé prend la mer pour Casablanca.
La France prouve ainsi sa volonté de sauver sa flotte de la mainmise allemande. Elle essaie également d'obtenir son désarmement dans les ports d'Afrique du Nord : l'Allemagne accepte le 30 juin !!
Lors de la signature de l'armistice, les amiraux allemands et italiens demandent que la flotte française se rende sans condition mais, Hitler, à la surprise générale, s'y oppose. Il demande qu'elle soit démilitarisée.
Conscient du climat qui s'instaure, Darlan veut encore rassurer les anglais et laisse le choix à chaque commandant de navire de guerre :
* ne pas tomber aux mains des allemands ou des italiens
* rallier les ports anglais ou les Antilles
* se saborder
En tout état de cause, ne jamais permettre qu'un bâtiment tombe intact aux mains de l'ennemi.
Churchill reste malgré tout méfiant et programme l'opération Catapult :
Le 1er juillet, l'amiral Somerville, nommé le 28 juin à la tête de la Force « H », reçoit l'ordre de s'assurer du transfert ou de la destruction des unités navales françaises de Mers El Kébir.
L'escadre anglaise qui appareille de Gibraltar le 2 juillet à 16 heures a fière allure :
* le porte-avions Ark Royal (emportant 65 appareils)
* 1 croiseur de bataille : le prestigieux Hood (45.000 tonnes et 8 pièces de 380mm) pavillon de l'amiral Somerville et fierté de la Royal Navy
* 2 cuirassés : le Resolution et le Valiant (32.000 tonnes et 8 pièces de 380mm)
* 2 croiseurs et une dizaine de destroyers.
Les bâtiments français à Mers El Kébir, bien que moins nombreux, font également partie de la fleur de la marine :
* les 2 cuirassés Strasbourg et Dunkerque (navire amiral de Gensoul) de 26.500 tonnes et armés de 8 pièces de 340 mm
* les 2 anciens cuirassés Provence et Bretagne de 23.500 tonnes également armés de 8 pièces de 340 mm
* le porte-hydravions Commandant Teste.
* une flotille de 6 destroyers parmi lesquels le Mogador et le Volta, filant plus de 40 nœuds et, qui par leur armement, s'apparentent plus à des croiseurs légers.
La rade est protégée par 4 batteries côtières :
Fort Santon (3 tubes de 194mm)
Batterie Gambetta (4 tubes de 120mm)
Batterie Espagnole (2 tubes de 75mm)
Batterie Canastel (3 tubes de 240mm)
Il faut enfin savoir que si l'ordre émane de Churchill et de l'amirauté britannique, les principaux amiraux anglais sont loin d'être unanimes quant à l'approbation d'une telle démarche. Tous leurs contacts avec leurs homologues français ont bien stipulé qu'en aucun cas la flotte française ne doit passer dans des mains ennemies. L'opération Catapult semble donc particulièrement inutile, surtout quand il s'agit d'ouvrir le feu sur les alliés de la veille !
3 juillet
Depuis l'armistice, le désarmement est en cours :
Les batteries côtières qui protègent la rade voient leurs canons privés de culasses.
En ce qui concerne les navires de guerre, ils ne sont pas sur le pied de guerre mais au mouillage, machines stoppées, et la poupe orientée vers la mer les privant ainsi de leur artillerie principale.
Aux environs de 6h du matin, le destroyer Foxhound se détache de l'horizon et prend la direction de la base française, demandant l'autorisation d'entrer en contact avec l'amiral Gensoul par le biais du commandant Holland, actuel commandant de l'Ark Royal et ancien attaché naval à Paris.
7h15 :
Gensoul envoie son aide de camp, le lieutenant de vaisseau Dufay à la rencontre des anglais. Celui-ci parle couramment l'anglais et connaît bien Holland.
7h45 :
Holland, bien que déçu de ne pas avoir eu affaire à Gensoul en personne, n'en n'a pas moins transmis le message de l'amirauté : que les navires français se joignent à la Royal Navy, une escadre les attend au large pour leur souhaiter la bienvenue.
Effectivement, les veilleurs du navire amiral signalent l'apparition de la force « H » de Somerville.
Un complément de message arrive par les projecteurs du Hood :
« Nous espérons que nos propositions seront acceptables et que nous vous trouverons à nos côté ».
Gensoul comprend la menace à peine voilée et rappelle aux postes de combat
8h30 :
Gensoul, qui continue de refuser de recevoir Holland en personne, prend connaissance des propositions anglaises :
1/ appareiller et combattre aux côtés de la flotte anglaise
2/ appareiller sous équipage réduit pour rejoindre un port anglais
3/ rejoindre les Antilles sous équipage réduit pour démilitarisation
4/ se saborder
Si toutes ses propositions venaient à être rejetées, les anglais useraient de la force pour éviter que les navires français ne tombent aux mains des allemands ou des italiens.
Gensoul est abattu ! La situation est désastreuse. C'est une véritable mise en demeure que lui ont fait parvenir les britanniques. Il analyse alors les propositions :
* Les deux premières ne peuvent qu'être rejetées car ce serait trahir l'armistice
* Il n'est également pas envisageable de saborder des navires qui sont déjà hors de portée des troupes de l'Axe.
* Quant à appareiller pour les Antilles, il sent bien que le message anglais ne le permettrait pas.
Il prévient aussitôt l'amirauté française MAIS sans évoquer la proposition 3 :
« Force anglaise devant Oran. Ultimatum : coulez vos bateaux délai six heures ou nous vous y contraindrons par la force. Réponse : Bâtiments français répondront à la force par la force »
Dans le même temps, on réarme rapidement les batteries côtières et la chasse est mise en alerte. Gensoul fait allumer les feux des chaudières et convoque les chefs d'escadre.
9h :
Message à tous les bâtiments : « Flotte anglaise venue nous poser un ultimatum inacceptable, soyez prêts à répondre à la force par la force »
Holland, qui attend toujours la réponse des français, remarque leurs préparatifs et reçoit enfin la réponse de Gensoul :
1/ Les assurances données demeurent entières. En aucun cas les navires français ne tomberont aux mains de l'ennemi.
2/ Etant donné le fond et la forme de l'ultimatum, les bâtiments français répondront à la force par la force
Holland parvient à obtenir de négocier avec Dufay à bord de la cabine de la vedette du Dunkerque. Il rappelle que personne ne met en doute la volonté des français mais comment être sûr que les français, cernés, auraient le temps de se saborder ? Dufay lui fait alors part de la création d'équipes de sabordage et que rien ne s'oppose à ce que les navires soient démilitarisés sur place, à Mers-el-Kébir, loin de la métropole.
Holland regagne alors le Foxhound, non sans avoir fait remarquer à Dufay que sa décision aurait été la même en pareilles circonstances.
9h50 :
La réponse anglaise arrive :
Il est hors de question que la flotte française quitte le port sans avoir accepté les conditions anglaises.
Le drame semble noué mais l'amiral Somerville, qui a vu les préparatifs français, hésite encore. Il donne l'ordre de miner la passe et les appareils de l'Ark Royal larguent vers midi des mines magnétiques visant à éviter toute sortie.
A bord des bâtiments anglais, l'attente se poursuit, chacun répugnant à devoir ouvrir le feu sur les français.
12h30 :
Somerville prévient Londres qu'il est prêt à ouvrir le feu mais, sur proposition de Holland, envoie un dernier message à Gensoul.
« Si vous acceptez les propositions, hissez un pavillon carré sinon je fais ouvrir le feu à 13h. Votre port est miné »
13h15 :
Gensoul accepte un entretien de principe avec Holland et stipule qu'il attend la réponse de son gouvernement et n'a donc pas l'intention d'appareiller.
Les raisons qui ont poussé Gensoul à changer d'avis et à accepter cette rencontre sont doubles : ne pas avoir à ouvrir le feu et gagner du temps pour permettre à ses navires de terminer leurs préparatifs.
15h15 :
Holland arrive à bord du Dunkerque qui n’est pas sans remarquer que les français ne restent pas inactifs. Gensoul lui montre le message que lui avait fait parvenir Darlan concernant les instructions à suivre en cas de menace. Ayant ainsi prouvé sa bonne foi, Gensoul envisage d’appareiller pour les Antilles mais avec ses équipages, donnée qui n’est pas envisagée dans les propositions anglaises. Un accord semble toutefois pouvoir être envisagé.
Mais le sort de l’escadre française se décide bien loin de là.
Un message émanant de l’Amirauté française est transmis à Gensoul : toutes les forces françaises de Méditerranée rallient Mers-el-kebir à toute vapeur.
La réponse de Somerville est sans équivoque : soit les conditions sont acceptées à 16h30, soit ses bâtiments ouvrent le feu.
Le sort en est jeté, les négociations ont échoué. Holland quitte le bord à 16h25 et Somerville est obligé d’attendre avant d’engager le combat.
16h53 :
Le signal est hissé au mât du Hood
16h56 :
Le Resolution ouvre le feu le premier.
La salve trop courte explose sur la jetéealors que le Dunkerque appareille. A pein a-t-il quitté son mouillage qu’un obus du Hood le touche à l’arrière. Le cuirassé français fait malgré tout feu de toutes ses pièces et encadre le croiseur de bataille britannique mais la chance est du côté des assaillants : 3 obus de 380mm atteignent le navire qui, en un instant, perd la moitié de ses pièces d’artillerie principale ainsi que toute énergie, son alimentation électrique ayant été coupée. Il ne lui reste plus qu’à aller s’échouer sur le fond devant Ste André.
Au même moment, le Provence est mal en point : un obus ayant déclenché une voie d’eau à l’arrière il faut noyer les soutes ; les tourelles arrières sont hors d’usage et le tourelle de télépointage a été sectionnée. Bien que d’ésemparé, le vieux cuir&ssé s’echoeu par 10 m de
fond.
Le Bretagne quant à lui n’a pas eu l’opportunité d’effectuer la moindre manœuvre : une salve entière atteint le navire qui brûle de part en part. On ordonne l’évacuation mais à 17h09 une dernière explosion fait chavirer le bâtiment qui entraîne dans la mort 977 hommes. Il faudra attendre l’attaque de Pearl Harbor pour voir un sort encore plus cruel s’abattre sur un équipage.
17h10 :
A cet instant, seul de toutes les unités lourdes, le Strasbourg a résussi à éviter les salves anglaises : ayant rompu ses amarres, le cuirassé fend l’eau à une vitesse vertigineuse. Il franchit la porte du barrage et fonce à 28 nœuds sans que les mines ne viennent exploser contre la coque.
Ce n’est pas le seul à avoir pu quitter la rade : les destroyers, bien plus manoeuvrables, ont pu s’extraire du piège. Le Volta et le Terrible lanceront deux attques à la torpille lors de leur fuite mais san aucun résulat.
Seul le Mogador, atteint d’un obus de 380mm qui a pulvérisé l’arrière, a dû être abandonné.
17h15 :
Les bâtiments français sont soit hors de combat, soit ont pris la mer.
Gensoul demande alors un cessez le feu auquel Somerville répondra que tant que les navires français seront à flot, il fera à nouveau ouvrir le tir.
17h20 :
Un Swordfish de l’Ark Royal signale qu’un cuirassé fait route vers l’Est à grande vitesse : le Strasbourg, dont lasortie était passée inaperçue lors de l’engagement, a été repéré. Seul le Hood, plus rapide que les cuirassés anglais, est en mesure d’entamer la chasse avec les croiseurs et destroyers. Malgré deux attaques aériennes à 17h45 et 19h55, le Strasbourg parvient à eviter les torpilles britanniques et riposte fortement au Hood qui finira par abandonner la poursuite à 19h20. Le fleuron de la marine française atteindra sans encombre Toulon le lendemain.

A Mers-el-kébir, le bilan est lourd : le phare a été volatilisé par un obus de 380mm, les navires échoués sont la proie des flammes, les survivants sont pour la plupart atrocment blessés ou brûlés et se débattent au milieu des débris.
Et ce n’est hélas pas fini : l’Amirauté britannique, consciente que le Dunkerque pourra aisément être remis en état ordonne à Somerville de procéder à un nouveau bombardement.
6 juillet :
Les appareils de l’Ark Royal sont reçus par un violent tir de DCA et doivent affronter quelques chasseurs Dewoitine.
La torpille qui est destinée au Dunkerque est encaissée par un remorqueur qui fut littéralement pulvérisé. Si le cuirassé n’enrgistra pas le moindre coup au but, l’explosion des grenades du Terre-Neuve, ouvrit une brêche de 40m dans la coque. Malgré tout, le navire rejoindra également Toulon au début 1942, avant un autre triste épisode de l’histoire de la marine française.
La stupeur et la douleur envahirent la Franc devant une telle attaque et la perte de 1297 vies. La responsabilité incombe à Churchill, les amiraux s’étant contenté d’éxécuter les ordres ou, ayant manifesté leur désaccord, s’étant retrouvés à la retraite d’office.
Anglais et français venaient d’ecrire une des pages les plus noires des relations entre les deux pays…..

Se Connecter









dans: