https://journals.openedition.org/lectures/59973
Examinant les origines de l’idéologie américaine au fond de son berceau natif – l’Angleterre victorienne –, l’auteur combine les ressources de l’histoire politique, de l’analyse textuelle, de la psychologie sociale et de la psychanalyse, pour une réévaluation critique rigoureuse des usages contemporains de la notion de « totalitarisme ». En combinant propagande politique, publicité commerciale, psychologie des foules et technologies de l’influence, les États-Unis ont fabriqué un nouveau totalitarisme euphorisant et « consensuel » dont l’effort permanent consiste à occulter sa propre violence sous le vêtement de la « liberté ».
Patrick Tort montre comment les États-Unis ont construit leur puissance sur l’intégration des composantes de l’Angleterre victorienne (le « darwinisme social », l’individualisme libéral, l’impérialisme et ses justifications raciales et l’eugénisme auto-protecteur des dominants) au sein desquelles Hitler, dès la rédaction de Mein Kampf, put largement effectuer ses choix. À travers la planification eugéniste, son arsenal médico-législatif (Laughlin) et ses croisades racistes, antisémites et conspirationnistes (Ford), l’Amérique blanche a fourni à Hitler les pièces détachées de sa doctrine pour un montage « externalisé » dont les élaborations concrètes apparaîtront dès son accession au pouvoir. Ce passage à l’acte, rendu possible dans une Allemagne unifiée par la « mise au pas » des Länder, fut encouragé et salué par les voix les plus puissantes de l’eugénisme américain, reconnaissant volontiers sur un mode sincèrement admiratif que, dans cette réalisation, l’élève germanique avait dépassé le maître anglo-saxon, handicapé à cet égard par la disparité juridico-législative des États et le perpétuel souci de la constitutionnalité.
Les États-Unis et l’Allemagne nazie ont de nombreux points en commun, soutient Patrick Tort :
l’élimination à grande échelle de communautés humaines, les Amérindiens et les Juifs ; les stérilisations forcées de personnes déficientes, en Allemagne nazie mais aussi dans une trentaine d’États des États-Unis, notamment la Californie, État pilote de l’eugénisme ; l’usage du gaz pour exécuter les condamnés à mort aux États-Unis et les personnes jugées indésirables par le régime nazi. L’antériorité des actes barbares aux États-Unis est établie : « Pour l’équation entre eugénisme et racisme, les États-Unis avaient, sur l’Allemagne nazie, une guerre d’avance » (p. 60). En font foi l’essor des thèses eugénistes aux États-Unis à l’aube du XXe siècle, qui sont même enseignées dans les universités, mais aussi la violente campagne antisémite du constructeur automobile Henry Ford (1863-1947) à partir des années 1920, sous prétexte d’un complot mondial judéo-bolchévique qu’il fallait mater. Les États-Unis financent et inspirent le nazisme avant de le combattre lors de la Deuxième Guerre mondiale. Entre autres, la Fondation Rockefeller soutient financièrement les travaux eugénistes du psychiatre suisse Ernst Rüdin (1874-1952), un des instigateurs de la loi nazie de 1933 sur la stérilisation contrainte, et ceux du controversé biologiste français Alexis Carrel (1873-1944), admirateur du nazisme. Des recherches récentes confirment que les États-Unis fournissent à l’Allemagne nazie les références eugénistes les plus élaborées. Au moment d’écrire Mein Kampf, Adolf Hitler (1889-1945) était familier avec ces thèses aux sources anglaises et étatsuniennes. Les États-Unis et l’Allemagne nazie avaient aussi un ennemi commun : le communisme.
Il serait très pertinent que le livre soit traduit en langue anglaise afin que la thèse de Patrick Tort soit accessible au lectorat étatsunien.


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