Post Numéro: 10
de landevenneg
06 Fév 2025, 12:10
Tout cela me rappelle que la famille d'un ancien Resistant, Adolphe Le Goaziou (1887-1953) vient de se débarrasser de sa bibliothèque, plus de 6000 ouvrages, dont "un complément du Pilote Français, de Beautemps-Beaupre sur le traité des côtes et tableau des hautes mers (1816 à 1826), qualifié de rarissime ainsi qu'un Catéchisme publié en 1576, un des premiers livres imprimé en breton.
Adolphe Le Goaziou, petit libraire et imprimeur de Morlaix avait commencé tôt à collectionner les livres. D'ailleurs j'ai lu quelque part qu'il faisait partie de la très vichyste Commission de contrôle du papier d’édition et qu'il entretenait les meilleures relations avec la PropagandaStaffel en offrant des livres richement reliés (pour obtenir des quotas de papier). Arrêté par le SIPO-SD il fut l'un des seuls, sinon le seul, de son réseau à avoir été libéré et à n'avoir été ni torturé, ni fusillé, ni déporté. Maurice Zeller, agent du SD, qui logeait chez lui dans une chambre réquisitionnée, ne s'était même pas intéressé à son cas.
En tout cas le petit Adolphe fut grassement récompensé à la Libération. Il fut bombardé en aout 1944 membre fondateur du journal Ouest-France (et par la même occasion gratifié de 20% des actions du journal) Membre on ne sait pourquoi du CDL du Finistère, il se montra un impitoyable procureur général pour pourchasser tout ce qui était militant breton ou qui portait une croix, notamment le Chanoine Cardialaguet à propos duquel Yves Tranvouez écrivait qu
"Il ne montre en revanche aucune complaisance pour les Allemands. Un patriotisme élémentaire, appuyé par un antinazisme puisé aux documents pontificaux, l’amène à ruser avec la censure et à utiliser plus que jamais les ressources de l’humour froid. Mais la même fidélité aux encycliques de Pie XI l’empêche de taire, même tactiquement, ce qu’il croit être la vérité à propos des massacres de Katyn, qu’il attribue donc à l’Armée Rouge, ce que l’on sait aujourd’hui être exact, contrairement à ce que beaucoup pensent à l’époque, notamment dans les milieux de la Résistance.
Cet anticommunisme irréductible lui vaut évidemment d’être inquiété à la Libération. Inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État, « démissionnaire » de toutes ses fonctions en 1946, il se retire chez les Branellec, au manoir de Kerampir en Bohars, près de Brest. Aidé par Maître Kernéis, il prépare sa défense, mais l’instruction tourne court et il obtient un non-lieu en juillet 1947."