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Une des dernières "armes miracles" de 1945


80° Anniversaire de la Seconde Guerre Mondiale
---- ANNÉE 1945 -----

Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de coyote  Nouveau message 10 Avr 2025, 09:59

L’imagination des ingénieurs aéronautiques allemands était impressionnante ! Voici une création de dernière minute passée un peu inaperçue : Un avion-fusée piloté qui ne fit qu’une victime, son pilote lors du seul et unique lancement. Ce concept faisait partie des « armes miracles » (Wunderwaffe) en 1944/début 1945. Ce fut le Bachem Ba 349 ‘Natter’ ou ‘Viper’dont voici le résumé de sa courte existence.
Cet engin avait tout du missile sol-air mais cette fois piloté !! Après un décollage vertical, qui dispensait de disposer d’un terrain d’aviation, la majeure partie du vol vers les bombardiers alliés devait être contrôlée par un pilote automatique . Le rôle principal du pilote était de viser sa cible et de tirer son armement de roquettes. Le pilote et le fuselage contenant le moteur-fusée atterrissaient ensuite à l'aide de parachutes séparés, tandis que la section avant était jetable et donc perdue.
Le premier et unique vol habité à décollage vertical, le 1er mars 1945, s'est terminé par le décès du pilote, Lothar Sieber.

Le Dr Erich Bachem avec Hanna Reitsch à ses cotés

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En 1943, la supériorité aérienne de la Luftwaffe n’était plus ce qu’elle était. Des innovations radicales s’avéraient indispensables pour faire face au problème des incursions répétée de la RAF et de l’USAAF.
Les missiles sol-air apparaissaient comme une approche prometteuse pour contrer l' offensive des bombardements stratégiques . Divers projets furent lancés, mais invariablement, des problèmes liés aux systèmes de guidage automatique empêchaient tous ces projets d'atteindre le statut opérationnel. Doter le « missile » d'un pilote, capable d'utiliser une arme pendant la brève phase d'approche terminale, offrait alors une solution.
Des propositions pour un intercepteur simple de défense ont été demandées par le RLM au début de 1944 sous l'égide d’un « Programme de chasseurs d'urgence ». Un certain nombre de conceptions simples ont alors été proposées, y compris le Heinkel P.077 Julia , dans lequel le pilote était allongé sur le ventre, pour réduire la zone frontale.

Le Heinkel P.077 "Julia"
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Le Julia était favori pour le contrat. Le plan initial prévoyait un décollage vertical, mais ce concept a ensuite été modifié en faveur d’un décollage horizontal conventionnel depuis un chariot tricycle à roues, similaire à celui utilisé par les premiers prototypes du bombardier de reconnaissance à réaction Arado Ar 234.


L’engin fut conçu par le Dr Erich Bachem en août 1944, après avoir été témoin d'un bombardement américain dévastateur. Il pensait qu'il devait exister un moyen de disperser ces grandes formations de bombardiers. Son BP-20 (« Natter ») était le développement d'un modèle sur lequel il avait travaillé chez Fieseler, le concept Fi 166 , mais considérablement plus radical que les autres propositions. Il était construit à partir de pièces en bois collées et clouées, avec une cloison blindée et un pare-brise en verre pare-balles . Le plan initial était d'équiper la machine d'un moteur-fusée Walter HWK 109-509 A-2. Cependant, seul le 109-509A-1, tel qu'utilisé sur le Me 163 ‘Komet’, était disponible. Sa poussée au niveau de la mer variait de 100 kg au ralenti à 1 600 kgs à pleine puissance. Les quatre propulseurs à propergol solide Schmidding SG34, prévus par Bachem et montés sur les parties arrières du fuselage, étaient utilisés lors du lancement pour fournir une poussée supplémentaire de 4 800 kg pendant 10 secondes avant de s'éteindre et d'être largués. Les prototypes expérimentaux glissaient le long d'une tour de lancement verticale d’une vingtaine de mètres de haut, pour une longueur de glissement maximale de 17 m , sur trois glissières, une à chaque extrémité d'aile et à l'extrémité inférieure de la dérive ventrale. Au moment de quitter la tour, on espérait que l’engin aurait atteint une vitesse suffisante pour permettre à ses surfaces aérodynamiques d'assurer un vol stable.

En conditions opérationnelles, une fois le Natter ayant quitté la tour, il était guidé vers les bombardiers alliés par un pilote automatique et ce n'est qu'ensuite que le pilote prenait les commandes, visait et tirait ses roquettes. Initialement proposé pour être une salve de dix-neuf roquettes de 55 mm, par la suite, 28 roquettes Henschel Hs 297 Föhn de 73 mm, furent imaginées, avec l'une ou l'autre variété de roquettes non guidées tirées depuis les tubes de lancement cellulaires montés sur le nez du ‘Natter’. Cet appareil était destiné à voler au-dessus des bombardiers, au moment où son moteur Walter serait probablement à court de propergol. Après une attaque ponctuelle avec ses roquettes, le pilote plongeait l’appareil devenu planeur, à une altitude d'environ 3 000 m, redressait sa machine, libérait la partie avant de l'appareil ainsi qu’un parachute de freinage à l'arrière du fuselage. Le fuselage décélérant, le pilote était automatiquement éjecté et atterrissait grâce à son parachute.

Bachem a clairement indiqué dans la proposition initiale que le Natter n'était pas une arme suicide et que beaucoup d'efforts ont été consacrés à la conception de dispositifs de sécurité pour le pilote. La conception présentait un avantage décisif sur ses concurrents. Elle éliminait la nécessité d'atterrir en vol plané sur une base aérienne.

Le prototype sur la tour de lancement
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Le « Natter » a été conçu pour être construit par une main-d'œuvre non qualifiée, avec des outils de piètre qualité et des matériaux bon marchés.
L'une des caractéristiques les plus inhabituelles de l'appareil était l'évacuation du pilote tout comme la récupération de l'appareil.
Le procédé d’évacuation était des plus complexes et des plus risqués. En voici le principe :
Le pilote devait ouvrir le loquet de la verrière du cockpit, ce qui permettrait à la verrière de basculer vers l’arrière emportée dans le courant d’air. Puis, il détacherait sa ceinture de sécurité. En pressant un levier monté sur le manche, il libérerait un verrou à la base du manche, ce qui lui permettrait d’incliner le manche vers l’avant où il pourrait s’engager et déverrouiller un loquet de sécurité du mécanisme de déverrouillage du nez. Il se pencherait ensuite légèrement en avant et tirerait un levier articulé près du plancher à l’avant du cockpit, libérant ainsi la section avant, qui serait larguée automatiquement en raison de la réduction de la pression aérodynamique à l’avant du fuselage. !!

On se doute aisément qu’effectuer toutes ces actions dans un laps de temps extrêmement court se serait révélé quasi impossible.

Essais en vol


Lothar Sieber s'installe à bord. La manoeuvre est plutôt acrobatique !

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La construction du premier prototype expérimental fut achevée le 4 octobre 1944. Les vols habités en configuration planeur commencèrent le 3 novembre 1944. Le premier fut remorqué à environ 3 000 m d'altitude par un Heinkel He 111 .
Le premier décollage vertical sans pilote réussi depuis la tour de lancement expérimentale a eu lieu le 22 décembre 1944. L’appareil était alors uniquement propulsé par les fusées à poudre.
Jusqu'au 1er mars 1945 inclus, 16 prototypes avaient été utilisés, huit pour des essais en configuration planeur et huit pour des essais en décollage vertical.
En janvier 1945, le Dr Bachem eut à subir la pression des autorités pour effectuer un vol piloté avant la fin février. Le 25 février, le prototype d’essais fut installé sur la tour. La machine était aussi complète que possible, avec le moteur Walter HWK 109-509 A1 installé pour la première fois. Un pilote factice était dans le cockpit. Le décollage de la tour se déroula parfaitement. Les ingénieurs et l'équipe au sol regardèrent l’engin monter sous la puissance combinée des quatre propulseurs Schmidding et du moteur Walter, soit une poussée totale estimée à 6 500 kg. Le nez se sépara comme prévu et le pilote factice descendit en toute sécurité sous son parachute personnel. Le reste du fuselage s'abaissa sous ses deux grands parachutes, mais lorsqu'il toucha le sol, le carburant résiduel du moteur-fusée à propergol liquide Walter explosa détruisant l’appareil entièrement.

Lancement !
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Malgré les inquiétudes du concepteur selon lesquelles le programme d'essais avait été considérablement écourté, un jeune pilote d'essai volontaire, Lothar Sieber , monta dans le cockpit d’un appareil le 1er mars. L'avion était équipé d'un émetteur FM pour transmettre les données de vol provenant de divers capteurs de surveillance des paramètres. Vers les .11 heures du matin, l’engin était prêt au décollage. Le moteur-fusée atteignit sa pleine poussée et Sieber appuya sur le bouton pour allumer les quatre propulseurs à poudre.
Initialement, le Natter s'est bien élevé verticalement, mais à une altitude d'environ 100 à 150 m , il s'est brusquement cabré en une courbe inversée à environ 30° par rapport à la verticale. À 500 m , on a vu la verrière du cockpit s'envoler. Le Natter a continué sa montée à grande vitesse à un angle de 15° par rapport à l'horizontale et a disparu dans les nuages. Le moteur Walter a calé environ 15 secondes après le décollage. On estime que le « Natter » a atteint 1 500 m , puis a piqué et heurté le sol quelques secondes plus tard, à quelques kilomètres du site de lancement. On ignorait à l'époque qu'un des propulseurs d'appoint Schmidding n'avait pas été largué et que ses restes ont été exhumés sur le lieu du crash en 1998 !
Le pilote était probablement inconscient bien avant le crash. Bachem a supposé que Sieber avait involontairement tiré sur le manche sous l'effet d’une accélération de 3 G.
Après son décès, les huit vols suivants se sont déroulés sans équipage.

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La production


La SS commanda 150 Natter, et la Luftwaffe en commanda 50, mais aucun ne fut livré avant la fin de la guerre. Selon son concepteur, 36 Natter furent produits par la Sté Bachem-Werk située à Waldsee à la fin de la guerre. Jusqu'en avril 1945, 17 avions avaient été utilisés pour des essais sans pilote, dont cinq planeurs, tous accrochés sous un He 111, et 12 exemplaires destinés au décollage vertical.
Le nombre total de lancements jusqu'au début d'avril 1945 fut de 22, tout comme le nombre total de Natter construits jusqu'à cette date. Il y avait 14 autres avions terminés ou presque terminés en avril 1945.
Le sort de ces 14 Natter fut le suivant : trois furent tirés depuis la tour de lancement verticale, six furent incendiés en Autriche , quatre furent capturés par les troupes américaines et un fut capturé par l' Armée rouge.
***
À un moment donné du projet, Bachem-Werk reçut l'ordre de fournir aux Japonais des informations complètes sur le Ba 349 Natter. Il subsiste toutefois des doutes quant à leur réception. Les Japonais étaient cependant connus pour avoir une bonne connaissance du Natter et manifestèrent un intérêt considérable pour le projet.

Le Bachem ‘Natter’ Ba 349 en quelques chiffres

(pour d’évidentes raisons, ces chiffres sont purement théoriques)


Poids brut : 2 232 kg
Vitesse maximale : 1 000 km/h à 5 000 m
Vitesse de croisière : 800 km/h
Autonomie : 60 km après une montée à 3 000 m
55 km après une montée à 6 000 m
42 km après une montée à 9 000 m
40 km après une montée à 10 000 m
Endurance : 4,36 minutes à 6 000 m ou 3,15 minutes à 9 000 m
Plafond : 12 000 m, altitude atteinte en 62 secondes
24 roquettes Henschel Hs 297 Föhn de 73 mm
ou 33 roquettes de 55 mm
ou 2 canons de 30 mm MK 108 avec 30 coups par arme.

Cette arme « miracle » fait partie des nombreuses autres plus ou moins abouties , construites ou en cours de construction dans l’urgence du moment avec les moyens très limités dont disposaient les constructeurs aéronautiques allemands au début de 1945.

Sources
Jane’s ww2 aircraft directory
https://www.vol-avion-chasse.com/les-av ... tter-1945/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wunderwaffe
https://airandsp
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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de tribal  Nouveau message 10 Avr 2025, 13:30

J ignorais totalement l’existence de ce « jet ».
Les pilotes d’essais de l’époque devaient en avoir une belle paire….

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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de alfa1965  Nouveau message 22 Avr 2025, 18:29

Je crois que des prototypes ont été expédiés au Japon en pièces détachées à bord de sous-marins.
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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de coyote  Nouveau message 22 Avr 2025, 18:34

C'est exact mais que sont elles devenues (à condition qu'elles soient arrivées à bon port) :?:
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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de pentecote44  Nouveau message 23 Avr 2025, 16:16

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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

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Re: Une des dernières "armes miracles" de 1945

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de coyote  Nouveau message 23 Avr 2025, 16:22

Merci pour ce complément de photos.
(Tu peux toutes les mettre sur le même post ;) )
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