
Le dernier vol de St. Ex le 31 juillet 1944
La disparition d’Antoine de St Exupéry pendant la SGM est connue, les circonstances de sa mort le sont bien moins. Tout ou presque a été dit or ce sont des hypothèses qui ne reposent sur aucun fait avéré.
Essayons de faire le point
Le 17 juillet 1944, le Groupe de Reconnaissance GR II/33 stationne sur le terrain de Borgo, non loin de Bastia en Corse.
Le 31 juillet suivant, Saint-Exupéry décolle depuis le terrain de Bastia, à Poretta. Il est aux commandes d’un Lockheed P-38 F-5B-1-LO, Lightning bimoteur dans sa version de reconnaissance (N° de série 268223).
Quittant le terrain à 08 h 25 du matin pour une mission de cartographie, il met le cap sur la vallée du Rhône, devant ensuite survoler Annecy et prendre un cap retour via la région provencale.
Sa mission consiste en une série de reconnaissances photographiques dans le but de tracer des cartes précises du pays, cartes qui seront d’une grande utilité dans la perspective du prochain débarquement en Provence, alors prévu pour le 15 août. Seul à bord de son appareil non armé (les caméras remplaçant les mitrailleuses dans le nez de la machine). Il emporte suffisamment de carburant pour six heures de vol.
Ci dessous la dernière misssion:

Terrain de Al ghero (Sardaigne)

Cinq minutes plus tard, à 8 h 30, il se signale par un dernier écho radar.. St.-Ex ne rentrera pas ; le temps de vol estimé en fonction de la quantité de carburant à bord étant largement écoulée, il sera alors porté disparu.
Le mystère de sa mort
Longtemps introuvable, l'épave de l'avion a été identifiée en 2003, certifiant de la sorte le lieu de son décès . Pour autant, en dépit de cette découverte essentielle, les circonstances de cette mort n'ont pu être éclaircies et ne le seront probablement jamais.
L'hypothèse la plus probable est que son avion ait été abattu par un chasseur allemand. Mais celle-ci n’est étayée par aucune preuve tangible.
Les multiples hypothèses quant aux circonstances de la mort de l'aviateur, sans cesse évolutives depuis 1944, forment un mystère régulièrement revisité dans la presse et la culture populaire, en particulier à l'occasion de « témoignages » inédits. Chacune des nouvelles « révélations » relance l'intérêt aussi bien des spécialistes que du grand public,
L'identification du P 38 F-5 de Saint-Exupéry en 2003
En 2000, des morceaux de son appareil — une jambe du train d'atterrissage gauche et des éléments de fuselage (partie gauche d'une des deux poutres de cet avion sont retrouvés en Méditerranée au large de Marseille, au nord-est de l'île de Riou par un plongeur professionnel marseillais .
Deux ans plus tôt, le 7 septembre 1998, un patron pêcheur marseillais, assisté de son second, avait fortuitement remonté dans ses filets une gourmette en argent oxydée par un long séjour sous-marin et sur laquelle étaient gravés le nom d'Antoine de Saint-Exupéry, le prénom de son épouse (Consuelo), et l'adresse de sa maison d'édition à New York (Reynal & Hitchcock).
Trouver la gourmette de St EX fut un indice déterminant

Le site où l'épave a été retrouvée

St Ex aux commandes d'un P 38 F-5 (ce n'est pas celui de son dernier vol)

Ces découvertes permettent de localiser avec précision la zone de disparition du pilote.
Remontés à la surface par l'association Aéro-ReLIC dans le courant de septembre 2003 les vestiges de l'avion seront formellement identifiés, grâce au numéro de série gravé sur la cellule. Gravure effectuée systématiquement chez Lockheed, constructeur de l’appareil.
Les pièces du P 38 F-5B n°42-68223 furent exposées au Musée de l'air et de l'espace du Bourget, dans une exposition temporaire consacrée à l'écrivain aviateur. Ces pièces sont désormais conservées dans les réserves du Musée par précaution car toujours sujettes à une détérioration liée aux attaques du temps.
Ces éléments ne permettent cependant pas de connaître avec précision les circonstances de sa mort.
La simulation informatique du crash à partir des pièces déformées démontre un piqué presque à la verticale et à grande vitesse. L’épave telle qu’elle a été retrouvée est éparpillée sur un peu partout ce qui indique les l’impact a eu lieu à très grande vitesse, l’avion étant littéralement pulvérisé.
Alors...
Panne moteur ? commandes ?
Malaise du pilote ?
Abattu par la chasse allemande ?
ou ????
Soyons clairs, la cause à l’origine de cette chute reste et restera probablement longtemps encore inconnue. Au grand dam de ses proches, l'hypothèse du suicide est même évoquée ; Il faut dire que Saint-Exupéry est physiquement diminué (il ne pouvait fermer seul la verrière de son appareil), désespéré par le monde qu'il voyait s'annoncer. Ses derniers écrits conforteraient cette hypothèse, par leur ton franchement pessimiste,
A titre d ‘exemple les dernières lignes d'une lettre adressée à son ami Pierre Dalloz, écrite la veille de sa mort :
« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »
Hypothèses et " témoignages"
1) Le pilote allemand Robert Heichele
En 1950, un pasteur d'Aix-la-Chapelle, ancien officier de renseignements dans la Luftwaffe, témoigne avoir appris, le 31 juillet 1944, qu'un P-38 Lightning avait été abattu en Méditerranée par un Focke-Wulf . Puis, en 1972, surgit dans une revue allemande à caractère historico-fictionnel le témoignage « posthume » d'un jeune officier allemand, l'aspirant Robert Heichele, qui aurait fait feu sur le Lightning depuis son appareil, vers midi, au-dessus de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence).
Heichele fut à son tour abattu en août 1944, échappa à la mort, mais fut très grièvement blessé en essayant de se poser à Avignon avec son avion en flammes. Le malheureux pilote décèdera finalement dans l'ambulance dans laquelle il se trouvait, mitraillée par la chasse alliée lors de la retraite dans la vallée du Rhône. Bien que Robert Heichele ait effectivement existé, son rôle dans la mort de Saint-Exupéry est définitivement écarté : le pseudo-témoignage provient de l'imagination d'un passionné allemand !!. Ce dernier s'excusera peu après d'avoir exposé cette théorie plus que fumeuse dans la revue allemande « Der Landser » N° 124 . Revue historico-romanesque.
2) L'officier de Génie Erich Herot
En novembre 1963, à la suite d'un article publié par le journal allemand « Bild » sur la disparition d'Antoine de Saint-Exupéry, l'ancien officier de Génie Erich Herot téùpigne dans une lettre adressée au quotidien : « Fin juillet 1944, j'effectuais un voyage d'inspection dans la région de Marseille. Inspectant une de nos positions de Carry-le-Rouet, j'aperçus un avion évoluant au ras du sol venant de la vallée du Rhône. Il volait selon la tactique du « saut de haies », ramenant l'appareil près du sol dès l'obstacle franchi. Après avoir survolé la partie la plus haute de la presqu'île, il redescendit vers la surface de la mer, mais la queue toucha l'eau, ce qui provoqua un jaillissement d'écume et une explosion désintégrant l'avion. Les hommes qui m'entouraient avaient eu le temps de constater qu'il ne s'agissait pas d'un appareil allemand. Nous n'avons pas constaté de tir de D.C.A. ni d'avion poursuivant. »
3) Le P 38 de Carqueiranne
Dans les années 90, un autre témoignage surgit tardivement. Une habitante de Carqueiranne, madame Simone Boudet, aurait vu, le jour fatidique du dernier vol, le Lightning se faire abattre. La mer aurait ensuite rejeté le corps d'un soldat sur la plage, lequel aurait été enterré anonymement dans le cimetière communal.
Pour savoir si ce corps est celui de Saint-Exupéry, il faudrait l'exhumer pour procéder à des comparaisons avec l'ADN des membres de sa famille, lesquels s'y montrent opposés. D'autant que, d'après des témoignages locaux , les débris de vêtements militaires portés par la dépouille auraient été allemands. Il existe au moins trois épaves d'avions allemands dans cette baie et ce, à différentes profondeurs. :
Un Junkers Ju 87 littéralement désintégré lors de son impact avec la surface de la mer par six mètres de fond au nord-est de la baie,
Un Heinkel He 111 au sud de la baie par près de 90 mètres de fond,
Un Bf 109 au sud de la petite île de Bagaud par douze mètres de profondeur.
Si les rapports d'archives mentionnent le décès des équipages du Ju 87 et du Bf 109, le sort du He 111 reste douteuse.
4) L'aveu du pilote de chasse allemand Horst Rippert
En mars 2008, Horst Rippert, ancien pilote de la Luftwaffe est retrouvé dans le nord de l'Allemagne par l'historien Lino von Gartzen. Le pilote vétéran affirme avoir abattu un avion de type P-38 Lightning, précisément le 31 juillet 1944, dans la zone où se trouvait Saint-Exupéry. Il confirmera son témoignage au journaliste Jacques Pradel et au plongeur Luc Vanrell, dont l'enquête paraîtra en 2008.
Voici son récit :
En mission pour retrouver un avion ennemi qui survolait la région d'Annecy, Horst Rippert aurait tourné plusieurs minutes au-dessus de la Méditerranée sans rien repérer. Soudain, un avion allié l'aurait croisé, 3 000 mètres au-dessous de lui.. Horst Rippert aurait alors tiré et touché l'appareil. Ce dernier se serait enflammé et serait tombé à pic dans la Méditerranée. (Cela supposerait bien évidemment qu’il ait rejoint le P 38 à distance de tir)
Horst Rippert, qui admirait l'écrivain, a déclaré : « Si j'avais su qui était assis dans l'avion, je n'aurais pas tiré. Pas sur cet homme. » Après la guerre Horst Rippert, s'était reconverti dans le journalisme et dirigeait le service des sports de la chaîne TV allemande ZDF.
Aucune preuve matérielle ne vient étayer ou infirmer ce témoignage.
5) Hypothèse de la mort en captivité après le crash de l'avion
En 2017, quatre auteurs envisagent une nouvelle piste : ayant survécu à la chute de son appareil, Saint-Exupéry serait, assez rapidement mort en captivité. Cette nouvelle piste ajoute une nouvelle variante sur les circonstances de sa mort, qui resteront sans doute encore longtemps sans aucune certitude. Après la sortie de l'ouvrage de ces quatre auteurs, des archives américaines consultées ont apporté la preuve irréfutable qu'il y avait eu un mélange d'informations et que cette « possibilité » n'avait absolument rien à voir avec la disparition de St-Exupéry.
Ce ‘mystère’ a fait couler beaucoup d’encre proposant des hypothèses plus infondées les unes que les autres créant malheureusement des espoirs bien vite déçus.
La légende de Saint-Exupéry n’a toutefois pas attendu ces tardives découvertes….
L'ouvrage du Petit Prince, vendu à plus de cent quarante-cinq millions d'exemplaires dans le monde dont douze millions en France, a été traduit en 535 langues et dialectes, ce qui en fait l'ouvrage de littérature le plus vendu au monde et le plus traduit après la Bible!

On notera une certaine coïncidence avec les disparitions de ses copains du temps de l’épopée de l’Aéropostale. En effet, Jean Mermoz s’est abimé en mer en décembre 1936, Marcel Reine et Henri Guillaumet en novembre 1940 en Méditerranée et maintenant Antoine de St Exupéry les a finalement rejoint 4 ans plus tard.
Le plus grand pilote parmi les écrivains, le plus grand écrivain parmi les pilotes, … le plus grand écrivain-pilote.
Ci dessous, des photos peu ou pas connues d’Antoine de St.Exupéry
GR II/33 1944 St Ex assis sur l'aile avant gauche


(Cette tentative d'explication des faits n'a pas la prétention d'être complète. Tous éléments et commentaires sont les bienvenus)

Sources
https://www.calanques-parcnational.fr/f ... nt-exupery
Revue Icare (differents numéros)
dont le tome VI - numéro 96
https://www.escadrilles.org/histoire-et ... let-1944/#

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Merci pour lui, Coyote !
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