Le tragique bombardement de Nimègue
Le bombardement de Nimègue le 22 février 1944 fut un bombardement de cibles secondaires ou de remplacement par l'USAAF sur la ville de Nimègue aux Pays-Bas. En termes de nombre de victimes, il s'agit de l'un des plus importants bombardements d'une ville néerlandaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Officiellement, près de 800 personnes (presque toutes des civils) ont été tuées accidentellement à cause de l’imprécision du bombardement, mais de nombreuses personnes qui étaient cachées pendant le bombardement n'ont pas été comptabilisées, ce qui fait que le bilan réel des victimes est probablement bien plus élevé. Une grande partie du centre-ville historique fut détruite, notamment l'église Saint-Étienne, l'église Saint-Augustin ainsi que la gare de Nimègue (la cible visée) ont été fortement endommagées.
Le gouvernement néerlandais en exil à Londres revenu au début de 1945 s’est bien gardé de critiquer les pays sur lesquels il comptait pour sa libération et sa sécurité future. Ainsi, les autorités nationales et locales sont restées largement silencieuses sur les bombardements pendant des décennies, laissant les survivants avec leur douleur et leur questions restées sans réponse. Bien que les responsables aient longtemps soutenu qu'il s'agissait d'une « regrettable erreur», ce qui impliquerait que Nimègue n'était pas la bonne cible, les recherches historiques ont montré que l'attaque était intentionnelle, mais très mal exécutée.
Un raid planifié sur la ville de Gotha faisait partie de ce qu'on a appelé la « Big Week » (nom officiel : Opération Argument, soit une série de bombardements sur des usines de construction aéronautiques allemandes visant à affaiblir la Luftwaffe en préparation du jour J . Les 20 et 21 février 1944, les premiers bombardements ont donc eu lieu.
À l’époque, il était courant au sein des forces aériennes alliées d’attaquer des cibles secondaires si la cible principale ne pouvait être atteinte. Ces cibles secondaires étaient appelées « cibles d'opportunité ». Parce qu'un raid de bombardement était risqué et coûteux (en raison des tirs ennemis et du carburant) et que la cible principale ne pouvait souvent pas être touchée, un bombardement opportuniste pouvait toujours porter un coup important à l'ennemi, transformant ainsi l'opération en un succès partiel et fournir un certain retour pour les coûts et les risques. La zone de la gare de Nimègue était considérée comme une cible d'opportunité, car les Alliés savaient que les Allemands l'utilisaient pour le transport d'armes. Il y avait des pressions sur les aviateurs pour qu'ils bombardent n'importe quoi si possible, car il était dangereux d'atterrir avec des bombes non utilisées.
Déroulement des événements
Mission sur Gotha annulée
À 9 h 20 le matin du 22 février, 177 bombardiers américains B-24 , escortés par des dizaines de chasseurs P-38, P-47 et P-51 , décollent de la base de la RAF de Bungay près du village de Flixton dans le Suffolk. Ils se dirigèrent vers la ville allemande de Gotha, où l'usine aéronautique Gothaer Waggonfabrik produisait des chasseurs Messerschmitt et d'autres appareils pour la Luftwaffe. Cela nécessitait un vol de quatre heures au-dessus du territoire allemand, ce qui en faisait une mission extrêmement dangereuse. Si Gotha ne pouvait pas être atteinte, Eschwege était la prochaine cible, et si même cela échouait, les pilotes devaient chercher eux-mêmes une « cible d'opportunité » sur le retour vers leurs bases.
En raison de la hauteur inhabituelle des nuages, les avions ont eu du mal à se mettre en formation et se sont rapidement perdus de vue. En conséquence, un nombre considérable de bombardiers interrompirent leur mission 15 minutes après le décollage et firent demi tour. Alors qu'ils étaient encore au-dessus de la mer du Nord, les Américains ont été pris pour cible par la chasse ennemie. Lorsque le groupe survola Nimègue à 12h14 , la sirène du raid aérien fût activée par le guet. Peu de temps après, vers 13 heures, alors que les bombardiers survolaient le territoire allemand, ils reçurent un message leur signalant que le raid était annulé en raison de formations nuageuses trop importantes au-dessus de la ville de Gotha pour un bombardement efficace. Les groupes furent donc rappelés. Comme la ville d’Eschwege était encore loin d'être atteinte, il était désormais recommandé de rechercher des cibles d'opportunité sur la route de retour.
Frappe aérienne
La tâche de faire virer des centaines d'avions tout en restant en formation était particulièrement difficile et conduisit au chaos en fragmentant la formation en plusieurs groupes qui cherchaient chacun à sa manière leur cap de retour. En cours de route, ils se mirent à la recherche de cibles d'opportunité et c’est ainsi que les villes néerlandaises de Nimègue, Arnhem, Deventer et Enschede furent sélectionnées et attaquées. Le groupe volant vers Nimègue était composé de douze B 24 du 446e Bomb Group, qui furent rejoints par 2 autres B 24 détachés du 453e BG . Les aviateurs ne savaient pas vraiment si Nimègue était une ville néerlandaise ou allemande !, si les villes occupées par les Allemands pouvaient ou non être bombardées et, si oui, de quelle manière ? Ils ont négligé de savoir exactement au-dessus de quelles villes ils étaient sur le point de frapper, en partie à cause d'une mauvaise communication.

Des B 24 du 446th Bomb Group dont il est question ici
Le guet avait envoyé un signal clair à 13h16. Pour des raisons encore floues, il n'a pas réussi à activer la sirène de raid aérien une deuxième fois. 14 des avions sont rentrés dans l'espace aérien de Nimègue, quelques minutes seulement après que l’alerte ait été donnée, ce qui a empêché les gens de se mettre rapidement à l'abri. Le responsable du guet déclara par la suite qu'il n'avait pas actionné la sirène une seconde fois jusqu'à ce qu'il entende des explosions venant du centre-ville. À 13 h 28, 144 bombes de 250 kilos ont été larguées. La véritable « cible de l'opportunité », le quartier de la gare, a été atteinte avec succès. Cependant, un nombre considérable de bombes est tombé sur le centre-ville dans des zones résidentielles, détruisant des maisons, des églises et d'autres cibles civiles faisant des centaines de victimes. Après coup, certaines sources officielles alliées ont affirmé que les pilotes pensaient qu'ils volaient toujours au-dessus de l'Allemagne et avaient identifié à tort Nimègue comme étant la ville allemande de Clèves (Clèves) ou encore Goch. Pourtant, certains pilotes eux-mêmes ont déclaré juste une heure après avoir atterri en Angleterre qu'ils avaient bombardé Nimègue, et un navigateur l'a même rapporté, encore en vol, quelques instants après le raid.
Les réactions ;
Dans les lieux publics, des affiches étaient placardées avec des textes tels que « Avec des amis comme ceux-là, qui a besoin d'ennemis ? Ou encore « Terreur anglo-américaine »


Les nazis rapportèrent que le gouvernement néerlandais en exil à Londres avait autorisé la frappe aérienne sur Nimègue et qu'il s'agissait donc d'un bombardement intentionnel. Ils ont tenté bien entendu d'exploiter ces bombardements à des fins de propagande. Les journaux sous contrôle allemand ont bien entendu accusé les Alliés et le gouvernement néerlandais en exil, l'un d'entre eux faisant remarquer que « les pirates du ciel anglo-américains ont une fois de plus exécuté les ordres de leurs dirigeants juifs capitalistes avec des résultats extraordinairement positifs !!». Il apparaît toutefois que la propagande fut inefficace car sept mois plus tard, les troupes terrestres américaines furent accueillies en héros par les habitants.
Le lendemain du raid, l'armée de l'air alliée lança une enquête. Tous les raids aériens prévus ce jour-là furent annulés (il faut préciser que la météo était mauvaise) et tous les pilotes et officiers d'information impliqués furent retenus sur la base et interrogés. L'ampleur du désastre n'était pas encore claire le 23 février, mais les photographies aériennes américaines prises lors de l'attaque que l’officier de liaison néerlandais à Londres Cornelis Moolenburgh a réussi à obtenir via la RAF ne laissaient aucun doute sur le fait que Nimègue (et notamment les cibles civiles en son centre) , Arnhem et Enschede ont bien été touchées. Moolenburgh en a informé l'ambassadeur des Pays Bas à Londres, Michiels van Verduynen, qui a ensuite convoqué l'ambassadeur américain Anthony Biddle, Jr. jusqu'alors ignorant des événements en présence de la reine Wilhelmina.
Biddle a rapidement informé le président américain Roosevelt. Le commandant de l’USAAF Henry H. Arnold n’apprécia pas beaucoup quand il découvrit que l'ambassade des Pays-Bas avait été informée plus tôt que lui, et refusa désormais à Moolenburgh l'accès aux documents de l'USAAF via la RAF (que Moolenburgh pouvait cependant toujours obtenir via l'officier des services secrets américains auprès du ministère de l’Air britannique, Kingman Douglass). L'USAAF a refusé d'envoyer des avions de reconnaissance pour prendre des photos évaluant les dégâts exacts dans les trois villes, après quoi la RAF a proposé et exécuté cette mission. Le Reine Wilhelmina a exigé et obtenu une déclaration écrite sur ce qui s'était passé, même si la dite déclaration n'était pas claire.
Le commandement américain a tiré relativement tard les leçons du tragique raid aérien qui avait frappé la population civile d'un allié. Ce n'est qu'à la mi-mai 1944 que l'ordre fut donné de rechercher des cibles d'opportunité distantes d’au moins 30 kilomètres de la frontière néerlandaise.
Les pertes en bombardiers si perte il y eu ne sont pas connues. Il se pourrait donc que les 14 B 24 "responsables" n'aient pas subi de dégâts.

Enquête d'après-guerre
Les responsables gouvernementaux alliés et néerlandais soutiennent depuis des décennies que le bombardement était une erreur totale et que les aviateurs ne savaient apparemment pas qu'ils avaient bombardé Nimègue. Cela a provoqué une grande frustration au sein de la population de Nimègue, aux prises avec des questions restées sans réponse. Concernant les véritables causes et motivations de l’attaque, de folles rumeurs autant que de théories fumeuses ont largement circulé. Même si elles étaient invraisemblables et se contredisaient, elle satisfaisaient un fort désir d’explication, n’importe quelle explication de ces tragiques événements.
L'historien amateur Alfons Brinkhuis, qui, à l'âge de 10 ans, avait vécu le même jour le bombardement d'Enschede, fut le premier à mener une enquête approfondie dans les archives et à interroger des dizaines de témoins oculaires. Durant l'été 1984, il publia ses conclusions dans « L'attaque fatale du 22 février 1944. Intention ou erreur ? La vérité sur les mystérieuses frappes aériennes américaines sur Nimègue, Arnhem, Enschede et Deventer ». Ce faisant, il a brisé un tabou et de nombreux faits ont été révélés au grand jour pour la première fois, même si certaines de ses recherches ont été rendues obsolètes par des découvertes ultérieures.
Voici les sept conclusions tirées de l’enquête après guerre:
1/ Des centaines de bombardiers n'ont pas pu se rassembler en raison des formations nuageuses élevées et ont dû annuler leur mission prématurément.
2/ Le regroupement du groupe d’attaque n’était pas terminé lorsque la chasse ennemie lança une contre-attaque inattendue au-dessus de la mer du Nord.
3/ Des problèmes de communication se sont produits en raison des mauvaises conditions météo, du brouilleur de radar américain Mandrel et surtout d’un blocage de la clé morse, empêchant la plupart des avions d'envoyer des messages vérifiables aux bases de départ.
4/ En raison de ce problème de communication, certaines unités ont reçu l’ordre de retourner plus tôt que d'autres et ont donc dû choisir des cibles d'opportunité bien en dehors des itinéraires prévus.
5/ A cause d’un vent latéral, les avions étaient déviés vers l'ouest sans qu’ils ne s’en rendent compte,(la couverture nuageuse les empêchant de distinguer quel pays était survolé).
6/ Les viseurs Norden ont été programmés sur Gotha comme cible ; il était trop tard pour les reprogrammer, ce qui rendait un bombardement de précision impossible.
7/ Les navigateurs volaient toujours en fonction de plusieurs paramètres dont l’heure. Ils n'étaient pas formés pour s'orienter en fonction du paysage. Les aviateurs perdaient ainsi leurs repères lorsque les missions ne se déroulaient pas selon le plan prévu.
***

sans commentaire..
Sources
Historia magazine 2ème guerre mondiale
https://www.tracesofwar.com/articles/26 ... d-1944.htm

Se Connecter










dans: