
L'opération Oyster fut un raid effectué par la RAF le 6 décembre 1942 sur les usines Philips à Eindhoven, aux Pays-Bas.
La société Philips était un important producteur d'équipements électroniques de toutes sortes, notamment des tubes électroniques pour les communications radio. Avant l’invasion des Pays-Bas en 1940, Philips était connue pour être une entreprise de recherche de premier plan dans le domaine de la technologie infrarouge et radar.
Pour assurer la précision du bombardement et minimiser les pertes parmi les civils néerlandais, le raid devait être entrepris de jour.
Eindhoven était hors de portée d’un escorte de chasse et les bombardiers de nuit quadrimoteurs qui constituaient l'essentiel du Bomber Command de la RAF étaient considérés comme bien trop vulnérables pour une telle attaque. Le groupe n°2 de la RAF qui comprenait les bombardiers moyens a été choisi effectuer cette mission. Afin d’améliorer leurs chances de succès, des diversions furent organisées pour tromper les défenses allemandes. Pratiquement tout le 2e groupe fut engagé dans le raid.
Le contexte
En avril 1942, l’ « Air Ministry » , en liaison avec le « War Office », décida d’une liste des cibles les plus importantes dans les pays occupés. 8 cibles à portée de la RAF ont été définies. L'usine de Philips à Eindhoven devint la cible prioritaire. Philips était un très gros employeur à Eindhoven, où la production était effectuée dans les énormes usines de Strijp et dans les plus petites usines d'Emmasingel, à 800 mètres au sud-est. Avant la guerre, Philips avait fait des progrès majeurs dans la conception et la production de tubes électroniques et comptait parmi les meilleurs spécialistes au monde. Une évaluation du ministère de l'Air estima que les usines d'Eindhoven produisaient un tiers des tubes radio utilisés dans les équipements militaires allemands. On craignait de ce fait que l'entreprise ne soit utilisée pour effectuer des recherches sur les contre-mesures électroniques et la technologie radar.
L'emplacement des usines Philips au milieu d'une ville néerlandaise empêchait le Bomber Command de lancer un raid à grande échelle de nuit, car cela entraînerait fatalement de nombreuses victimes civiles. Pour un bombardement précis, la cible devait donc être attaquée de jour. Situé à 113 km à l'intérieur des terres depuis la côte, Eindhoven était hors de portée des chasseurs d'escorte. L'utilisation de de Havilland Mosquito a également été envisagée, mais les usines de Philips étaient une cible trop importante pour la charge utile relativement modeste du Mosquito
Le Bomber Command décida alors d'engager les dix squadron du 2e groupe dans ce raid, mais cela impliquait l’utilisation de quatre types de bombardiers ‘moyens’ soient le Lockheed « Ventura » , le Douglas « Boston » , le North American B-25 « Mitchell » et le de Havilland « Mosquito », tous aux performances très différentes. Le feu vert pour l’opération fut finalement donné le 9 novembre 1942 sous le nom de code d'opération Oyster.
Ci dessous, une partie des usines Philips au coeur de la ville d'Eindhoven

La préparation
La composition et le plan initial ont été mis au point le 17 novembre 1942. L'entraînement commenca immédiatement. Le Wing Commander James Pelly-Fry du squadron 88 fut choisi pour mener l'attaque. Pilote expérimenté commandait le Squadron 88 depuis le début de l'année. Pelly devait piloter l'un des deux Boston de tête à basse altitude contre l'usine d'Emmasingel et serait donc le premier sur la cible. Il était prévu d’impliquer de 6 à 30 bombardiers, volant à moyenne altitude pour rencontrer leurs escortes de chasse en route. Pour frapper avec surprise, le raid devait se dérouler à très basse altitude du début à la fin de manière à éviter les radars et minimiser les risques de Flak tout en rendant plus difficile l'attaque de la chasse ennemie.
Aucun des équipages n'avait d'expérience dans ce genre de mission si près du sol. Les quatre types de bombardiers utilisés avaient des rayons d’action et des vitesses différentes. Pour submerger les défenses et limiter les pertes, il était prévu que tous les avions arriveraient au-dessus de la cible, largueraient leurs bombes et feraient demi tour en dix minutes. Cela nécessiterait une planification minutieuse; les Ventura étaient plus lents que les Bostons et Mitchell alors que les Mosquito étaient de loin les plus rapides.
Le plan était basé sur les contraintes de vol/performances des Ventura, qui atteindraient leur limite d’autonomie à Eindhoven. Les avions devaient voler par paires, en formation échelonnée. Jusqu'à six avions pouvaient être regroupés, mais pas plus car le vol en formation était délicat et rendait difficile tout type de manœuvre. Le gros problème était de faire arriver un tel groupe d'avions à des moments précis. Le vol de groupe en grande formation devenait très délicat au niveau de la cime des arbres. La formation était composée de 48 Ventura des Squadron 21, 464 (australien) et du 487 (néo-zélandais), de 36 Bostons des Squadron 88, 107, et 226, et de dix Mosquitos des Squadron 105 et 139.
Base RAF de Marham, Norfolk : Briefing final
Bien que différentes plages de vitesse aient été attribuées aux avions en fonction du type, tous les avions devaient atteindre, attaquer et quitter la cible à leur vitesse maximale. 12 Boston, 10 Mosquito et 31 Ventura devaient frapper la cible principale des usines de Strijp alors que 24 Boston et 17 Ventura devaient attaquer l'usine d'Emmasingel à un 800 m au sud-est du complexe principal.
Les Boston et Mosquito transporteraient quatre bombes explosives de 500 lb (227 kg), avec retardateur avant d'exploser. Une fois le largage effectué, les avions devaient faire demi-tour à pleine vitesse. Il fut décidé après le troisième essai qu'un Boston de chaque Squadron volerait à basse altitude jusqu'à la cible pour attirer l'attention de la Flak vers le bas et loin de la force principale qui grimperait jusqu'à 450 m derrière eux. Les Ventura qui suivaient transportant chacun quarante bombes incendiaires de 14 kg et deux bombes explosives de 113 kg. Les incendiaires étaient au phosphore, qui collerait à tout ce qu'elles touchaient, Les deux bombes explosives de 113 kg des Venturas étaient équipées de dispositif retardateur pendant 30 ou 60 minutes afin de gêner ou blesser les pompiers et les secouristes.
Les Mosquito suivraient les Boston sur la même route, tandis que les Ventura voleraient légèrement cap au sud avant de bifurquer vers Eindhoven. Les trois groupes devaient arriver au-dessus de la
cible en succession rapprochée. L'attaque devait être terminée en 10 minutes.
Les Spitfire du groupe 2 devaient escorter les bombardiers depuis la côte et jusqu'à 8 km dans les terres. Afin de protéger les bombardiers, des raids de diversion effectués par l'USAAF, avec une formation de Consolidated B-24 Liberator furent envoyés sur le terrain d'Abbeville, et une plus grande formation de Boeing B-17 envoyée sur Lille, escortés par des Spitfire. Huit chasseurs P-51 Mustang devaient procéder à une attaque au sol. Dans la soirée du 2 décembre, les équipages ont été informés du raid, Dès lors, silence absolu !
Le lendemain matin, 3 décembre, le bureau météorologique de la RAF signala que les conditions météo étaient mauvaises. Finalement, le dimanche 6 décembre, le temps au-dessus d'Eindhoven fut enfin jugé favorable.
A suivre

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