Photo : Heimdal
A l’été 1942, la situation des Alliés sur tous les fronts est précaire. En URSS les Allemands font des avancées spectaculaires et marchent sur Stalingrad ; en Afrique, les Britanniques sont en plein repli ; en Asie, le Japon grignote un à un les territoires du Commonwealth ; dans l’Atlantique, les meutes de sous-marins de Dönitz font des ravages parmi les convois d’approvisionnement vers l’Angleterre.
Staline fait pression sur les Alliés pour l’ouverture d’un second front à l’ouest afin de soulager l’armée rouge.
Le 4 avril 42, lord Mountbatten, chef des opérations combinées demande à ses équipes d’élaborer un plan d’attaque sur Dieppe. Ce ne sera pas un débarquement mais une reconnaissance en profondeur avec des objectifs limités :
- Destruction des batteries d’artillerie situées de part et d’autre de Dieppe à Varengeville et Berneval. Ces batteries ne sont pas sous blockhaus mais sur plate-forme à l’air libre.
- Capture de l’aérodrome de St Aubin situé au sud de la ville
- Capture du QG de la 302e DI allemande supposé se trouver dans les environs
- Destruction d’une station radar Freya après en avoir dérobé les éléments électroniques
- Sabotage des installations portuaires et faire un maximum de dégâts sur les réseaux de transport, de communications et d’énergie
L’opération est baptisée Rutter et sera lancée le 04 juillet. Les paras se chargeront des batteries d’artillerie sur les flancs et c’est la 2ème DI canadienne du Major général Roberts ainsi que les chars du 14ème bataillon (Calgary) qui seront chargés de l’assaut principal.
Les troupes sont rassemblées et embarquées mais le mauvais temps retarde le déclenchement de Rutter. Le 7 juillet l’aviation allemande repère la concentration de navires et bombarde ces derniers. L’effet de surprise n’étant plus Rutter est reportée puis abandonnée. Mais sous la pression de Mountbatten, l’opération est reprogrammée pour le 19 aout et s’appellera Jubilee.
Les plans sont les mêmes. Seules différences, les commandos remplacent les paras pour la neutralisation des batteries d’artillerie et le bombardement naval préliminaire sur les plages blanche et rouge est supprimé !
JUBILEE : d’ouest en est, 8 plages codées par des couleurs :
Orange 1 et 2 : A Vastérival et Quiberville ; 4 commando (Lovat). Opération Cauldron, destruction de la batterie Hess (6 x 155mm). 255 hommes.
Verte : Pourville : objectif station radar, ferme des 4 vents, promontoire ouest de la plage centrale de Dieppe.
Blanche et rouge : plage centrale de Dieppe. Infiltration en ville, destruction des installations portuaires, jonction avec les troupes débarquées sur les plages verte et bleue.
Bleue : à Puys. Destruction des batteries Rommel et Bismark, prise du promontoire est de Dieppe.
Jaune 1 et 2 : à Berneval. 3 commando. Destruction de la batterie Goebbels ( 3 x 170 mm + 4 x 105mm). Opération flodden.
Photo : Osprey
Déroulement de l’assaut :
A 3h47 le 19 la flotte chargée de débarquer le 3 commando sur les plages jaunes rencontre un convoi allemand. Le combat s’engage entre les 2 flottes. L’effet de surprise de Jubilee vient de disparaître. Les commandos débarquent quand même sur les 2 plages mais sans matériel de destruction. Ils s’approchent difficilement de leur objectif et harcèlent les artilleurs avec leurs armes légères mais sans succès. Devant la défense acharnée des Allemands, les commandos se retirent poursuivis par ces derniers. La batterie continue d’harceler la flotte ancrée au large de Dieppe.
Sur les plages orange, tout va mieux. Ce sera le seul succès de Jubilee. Lord Lovat et ses hommes remplissent à 100% leur mission et la batterie « Hess » est détruite ; destruction amplement facilitée par la chute un obus de mortier dans une réserve de munitions au centre de la batterie engendrant une monumentale explosion qui réduira la batterie au silence. Le 4 commando perd 15 hommes contre 52 Allemands tués.
Sur la plage bleue au pied d’une valleuse barrée par un mur de 3.5 m de haut et garnie de chaque côté de blockhaus équipés de MG, c’est l’hécatombe. Sur les 554 hommes débarqués aucun ne pourra franchir le barrage et ils se feront massacrer au pied de ce mur. Là non plus l’objectif n’est pas atteint.
Sur la plage verte, de nombreux objectifs sont assignés aux South Saskatchewan regiment et aux Camerons Highlanders : destruction de la station radar, prise du promontoire ouest de la plage blanche, aérodrome de St Aubin, prise du QG divisionnaire à Arques la bataille (alors qu’il est en fait à Envermeu), etc…
Finalement à part la prise de quelques positions ennemies sur les hauteurs, aucun des objectifs fixés n’est atteint. Les missions des hommes débarqués sur la plage verte furent pénalisées par le fait qu’ils furent débarqués du mauvais côté de la rivière Scie qui coupe la plage en 2, les obligeant à traverser un pont pris sous le feu ennemi et où périront beaucoup d’hommes.
Sur les plages blanche et rouge : les débarquements sur les plages verte et bleue devaient permettre à une partie des troupes débarquées de se rabattre vers Dieppe afin de prendre les 2 promontoires lourdement armés qui surplombent la plage principale. On a vu que ces 2 missions avaient échoué. Les défenses sont donc intactes. En plus chaque immeuble du front de mer après l’esplanade a été transformé en poste de tir, idem pour le casino directement sur la plage.
Lorsque les premières troupes débarquent elles sont décimées par le feu ennemi. Les LCT approchent en subissant de lourdes pertes et parviennent à débarquer 28 chars sur la plage. On sait ce qu’il advint de la majorité des Churchill sur les galets de la plage. Certains arrivèrent à en sortir pour tomber plus loin sur des obstacles antichars qui auraient dû être détruits par le génie mais qui ne l’étaient pas suite au chaos régnant sur la plage. Ils devinrent alors la cible des artilleurs allemands tout en soutenant de leur mieux les quelques hommes qui avaient réussi à traverser la plage.
Seul succès pour l’infanterie, livrée à elle-même, la prise du casino sur la plage blanche qui servira de lieu de repli aux troupes tentant des percées vers le centre-ville mais vite refoulées par les défenseurs.
De son côté le Gal Roberts sans liaison radio fiable depuis son QG sur le croiseur HMS Calpe, reçoit des rapports de situation confus voire faux. Dans le doute il envoie les FMR de réserve à l’assaut. Ces derniers sont à leur tour décimés.
A 9h15, Roberts reçoit enfin un rapport lui expliquant la dramatique impasse dans laquelle se trouvent les troupes sur les plages blanche et rouge. La bataille est perdue. Il ne reste plus qu’à tenter de rembarquer les survivants.
Sur les 6000 h débarqués seuls 2100 retourneront en Angleterre. Les pertes canadiennes s’élèvent à 3367 tués, blessés ou prisonniers.
Détails des pertes : engagés/pertes/pourcentage
Royal navy : 3875/550/14.5%
RAF : 1179/153/13%
Canadiens : 4963/3367/68%
Britanniques : 1075/247/22.9%
Américains : 50/13/26%
Total 835 morts
Les Allemands reconnaissent le total d’environ 600 pertes.
La RAF qui espérait « corriger » la LW déplore 120 avions détruits contre 48 avions allemands.
Avec le recul les historiens s’accordent pour dire que Jubilee avait été mal pensée et mal exécutée.
- Les défenses allemandes avaient été largement sous-estimées.
- Les bombardements navals et aériens trop légers et inefficaces.
- Ayant confondu une relève d’effectif avec un renfort, les Canadiens ont affronté 4000 h alors qu’ils s’attendaient à se frotter à 1400 h soi-disant de moindre « qualité ».
- Les reconnaissances aériennes avaient été faites à trop haute altitude et leur traduction sur les cartes manquait de précision. Il y avait beaucoup de points d’interrogation sur les cartes. Les courbes de niveau n’apparaissent
pas ! Quand on connaît le relief de Dieppe et ses environs avec les falaises et les valleuses, cela parait insensé.
- Aucune communication fiable que ce soit sur le terrain ou avec le QG en mer.
Alors première question : Mountbatten est-il l'homme de la situation?
Pour en savoir plus ou tout savoir sur ce raid :
Le raid de Dieppe chez Heimdal : complet. Riche iconographie et d’innombrables témoignages des acteurs du raid. 396 pages
Le débarquement de Dieppe chez Osprey : plus « light ». Des cartes des différents assauts en 3D bien faites. 95 pages seulement mais une première approche intéressante. On peut commencer par ce livre et finir sur le précédent…
NdA : Les 2 illustrations de cette présentation viennent de ces 2 livres
Ci-dessous le calendrier des commémorations :
https://www.dieppe-operationjubilee-19a ... aire-2022/

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