Dog Red a écrit:KERSHAW (faut-il encore présenter sa biographie du dictateur ?) apporte plusieurs détails intéressants (Tome 2 - Chapitre "La barbarie autorisée").
Georg ELSER était un ouvrier solitaire, tranquille et réservé (mais industrieux et méticuleux) ayant agi sans l'aide de personne (le biographe fait le parallèle avec la classe des généraux comploteurs paralysés dans l'inaction).
Peu cultivé, il ne s'intéressait pas à la politique et ne lisait pas... ...ratant du coup l'information relative au remplacement d'HITLER par HESS au traditionnel discours de la Bürgerbräukeller ! HITLER est effectivement plongé dans les préparatifs de l'attaque à l'Ouest qu'il veut imminente...
De gauche, voire communiste, c'est la dégradation du niveau de vie et de la classe ouvrière et des libertés individuelles sous le nazisme qui le pousse à agir. Vient s'y ajouter la peur de la guerre que le menuisier de 36 ans juge inévitable après les accords de Munich. HITLER n'est pas sa seule cible : GÖRING et GOEBBELS doivent périr en même temps que leur maître. Le rassemblement annuel des sommités du parti lui semblent la bonne occasion. Dans un contexte où il semble estimer que la sécurité n'est pas une difficulté insurmontable... comme son geste va le prouver.
Ce n'est finalement que le 7 novembre qu'HITLER se ravise et décide de prononcer son discours annuel le lendemain. Mais, occupé par l'attaque à l'Ouest, il commencera celui-ci plus tôt (finalement 20h10 au lieu de 20h30) et sera court (à 21h07 le discours est terminé et HITLER et "sa cour" quittent les lieux, départ pour Berlin, par train, à 21h31. En effet, le lendemain 9 novembre, il doit décider de l'attaque à l'Ouest).
Le dictateur apprend la nouvelle de l'attentat que lorsque son trajet vers Berlin est interrompu à Nuremberg.
Il n'y croit pas et pense dans un premier temps à une mystification selon le journal de GOEBBELS.
Devant la réalité, la version officielle s'établit rapidement à une tentative d'assassinat orchestrée par les services secrets anglais.
D'où, le soir-même, l'affaire de Venlo, où Schellenberg, qui est en contact avec deux agents de l'Intelligence Service travaillant depuis la Hollande - en coopération avec un cadre des services hollandais - voit arriver Naujocks, un des hommes de main de Heydrich, envoyé par celui-ci avec l'ordre d'enlever les deux agents anglais, qui seront accusés d'avoir inspiré cet attentat contre le Führer.
Ce n'est pas ce qui était prévu. Schellenberg s'était fait connaître comme représentant d'un groupe d'opposants à Hitler, et le but était d'intoxiquer les Anglais sur le plan militaire, avant l'attaque à l'ouest. Les deux agents sont donc attirés pour un rendez-vous sur la frontière avec "un émissaire allemand de ce groupe de personnalités", à Venlo, donc, et enlevés malgré une fusillade avec les garde-frontière hollandais.
Il semble que Hitler ait sacrifié cette filière d'intoxication pour susciter l'indignation du peuple allemand contre les procédés anglais : l'assassinat du Führer ! De le motiver davantage, en quelque sorte. (Ce qui signifie qu'il s'estimait assez fort pour se passer d'une occasion de faire passer des faux renseignements militaires.) Wiki indique également d'autres motifs, entre autre la volonté de dissuader tout Allemand qui aurait souhaité prendre contact avec les Anglais.
Les services alliés sont restés perplexes sur cette décision d'Hitler (tout de même : se priver d'un moyen d'intoxication, à la veille d'une offensive déterminante ?) et plus encore sur le timing : l'opération a lieu le soir même de l'attentat de la Brasserie, tout était prêt. (Certains se demanderont si Elser n'était pas suivi de très près.)
Les deux agents anglais passèrent le reste de la guerre dans une annexe d'un camp de concentration (pour "Prominente", donc considérés comme importants) mais survécurent.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Venlo