brehon a écrit:Bonjour,
Halhin Gol a écrit:Après avoir participé aux échanges sur le Haltbefehl, j'en suis arrivé pour ma part à considérer que c'est la maintenance notamment des panzers qui explique l'ordre d'arrêt.
Alors qu'il ne restait que peu de distance à parcourir pour couper la retraite au BEF?
Certes, mais cette "
faible distance à parcourir" risquait d'avoir de lourdes conséquences mécaniques, beaucoup plus compliquées sur l'ensemble du matériel roulant (véhicules légers, camions, blindés).
Il y a, par exemple, une situation particulière qu'il convient de ne pas écarter; les formations blindées et motorisées allemandes n'intégraient qu'une compagnie d'entretien, mais rien n'avait été prévu pour intégrer une structure spécialisée "renforcée" au sein des corps d'armées et même du groupe d'armée (exemple, le
Gruppe Kleist).
Les compagnies d'entretien "régimentaires et divisionnaires" étaient généralement "
démerdardes", mais il manquait une "interface" spécialisée, à la fois pour jouer les intermédiaires directs avec les services de
l'Oberquartiermeister, la plus haute autorité de l'Intendance, en charge de l'approvisionnement et de la fourniture des pièces de rechange, et procéder aux expertises des véhicules endommagés sur le terrain.
D'une certaine manière, la
Heer était partie "la fleur au fusil" en septembre 1939, lors de "
Fall Weiß", la campagne de Pologne. Elle y avait certes acquis un "retour d'expérience", mais il s'était avéré insuffisant durant "
Fall Gelb", en mai 1940. Déjà entre septembre et mai 1940, le nombre de
Panzer-Divisionen avait doublé, ensuite la première phase du
Westfeldzug avait été tout, sauf une "promenade de santé" pour le matériel roulant!
Quelques jours avant le
Haltbefehl,
l'Oberquartiermeister, comme le prouvent les documents existants, avait constitué dans l'urgence, des "commissions techniques", chargées de gérer, superviser et traiter l'état général des "matériels roulants" sur le terrain.
Effectivement, les "divisionnaires" avaient alors souvent eu tendance à minimiser les problèmes techniques rencontrés par leurs parcs de matériels, mais l'état-major de Rundstedt, lui, avait, d'une part, par le biais des rapports qui lui parvenaient, une bonne connaissance du cumul (inquiétant) des "problèmes techniques", d'autre part, était conscient des multiples "alertes" que, depuis le mois d'avril, les services de l'Intendance ne cessaient de lui faire parvenir! Ces documents "d'alerte", à la louche, une bonne demi-douzaine, ne figurent que dans les archives du
Heeresgruppe, commandé par Rundstedt.
On arrive au matin du 24 mai 1940 - la date est à vérifier, car je l'a cite de mémoire -, où Dodolf, après avoir embarqué, dans la nuit, à Berlin, dans une "
Tante Ju", débarque dans les environs de Charleville-Mézières , où Runstedt avait installé son QG. Il convient de ne pas oublier que l'
OKH et Halder étaient, tous, "vent debout", suite à la décision de Runstedt, enregistrée formellement, dans les heures précédentes, aux alentours de 23H00, le 23, de suspendre la progression!
Le moins qu'on puisse dire est que plus que probablement le "
Führer" avait dû débarquer sur le "tarmac" ardennais, très largement influencé par les avis de l'
OKH. Or il s'était écoulé en gros une "heure", entre son arrivée au QG de Rundstedt, les salamalecs de rigueur et la tasse de café de bienvenue, avant qu'un télex ou un télégramme, émis à +/- 11H30, informe l'
OKH, que le
Führer, en personne, entérinait la décision de Rundstedt!
A dire vrai, ce n'était pas trop dans ses habitudes d'accepter une telle situation d'arrêt. L'hypothèse de Francois Delpla, qui veut y voir une volonté de "ménager" et offrir ainsi une porte de sortie aux Britanniques et leur BEF, n'est pas pour autant à écarter, mais, vu la rapidité de sa décision, il est plus que probable qu'elle avait été, en priorité, motivée par le compte-rendu établi par l'état-major de Rundstedt sur la situation matérielle existante au sein des formations blindées et motorisées!
De surcroit, il y avait un autre problème! En "galopant" vers l'Ouest, les formations motorisées avaient distancé leur indispensable appui, que constituaient les divisions d'infanterie pédestres, tandis que le flanc gauche de la progression allemande distendue était, lui-même, exposé à une possible contre attaque française! Durant les "36 heures", qui avaient suivi le
Haltbefehl, la circulation routière avait été exclusivement réservée à la "montée en ligne" des approvisionnements, tandis que les divisions d'infanterie faisaient, elles, force de marche pour faire jonction avec les unités motorisées de "pointe".
Sans être grand devin, le regroupement "contraint" des forces alliées sur Dunkerque avait constitué un très sérieux "
schwer Punkt", qui "regroupait" +/- 400 000 hommes, qui, même, pour une part débandés, représentaient néanmoins l'équivalent de "26 divisions", avec le matériel inhérent.
Le déclenchement de l'Opération Dynamo, le 26 mai, dont la mission première était "d'évacuer les troupes britanniques", avait aussi cassé le moral des unités françaises, désormais conviées à devoir protéger le rembarquement des britanniques!

. Le transbordement des "pinpins" français, qui n'avait débuté que très tardivement, s'était résumé pour l'essentiel, à une très brève escale "britannique", avant d'être débarqués, aussi sec, dans nos ports bretons ou normands!
Le vieux film "
Week-end à Zuydcoote", même s'il s'agit d'un roman de Robert Merle, adapté cinématographiquement - en couleurs et Cinémascope!

- par Henri Verneuil, avec Belmondo en acteur principal, sorti sur nos écrans français en 1964, résume fort bien la situation très compliquée que pouvaient vivre alors les combattants français, coincés dans la "Poche de Dunkerque", sans espoir d'être "secourus", tandis qu'ils voyaient les Brits être évacués!