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Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Dans un soucis de clarté, on regroupe dans ce sous forum, tous les sujets se rapportant aux fortifications allemandes de la façade ouest de l'Europe
ANIMATEUR: Patrick Fleuridas, Jumbo

Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de F1-156  Nouveau message 30 Jan 2026, 14:54

Bonjour à tous,

Je reviens vers vous car je cherche à vérifier une information concernant le matériel de détection utilisé par les allemands sur la pointe du Grouin à Cancale.
En regardant plusieurs sources, françaises ou étrangères, il y a quelques variantes, je m'explique :
Dans Histomag n° 75 sur le mur de l'atlantique en Bretagne, page 53, l'auteur de l'article indique que le seul radar était un seetakt FuMO 2.
Dans un autre bouquin le plan du site indique " plate-forme pour radar" au singulier.

Sur une source anglaise il y a une carte qui aurait été crée à partir d'un survol du site par la RAF indiquant 2"target" : 1 "coast-watcher" qui pourrait être le FuMO 2 et un autre en arrière "wuerzburg". Document ci-dessous.
Image

Une photo prise d'un avion confirme ces 2 objectifs.

Sur d'autre sources pour le site de la pointe du Grouin il est indiqué :
1 FuMO 214 Würzburg- Riese
1 Fumo 2 "Calais B" Seetakt

Est ce que parmi les spécialistes du sujet, vous auriez des éléments pour confirmer ou pas les renseignements (cartes, photos ou autres) que j'ai trouvé.

Merci par avance pour votre éclairage sur le sujet.
A très bientôt avec un diorama en préparation.

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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de coyote  Nouveau message 30 Jan 2026, 15:22

Bonjour

Le site ci dessous précise pour la pointe du Grouin:

Type de station: FuMG
Type de radar Würzburg-Gerät
Et le régiment subordonné à la station: Flughafenbereich 8/XII situé à Laval

https://www.absa3945.com/stations%20rad ... tagne.html
Si vous avez les yeux plus gros que le ventre, vous n’êtes pas près de trouver une paire de lunettes !

Bernard

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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 30 Jan 2026, 16:43

Le domaine des performance et des capacités de localisation des stations radars allemandes est compliqué à souhait. Je m'étais efforcé, dans le cadre d'un article publié en 2019, d"essayer d'y voir +/- clair...

Les premières avancées scientifiques se rapportant à la détection d’objets grâce à l’emploi d’ondes électromagnétiques, de type radio, datent de la naissance du XXème siècle (Tesla, Hülsmeyer). Mais leur expérimentation pratique ne débutera qu’après le Premier Conflit Mondial et leur utilisation dans un cadre militaire, durant la décennie 1930. Le développement du radar - abréviation de « radio detection and ranging » - progressera en ordre dispersé, les futurs belligérants protégeant jalousement les résultats de leurs travaux.

1. Premiers pas

Le premier radar allemand de veille aérienne, A 1 « Freya », est installé fin 1938, le second, en mars 1939, alors que la Wehrmacht, entre en Tchécoslovaquie. Le 1er septembre 1939, à l’ouverture des hostilités avec la Pologne, huit exemplaires sont installés sur des îlots en Mer du Nord. Les Freya, utilisés pour la détection à longue distance, n’indiquaient que l’azimut et la distance, mais non l’altitude.

Aucun radar de poursuite de cible à usage antiaérien – Flakziel-Funkmeßgerät – ne sera mis en service avant le second semestre 1940. Les premiers exemplaires du A2-Gerät FumG (Flak) 38 L « Kurfürst » - FuMG, abréviation de Funkmeßgerät -, sont constitués de deux paraboles superposées, l’une émettrice, l’autre réceptrice, de 2,40 m de diamètre, disposées sur un mât de 6,50 m de haut, à rotation manuelle. L’ensemble est installé sur l’embase cruciforme d’un 8,8 cm Flak ; sa puissance est d’un Kilowatt, avec une longueur d’onde de 62,4 cm (480 Mégahertz), sa portée efficace, de 8 à 12 km, avec une erreur moyenne de +/- 100 m et une précision en azimut et en site de +/- 2 à 3°.

Schématiquement, en début de conflit, une position antiaérienne lourde de la Luftwaffe regroupait :
• Un poste de surveillance acoustique, Ringtrichter-Richtungshörer (RHH) - littéralement, pavillon circulaire d’écoute directionnelle -, pour localiser, entre 5 et 12 km de distance et une altitude maximale de 5700 m, la provenance des appareils ennemis, leur gisement étant obtenu par triangulation entre deux récepteurs. Parc en service : 2000 (06.1940), 5559 (09.1944).
• Une batterie de projecteurs (Ø 60 cm, 150 et, ultérieurement, 200 cm).
Parc en service :
o septembre 1939 : 2052 projecteurs de 60 cm, 1692 de 150 cm (portée : 12 000 m-15 000 m)
o août 1944, 7311 projecteurs de 150 cm, 2262 de 200 cm (portée : 15 000 m-20 000).
• Un télémètre, Entfernungsmesser (abrégé, Em). La Luftwaffe utilisait majoritairement le modèle stéréoscopique de 4 m d’envergure, l[i]’Em 4m R(H)[/i]. Sur certaines positions antiaériennes, telles que les monumentales tours de Flak (Flaktürme), dont la construction, à Berlin, Hambourg et Vienne, s’était échelonnée entre octobre 1940 et avril 1942, durant laquelle avaient été également installés des appareils optiques de 6 m & 10 m, conçus à l’origine pour la télémétrie navale.
• Couplé au télémètre, un calculateur central de suivi de cible, type Kommandogerät 36 (Kdo.Ger. 36) ou, à dater de 1940, sa version presque entièrement automatique, Kdo.Ger. 40. Alimentation : un groupe électrogène 50 V CC, 1,5 KW. Les batteries de 8.8 cm Flak 41 seront, elles, équipées d’une version spécifique, désignée Kommandogerät 41, variante du Kdo.Ger. 40.
• Un réseau électrique de télé-transmission, en 110 V, qui, en sortie du calculateur, aboutit à un boîtier répartiteur, distribuant les informations aux pièces antiaériennes.
• Une batterie de 4 pièces de Flak (8,8 cm, 10,5 cm, puis, 12,8 cm, à dater de 1941), espacées de 50 à 60 m et équipées de récepteurs de transmissions de données de tir asservis, Folgezeigerübertragungsgeräte 30 ou 37. Le modèle 30, à afficheurs lumineux, est installé sur les pièces de 8,8 cm Flak 18, Flak 36 & 10,5 cm Flak 38 ; la version 37, à cadrans, elle, est montée sur les 8,8 cm Flak 37, 10,5 cm Flak 39, 12,8 cm Flak 40 et sa variante 41, sur les 8,8 cm Flak 41.
Les pièces de Flak légères (2 cm) & moyennes (3,7 cm), qui, en principe, ne sont engagées que contre les appareils évoluant dans la tranche d’altitude qui culmine à 1000-1500 m (1), assurent uniquement la protection des sites sensibles (abords de batteries, bases aériennes, carrefours, installations portuaires, ponts, etc.). Le guidage de ces batteries s’effectue à vue, selon la distance, à l’aide des dispositifs de pointage des pièces (Flakvisiere), et en phonie, via les coordonnées annoncées par les servants de télémètres portables à convergence de 1 m d’envergure (Em.1m R).
Dans ce type de configuration, les tous premiers radars de conduite de tir, en raison de leurs faible portée (8 à 12 km) et de leur précision insuffisante, sont, essentiellement, utilisés, de nuit, pour le pointage des projecteurs, ou par mauvaise visibilité, pour affiner les relèvements acoustiques des RHH.
(1) Le plafond pratique d’emploi de la Flak légère augmentera de manière conséquente, avec l’arrivée de pièces plus performantes. Le 2 cm Flakvierling 38 gagnera, ainsi, plusieurs centaines de mètres d’efficacité supplémentaire, grâce au volume de feu générée par la cadence de tir élevée de ses 4 tubes, 700-800 coups/mn. A partir de 1943, après la mise en service du 3,7 cm Flak 43, puis de sa version jumelée, Zwilling 43 – 390 pièces en service, en 1945 - et, dans une certaine mesure, en dépit d’une mise au point compliquée, du 3 cm Flakvierling 103/38, l’altitude pratique des pièces de 3,7 cm Flak passera de 2000 à 4800 m !

Le second semestre 1940 avait été marqué par la mise en service du radar Würzburg FuMG (Flak) 39 TA – renommé, ultérieurement FuMG 62 A –. Installé sur une remorque à deux essieux, munie de quatre stabilisateurs, le Würzburg A, avec son antenne parabolique de 3 m de diamètre, fonctionne sur une longueur d’onde variant entre 53 & 54,2 cm (566-553 MHz), offre une portée de 29 km, une précision d’une centaine de mètres et une erreur en direction et en site de l’ordre de 2 degrés. Le pupitre-opérateur est solidaire de l’antenne, dont la rotation sur 360° et l’élévation jusqu’à 90° sont effectuées manuellement. La mise en œuvre du Würzburg exige une demi-douzaine de servants (identifiés B1 à B6, selon leurs postes). Les opérateurs suivent la cible, en s’efforçant de conserver le signal le plus élevé sur un jeu de trois oscilloscopes (site, direction, distance), et transmettent les résultats obtenus par radio. La puissance du signal « retour » variant pour un ensemble de facteurs (météo, parasites, suivis manuels imprécis, etc.), la précision du radar est insuffisante pour que ses informations soient exploitables directement par le calculateur central de tir ; elle est, par contre, assez bonne pour amener le faisceau d’un projecteur au plus près de la cible.
Entre 1940 et 1942, Telefunken décline 4 modèles successifs du Würzburg (A à D), qui bénéficient d’une amélioration constante de leurs performances. Le Würzburg C, mis en service, en 1941, inaugure, en lieu et place de dipôles fixes, un dipôle rotatif, ou « à doublet tournant » à la vitesse de 25 Hz (25 tours/seconde). La déviation régulière du faisceau génère deux lobes d’ondes distincts, qui améliorent la précision du pointage. Lorsque l’opérateur obtient deux signaux identiques, la cible est, alors, centrée à leur intersection. Le Würzburg D, ultime version, qui restera en service jusqu’à la fin du conflit, affiche, désormais, une portée de 40 à 60 km (selon l’altitude et le type d’avion), une précision en distance de 25 à 45 m, avec un quatrième oscilloscope affecté à cette unique mesure. En azimut, cette précision est de +/-0,45° et +/- 0,62° en altitude. Pas moins de 4000 radars Würzburg, tous modèles confondus, seront mis en service.

2. Progrès & évolutions
Au cours des mois qui avaient suivi la mise en service des Würzburg, Telefunken avait livré deux nouveaux modèles de radars de conduite de tir.
• Courant 1941, le système Mainz (FuMG 63). C’est un modèle de transition du Würzburg, qui présente la particularité d’être manœuvré à partir d’une cabine de réception, sur le toit de laquelle est installée l’antenne parabolique orientable de 3 m de diamètre. Ses performances sont comparables, voire légèrement supérieures – notamment sa précision en azimut (0,1°) -, à celles des modèles Würzburg, alors, en service, mais l’appareil souffrant, par ailleurs, de quelques faiblesses, sa production se limitera à une cinquantaine d’exemplaires.

• Homologué en juillet 1942 et mis en service à la fin de la même année, le Mannheim (FuMG 64) marque une nouvelle étape dans la conception des radars allemands. Le circuit électronique de traitement des signaux s’est complexifié, sa fabrication exige, désormais, plus de 150 tubes électroniques, soit trois fois plus que la génération des Würzburg. La parabole de 3 m de diamètre a laissé la place à une ossature circulaire en treillis, garnie d’un fin maillage métallique. Le Mannheim, d’une portée, 25-35 km, avec une précision de +/- 10 à 15 m, +/- 0,15° en azimut & en site, sera décliné en deux versions. Sur le premier modèle (A), l’antenne est installée à l’avant du toit de la cabine des opérateurs (Führerstand), familièrement nommée l’Aquarium, l’ensemble pivotant électriquement sur son piédestal. A l’intérieur de la cabine, une table traçante lumineuse remplace la traditionnelle batterie d’écrans d’oscilloscopes. La projection du signal, sur une carte transparente du secteur balayé par le radar, permet d’obtenir le gisement, la distance et la route suivie par la cible. L’altitude est traitée en parallèle par un appareillage distinct. L'opérateur peut verrouiller le signal et procéder à un suivi automatique de la cible. Sur le Mannheim modèle B, mis en service, en 1944, l’Aquarium a disparu ; les mesures sont désormais transmises directement à distance au calculateur central (Kommandogerät) et/ou aux récepteurs de données Folgezeigerübertragungsgeräte 37, installés sur les pièces de Flak.

Au printemps 1942, la Luftwaffe constitue ses premières grandes batteries (Großbatterien), regroupant, chacune, trois unités de quatre pièces lourdes. La transmission simultanée des coordonnées de tir à 12 pièces, déployées sur 3 sites différents, n’est pas une mince affaire, mais la difficulté est contournée grâce à l’association d’un radar Würzburg et d’un unique calculateur « pilote » (Kommandogerät), placés au centre du dispositif – les deux autres appareils étant mis en réserve, en cas de défaillance -. Le radar fournit les informations de tirs au calculateur central, qui les convertit en données électriques transmises aux batteries, via le circuit Folgezeigerübertragungsgeräte.
(2) La Luftwaffe créera, également, à dater de 1943, des Großbatterien, fortes de 18 ou 24 pièces. Une concentration de 36 pièces (Mammutbatterie), sera, un moment, envisagée, mais elle se révélera trop lourde à gérer, en conditions de combat.

Projecteurs
60-150-200 cm
1939 560 657 188
1942 752 967 285
1943 1460 2132 455
1944 1612 2655 470

Les antennes géantes (Riese)
Afin d’augmenter la portée et améliorer la précision de ses radars, notamment, pour le guidage de la chasse de nuit, Telefunken développe la gamme « Riese » (géant). Le Würzburg Riese (FuMG 65), mis en service en 1941, est construit « autour » d’une monumentale antenne parabolique de 7,50 m de diamètre, fabriquée par la firme Zeppelin, dérivée du modèle « Skeleton » qui équipe, déjà, le Mannheim. Moyennant un émetteur plus puissant et une fréquence de répétition divisée par deux - 1875 Hz par seconde, contre 3750 Hz - la portée du Riese est, dès lors, quasiment doublée ; un appareil isolé peut être repéré à 40-50 km, une formation de bombardiers à plus de 80 km. Revers de la médaille, l’étroitesse du faisceau émis complique le repérage à longue distance du ou des intrus ; pour y remédier, des éléments du radar de veille » Freya à large faisceau (50° & 2,40 m de longueur d’onde) sont ajoutés sur un certain nombre de paraboles. Au total, 1500 Würzburg Riese seront déployés sur le territoire du Reich. En raison de leur encombrement et de leur poids (18 tonnes), ces matériels, à l’exception de quelques exemplaires montés sur des wagons-plateaux (Würzburg Riese « E », pour Eisenbahn), sont, tous, installés sur des positions fixes, dont les Flaktürme. Telefunken mettra, également, au point, une version « Riese » du radar Mannheim, identifiée FuMG 75 ; produite à quelques exemplaires, à des fins d’expérimentation, elle ne connaîtra pas d’emploi opérationnel.
Ansbach (FuMG 68)

Le système, conçu pour le guidage des grandes batteries n’a jamais été attribué aux unités, mais comporte plusieurs innovations qui seront reprises sur les dernières installations radars centimétriques, Marbach V & Egerland, mises en service avant la fin du conflit. Grâce au dispositif de télécommande AEG-Leonard, la rotation et l’inclinaison de l’antenne parabolique de 4,50 m de diamètre sont désormais pilotées jusqu’à 30 m de distance, depuis un blockhaus ou une cabine de traitement de signaux, Bedienungswagen 68 « Bayern » - qui remplace l’Aquarium solidaire des radars Mainz & Mannheim -, où sont regroupés l’appareillage électronique d’émission-réception et les opérateurs.

3. Radar Centimétrique
Dès 1935, les ingénieurs allemands disposaient de la technologie du magnétron, tube à vide ou à gaz (3) « auto-oscillant » qui transforme le mouvement d’une charge électrique dans un champ magnétique uniforme en énergie électromagnétique, sous la forme de micro-ondes. Mais, du fait du manque de stabilité des signaux générés, les recherches avaient été orientées vers la mise au point de triodes à hautes-fréquences, jugées plus stables et mieux adaptées aux fortes puissances exigées. La technologie allemande s’était, dès lors, concentrée sur la mise au point de radars fonctionnant sur des longueurs d’ondes décimétriques (≥ à 10 cm), voire métriques. En 1942, tout développement dans le domaine des longueurs d’ondes centimétriques (< à 10 cm) avait, même, été abandonné, conformément à une décision supérieure, qui proscrivait la plupart des programmes de recherche qui ne pouvaient être menées à bien en moins d’un an, pour limiter la dispersion des compétences,.
En février 1943, un bombardier britannique Short Stirling s’écrase dans la banlieue de Rotterdam. L’inspection de routine de l’épave révélant qu’elle est équipée d’un radar d’un modèle totalement inconnu des services allemands de renseignement, l’appareillage est soumis à une expertise approfondie. C’est la consternation ! Le H2S, radar de suivi de terrain qui vient d’être mis en service, dans la RAF, quelques semaines plus tôt, fonctionne, bel & bien, sur une longueur d’onde de moins de 10 cm (9,1 cm), soit une fréquence de 33 gigahertz. Elle est générée par une innovation majeure, le magnétron à cavité – en l’occurrence le CV 64 (4) -. L’appareillage affiche d’excellentes performances (80 km de portée et utilisable à plus de 7500 m d’altitude), ainsi qu’une faible sensibilité aux perturbations météorologiques et aux leurres. Fait, suffisamment, exceptionnel pour être mentionné, l’urgence de la situation crée une véritable synergie, au sein des spécialistes et des firmes allemandes. Plusieurs copies du H2S, en recyclant des composants britanniques récupérés sur les avions abattus, sont rapidement réalisées par Telefunken - dont une testée, dès le mois de juin 1943, en haut de la Flakturm du Tiergarten de Berlin-. En parallèle, son bureau d’études planche sur la réplique allemande du magnétron CV 64*. Sa fabrication, sous la désignation LMS10, sera confiée à l’entreprise Sanitas GmbH, spécialiste en matériels de radiologie médicale. Courant septembre 1943, cette dernière, lourdement endommagée par un bombardement, doit suspendre son activité jusqu’au mois de décembre suivant. Telefunken en reprend la fabrication, mais parvient tout juste à en livrer 5 pièces/mois, l’industrie allemande souffrant d’un manque récurrent de matériels de très haute précision, à l’échelle du micron, nécessaires pour la fabrication des composants électroniques.
(3) La technologie des tubes (ou lampes), à vide (ou à gaz), mise au point au début du siècle dernier, constituera l’essentiel de l’électronique civile et militaire jusqu’à la fin de la décennie 1960, date à laquelle lui succèdera celle du semi-conducteur, le transistor. La gamme des tubes à vide comprenait, notamment, la diode, constituée d’une anode et d’une cathode, qui pouvait, selon le cas, jouer le rôle de « gâchette », de redresseur, de séquenceur, la triode, qui, grâce à une grille à polarité variable, positionnée entre l’anode et la cathode, permettait, suivant son emploi, de faire varier la tension, l’intensité ou la fréquence du signal ; l’amplification de la puissance d’un signal électrique passait, ainsi, par des jeux de triodes étagées. La triode avait, rapidement, été complétée par une déclinaison de tubes complexes, tétrode (deux grilles), pentode (3 grilles), etc., à vocation similaire mais qui permettaient de créer des plages spécifiques de fonctionnement. Le klystron et le magnétron, évoqués dans cet article, ne sont qu’une catégorie spécifique de tubes à vide. Le bon fonctionnement des tubes électroniques exigeait un temps de chauffe préalable ; leur faiblesse résidait dans une durée de vie limitée – une centaine d’heures, au mieux, dans les premières années de leur mise en service -, la fragilité de leur enveloppe en verre, qui nécessitait, souvent, dans un emploi militaire, l’installation de « blindages » et de châssis suspendus.

(4) Les allemands, après avoir récupéré, de la même manière, des exemplaires du radar, fonctionnant sur 3 cm de longueur d’onde, installé à bord des bombardiers américains, rééditeront l’opération en copiant, à l’identique, le klystron reflex US 723, pour produire leur propre version, le klystron LD 20.

En février 1944, lorsque est prise la décision de convertir tous les radars allemands (y compris les radars embarqués des aéronefs) en bande centimétrique (9 cm, puis, à court terme, 3 cm), le nombre d’appareillages de ce type existant se résume à une présérie de 9 pièces, en cours d’essais, tandis que la firme Sanitas, qui vient de redémarrer son activité, s’est engagée à livrer cent LMS10/mois, au second semestre. Mais, au fil des mois, l’intensification des bombardements alliés contraint à délocaliser les usines, en les éloignant des cibles de choix que constituent les nœuds routiers et ferroviaires, allongeant d’autant leur circuit d’approvisionnement, alors même que la pénurie de matières premières ne cesse de s’aggraver. Néanmoins, en dépit des difficultés, 500 radars centimétriques auront été fabriqués avant la fin du conflit, dont une centaine est opérationnelle en mai 1945.
4. Les radars « centimétriques » terrestres de la Flak
Deux radars centimétriques sont mis en service, l’un, au second semestre 1944, le Marbach V « Rotterheim » (FuMG 77), l’autre, le système « Egerland », au tout début 1945.
Le Marbach V est en réalité un « bricolage » réalisé à partir d’un Mannheim (FuMG 64) type B, avec une antenne parabolique de plus grande envergure (4,50 m de diamètre). L’ensemble de son appareillage électronique qui fonctionnait précédemment en ondes décimétriques a été remplacé pour pouvoir travailler dans la bande de 9 cm. Son instrumentation, empruntée au Würzburg D (FuMG 62 D), est à nouveau constituée d’une batterie d’oscilloscopes. Compte-tenu de son mode de « fabrication » et du nombre de composants électroniques adaptés disponibles, le parc de radars Marbach « Rotterheim » se limitera à quelques exemplaires.
Le système Egerland se décompose en trois parties :
• Un radar de veille panoramique Kulmbach (FuMG 74), dont l’électronique est directement dérivée des premiers radars centimétriques embarqués de la chasse de nuit allemande, les Berlin A. Le Kulmbach est équipé d’une antenne horizontale semi-cylindrique de 6 m d’envergure, tournant à 20 t/mn.
• Un radar de conduite de tir Marbach (FuMG 76), qui n’est autre qu’un Ansbach (FuMG 68), doté de sa commande à distance AEG-Leonard et converti en gamme centimétrique.
• Une cabine de traitement de signaux, Bedienungswagen 74/76 « Bayern », évolution du modèle 68, mis en service avec ledit radar Ansbach.
En mode recherche, le Kulmbach peut repérer un appareil isolé à près de 80 km de distance, ce qui laisse, à une vitesse moyenne de déplacement d’environ de 400 à 450 km/h en 1945, un préavis d’alerte suffisant de 10 à 12 minutes. La conduite de tir a une portée de 25 à 35 km, avec une erreur de +/- 25 à 35 m et une précision en site & azimut de +/- 0,15°. Le transfert des données de désignation d’objectif entre le radar de veille et celui de poursuite, puis entre la centrale de calcul, Kommandogerät 40, de la batterie et les pièces de Flak, s’effectue par le biais des convertisseurs électromécaniques de téléaffichage (5) du dispositif Folgezeigerübertragungsgeräte 37. Le système Egerland constitue alors, tous belligérants confondus, la solution de conduite de tir antiaérien la mieux aboutie. Mais deux installations seulement seront mises en service avant mai 1945.
(5) Téléaffichage : Système d'affichage mécanique à distance obtenu à partir de données électriques.

5. Guidage radar & Flak légère

A leur entrée en guerre, en septembre 1939, les trois principales composantes de la Wehrmacht, la Heer, la Luftwaffe & la Kriegsmarine disposent de trois catégories de canons antiaériens (Flugabwehrkanonen) :
• les pièces légères - leicht (le.) - d’un calibre inférieur ou égal à 3,6 cm,
• les pièces moyennes – mittel (m) -, calibre compris entre 3,7 & 5,9 cm,
• les pièces lourdes - schwer (s.)-, calibre supérieur à 6 cm.
Dans la première catégorie, la panoplie se résume au 2 cm Flak 30/38, dans la suivante, au 3,7 cm Flak 18/36/37. Le plafond pratique d’altitude, pour l’engagement du canon de 2 cm, est de 1000 m, du 3,7 cm, 1500 m ; de leurs côtés, les pièces lourdes de 8,8 cm Flak 18/36/37, sont sensées battre l’espace aérien de 1500 m jusqu’à 8 000 m et les 10,5 cm Flak 38/39, jusqu’à 12 800 m (hausse : +85°).

Entre 1939 et 1942, le plafond pratique des bombardiers et des chasseurs excède rarement 7000 m, à l’exception des appareils d’observation à haute altitude. Par contre, la vitesse des appareils est, déjà, suffisamment élevée, pour que les pièces de DCA ne disposent plus que d’une fenêtre de tir réduite (6). Les Allemands arrivent à la conclusion qu’une pièce de moindre calibre, semi-automatique à tir rapide, serait mieux adaptée que les canons antiaériens lourds, chargés manuellement au coup par coup – cadence de tir, 15 à 20 coups/mn, selon le modèle -, pour les altitudes comprises entre 2000 et 5000 m.

(6) Un rapport établi en 1943, par Luftwaffe, relève qu’à l’altitude de 8 850 m (29 500 pieds), compte-tenu de la portée pratique, altitude & distance cumulées, les canons de 8,8 cm Flak 18 & 36 ne disposent que d’une fenêtre de tir de 40 secondes pour engager et suivre (!) leur cible, le canon de 10,5 cm Flak 39, 49 secondes, les deux pièces les plus performantes de l’arsenal allemand, 8,8 cm Flak 41 & 12,8 cm Flak 40 - altitude pratique de tir, à l’élévation maximale (+ 85°), de l’ordre de 15000 m -, 68 secondes ; à 10 000 m, altitude où, seules, les deux dernières pièces citées peuvent espérer engager une cible, elle n’est plus que 31 secondes, mais le Boeing B-29, le plus performant des bombardiers alliés, n’aura, en dépit de sa cabine pressurisée, qu’un plafond pratique de 9 555 m et ne sera jamais engagée en Europe. Pour la Flak légère & moyenne, qui opère à basse altitude, ≤2500m, la fenêtre de tir est de l'ordre de 25/30 secondes, dans le meilleur des cas, avec un appareil, volant à 450 km/h, soit 125 m/s, et en prenant en compte la faculté de pivotement rapide de la pièce, pendant qu'elle suit sa cible.


Bref, si c'était "simple", çà se saurait! ;)

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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de F1-156  Nouveau message 30 Jan 2026, 17:00

coyote a écrit:Bonjour

Le site ci dessous précise pour la pointe du Grouin:

Type de station: FuMG
Type de radar Würzburg-Gerät
Et le régiment subordonné à la station: Flughafenbereich 8/XII situé à Laval

https://www.absa3945.com/stations%20rad ... tagne.html


Merci de ton retour, effectivement j'ai cette source également et une autre sur un site allemand qui donne les mêmes résultats :

http://www.deutschesatlantikwallarchiv. ... tagne_Nord

A bientôt

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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de F1-156  Nouveau message 30 Jan 2026, 17:03

Merci à @Loic Charpentier pour toutes ses précisions.
Bonne soirée.
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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de coyote  Nouveau message 30 Jan 2026, 17:27

Loïc Charpentier a écrit:Le domaine des performance et des capacités de localisation des stations radars allemandes est compliqué à souhait. Je m'étais efforcé, dans le cadre d'un article publié en 2019, d"essayer d'y voir +/- clair)

Sur le site mentionné, j'y ai trouvé cinq réponses sur les cinq bunkers qui sont à deux pas de chez moi !

2 FuSE 65 Würzburg-Riese
1 FuSE 80 Freya A/N
et
2 Mammut Ceasar FMG 41 G (cF)

En plus il y a un Tobrouk sur le chemin des douaniers . Il est pas mal du tout ce site !
Ca correspond pile poil.
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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 30 Jan 2026, 18:13

coyote a écrit:Sur le site mentionné, j'y ai trouvé cinq réponses sur les cinq bunkers qui sont à deux pas de chez moi ! .

Ne serait ce point Saint Pabu - Je viens de faire la connaissance du fils de l'officier qui tenait la station radar de cette localité. ( Depuis un forum allemand). Coïncidence !!! :D
blog.php?u=5328&b=565

https://www.wiki-rennes.fr/Cat%C3%A9gor ... C3%A0%20la


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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de F1-156  Nouveau message 30 Jan 2026, 18:17

coyote a écrit:
Loïc Charpentier a écrit:Le domaine des performance et des capacités de localisation des stations radars allemandes est compliqué à souhait. Je m'étais efforcé, dans le cadre d'un article publié en 2019, d"essayer d'y voir +/- clair)

Sur le site mentionné, j'y ai trouvé cinq réponses sur les cinq bunkers qui sont à deux pas de chez moi !

2 FuSE 65 Würzburg-Riese
1 FuSE 80 Freya A/N
et
2 Mammut Ceasar FMG 41 G (cF)

En plus il y a un Tobrouk sur le chemin des douaniers . Il est pas mal du tout ce site !
Ca correspond pile poil.


Ta description ressemble aux matériels qu'il y avait au Cap Fréhel . Sinon tu fais référence à quel site ?

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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de coyote  Nouveau message 30 Jan 2026, 18:26

F1-156 a écrit:[.
Ta description ressemble aux matériels qu'il y avait au Cap Fréhel . Sinon tu fais référence à quel site ?[/quote]

Au site que j'ai indiqué .

Aldebert a écrit:Ne serait ce point Saint Pabu - Je viens de faire la connaissance du fils de l'officier qui tenait la station radar de cette localité. ( Depuis un forum allemand). Coïncidence !!! :D

Je ne suis pas à St Pabu mais plus à l'est.
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Re: Radars sur la pointe du Grouin à Cancale

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Jumbo  Nouveau message 01 Fév 2026, 10:01

Je suis l'auteur de l'article sur le mur de l'Atlantique en Bretagne. Ma base de travail était le bouquin de Chazette "Atlantikwall mythe ou réalité.
Page 275, K.V.U gruppe Canacale; Ra 310a : pointe du grouin : Station Kriegsmarine radar Fu.MG Seetakt Gema type 40a Fu.MO2
J'ai vérifié dans son premier bouquin, l'album mémorial "Atlantikwall"; page 324 il écrit :
"En 1944 le sémaphore de la pointe du Grouin abritait un radar type Würzburg Riese FuM.214 ... Ra 104
Donc il existe 2 WN sur la pointe du Grouin Ra 310a et Ra 104 et peut-être que les dates ont leur importance. Les photos de reco et les inventaires des constructions ne valent qu'à une date précise. Sur 1 an les constructions sur l'AW pouvaient beaucoup évoluer.
C'est tout ce que je peux faire pour t'aider....
"Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus." (Jean Gabin) Mélodie en sous sol

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